{"id":14176,"date":"2020-03-04T22:54:00","date_gmt":"2020-03-04T21:54:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=14176"},"modified":"2020-03-04T22:54:00","modified_gmt":"2020-03-04T21:54:00","slug":"hamlet-thibault-perrenoud-cie-kobalt-theatre-de-la-bastille-fevrier-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=14176","title":{"rendered":"Hamlet \/ Thibault Perrenoud, Cie Kobal&rsquo;t \/ Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille \/ F\u00e9vrier 2020"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate : <\/strong>Galerie du <a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"http:\/\/www.theatre-bastille.com\/saison-17-18\/les-spectacles\/hamlet\" target=\"_blank\">Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille<\/a>, (c) Gilles Le Mao <\/p>\n\n\n\n<p>Thibault Perrenoud a os\u00e9 s\u2019attaquer \u00e0 l\u2019\u0153uvre gigantesque de Shakespeare&nbsp;: <em>Hamlet<\/em>. Mais il l\u2019a rendue avec superbe. <\/p>\n\n\n\n<p>Il rel\u00e8ve le d\u00e9fi de jouer des \u00e9poques, mais aussi des structures th\u00e9\u00e2trales. On voit ainsi les diff\u00e9rents personnages adopter des langages, des m\u0153urs et des costumes qui vacillent avec finesse entre le d\u00e9but du XVII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle anglais et le XXI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle fran\u00e7ais. Ainsi, Hamlet, ses parents, mais aussi tous les personnages qui animent cette pi\u00e8ce parviennent \u00e0 exprimer de magnifiques r\u00e9pliques, qui reprennent parfois l\u2019essence m\u00eame du texte de Shakespeare \u2013 et par cons\u00e9quent toute la trag\u00e9die qui en d\u00e9borde. Mais aussi, l&rsquo;interpr\u00e9tation burlesque d\u2019une telle situation, dans des jeux de mots particuli\u00e8rement d\u00e9routants, parvint \u00e0 arracher \u00e0 la salle des \u00e9clats de rire sinc\u00e8res. <\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, la mise en sc\u00e8ne est elle aussi parvenue \u00e0 des jeux th\u00e9\u00e2traux tr\u00e8s ing\u00e9nieux. En effet, les mises en ab\u00eeme, laissant voir des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre jou\u00e9es au sein m\u00eame de la pi\u00e8ce que nous regardons, permettent un relief saisissant. De la m\u00eame mani\u00e8re, les com\u00e9diens ont jou\u00e9 avec les limites du jeu th\u00e9\u00e2tral en int\u00e9grant les spectateurs dans la sc\u00e8ne \u2013 que ce soit au travers d\u2019adresses directes qui font des spectateurs les complices d\u2019Hamlet, ou encore dans des gestes qui laissent voir un spectateur comme un objet de la sc\u00e8ne. <\/p>\n\n\n\n<p>En bref, cette mise en sc\u00e8ne \u00e9tait superbe. Les costumes, de m\u00eame que le d\u00e9cor \u00e9taient d\u00e9licieux. Pareillement, l\u2019investissement de la sc\u00e8ne \u00e9tait stup\u00e9fiant. Enfin, le jeu des com\u00e9diens \u00e9tait pareillement saisissant, de telle sorte que nous suivions les personnages entre rire, d\u00e9sespoir et surprise. Il faut enfin relever le texte qui a \u00e9t\u00e9 superbement \u00e9crit. <\/p>\n\n\n\n<p>Une pi\u00e8ce \u00e0 voir \u2013 voire revoir. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Soumya BERRAG <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.theatre-bastille.com\/media\/bastille\/8-ham4.jpg\" alt=\"\" width=\"282\" height=\"282\"\/><figcaption>(c) Gilles le Mao<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Thibault Perrenoud, apr\u00e8s avoir mis en sc\u00e8ne en 2014 un grand classique de Moli\u00e8re, <em>Le Misanthrope,<\/em> s\u2019attaque cette fois-ci \u00e0 l\u2019immense ing\u00e9niosit\u00e9 du dramaturge anglais Shakespeare et \u00e0 sa c\u00e9l\u00e8bre trag\u00e9die <em>Hamlet<\/em>. De Janvier \u00e0 F\u00e9vrier, la compagnie Kobal\u2019t s\u2019en est all\u00e9e jouer sur les planches du <strong>Th\u00e9\u00e2tre du Globe<\/strong> (au Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille), interpr\u00e9tant ainsi cette \u0153uvre intemporelle dont la modernit\u00e9 ne cesse de nous \u00e9tonner, et ce pour le plus grand de nos plaisirs. <\/p>\n\n\n\n<p>Le metteur en sc\u00e8ne choisit d\u2019actualiser ce chef d\u2019\u0153uvre classique, notamment en donnant une traduction moderne au texte shakespearien, <em>\u00ab&nbsp;beurk, beurk, beurk&nbsp;\u00bb <\/em>s\u2019exclame Hamlet.