{"id":14283,"date":"2020-05-02T17:07:00","date_gmt":"2020-05-02T15:07:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=14283"},"modified":"2020-05-02T17:07:00","modified_gmt":"2020-05-02T15:07:00","slug":"charlie-chaplin-lhomme-orchestre-freaks-architecture-philharmonie-de-paris-janvier-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=14283","title":{"rendered":"Charlie Chaplin, l&rsquo;homme-orchestre \/ Freaks Architecture \/ Philharmonie de Paris \/ Janvier 2020"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate :<\/strong> Roy Export SAS, Charlie Chaplin<\/p>\n\n\n\n<p>La <strong>Philharmonie<\/strong>, proposant une exposition sur le plus grand acteur du cin\u00e9ma muet ? Ce paradoxe trouve un d\u00e9but d\u2019explication dans le curieux titre de \u00ab&nbsp;l\u2019homme-orchestre&nbsp;\u00bb. Le commissaire d\u2019exposition, Sam Stourdz\u00e9, a pour ambition de montrer que Chaplin, violoncelliste autodidacte venant du music-hall parlait \u00ab&nbsp;aux yeux aussi bien qu\u2019\u00e0 l\u2019oreille&nbsp;\u00bb. Dans les murs de la Philharmonie, Chaplin est vu comme un \u00ab&nbsp;corps sonore&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette\nexposition, con\u00e7ue comme une balade sonore, nous montre comment Chaplin pensait\nses films et ses mouvements en fonction des bruitages et de la musique : le\ncasque sur les oreilles, on se branche au rythme de Charlot. On revoit des\nextraits de films, on d\u00e9couvre des partitions, des photos, de formidables\nmachines \u00e0 bruitages utilis\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque du muet. Si Chaplin a continu\u00e9 \u00e0\nfaire des films muets apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e du parlant, le son lui a notamment permis\nde d\u00e9velopper des bandes sonores synchronis\u00e9es avec l\u2019image. <\/p>\n\n\n\n<p>La\nsc\u00e9nographie&nbsp;a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue par \u00ab&nbsp;Freaks Architecture&nbsp;\u00bb. J\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9,\n\u00e0 l\u2019image de Chaplin, son \u00e9l\u00e9gance sobre &#8211; tout en ombre et en lumi\u00e8re, en noir\net en blanc. La mise en sc\u00e8ne donne \u00e0 la fois l\u2019impression de se promener dans\nun studio de tournage et dans un village. Il y a des passages secrets, des\nportes basses, des fen\u00eatres. En regardant \u00e0 travers une fen\u00eatre sombre, au\nmilieu de l\u2019exposition, on d\u00e9couvre l&rsquo;hologramme d&rsquo;un Chaplin dansant. Les murs\nsont pointus en leurs sommets, comme des toits de maisons et, \u00e0 la toute fin,\nquand on se retrouve sur une estrade pour voir et \u00e9couter le discours du <em>Dictateur<\/em>, on d\u00e9couvre l\u2019exposition\ncomme un petit village aux toits ouverts. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;\nL\u00e9na LE VAGUERESSE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Charlie Chaplin, le couteau\nsuisse <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De Charlot, on conna\u00eet tous\nau moins une sc\u00e8ne des <em>Temps Modernes, <\/em>les\naccessoires et la silhouette<em>. <\/em>De\nCharlie Chaplin, on en sait beaucoup moins. Personnellement, j\u2019ai pu le\nd\u00e9couvrir \u00e0 travers diff\u00e9rentes lectures comme <em>Oona et Salinger<\/em> de Fr\u00e9d\u00e9ric Beigbeder (Grasset, 2014) ou <em>R\u00eave d\u2019une femme<\/em>, l\u2019autobiographie de\nl\u2019actrice Gloria Swanson (Ramsay, 2007). Ses rares apparitions dans ces r\u00e9cits\nlaissaient entrevoir un homme aux talents multiples et aux pr\u00e9occupations\nprofond\u00e9ment humaines. L\u2019exposition de la Philarmonie \u00e9tait donc