{"id":14322,"date":"2020-07-19T18:19:38","date_gmt":"2020-07-19T16:19:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=14322"},"modified":"2020-07-19T18:19:38","modified_gmt":"2020-07-19T16:19:38","slug":"bison-marco-da-silva-ferreira-theatre-des-abbesses-mars-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=14322","title":{"rendered":"Bison \/ Marco Da Silva Ferreira \/ Th\u00e9\u00e2tre des Abbesses \/ Mars 2020"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate :<\/strong> (c) Estelle Valente, 2020 | <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/youtu.be\/Y8Lc0MKFw9s\" target=\"_blank\">Teaser<\/a> <\/p>\n\n\n\n<p><strong>BEA(S)T<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 <em>Bisonte<\/em>, une pi\u00e8ce chor\u00e9graphique de l&rsquo;artiste portugais Marco Da Silva Ferreira, ce vendredi 6 mars au <strong>T<\/strong><strong>h\u00e9\u00e2tre des Abbesses<\/strong> \u00e0 Montmartre.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e9nographie pr\u00e9sente la particularit\u00e9 \u2013 encore que cela ne soit pas tout \u00e0 fait une nouveaut\u00e9 \u2013 de faire appara\u00eetre un espace sc\u00e9nique noir encadr\u00e9 par une bande lumineuse. Le son est mix\u00e9 en direct par un homme. Pr\u00e8s de lui est install\u00e9 un set de batteries \u00e9lectroniques qui sera utilis\u00e9 par une des danseuses.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le programme, une interview du chor\u00e9graphe place d&#8217;embl\u00e9e la question de la sensibilit\u00e9 au centre des enjeux du spectacle&nbsp;; en effet, s&rsquo;il y a <em>\u00ab&nbsp;bisons&nbsp;\u00bb<\/em> sur sc\u00e8ne c&rsquo;est uniquement pour remettre en question une sur-masculinisation de l&rsquo;espace et les st\u00e9r\u00e9otypes genr\u00e9s, balay\u00e9s par des corps toujours en mouvement. Le spectacle s&rsquo;ouvre sur une interpr\u00e9tation <em>autotun\u00e9e<\/em> de <em>La Lambada<\/em> par Marco Da Silva Ferreira qui, comme les cinq autres danseurs et danseuses, porte un short et un haut qu&rsquo;il enl\u00e8vera, avec des bandes noires qui traversent son corps, y dessinant des motifs g\u00e9om\u00e9triques, et qui font saillir les muscles pour rappeler l&rsquo;animalit\u00e9 de ce qui est en jeu ici. La pulsation ne s&rsquo;arr\u00eate pas, elle n&rsquo;est que modul\u00e9e par moments. Sur ce rythme qui essentialise la tradition du carnaval, tant comme c\u00e9l\u00e9bration du pr\u00e9sent que comme urgence face \u00e0 l&rsquo;angoisse du futur, chacun s&rsquo;anime et l&rsquo;espace devient \u00e0 la fois ce qu&rsquo;il y a de plus urbain (des signes <em>street style<\/em> le jalonnent) et de plus lointain, de plus ancestral&nbsp;; si bien que devant ces corps luisants qui se d\u00e9nudent, dans un \u00e9lan qui tient \u00e0 la fois de l&rsquo;assouvissement et de la retenue d&rsquo;un trop-plein, le spectateur peut \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 penser tant \u00e0 des r\u00e9f\u00e9rences de la pop culture r\u00e9cente comme <em>Fortnite<\/em> ou le dessin anim\u00e9 <em>Madagascar<\/em> qu&rsquo;aux ancestrales <em>Bacchantes<\/em> d&rsquo;Euripide.