{"id":14293,"date":"2020-06-14T15:26:56","date_gmt":"2020-06-14T13:26:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=14293"},"modified":"2020-06-14T15:26:56","modified_gmt":"2020-06-14T13:26:56","slug":"vessel-damien-jalet-kohei-nawa-theatre-national-de-chaillot-mars-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=14293","title":{"rendered":"Vessel \/ Damien Jalet, Kohei Nawa \/ Th\u00e9\u00e2tre National de  Chaillot \/ Mars 2020"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate :<\/strong> galerie du <a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Th\u00e9\u00e2tre de Chaillot (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/www.theatre-chaillot.fr\/fr\/saison-2019-2020\/vessel\" target=\"_blank\">Th\u00e9\u00e2tre de Chaillot<\/a>, (c) Yoshikazu Inoue (2020)<\/p>\n\n\n\n<p>Tout d\u2019abord, quelques mots pour d\u00e9finir le spectacle <em>Vessel<\/em>&nbsp;: <\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9trange. \u00c9nigmatique. Animal. Visqueux. Mou.  <\/p>\n\n\n\n<p>Reflets.\nOmbres. Nature, natures&#8230; \n<\/p>\n\n\n\n<p>Damien\nJalet, chor\u00e9graphe de\n<em>Vessel<\/em>,\ns\u2019associe\navec\nl\u2019artiste-plasticien japonais Kohei Nawa pour\nnous\ntransporter\nen\n1h\ndans un monde \u00e0 part, peupl\u00e9 d\u2019\u00eatres \u00e9tranges. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi\nce titre &#8211; <em>Vessel<\/em>&nbsp;?\nS\u00fbrement car ses cr\u00e9ateurs nous plongent\ndans un v\u00e9ritable voyage, nous poussant \u00e0 renverser notre regard\nsur les corps (qui le sont, eux, renversants\n&#8211; litt\u00e9ralement).\n\n<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, d\u00e8s le d\u00e9but du spectacle, il y a sept danseurs. On le sait, on le voit. Leur nudit\u00e9 quasi-totale ne laisse aucun doute. Nous sommes l\u00e0, parmi des humains qui s\u2019entrem\u00ealent en groupe. Tr\u00e8s vite, on oublie cette nature humaine. Tout est fait pour que nous tombions dans ce monde incertain. Les formes sont m\u00e9lang\u00e9es, entass\u00e9es, imbriqu\u00e9es. On ne sait plus quel membre appartient \u00e0 quel individu. Mais un premier corps \u00ab&nbsp;sort&nbsp;\u00bb du tas d\u2019\u00eatres. Il arrive par les pieds, se tra\u00eene vers le public. Son corps ondule enti\u00e8rement, et cette ondulation est accentu\u00e9e par son reflet au sol tapiss\u00e9 d\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Et me voil\u00e0. Je me demande si je suis en train d\u2019halluciner. Je ne per\u00e7ois plus le corps, ou plut\u00f4t : je ne per\u00e7ois plus l\u2019Homme dans ce corps. Cette sensation d\u2019un autre monde est maintenue jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du spectacle et aliment\u00e9e par l\u2019absence de visages. Les corps sont v\u00e9ritablement renvers\u00e9s de fa\u00e7on \u00e0 cacher les visages. On saluera la grande performance physique des danseurs &#8211; assez incroyables, la t\u00eate en bas.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8230; Jusqu\u2019\u00e0 un certain \u00e9v\u00e9nement\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Alors pourquoi ce titre &#8211; <em>Vessel<\/em>&nbsp;? Aussi, parce qu\u2019une pi\u00e8ce centrale repr\u00e9sente un peu le r\u00f4le de navire sur lequel (et autour duquel) les \u00eatres jouent, s\u2019expriment, s\u2019\u00e9veillent.  <\/p>\n\n\n\n<p>Cette pi\u00e8ce, cette masse est blanche et son c\u0153ur est mou. Ce c\u0153ur r\u00e9siste \u00e0 la gravit\u00e9 et se meut avec lenteur. Le contact de ces \u00eatres avec ce c\u0153ur m\u00e8nera \u00e0 leur \u00e9veil. Et nous verrons, enfin, un Homme &#8211; un visage appara\u00eetre.  <\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai ador\u00e9 ce spectacle qui m\u2019a transport\u00e9e et procur\u00e9 une diversit\u00e9 d\u2019\u00e9motions. La peur de l\u2019\u00e9tranget\u00e9, la surprise mais aussi l\u2019amusement (passage du piano vivant), et enfin l\u2019attente : <em>que se passera-t-il apr\u00e8s&nbsp;?