l\u2019occasion\nd\u2019en apprendre plus sur le g\u00e9nie du cin\u00e9ma muet et son rapport \u00e0 l\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p>Transformant l\u2019espace en un\nd\u00e9dale rappelant les grands studios de tournage am\u00e9ricains, l\u2019exposition\nretrace la vie de Chaplin au moyen de photos et de la mise en sc\u00e8ne &#8211; et en son\n&#8211; de ses oeuvres. <\/p>\n\n\n\n<p>Fils d\u2019artistes, il d\u00e9bute tr\u00e8s\nt\u00f4t dans des music-halls. Rep\u00e9r\u00e9 par Fred Karno (l\u2019inventeur du gag de la tarte\n\u00e0 la cr\u00e8me !), il part en tourn\u00e9e aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 il sera engag\u00e9 par Mack\nSennett du studio Keystone de Los Angeles, particuli\u00e8rement connu pour ses\ncom\u00e9dies \u00ab&nbsp;slapstick&nbsp;\u00bb, inspir\u00e9es du vaudeville. En moins d\u2019un an, le\npersonnage de Charlot est n\u00e9 et a conquis le public. Entre 1914 et 1917, il\ntourne plus d\u2019une soixantaine de films et on se pla\u00eet \u00e0 naviguer entre les\ndiff\u00e9rentes affiches de films \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique si marqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Perfectionniste, Charlie\nChaplin va d\u00e9velopper ses talents, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la cr\u00e9ation de la soci\u00e9t\u00e9\nde production et de distribution United Artists qui rassemblera bient\u00f4t les\nplus grands acteurs am\u00e9ricains de l\u2019\u00e9poque, d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 \u00eatre plus que des acteurs.\nChaplin sera donc \u00e9galement sc\u00e9nariste, r\u00e9alisateur, producteur et compositeur\n!<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, s\u2019il refuse de se\nplier \u00e0 l\u2019av\u00e8nement du cin\u00e9ma parlant, estimant que son personnage perdrait de\nson universalit\u00e9, il va \u00eatre d\u2019autant plus vigilant quant \u00e0 l\u2019utilisation de la\nmusique et des effets sonores synchronis\u00e9s, composant d\u00e9sormais la totalit\u00e9 des\nbandes sonores de ses films. Contre le parlant, il mise sur un comique sonore\nsoutenu par la musique et les bruitages, en fait un ressort comique et\npo\u00e9tique, s\u2019en sert pour nouer l\u2019intrigue et construire ses gags, pour porter\nles mouvements du corps et imposer un v\u00e9ritable rythme. L\u2019exposition, tr\u00e8s\np\u00e9dagogique, permet notamment de d\u00e9couvrir des extraits de films avec les\ndiff\u00e9rentes bandes sonores qui ont \u00e9t\u00e9 choisies pour les accompagner &#8211; et m\u00eame,\nd\u2019exp\u00e9rimenter les machines \u00e0 bruitages ! C\u2019est aussi l\u2019occasion de rappeler\nque le cin\u00e9ma n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 totalement muet : les repr\u00e9sentations \u00e9taient\naccompagn\u00e9es d\u2019orchestres, les cin\u00e9mas choisissant eux-m\u00eames les\naccompagnements musicaux ! Dans cette exposition, on aime \u00e0 se laisser porter\npar nos oreilles, au gr\u00e9 des m\u00e9lodies qui captent notre attention, tandis que\nnos yeux vagabondent d\u2019une projection d\u2019extraits \u00e0 une autre, d\u2019une ombre de\nCharlot se refl\u00e9tant sur un panneau \u00e0 un visiteur grim\u00e9 pour l\u2019occasion.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019immense succ\u00e8s de\nChaplin, ses divers talents et son ind\u00e9pendance financi\u00e8re lui permettront de\nprendre certains risques, comme celui de produire <em>Le Dictateur <\/em>(1940), lequel s&rsquo;ach\u00e8ve sur un discours face cam\u00e9ra\ntout \u00e0 fait m\u00e9morable. Dans ses m\u00e9moires, Chaplin d\u00e9clarait, \u00e0 propos du cin\u00e9ma\nparlant : <\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il me faudrait\n\u00e9galement renoncer totalement \u00e0 mon personnage de Charlot. Certains me\nsugg\u00e9raient de le faire parler. C\u2019\u00e9tait impensable, car le premier mot qu\u2019il\nprononcerait ferait de lui quelqu\u2019un d\u2019autre.