{"id":14307,"date":"2020-06-18T20:54:00","date_gmt":"2020-06-18T18:54:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=14307"},"modified":"2020-06-18T20:54:00","modified_gmt":"2020-06-18T18:54:00","slug":"yvonne-princesse-de-bourgogne-philippe-boesmans-luc-bondy-palais-garnier-mars-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=14307","title":{"rendered":"Yvonne, Princesse de Bourgogne \/ Philippe Boesmans, Luc Bondy \/ Palais Garnier \/ Mars 2020"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate :<\/strong> galerie de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-19-20\/opera\/yvonne-princesse-de-bourgogne\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Op\u00e9ra de Paris<\/a>, Saison 19-20, (c) Vincent Pontet<\/p>\n\n\n\n<p><em>Yvonne, Princesse de Bourgogne<\/em> est un op\u00e9ra comique de Philippe Boesmans mettant en sc\u00e8ne l&rsquo;histoire d&rsquo;une jeune fille apathique, renferm\u00e9e et un peu gauche, Yvonne, que le fils du roi demande en mariage par d\u00e9fi, pour choquer les convenances ou pour amuser la cour &#8211; ses raisons sont obscures et bien loin d&rsquo;amuser l&rsquo;entourage du prince. La pr\u00e9sence d&rsquo;Yvonne attise la frustration de ceux qui tentent de la faire parler, les moqueries de ceux qui la traitent de monstre et lui refusent d&rsquo;\u00eatre une femme, la m\u00e9fiance de ceux qui aimeraient la tuer&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Cens\u00e9e illustrer de fa\u00e7on cynique et sordide la mise \u00e0 mort progressive du bouc \u00e9missaire, il m&rsquo;a sembl\u00e9 que la mise en sc\u00e8ne att\u00e9nuait trop la cruaut\u00e9 de la pi\u00e8ce en n&rsquo;en d\u00e9voilant que le comique et le burlesque. La mise en sc\u00e8ne, color\u00e9e et extravagante, est certes dr\u00f4le et d\u00e9coiffante mais rend opaque la violence de cet op\u00e9ra dans lequel on peut voir une illustration de la th\u00e8se du bouc \u00e9missaire de Ren\u00e9 Girard. En effet, cette jeune fille n&rsquo;a rien demand\u00e9 \u00e0 personne. Et, contre son gr\u00e9, on la fait venir au palais pour se rire d&rsquo;elle et l&rsquo;assassiner lorsque son comportement loufoque cesse de faire rire. Autrement dit, tout ce qui, chez elle, attise les curiosit\u00e9s devient par la suite objet de haine &#8211; non pas parce qu\u2019Yvonne aurait mal agi mais parce que seule compte au yeux de tous sa bizarrerie, ce signe distinctif que la communaut\u00e9 observe avec une m\u00eame passion vengeresse alors m\u00eame qu\u2019Yvonne ne cherche jamais \u00e0 se distinguer : elle est juste diff\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette dimension plus dramatique de l&rsquo;op\u00e9ra n&rsquo;est pas exploit\u00e9e de fa\u00e7on claire dans la mise en sc\u00e8ne puisqu&rsquo;on y rit beaucoup mais qu&rsquo;on ne s&rsquo;y sent jamais g\u00ean\u00e9. Mais peut-\u00eatre que c&rsquo;est l\u00e0 le sens de la mise en sc\u00e8ne. Si les spectateurs ont beaucoup ri, ce n&rsquo;est pas la faute d&rsquo;une mise en sc\u00e8ne qui n&rsquo;exploiterait pas assez la violence de la pi\u00e8ce. Puisqu&rsquo;au fond, les faits sont l\u00e0 ; Yvonne est tu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;issue d&rsquo;une f\u00eate organis\u00e9e en ce but. Si donc nous sommes capables de rire de ce spectacle, c&rsquo;est que l&rsquo;op\u00e9ra <em>Yvonne, princesse de Bourgogne<\/em> est capable plus que nul autre de nous faire nous complaire dans notre propre inhumanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Albane LE CABEC<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Burlesque et engag\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Contre toute attente, la prise de position du <strong>Palais Garnier<\/strong>, soutenant les gr\u00e9vistes contre la