<\/em> D\u2019ailleurs, cette attente a saisi le public qui &#8211; \u00e0 la fin du spectacle, n\u2019a pas applaudi. Ce long silence montrait bien l\u2019envie d\u2019en voir encore davantage ! A quand la suite&nbsp;? &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Maryline DESMEULES<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>La repr\u00e9sentation de <em>Vessel <\/em>au <strong>Th\u00e9\u00e2tre Chaillot<\/strong> \u00e9tait juste \u00e0 couper le souffle. Le chor\u00e9graphe Damien Jalet, ainsi que le sc\u00e9nographe Kohei Nawa, nous immiscent au sein d\u2019un univers chim\u00e9rique, d\u2019une beaut\u00e9 animale, tout en glorifiant la puissance du corps humain. <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sur une sc\u00e8ne repr\u00e9sentant une mare \u00e0 grenouilles, avec pour seuls d\u00e9cors de l\u2019eau et un immense n\u00e9nuphar, que l\u2019on admire la mouvance de ces sept corps qui semblent d\u00e9sarticul\u00e9s et embo\u00eet\u00e9s entre-eux \u00e0 la fois. Cette sensation de mouvance, de flexibilit\u00e9 constante qui, pourtant, est en opposition totale avec la performance physique des danseurs fait son effet. Nous avons affaire \u00e0 des positions presque <em>claustrophobiques<\/em>, mais qui d\u00e9livrent \u00e9trangement des sensations lib\u00e9ratrices.&nbsp;Les danseurs font d\u2019ailleurs preuve d\u2019une immense modestie, cachant leurs visages, leurs identit\u00e9s, leur reconnaissance personnelle tout au long de la repr\u00e9sentation &#8211; laissant ainsi au spectateur une opportunit\u00e9 unique. Cette opportunit\u00e9 est celle de pouvoir poser son regard sur le corps de l\u2019humain, et seulement sur celui-ci, sans \u00eatre capt\u00e9 par une quelconque \u00e9motion faciale. Ainsi s\u2019op\u00e8re la magie de la sculpture statique &#8211; devenant mouvante, ainsi que du ressenti d\u00e9coulant du fait que le corps soit capable de millions de transformations. De la prise de conscience de l\u2019\u0153uvre d\u2019art que constitue le corps, sans m\u00eame devoir lui attribuer une identit\u00e9 ou encore une esp\u00e8ce particuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette opposition tout du long entre les corps solides et les corps liquides met en avant l&rsquo;id\u00e9e que le corps lui-m\u00eame est capable d\u2019une fluidit\u00e9 inqualifiable, laissant notre esprit divaguer sur divers questionnements : le corps est solide &#8211; cependant, celui-ci est presque enti\u00e8rement constitu\u00e9 de liquide\u2026 <em>Quel \u00e9trange paradoxe<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est comme si nous allions au contact de la mati\u00e8re durant une heure. Au contact de l\u2019organique, du toucher, de la densit\u00e9 du corps humain.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette impression de <em>non-statique<\/em> dans la structure, de sculptures dans\u00e9es, vivantes, laisse planer cet \u00e9trange paradoxe. Ce sentiment de mise en suspension du temps, avec un jeu remarquable sur la repr\u00e9sentation de celle-ci gr\u00e2ce \u00e0 une mati\u00e8re blanche qui, comme une vague, se liqu\u00e9fie au ralenti, donnant l\u2019impression que l&rsquo;atmosph\u00e8re s\u2019\u00e9tire autour d\u2019elle.&nbsp;Comme si ces corps d\u00e9sarticul\u00e9s prenaient place dans une dimension parall\u00e8le, une dimension r\u00e9sistant \u00e0 toute force gravitationnelle. Nous comprenons donc que ces corps sont parfaitement anonymes, mais n\u2019ont jamais paru aussi sp\u00e9cifiques qu\u2019ici. Ce retour \u00e0 la chair, au vivant, \u00e0 la puret\u00e9 des courbures corporelles, \u00e0 la nudit\u00e9 (seulement entour\u00e9e d\u2019une substance terreuse) et \u00e0 l\u2019eau, sur un fond musical mar\u00e9cageux, laisse appr\u00e9cier le corps dans toute sa simplicit\u00e9. Un corps vivant, et pourtant compos\u00e9 d&rsquo;une multitude de corps morts. Des corps \u00e9gaux entre eux, d\u00e9munis de toutes connotations de genre ou sexuelles, laissant ainsi place \u00e0 leur beaut\u00e9 propre, \u00e0 leur valeur m\u00eame.&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Ella GAUTHIE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><em>Vessel<\/em> est un ballet nocturne dans un marais. Au centre du plateau, un grand morceau de glace fondue, lisse, entour\u00e9 par de l\u2019eau noire. On en voit sortir, comme d\u2019un nid, des monstres compos\u00e9s de chair humaine. Car ce ballet barbare est interpr\u00e9t\u00e9 par des danseurs dont on a supprim\u00e9 le visage, des corps humains sans face et sans t\u00eate.