{"id":14217,"date":"2020-04-10T19:01:00","date_gmt":"2020-04-10T17:01:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=14217"},"modified":"2020-04-10T19:01:00","modified_gmt":"2020-04-10T17:01:00","slug":"angels-in-america-tony-kushner-texte-arnaud-desplechin-comedie-francaise-fevrier-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=14217","title":{"rendered":"Angels in America \/ Tony Kushner (texte), Arnaud Desplechin \/ Com\u00e9die Fran\u00e7aise \/ F\u00e9vrier 2020"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate : <\/strong>galerie de la <a href=\"https:\/\/www.comedie-francaise.fr\/fr\/evenements\/angels-in-america-19-20#\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Com\u00e9die Fran\u00e7aise (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">Com\u00e9die Fran\u00e7aise<\/a>, (c) Christophe Raynaud de Lage<\/p>\n\n\n\n<p>La question de l\u2019h\u00e9ritage, de ses propres racines culturelles, la question de l\u2019amour, aussi, au sens moral ; la question de la justice, au sens \u00e9thique, la question de dieu, de la mort. Tout est dedans, dans <em>Angels in America. <\/em>Une v\u00e9ritable et touchante \u00e9pop\u00e9e am\u00e9ricaine en deux volets (<em>le Millenium approche <\/em>et <em>Peretro\u00efka), <\/em>\u00e9crite par Tony Kushner entre 1987 et 1989, remani\u00e9e et raccourcie par Arnaud Desplechin \u00e0 la <strong>Com\u00e9die Fran\u00e7aise<\/strong>. <\/p>\n\n\n\n<p>Sur fond de soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9publicaine et puritaine \u00e0 l\u2019\u00e8re <em>reaganienne<\/em>, une fresque de huit personnages montre la chute du r\u00eave am\u00e9ricain et l&rsquo;\u00e9mergence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de la peur. Le point de d\u00e9part de ce sentiment, c\u2019est le sida &#8211; qui d\u00e9clenche une s\u00e9rie de p\u00e9r\u00e9grinations urbaines, o\u00f9 les personnages se cherchent sans jamais retrouver un vrai confort dans la pr\u00e9sence de l\u2019autre. Sid\u00e9r\u00e9s face \u00e0 cette veine mortif\u00e8re qui envahit soudainement leurs existences, une question s\u2019impose avec urgence : que faire ? <em>\u00ab Restez immobiles \u00bb<\/em> r\u00e9pond un <em>deus ex machina<\/em>, en forme d\u2019ange, au d\u00e9but du deuxi\u00e8me acte. R\u00e9ponse insatisfaisante dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le transcendant et le m\u00e9taphysique ont depuis longtemps quitt\u00e9 la sc\u00e8ne. Ce qui compte c\u2019est l\u2019action, pratique et politique, pour prouver que la r\u00e9ponse n\u2019est pas providentielle et que le sida n\u2019est pas une punition divine. <\/p>\n\n\n\n<p>A la fin de la pi\u00e8ce, une <em>grande oeuvre <\/em>est annonc\u00e9e, au sens politique et humain, inaugur\u00e9e par la m\u00e9tamorphose des personnages en anges, autrement dit par l\u2019\u00e9mergence d\u2019une conscience nouvelle, forg\u00e9e par ces ann\u00e9es tragiques. Mais malgr\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de victoire sur le r\u00e9el, le constat reste : <em>\u00ab on ne peut pas vivre sans une conception du monde \u00bb<\/em> et le vide de la question existentielle demeure, au-del\u00e0 de l\u2019action, sur sc\u00e8ne comme chez le spectateur. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Beatrice LATINI<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>Cette saison, la <strong>Com\u00e9die Fran\u00e7aise<\/strong> voit son r\u00e9pertoire contemporain s\u2019\u00e9largir \u00e0 la pi\u00e8ce <em>Angels in America<\/em> (1991) de Tony Kushner, mise en sc\u00e8ne par Arnaud Desplechin. Grand succ\u00e8s outre-Atlantique, cette&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;fantaisie gay&nbsp;\u00bb<\/em> donne \u00e0 voir les trajectoires individuelles des personnages avec, en toile de fond, l\u2019Am\u00e9rique de Reagan, de 1985 \u00e0 1990. C\u2019est le d\u00e9but de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie du SIDA, trame noire de la pi\u00e8ce&nbsp;: la d\u00e9couverte de son ampleur, l\u2019incompr\u00e9hension des m\u00e9decins, son assimilation \u00e0 une maladie \u00ab&nbsp;d\u2019homosexuels&nbsp;\u00bb et le