r\u00e9forme des retraites, donne d\u00e9j\u00e0 un avant-go\u00fbt de la pi\u00e8ce en elle-m\u00eame. De ce fait, \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 les lumi\u00e8res se sont \u00e9teintes juste avant le d\u00e9but de la repr\u00e9sentation, une division s\u2019est cr\u00e9\u00e9e au sein m\u00eame des spectateurs. Applaudissements d\u2019approbation dans les plus hauts balcons, et hu\u00e9es de m\u00e9contentement dans les si\u00e8ges de l\u2019orchestre et les premi\u00e8res loges de ce \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019italienne. <em>Yvonne, princesse de Bourgogne<\/em>, com\u00e9die tragique mise en musique par Boesmans d\u2019apr\u00e8s la pi\u00e8ce de Gombrowicz, et mise en sc\u00e8ne par Luc Bondy, s\u2019est ainsi directement engag\u00e9e politiquement, socialement et culturellement. D\u00e9rangeante, d\u00e9j\u00e0, et pr\u00e9parant ainsi tout le drame et le cynisme de cet op\u00e9ra.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs d\u00e9tails attirent l\u2019attention, comme le jeu mis en place avec les diff\u00e9rents degr\u00e9s d&rsquo;ouverture du rideau sur la sc\u00e8ne. On a, comme premi\u00e8re image, une petite ouverture du rideau et l\u2019ensemble des interpr\u00e8tes chantant d\u2019un seul ch\u0153ur, pr\u00e9sentant ainsi le royaume dont il est question. Mais le plus frappant reste la modernit\u00e9 de la pi\u00e8ce. Univers d\u00e9cal\u00e9&nbsp;: classique et traditionnel par les chants d\u2019op\u00e9ra, avec l\u2019orchestre donnant le ton et le rythme, mais contemporain dans l\u2019\u00e2me. Nous sont tour \u00e0 tour pr\u00e9sent\u00e9s un roi &#8211; en jogging rouge avec des lunettes de soleil, des paparazzis, des hommes d\u2019affaire, des prostitu\u00e9es, Dupont et Dupond, des mendiants&#8230; Puis l\u2019ouverture totale du rideau survient, et ce n\u2019est pas un royaume riche, imposant qui apparait, mais de simples d\u00e9cors, ternes, gris. Un gros b\u00e2timent avec un escalier d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et une vitrine de l\u2019autre. La soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9peinte est fade, sans saveur.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce repose sur un geste anarchique, comme une r\u00e9volution interne, un coup d\u2019\u00e9tat contre cette soci\u00e9t\u00e9 totalement superficielle, d\u00e9jant\u00e9e et anti-moraliste. Le prince, en costard, avec de symboliques chaussettes rouges, choisit d\u2019\u00e9pouser Yvonne, \u00ab&nbsp;une souillon&nbsp;\u00bb, une fille des plus laides. Entre les clich\u00e9s sur \u00ab&nbsp;une bonne fille \u00e0 \u00e9pouser&nbsp;\u00bb, les gestes grossiers et insultants du roi, et le royaume qui rit de l\u2019absurdit\u00e9 de cette union, c\u2019est finalement un reflet des critiques que l\u2019on pense tout bas. Un reflet de cette soci\u00e9t\u00e9 qui perd pied et qui juge ceux qui d\u00e9rangent, ceux qui sont sens\u00e9s penser comme eux et qui, malgr\u00e9 tout, vont \u00e0 contre-courant.<\/p>\n\n\n\n<p>Yvonne ne chante pas, et dira tout au plus dix phrases en 2h de repr\u00e9sentation. Elle parle avec une voix grin\u00e7ante, et l\u2019orchestre qui accompagne ses quelques mots rend le tout totalement fou, tendu, \u00e9trange&nbsp;; elle fait peur, presque&#8230; poss\u00e9d\u00e9e&nbsp;? La cour se moque, accentuant le c\u00f4t\u00e9 \u00e9trange de la folle. Mais elle reste craintive, car Yvonne fait ressortir leurs anciens vices et leurs imperfections &#8211; cach\u00e9es par le silicone, le maquillage, le botox. Le roi pervers se souvient de sa jeunesse d\u00e9braill\u00e9e, la reine tortur\u00e9e de ses po\u00e8mes \u00e9rotiques.