&nbsp;Ce sont des chim\u00e8res qui \u00e9voluent parfois dans l\u2019eau, parfois \u00e0 la surface, sans que l\u2019on puisse pr\u00e9cis\u00e9ment les distinguer dans l\u2019obscurit\u00e9. C\u2019est l\u00e0 la force du parti-pris sc\u00e9nographique de Kohei Nawa : le sol est potentiellement profond, il s\u2019enfonce dans l\u2019ombre, et force le public \u00e0 imaginer la topographie de ses abysses. <\/p>\n\n\n\n<p>La\npi\u00e8ce est compos\u00e9e de plusieurs s\u00e9quences courtes, rythm\u00e9es par la musique de Marihiko\nHara et Ry\u00fbichi Sakamoto,\nsombre et oppressante. Les cr\u00e9atures interpr\u00e9t\u00e9es par les danseurs se livrent\nparfois \u00e0 des d\u00e9ambulations solitaires, o\u00f9 elles explorent l\u2019espace selon leur\npropre mouvement, dict\u00e9 par leur morphologie ; et parfois ces derni\u00e8res se regroupent,\nfont corps ensemble, et pr\u00e9sentent des chor\u00e9graphies rythm\u00e9es et souvent dr\u00f4les.\nLe public voit se d\u00e9velopper tout un \u00e9cosyst\u00e8me, \u00e0 mi-chemin entre l\u2019animal et\nl\u2019humain : on se rassemble, on saute, on fuit, on rampe\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Damien Jalet excelle dans ce clair-obscur, o\u00f9 il parvient \u00e0 cr\u00e9er comme un nouveau type du vivant. Car sur le corps des danseurs, des faces se dessinent quelquefois, structurant la cr\u00e9ature ainsi cr\u00e9\u00e9e ; et l\u2019on voit appara\u00eetre un gros oiseau \u00e0 quatre bras, des araign\u00e9es osseuses, des grandes gueules canines juch\u00e9es sur deux petites jambes\u2026 Et toutes ces chim\u00e8res ne sont faites que de chair nue, d\u2019os, de ligaments et de muscles, qui nous semblent en temps normal si familiers (ce sont les n\u00f4tres !) et qui, ici, nous plongent dans un effroi \u00e9trange. Il faut imaginer des \u00eatres primitifs, qui se seraient nourris de corps humains &#8211; au point que ceux-ci en constituent l&rsquo;anatomie monstrueuse. <\/p>\n\n\n\n<p>Les mouvements des danseurs sont parfois onduleux, parfois convulsifs et tordus. Les parties du corps se comportent comme d\u2019autres : un dos devient un poumon fatigu\u00e9, une \u00e9paule fait na\u00eetre un \u0153il, les pieds sont des coudes. Tous les corps semblent battre, mais le c\u0153ur change de place, il se balade dans la chair, et r\u00e9-organise l\u2019ensemble corporel. Damien Jalet pr\u00e9sente sa pratique chor\u00e9graphique comme sculpturale : ici, ce sont les faces et les c\u0153urs qu\u2019il fait se mouvoir, pour sculpter des monstres avec le corps de ses danseurs. <\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me partie de la pi\u00e8ce int\u00e8gre le&nbsp;<em>katakuriko<\/em>, sorte de f\u00e9cule de pomme de terre \u00e0 la fois solide et liquide, dispos\u00e9 comme une flaque au milieu du bloc de glace. Les danseurs y plongent, s\u2019en badigeonnent pour donner l\u2019impression d\u2019un accouchement : \u00e0 la toute fin, entre les filaments bleus du <em>katakuriko<\/em>, on croit enfin deviner un visage humain. Celui-ci reste seul sur le bloc, comme abandonn\u00e9 par ses cong\u00e9n\u00e8res, qui ne le reconnaissent plus. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Maxime LE GODEC<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Vessel<\/em>, une \u0153uvre universelle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019abord le bruit du vent, puis des coassements lointains qui viennent caresser nos oreilles ; c&rsquo;est enfin la sc\u00e8ne qui s\u2019\u00e9claire lentement et qui capte notre regard. Il aura fallu quelques secondes seulement \u00e0 Damien Jalet pour \u00e9veiller nos sens et les faire vibrer au rythme de ses danseurs. Cette interaction entre le spectateur et l\u2019\u0153uvre d\u2019art, le chor\u00e9graphe la cherche dans chacune de ses cr\u00e9ations&nbsp;: danseur et chor\u00e9graphe international, Damien Jalet explore sans cesse de nouvelles mani\u00e8res de percevoir le corps, le mouvement, la mati\u00e8re&nbsp;; il interroge ainsi les liens entre la danse et la sculpture, depuis les <em>M\u00e9dus\u00e9s<\/em> au Mus\u00e9e du Louvre en 2013 jusqu\u2019\u00e0 <em>Vessel <\/em>au <strong>Th\u00e9\u00e2tre de Chaillot<\/strong> en 2020, v\u00e9ritable point d\u2019orgue de ce d\u00e9cloisonnement des arts.