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et il avait raison : pendant\nces 6 minutes qui cl\u00f4turent le film, c\u2019est \u00e0 travers le personnage du barbier\njuif qu\u2019il d\u00e9livre ses opinions politiques et convictions personnelles,\ninculpant d\u00e9j\u00e0 le capitalisme. Cela expliquera sa baisse de popularit\u00e9, \u00e0 une\n\u00e9poque o\u00f9 le cin\u00e9ma am\u00e9ricain \u00e9tait encore tr\u00e8s frileux concernant les\nquestions politiques. Sa baisse de popularit\u00e9 sera telle qu\u2019elle l\u2019obligera \u00e0\nquitter ce pays qui ne lui pardonnait pas d\u2019\u00eatre plus que son personnage.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Margaux RADEPONT<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une\nsurprenante invitation \u00e0 red\u00e9couvrir un mythe du cin\u00e9ma muet sous son aspect le\nplus musical <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous connaissons tous la\nfigure l\u00e9gendaire de Charlot, avec ses gestuelles comiques et son costume\nm\u00e9morable. Je me suis moi-m\u00eame laiss\u00e9e entrainer tr\u00e8s jeune par les p\u00e9rip\u00e9ties\ntoutes plus improbables les unes que les autres de ce personnage attachant. Au\npoint o\u00f9 la musique, \u00e9l\u00e9ment pourtant central des films et de la vie de\nChaplin, s\u2019\u00e9tait fondue dans le d\u00e9cor. L\u2019approche de Sam Stourdz\u00e9, commissaire\nde l\u2019exposition \u00e0 la Philharmonie de Paris, et de Freaks Architecture, charg\u00e9\nde sa sc\u00e9nographie, a fait ressortir tous ces aspects oubli\u00e9s &#8211; et pourtant\ng\u00e9niaux, de l&rsquo;oeuvre de Chaplin, en ajoutant une couche aux raisons pour\nlesquelles j\u2019appelle Chaplin un g\u00e9nie en tout genre. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette exposition a \u00e9t\u00e9\ncon\u00e7ue de mani\u00e8re \u00e0 accompagner le visiteur tout au long de la carri\u00e8re de\nCharlie Chaplin, de ses d\u00e9buts dans le music hall anglais jusqu\u2019\u00e0 son\nincorporation dans le cin\u00e9ma sonore. Un parcours bien connu qui, cependant, se\nm\u00e9tamorphose dans la salle en un labyrinthe de surprises. J\u2019utilise le mot\nlabyrinthe parce que la conception spatiale de l\u2019exposition repr\u00e9sente les\nhauts, les bas et la complexit\u00e9 d\u2019une carri\u00e8re professionnelle aussi peu\nlin\u00e9aire que l&rsquo;\u00e9tait celle de Charlot. J\u2019ai pu d\u00e9couvrir \u00e0 chaque tournant, \u00e0\nchaque coin, des d\u00e9tails surprenants. Jeux d\u2019ombres sur les murs pour les\ntitres des explications, passages et salles de cin\u00e9ma cach\u00e9es, supports en bois\nreproduisant escaliers et strates\u2026 tout rappelle l\u2019ambiance mouvement\u00e9e d\u2019un\nplateau de cin\u00e9ma ou d\u2019une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre en pleine r\u00e9p\u00e9tition. La salle\nd\u2019exposition de la <strong>Philharmonie de\nParis, <\/strong>plong\u00e9e dans une ambiance assombrie, dans un jeu constant d\u2019ombres,\nde lumi\u00e8res et de transparences, nous plonge la t\u00eate la premi\u00e8re dans le monde\ndu spectacle. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019exp\u00e9rience ne\ns&rsquo;arr\u00eate pas l\u00e0 : elle accueille et interpelle tout type de public, et reste\nl\u2019une des plus didactiques que j&rsquo;ai jamais eu l&rsquo;occasion de voir. Le visiteur\ndevient acteur dans le monde de Chaplin lorsqu\u2019il d\u00e9couvre qu\u2019il peut\nlitt\u00e9ralement enfiler le costume de Charlot tout au long de sa visite ; ou\nencore, en testant lui-m\u00eame le fonctionnement d\u2019une machine \u00e0 bruitages datant\ndes d\u00e9buts du cin\u00e9ma. Les plus jeunes peuvent \u00e9galement emprunter passages\nsecrets et raccourcis pour s\u2019approprier l\u2019espace de l\u2019exposition. <\/p>\n\n\n\n<p>Bien en lien avec le monde\ndu cin\u00e9ma, l\u2019exposition reste incroyablement visuelle, et le m\u00e9lange de\nsupports maintient le visiteur en \u00e9tat de constante surprise. Photographies,\naffiches, extraits de films, reproductions audio et m\u00eame une statue en taille\nr\u00e9elle de Charlot, tout est l\u00e0 pour maintenir les cinq sens \u00e9veill\u00e9s. Les\nexplications sont claires et synth\u00e9tiques, et cet \u00e9quilibre permet au visiteur\nde ne pas se sentir \u00e9cras\u00e9 par la richesse des informations. Il peut prendre\nson temps, revenir en arri\u00e8re, s\u00e9lectionner l\u2019information\u2026 L\u2019exposition\n\u00ab\u00a0visuelle\u00a0\u00bb est tr\u00e8s intelligemment compl\u00e9t\u00e9e par une multitude de\ncasques audio que l\u2019on branche sur des bornes tout au long du parcours. Ces\nbornes donnent \u00e0 \u00e9couter les sons d\u2019extraits de courts-m\u00e9trages, et permettent\nm\u00eame de comparer les diff\u00e9rents stades de production d\u2019un morceau de musique au\nsein des studios de Chaplin. <\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, les informations\ndistill\u00e9es au cours l\u2019exposition reposent \u00e9norm\u00e9ment sur la symbolique du\npersonnage, et jouent sur les souvenirs des plus grands comme sur l\u2019imaginaire\ncollectif des plus jeunes pour atteindre tout type de public, des experts \u00e0\nceux qui d\u00e9couvrent, ou &#8211; comme moi, qui red\u00e9couvrent Charlie Chaplin sous une\nnouvelle lumi\u00e8re. J\u2019ai pu reconna\u00eetre la touche comique et g\u00e9niale de l\u2019artiste\ndans chaque d\u00e9tail de l\u2019exposition, presque comme s&rsquo;il avait lui-m\u00eame guid\u00e9 son\n\u00e9laboration. Le tout capte parfaitement son essence artistique et humaine. <\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, cette\nexposition a provoqu\u00e9 en moi toute une ribambelle d\u2019\u00e9motions : du sentiment de\nfamiliarit\u00e9 face aux n\u00e9ons en forme de cannes et de chapeaux melon d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e\n&#8211; au rire en retrouvant le passage mythique des <em>Temps Modernes<\/em>, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019espoir, lorsque l\u2019exposition s&rsquo;ach\u00e8ve\navec la projection compar\u00e9e des deux grands discours du <em>Dictateur<\/em>, le deuxi\u00e8me s\u2019\u00e9rigeant en tant que message de paix et de\nd\u00e9mocratie pour l\u2019humanit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Si Chaplin \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un\npersonnage que je connaissais et pensais maitriser, cette exposition m\u2019a\naccueillie dans son monde et m\u2019a guid\u00e9e de fa\u00e7on effective et ludique pour me\nrappeler en quoi \u201cCharlot\u201d et \u201cmusique\u201d sont indissociables. Je conseille\nvivement \u00e0 tous les amants de la musique, du cin\u00e9ma, du th\u00e9\u00e2tre et du rire de\nse perdre dans les recoins de cette salle, et de vivre l\u2019exp\u00e9rience au moins\nune fois, car comme le disait Chaplin lui-m\u00eame, <em>\u201cUne journ\u00e9e sans rire est une journ\u00e9e perdue\u201d.