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est avec la d\u00e9cision de tuer Yvonne que cet op\u00e9ra prend un tout autre tournant, plus inqui\u00e9tant et plus dynamique. Le royaume, de ce fait, tourne en d\u00e9rision la religion car les deux derniers actes d\u00e9peignent une soci\u00e9t\u00e9 qui se veut libre, sans se sentir coupable aux yeux d&rsquo;une quelconque morale. Le roi r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la mani\u00e8re de tuer Yvonne et imite le Christ en croix. De plus, lors de la mort d\u2019Yvonne, on assiste \u00e0 un <em>l<\/em><em>acrimosa<\/em> parodi\u00e9, qui est un ancien chant religieux pour les d\u00e9funts. La cour est en noir, comme pour un enterrement, et Yvonne entre comme un fant\u00f4me, un cadavre d\u00e9j\u00e0 consum\u00e9. Le d\u00e9cor est tout \u00e0 fait original&nbsp;: un immense poisson en plastique s\u2019ouvre et fait appara\u00eetre ses entrailles et ses ar\u00eates. La pauvre s\u2019\u00e9touffe avec, et les gens la contemplent alors qu\u2019elle agonise. Le fameux poisson sert de cercueil. Yvonne semble avoir \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e pour l\u2019exemple et la sc\u00e8ne finale avec le poisson n\u2019est autre que le symbole par excellence des premiers chr\u00e9tiens. La morale n\u2019existe plus, on tue, on \u00e9touffe ce qui d\u00e9range pour ne plus avoir \u00e0 se sentir coupable. Tout le monde se met \u00e0 genoux, hypocritement, except\u00e9 le prince horrifi\u00e9. Le roi le force finalement \u00e0 se mettre \u00e0 genoux, comme un point d\u2019orgue final, une injonction \u00e0 la soumission, au conformisme d\u2019une civilisation bancale et d\u00e9sordonn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9finitive&nbsp;: un op\u00e9ra d\u00e9fiant la soci\u00e9t\u00e9, audacieux dans ses propos, qui brise les r\u00e8gles et les codes et qui ose aller \u00e0 contre-courant. Un op\u00e9ra talentueux, tant par ses choristes que par son orchestre. Le public a beaucoup \u00e9volu\u00e9, tout comme la soci\u00e9t\u00e9. Enfin un op\u00e9ra qui ose suivre son temps, et d\u00e9noncer les d\u00e9rives sociales, \u00e9thiques, f\u00e9ministes et la\u00efques qui suscitent finalement plus de divisions, avec la volont\u00e9 d\u2019imposer une uniformit\u00e9 de pens\u00e9e, inqui\u00e9tante et ridicule.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Marie-Louise CONTRERAS<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019elle commence, la repr\u00e9sentation propos\u00e9e par Philippe Boesmans et Luc Bondy d\u2019apr\u00e8s la pi\u00e8ce du Polonais Witold Gombrowicz surprend&nbsp;: le d\u00e9cor de Richard Peduzzi, manifestement soign\u00e9, n\u2019en est pas moins trop imposant, et la troupe de personnages &#8211; dans laquelle n\u2019appara\u00eet pas Yvonne, interpelle notre regard par ses costumes clinquants et tape-\u00e0-l\u2019\u0153il, sign\u00e9s Milena Canonero.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette mise en sc\u00e8ne, \u00e0 bien des \u00e9gards exub\u00e9rante et encombrante, est finalement bien superficielle et n\u2019a, semble-t-il, pas d\u2019autre fonction que celle d\u2019insister sur l\u2019exclusion d\u2019Yvonne par rapport au reste de la Cour de l\u2019imaginaire Burgunda. La princesse, il est vrai, doit faire tache&nbsp;; on s\u2019attend \u00e0 ce qu\u2019elle provoque un sentiment de malaise du fait de son silence quasi-constant, et qu\u2019elle exerce une certaine fascination-r\u00e9pulsion \u2013 sans quoi elle n\u2019aurait sans doute pas l\u2019effet que Gombrowicz imagine dans sa pi\u00e8ce. Il n\u2019en est rien. L\u2019interpr\u00e9tation de D\u00f6rte Lyssewski est plate, bien souvent exag\u00e9r\u00e9e, r\u00e9duite \u00e0 des gestes brusques et \u00e0 des mimiques r\u00e9p\u00e9titives. Les rares paroles prononc\u00e9es par Yvonne ne retiennent pas plus que cela notre attention. Face \u00e0 elle, nous n\u2019\u00e9prouvons qu\u2019une sorte d\u2019ennui et de lassitude&nbsp;\u2013 bien loin de l\u2019agacement de plus en plus intense qu\u2019elle devrait susciter et qui justifie sa mise \u00e0 mort \u00e0 la fin du quatri\u00e8me et dernier acte. Mise \u00e0 mort qui, d\u2019ailleurs, laisse malheureusement de marbre tant elle est burlesque.