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est donc pas \u00e9tonnant que Damien Jalet ait \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par l\u2019\u0153uvre du sculpteur japonais Kohei Nawa, ma\u00eetre de la mati\u00e8re et de ses r\u00e9emplois surnaturels, au point de vouloir travailler avec lui. <em>Vessel<\/em> est le r\u00e9sultat grandiose de cette rencontre de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re (la danse) et du permanent (la sculpture), de ce dialogue des cultures et des civilisations. Le sujet est audacieux, \u00e0 la hauteur de l\u2019ambition des deux artistes, et risqu\u00e9&nbsp;: la cr\u00e9ation du monde&nbsp;! Plong\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9, le spectateur ne per\u00e7oit d\u2019abord que les bruits de la vie qui s\u2019\u00e9veille. Vient la lumi\u00e8re qui d\u00e9voile un \u00eelot au milieu de la mer primordiale&nbsp;; des corps enchev\u00eatr\u00e9s forment une sorte de masse d\u2019argile attendant d\u2019\u00eatre fa\u00e7onn\u00e9e. Damien Jalet d\u00e9roule alors cet av\u00e8nement de l\u2019Homme \u00e0 travers une danse organique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le traitement du corps-sculpture est particuli\u00e8rement impressionnant, d\u2019autant plus puissant et complexe que les t\u00eates ne se d\u00e9voilent jamais gr\u00e2ce aux postures tortueuses et \u00e0 un subtil jeu d\u2019ombre et lumi\u00e8re, au point de tromper l\u2019\u0153il du spectateur qui per\u00e7oit des \u00eatres extraterrestres et asexu\u00e9s. De ces amas de torses, de bras et de jambes se d\u00e9gage d\u2019abord un corps, puis six autres, qui s\u2019agitent et ondulent sur l\u2019eau telles des grenouilles. Ac\u00e9phales, donc sans \u00e2me, ce ne sont que des \u00eatres primitifs qui errent dans la nuit du monde. En gagnant progressivement la terre, ils commencent \u00e0 prendre conscience d\u2019eux-m\u00eames, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019un d\u2019eux s\u2019enduise d\u2019une p\u00e2te blanche. Le mouvement se brise alors, le corps se rigidifie et la t\u00eate se d\u00e9voile&nbsp;: l\u2019Homme est cr\u00e9\u00e9. Dans un ultime mouvement, il plonge dans cette m\u00eame boue&nbsp;; la sculpture se fige pour ne faire plus qu\u2019un avec la terre, ainsi commencera l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une heure durant, le spectateur vit cette cr\u00e9ation comme la sienne, hypnotis\u00e9 par ces corps d\u00e9sarticul\u00e9s et surnaturels dont chaque mouvement est amplifi\u00e9 et sublim\u00e9 par les sons de ce monde primitif (le vent, l\u2019eau, les bruits d\u2019\u00eatres vivants\u2026). De la sculpture \u00e0 la danse, de la danse \u00e0 la sculpture, la chair s\u2019anime et se cherche avant d\u2019adopter son \u00e9tat permanent. Quelle magnifique \u00e9pop\u00e9e artistique nous offrent Damien Jalet et Kohei Nawa&nbsp;! Le chor\u00e9graphe avoue avoir une fois encore puis\u00e9 son inspiration dans les r\u00e9cits mythologiques du Japon qu\u2019il aime tant, mais ne retrouve-t-on pas cette cosmogonie dans les r\u00e9cits de l\u2019\u00c9gypte ancienne, ou m\u00eame dans ceux de la Bible&nbsp;? Ces corps errants et musculeux ne peuvent-ils pas rappeler l\u2019attitude langoureuse et nonchalante de l\u2019Adam de Michel-Ange avant que Dieu ne lui insuffle la vie&nbsp;? C\u2019est une histoire transculturelle, tout comme l\u2019art qui transcende les fronti\u00e8res, ce qui fait de <em>Vessel <\/em>une \u0153uvre universelle.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Dorian VARENNE &nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : galerie du Th\u00e9\u00e2tre de Chaillot, (c) Yoshikazu Inoue (2020) Tout d\u2019abord, quelques mots pour d\u00e9finir le spectacle Vessel&nbsp;: \u00c9trange. \u00c9nigmatique. Animal. Visqueux. Mou. Reflets. Ombres. 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