d\u00e9but des premiers traitements (l\u2019AZT qui pr\u00e9c\u00e8de les premi\u00e8res trith\u00e9rapies). Les protagonistes, pour la plupart homosexuels, doivent faire face \u00e0 une Am\u00e9rique conservatrice, en plein maccarthysme et \u00e0 laquelle ils adh\u00e8rent plus ou moins. L\u2019angoisse de la maladie et ce contexte politique placent les personnages face \u00e0 leurs propres contradictions dans un monde toujours plus complexe et plus sombre que m\u00eame Dieu semble avoir abandonn\u00e9. A cette peinture socio-politique s\u2019ajoute une narration sous forme d\u2019un conte aussi tragique que merveilleux, bien qu\u2019il soit difficile de savoir si les apparitions surnaturelles ne sont pas, au fond, le fruit des hallucinations des personnages. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte en anglais a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9 par Pierre Laville &#8211; lequel sut bien rendre, je crois, tout l\u2019humour et le mordant de la pi\u00e8ce originale, permettant de d\u00e9dramatiser ces lourdes th\u00e9matiques par des r\u00e9pliques cinglantes. Saluons au passage la performance \u00e9poustouflante de Michel Vuillermoz dans le r\u00f4le de Roy Cohn, avocat sans scrupule hant\u00e9 par le spectre d\u2019Ethel Rosenberg, qu\u2019il a fait en sorte de condamner \u00e0 mort, et qui souffre jusqu\u2019\u00e0 la fin d\u2019un \u00ab&nbsp;cancer du foie&nbsp;\u00bb.&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne, sobre, est d\u2019un r\u00e9el dynamisme&nbsp;: l\u2019action et les d\u00e9cors s\u2019encha\u00eenent avec fluidit\u00e9. L\u2019utilisation de la projection donne une ambiance particuli\u00e8re \u00e0 la pi\u00e8ce, qui sied bien au sentiment de l\u00e9ger d\u00e9calage qu\u2019elle produit. On peut toutefois regretter qu\u2019\u00e0 certains moments, toute la sc\u00e8ne soit montr\u00e9e, avec seulement un personnage au centre &#8211; ce qui donne l\u2019impression que l\u2019espace est vide et inoccup\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une pi\u00e8ce qu\u2019il faut aller voir, \u00e0 la fois pour les th\u00e9matiques qu\u2019elle aborde et pour la qualit\u00e9 de son \u00e9criture et de sa mise en sc\u00e8ne. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Albane PUISSOCHET<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>Avec<em> Angels in America<\/em>, Arnaud Desplechin met en sc\u00e8ne une dizaine de personnages vivant dans l\u2019Am\u00e9rique des ann\u00e9es 1980. Ils incarnent tous les vices de la soci\u00e9t\u00e9 <em>reaganienne<\/em> : homophobie, drogue et isolement, racisme et p\u00e9dophilie. Cette soci\u00e9t\u00e9 pernicieuse \u00e9clate avec l\u2019omnipr\u00e9sence de la maladie et du spectre de la mort. La pi\u00e8ce s\u2019ouvre en effet sur un enterrement et se termine avec le fant\u00f4me d\u2019Ethel, qui hante Roy Cohn, l\u2019avocat qui l\u2019a fait condamner \u00e0 mort. Celui-ci est homophobe mais atteint du sida, tout comme Prior, personnage ouvertement gay. Leur \u00e9tat s\u2019aggrave tout au long de la pi\u00e8ce, ponctu\u00e9e par des sc\u00e8nes de souffrance brutale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les personnages sont repr\u00e9sentatifs des minorit\u00e9s (LGBTQ, drogu\u00e9s, juifs, mormons, Noirs) et introduisent le th\u00e8me de l\u2019intersectionnalit\u00e9 voire, parfois, de l\u2019incompatibilit\u00e9 de deux identit\u00e9s. C\u2019est le cas de Roy, un avocat qui ne peut se permettre d\u2019assumer sa sexualit\u00e9 et qui fera croire qu\u2019il a un cancer du foie jusqu\u2019\u00e0 la fin de la pi\u00e8ce. Joe doit \u00e9galement refouler son orientation sexuelle, qui para\u00eet incompatible avec sa religion. Pour autant, les personnages sont&nbsp;\u00e9clatants d\u2019humour, et rendent la pi\u00e8ce plus l\u00e9g\u00e8re. Cette dualit\u00e9 est exprim\u00e9e par le d\u00e9cor : la sc\u00e8ne, souvent, est coup\u00e9e en deux, donnant \u00e0 voir deux atmosph\u00e8res diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce \u00e9ponyme de Tony Kushner, <em>Angels in America<\/em>, cr\u00e9\u00e9e en 1991, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 