<\/p>\n\n\n\n<p>Les prestations du Prince Philippe (Julien Behr) et du Roi Ignace (Laurent Naouri) ne sont gu\u00e8re plus convaincantes. La Reine Marguerite de B\u00e9atrice Uria-Monzon est un peu plus efficace. Mais dans l\u2019ensemble, les personnages sont interpr\u00e9t\u00e9s avec beaucoup de fadeur.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9cors trop lourds, costumes trop outranciers, prestations trop superficielles&nbsp;; bref, rien ne contribue \u00e0 nous tenir en haleine.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Alexia REVERCHON<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p><em>Yvonne, Princesse de Bourgogne <\/em>est au d\u00e9part une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de l\u2019\u00e9crivain polonais Witold Gombrowicz &#8211; qui la publia en Pologne en 1938, mais dont la premi\u00e8re n\u2019eut lieu sur la sc\u00e8ne du Th\u00e9\u00e2tre dramatique de Varsovie qu\u2019en 1957. Rapidement interdite en Pologne, la pi\u00e8ce fut ensuite jou\u00e9e sur les sc\u00e8nes europ\u00e9ennes. \u00c0 partir des ann\u00e9es 60, sa repr\u00e9sentation eut du succ\u00e8s en France, en Su\u00e8de, en Allemagne et plus tard aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019accueil de la pi\u00e8ce en France, ainsi que dans les autres pays, fut beaucoup plus favorable que dans le pays natal de l\u2019\u00e9crivain. On en adapta un op\u00e9ra en allemand, en polonais et en fran\u00e7ais. C\u2019est la version du compositeur belge Philippe Boesmans, en collaboration avec le metteur en sc\u00e8ne Luc Bondy, que l\u2019<strong>Op\u00e9ra Garnier<\/strong> pr\u00e9sente cette saison.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectateur d\u00e9couvre l\u2019histoire de la famille royale, sans pr\u00e9ciser exactement les origines de celle-ci, ni l\u2019\u00e9poque. Nous avons le roi Ignace (Laurent Naouri), la reine Marguerite (B\u00e9atrice Uria-Monzon), leur fils le prince Philippe (Julien Behr), les gens de Cour et l\u2019h\u00e9ro\u00efne principale, la princesse Yvonne (D\u00f6rte Lyssewski), autour de laquelle se d\u00e9roulent les quatre actes de cette com\u00e9die. La famille royale risque de devenir proche de cette <em>\u00ab&nbsp;grenouille&nbsp;\u00bb<\/em>, fille laide et antipathique \u2013 ce qui \u00e9veille la piti\u00e9 du prince. En vrai <em>gentleman<\/em>, le prince Philippe prend sous sa protection cette jeune femme bannie par la soci\u00e9t\u00e9 et annonce son mariage avec elle. Cependant son h\u00e9ro\u00efsme dispara\u00eet assez vite et il se rend compte que la situation dans laquelle il s\u2019est mis est trop absurde&nbsp;; il ne peut pas rester avec cette femme sauvage et muette qui n\u2019est capable que de pousser des cris. Il prend donc la d\u00e9cision de tuer Yvonne. Il r\u00e9alisera son projet dans la sc\u00e8ne finale de la pi\u00e8ce, \u00e0 l\u2019aide de toute sa famille. La m\u00e9thode pour se d\u00e9barrasser d\u2019Yvonne est comique, m\u00eame absurde&nbsp;: au moment du d\u00eener royal, on lui sert une grosse perche dont une ar\u00eate la fera s\u2019\u00e9touffer.