&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>La salle est noire, les bruitages r\u00e9sonnent dans la salle de th\u00e9\u00e2tre et les cris des acteurs surprennent le public. Thibault Perrenoud a fait son choix : une fois de plus, nous assistons \u00e0 un v\u00e9ritable spectacle &#8211; qui ne cherche pas \u00e0 caresser pudiquement le spectateur, mais bien \u00e0 le percuter. Grossi\u00e8ret\u00e9s, inconvenances, injures, tout est bon pour d\u00e9contenancer le petit parisien confortablement assis dans son fauteuil rouge. Les acteurs crachent, chient, se touchent et embrassent m\u00eame certains lambdas de la salle ; le sans-g\u00eane est pr\u00e9sent et c\u2019est ce qui pla\u00eet. <\/p>\n\n\n\n<p>La justesse du choix des acteurs avec leur r\u00f4le est surprenante. Le doyen de la compagnie, Pierre-Stefan Montagnier, incarne Claudius et le spectre du p\u00e8re de Hamlet avec beaucoup de charisme &#8211; deux rois en une seule personne, l\u2019un criminel mais vivant, l\u2019autre l\u00e9gitime mais mort. De m\u00eame que Hamlet, interpr\u00e9t\u00e9 par Thibault Perrenoud, donne \u00e0 voir une folie presque r\u00e9elle, que la cadence de la pi\u00e8ce met en valeur \u00e0 travers un <em>crescendo<\/em> d\u2019\u00e9motions et d\u2019actions parl\u00e9es infatigable. La d\u00e9mence est partout, et ce, depuis le d\u00e9but. Effectivement, le metteur en sc\u00e8ne a choisi de confondre un acteur avec deux personnages (Pierre-Stefan Montagnier dans le r\u00f4le des rois du Danemark, Aurore Paris dans celui de Gertrude et d\u2019Oph\u00e9lie et Mathieu Boisliveau avec Polonius et son fils La\u00ebrte) ce qui d\u00e9soriente d\u00e8s le d\u00e9but le spectateur, <em>\u00ab&nbsp;mais Gertrude c\u2019est la m\u00eame actrice qu\u2019Oph\u00e9lie non ?&nbsp;\u00bb<\/em>. Sommes-nous, nous aussi, atteints de d\u00e9raison &#8211; comme Hamlet, Oph\u00e9lie et tant d\u2019autres ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Apolline ROUX&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p><em>Hamlet <\/em>est le grand classique shakespearien que Thibault Perrenoud n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 reprendre au<strong> Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille<\/strong>, avec la compagnie qu\u2019il a fond\u00e9e, Kobal\u2019t. C\u2019est une repr\u00e9sentation atypique qu\u2019il nous livre audacieusement, en revendiquant le retour aux sources du th\u00e9\u00e2tre \u00e9lisab\u00e9thain, c\u2019est-\u00e0-dire, selon lui, une pi\u00e8ce qui est l\u00e0 avant tout pour divertir et jouer avec le public, malgr\u00e9 toute la composante tragique que contient le texte de Shakespeare.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, les com\u00e9diens \u2013 surtout Thibault Perrenoud, qui joue Hamlet &#8211; n\u2019ont de cesse de s\u2019adresser directement au public, de l\u2019interpeller. D\u00e8s le d\u00e9but de la pi\u00e8ce, par un proc\u00e9d\u00e9 original, certains membres du public deviennent de v\u00e9ritables \u00ab&nbsp;figurants muets&nbsp;\u00bb, car, install\u00e9s directement sur la sc\u00e8ne autour de tables qui doivent figurer les noces de Claudius et Gertrude, ils se voient attribuer le r\u00f4le d\u2019invit\u00e9s&nbsp;! Autre exemple&nbsp;: lors de la fameuse sc\u00e8ne o\u00f9 Hamlet d\u00e9couvre le cr\u00e2ne de Yorick, c\u2019est la t\u00eate d\u2019un des membres du public que le com\u00e9dien prend dans ses mains et contemple\u2026 La pi\u00e8ce tient tellement \u00e0 se d\u00e9signer comme pi\u00e8ce et \u00e0 subvertir toute convention de repr\u00e9sentation que les personnages sont toujours montr\u00e9s comme com\u00e9diens, que le langage \u00e9crit un tant soit peu \u00e9labor\u00e9 ne manque pas d\u2019\u00eatre ridiculis\u00e9 au profit d\u2019un parler oral moderne, que tout reste de vraisemblance est an\u00e9anti pour laisser \u00e9clater triomphalement la fiction. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi,\ncette repr\u00e9sentation serait presque voisine d\u2019un th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde, un\nabsurde comique plut\u00f4t que tragique, sauf qu\u2019entre les personnages ridiculis\u00e9s\ntour \u00e0 tour et les paroles insens\u00e9es et incompr\u00e9hensibles d\u2019un Hamlet jouant le\nfou, entre deux rires, il ne peut \u00eatre laiss\u00e9 assez de place \u00e0 la r\u00e9flexion. Si\nle but de la compagnie Kobal\u2019t est de ne fournir aucun message, aucune morale,\net d\u2019amener le drame au plus pr\u00e8s de la vie, si ce th\u00e9\u00e2tre-l\u00e0 ne se distingue\nplus d\u2019un quelconque spectacle de divertissement, Thibault Perrenoud semble vouloir\ndangereusement remettre en cause la fonction du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Eveline SU<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : Galerie du Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille, (c) Gilles Le Mao Thibault Perrenoud a os\u00e9 s\u2019attaquer \u00e0 l\u2019\u0153uvre gigantesque de Shakespeare&nbsp;: Hamlet. Mais il l\u2019a rendue avec superbe. Il rel\u00e8ve le d\u00e9fi de jouer des \u00e9poques, mais aussi des structures th\u00e9\u00e2trales. 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