progressiste et engag\u00e9e pour l\u2019\u00e9poque; d\u2019autant plus qu\u2019un acteur pouvait jouer des personnages de sexes diff\u00e9rents. Pourtant, la pi\u00e8ce est avant tout une pi\u00e8ce sociale au sens premier, dans laquelle les relations humaines ne cessent de se construire et se d\u00e9m\u00ealer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Elea MOREL<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><em>Angels in America&nbsp;<\/em>fait vivre au spectateur la terrible exp\u00e9rience des d\u00e9buts de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie du sida aux Etats-Unis. A travers l\u2019histoire d\u2019hommes et de femmes malades, atteints du sida, de d\u00e9pression, de culpabilit\u00e9 ou de honte de soi, Tony Kushner donne l\u2019image d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 gangren\u00e9e avant tout par des luttes inter-communautaires et le manque de solidarit\u00e9 et de tol\u00e9rance. Il pose cette terrible question&nbsp;:<em> les anges qui si\u00e8gent dans le ciel am\u00e9ricain sont-ils cruels&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce pays composite, dont l\u2019histoire est sous-tendue par des rapports de force entre communaut\u00e9s, l\u2019individu am\u00e9ricain doit n\u00e9gocier sa place dans la soci\u00e9t\u00e9 en fonction de son appartenance \u00e0 diff\u00e9rentes communaut\u00e9s, porteuses d\u2019identit\u00e9s culturelles qui entrent souvent en contradiction &#8211; voire en lutte. Cette pi\u00e8ce bouleversante nous fait t\u00e9moins du sort de ces premiers cas atteints du sida, maladie encore consid\u00e9r\u00e9e, en 1985, comme le \u00ab&nbsp;cancer gay&nbsp;\u00bb et dont les stigmates, port\u00e9s dans la chair, s\u2019ajoutent \u00e0 la solitude v\u00e9cue par des individus dont la sexualit\u00e9 et l\u2019amour ne peuvent se vivre au grand jour.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne d\u2019Arnaud Desplechin est particuli\u00e8rement ing\u00e9nieuse&nbsp;: sans tape-\u00e0-l\u2019\u0153il, hormis ces anges tragiquement comiques &#8211; symboles de l\u2019auto-d\u00e9rision port\u00e9e par la culture populaire, les d\u00e9cors qui se succ\u00e8dent avec les mouvements des personnages rendent parfaitement l\u2019atmosph\u00e8re new-yorkaise et ajoutent \u00e0 la po\u00e9sie des sc\u00e8nes. L\u2019espace sc\u00e9nique, divis\u00e9 \u00e0 l\u2019aide d\u2019\u00e9crans et de lumi\u00e8res diff\u00e9rentes, est exploit\u00e9 pleinement pour cr\u00e9er l\u2019impression d\u2019une simultan\u00e9it\u00e9&nbsp;: les sc\u00e8nes se succ\u00e8dent sans coupure, et le d\u00e9cor \u00e9volue comme naturellement, accompagnant les d\u00e9placements des com\u00e9diens.<\/p>\n\n\n\n<p>La sinc\u00e9rit\u00e9 et la tendresse qui \u00e9manent de ce spectacle en font un bel \u00e9loge de la solidarit\u00e9, qui panse les plaies de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine, sans d\u00e9signer de coupable(s), mais plut\u00f4t en sugg\u00e9rant la possibilit\u00e9 de voir des hommes endosser le r\u00f4le des anges recherch\u00e9s tout au long de la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; L\u00e9a DELPLANQUE<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : galerie de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise, (c) Christophe Raynaud de Lage La question de l\u2019h\u00e9ritage, de ses propres racines culturelles, la question de l\u2019amour, aussi, au sens moral ; la question de la justice, au sens \u00e9thique, la question de dieu, de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":14218,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,4],"tags":[],"class_list":["post-14217","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-comedie-francaise","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14217","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=14217"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14217\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=14217"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=14217"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=14217"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}