<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9fauts et la cruaut\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, surtout de la noblesse, qui est <em>a<\/em><em> priori<\/em> la classe sociale la plus instruite, est le th\u00e8me principal de ce spectacle. La premi\u00e8re chose qui choque, c\u2019est l\u2019absence de go\u00fbts vestimentaires&nbsp;: il est difficile de d\u00e9finir ce qui frappe le plus entre le costume sportif du roi et les habits tape-\u00e0-l\u2019\u0153il de la reine et des dames de la Cour &#8211; aux coiffures et bijoux d\u00e9mesur\u00e9s. Milena Canonero, qui a cr\u00e9\u00e9 les costumes des artistes, a r\u00e9ussi \u00e0 souligner le caract\u00e8re grotesque des personnages. En effet, les v\u00eatements n\u2019apportent aucune indication sur l\u2019\u00e9poque, on ne sait pas s\u2019ils sortent des ann\u00e9es 2000 ou du d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle. Par ailleurs le d\u00e9cor reste \u00e9galement anonyme&nbsp;: Richard Peduzzi n\u2019alourdit pas l\u2019espace avec des d\u00e9tails, ce sont des lignes simples, des couleurs sages, avec minimum de meubles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, on remarque l\u2019hypocrisie des h\u00e9ros et de leurs comportements brutaux, qui d\u00e9passent parfois toutes les limites de la soci\u00e9t\u00e9 civilis\u00e9e, comme l\u2019obsession sexuelle du roi par exemple. La chor\u00e9graphie des acteurs, \u00e9labor\u00e9e par Arco Renz, est remarquable. D\u00f6rte Lyssewski, pour r\u00e9aliser le r\u00f4le de la presque totalement muette Yvonne, n\u2019a pratiquement que l\u2019expression de son corps et de son visage, gr\u00e2ce auxquels l\u2019actrice sculpte parfaitement son h\u00e9ro\u00efne maltrait\u00e9e, peu compr\u00e9hensible.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Yvonne, Princesse de Bourgeonne<\/em> est annonc\u00e9e comme une com\u00e9die tragique en musique. Le spectateur peut ressentir une certaine confusion quand il va \u00e0 l\u2019<strong>Op\u00e9ra Garnier<\/strong>, car il n\u2019est pas facile de d\u00e9finir tout de suite le genre de ce qu\u2019il verra sur la sc\u00e8ne&nbsp;: <em>est-ce un op\u00e9ra&nbsp;?<\/em> Probablement&nbsp;: nous entendons des chanteurs professionnels, un v\u00e9ritable orchestre, on voit m\u00eame les sous-titres dans deux langues. Mais dans le r\u00e9cit il y a beaucoup d\u2019humour, des blagues qui ne se pr\u00e9sentent pas habituellement dans les op\u00e9ras classiques. Elles cr\u00e9ent un contact avec le spectateur, les gens dans la salle r\u00e9agissent \u00e0 ce qu\u2019ils voient sur la sc\u00e8ne. <em>L\u2019op\u00e9ra est-il oblig\u00e9 d\u2019utiliser les moyens de la com\u00e9die pour que le spectateur contemporain ne s\u2019ennuie pas trop&nbsp;? Est-il normal de cr\u00e9er <\/em><em>une<\/em><em> fusion des genres dans le contexte actuel, faire des exp\u00e9riences, ou vaut-il mieux conserver \u00e0 chaque type d\u2019\u0153uvre sa place, op\u00e9rette pour l\u2019op\u00e9ra-comique, spectacle pour le th\u00e9\u00e2tre&nbsp;? <\/em>C\u2019est le spectateur qui d\u00e9cide.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Katsiaryna SAMKOVA<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : galerie de l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris, Saison 19-20, (c) Vincent Pontet Yvonne, Princesse de Bourgogne est un op\u00e9ra comique de Philippe Boesmans mettant en sc\u00e8ne l&rsquo;histoire d&rsquo;une jeune fille apathique, renferm\u00e9e et un peu gauche, Yvonne, que le fils du roi demande en [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":14308,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-14307","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14307","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=14307"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14307\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=14307"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=14307"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=14307"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}