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Julia ESCRIU LORO<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><em>Charlot<\/em>, j&rsquo;ai port\u00e9 ton nom des centaines de fois. Mon grand-p\u00e8re, profond\u00e9ment adepte de toi, nous appelait les Charlots (pas le groupe, il ne jurait que par Johnny) &#8211; mes fr\u00e8res et moi. J&rsquo;ai du m&rsquo;en vexer une ou deux fois, pardon pour ca ! Mon p\u00e8re, lui, collectionnait tes DVDs. Bref, tu l&rsquo;as. Tu vivais litt\u00e9ralement chez nous ; \u00e0 mon tour, j&rsquo;ai cherch\u00e9 ma place chez toi, en janvier dernier. Pas si facile, de s&rsquo;inviter \u00e0 tes cot\u00e9s : tu as beaucoup, beaucoup de secrets. Je ne t&rsquo;ai que trop associ\u00e9 \u00e0 ces grimaces, ces battements d&rsquo;yeux soulign\u00e9s de noir, ces manches retrouss\u00e9es, cette d\u00e9marche \u00e9nigmatique&#8230; ! Finalement, je connaissais Charlot, pas Charlie, pas l&rsquo;homme ing\u00e9nieux, inspir\u00e9 ; pas l&rsquo;homme g\u00e9nial, violoniste et pragmatique que tu \u00e9tais. Il existe un lien subtil, une musicalit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre entre tes deux visages. Je ne me suis pas d\u00e9guis\u00e9e en toi, c&rsquo;\u00e9tait une id\u00e9e adorable mais je n&rsquo;ai pas la pr\u00e9tention d&rsquo;\u00eatre \u00e0 ta hauteur. D&rsquo;accord, ton violon m&rsquo;a fait de l\u2019\u0153il (ce qui n&rsquo;a pas de sens, puisque je lis aussi bien les partitions que le grec ancien, c&rsquo;est-\u00e0-dire pas du tout). J&rsquo;\u00e9tais petite au milieu de tes m\u00e9moires, touch\u00e9e par les jeux d&rsquo;ombres et de lumi\u00e8res, l&rsquo;ambiance tamis\u00e9e, par ce cheminement du silence au fameux discours du barbier juif, lequel n&rsquo;a pas pris une ride ! Ta <em>touch<\/em>, Charlie-Charlot, ton cynisme incisif, qu&rsquo;il soit muet ou parlant, ton \u00e9loquence et la mani\u00e8re dont ton histoire et l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma s&rsquo;intriquent l&rsquo;une dans l&rsquo;autre, formidablement t\u00e9lescop\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<p>Tu m&rsquo;\u00e9voques un po\u00e8me de Verlaine, une certaine <em>colloque sentimentale<\/em>. Evidemment, tu es plus optimiste, et moins flou &#8211; mais te rencontrer \u00e0 nouveau, \u00e0 la Philharmonie, c&rsquo;\u00e9tait&#8230; comme de vagabonder \u00e0 travers le pass\u00e9, d&rsquo;\u00e9voquer quelque chose qui fut et ne sera plus jamais : l&rsquo;authenticit\u00e9 d&rsquo;un cin\u00e9ma du vrai, du joyeux sp\u00e9cial &#8211; celui qui n&rsquo;a pas besoin d\u2019\u00eatre dit pour se raconter. L&rsquo;exposition, en particulier sa sc\u00e9nographie, servait parfaitement le propos ; j&rsquo;en suis ressortie enchant\u00e9e. En particulier quand, \u00e0 la fin, \u00e9branl\u00e9e par tes discours, touch\u00e9e par ta capacit\u00e9 \u00e0 rendre le silence m\u00e9lodieux, par ce que les gens disaient de toi, par ton rejet du parlant &#8211; pas un signe de r\u00e9bellion, mais la preuve de ton authenticit\u00e9, j&rsquo;ai \u00e9cout\u00e9 l&rsquo;une des nombreuses versions de <em>Smile<\/em> (celle de Seal, de m\u00e9moire). Un joli message, universel, presque une adresse. Ecoutez-la quand il fait un peu gris, ca fait le plus grand bien. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Camille LACORNE<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : Roy Export SAS, Charlie Chaplin La Philharmonie, proposant une exposition sur le plus grand acteur du cin\u00e9ma muet ? Ce paradoxe trouve un d\u00e9but d\u2019explication dans le curieux titre de \u00ab&nbsp;l\u2019homme-orchestre&nbsp;\u00bb. 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