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Emma SCHINDLER<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab&nbsp;Les bisons sont monstrueux et d\u00e9gagent un sentiment de force brute, mais en r\u00e9alit\u00e9 ils sont herbivores et des proies plus que des pr\u00e9dateurs&nbsp;\u00bb<\/em><\/p><cite>Marco da Silva Ferreira<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Marco da Silva Ferreira, danseur-chor\u00e9graphe, interroge avec une chor\u00e9graphie futuriste, au carrefour de la danse contemporaine, du hip-hop et des danses tribales, les assignations de genre et les normes de la virilit\u00e9 \u00e0 travers les corps de six danseurs aux costumes indiff\u00e9renci\u00e9s, vacillant entre hyper-masculinit\u00e9 et f\u00e9minit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La musique tombe, imm\u00e9diate, vrombissante, comme une pulsion, une tension liant les corps, et au sein de laquelle se d\u00e9veloppe un langage commun. Les mouvements de masse, entrecoup\u00e9s par la rencontre des corps, leurs accrochages, comp\u00e9titions et \u00e9treintes refl\u00e8tent alors la pression du monde, des influences ext\u00e9rieures, comme une fen\u00eatre abrupte ouverte sur le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le monde bouge et se transforme, au rythme des danseurs, et \u00e0 travers ces pulsions individuelles se construit une dimension collective o\u00f9 chacun semble peu \u00e0 peu se lib\u00e9rer d\u2019un joug, d\u2019une norme, de la prison des id\u00e9es toutes faites.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fur et \u00e0 mesure qu\u2019ils se d\u00e9nudent, on ressent alors qu\u2019au-del\u00e0 de leur nudit\u00e9 corporelle, ils nous livrent leur vuln\u00e9rabilit\u00e9, leurs \u00e9motions intimes, ce qui fait &#8211; en somme, d\u2019eux des \u00eatres humains. Les hommes et les femmes, alors semblables. L\u2019humain, avant tout&nbsp;; l\u2019humain \u00e9merge devant nous avec des mouvements plus fluides, incertains mais surtout, plus libres.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin, l\u2019intensit\u00e9 de ces voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent, en un souffle, en mille souffles &#8211; comme un vent d\u2019\u00e9vasion. Les mouvements, les voix sont alors comme des battements de c\u0153ur : sur la sc\u00e8ne, ce sont seulement des personnes en train de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Fanny LAPIERRE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p>Un micro \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne. <em>Bisonte,<\/em> la nouvelle cr\u00e9ation du chor\u00e9graphe portugais Marco Da Silva Ferreira, commence en musique. Il vient sur le devant de la sc\u00e8ne et entonne une chanson&nbsp;: on ne la reconna\u00eet pas tout de suite parce que le tempo n\u2019est pas celui auquel on est habitu\u00e9, mais petit \u00e0 petit on reconna\u00eet les mots.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/files.offi.fr\/programmation\/1668483\/images\/600\/d775dcff4e1a9674819eaa03ba8851a3.jpg\" alt=\"\" width=\"316\" height=\"440\"\/><figcaption>(c) Jos\u00e9 Caldeira, 2020<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce s\u2019inspire du monde animal et tout particuli\u00e8rement du bison et du paon&nbsp;: le bison, parce qu\u2019avec son corps puissant on l\u2019imagine en guerrier et pourtant il est herbivore, et le paon pour une <em>\u00ab&nbsp;approche plus po\u00e9tique de la masculinit\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>. Marco Da Silva Ferreira affirme qu\u2019au d\u00e9part, il y a un cocktail autobiographique de ses propres \u00e9motions, il veut y questionner le masculin et le f\u00e9minin, la force et la d\u00e9licatesse. Et ce contraste, les interpr\u00e8tes, trois hommes et trois femmes aux physiques sculpturaux et atypiques, l\u2019incarnent parfaitement, ils sont <em>\u00ab des \u00eatres oscillant entre les genres&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>On oscille aussi sur un collage musical tr\u00e8s rythm\u00e9 qui nous rappelle les danses urbaines et en particulier le hip hop. Les costumes ont des couleurs vives et les lignes dessin\u00e9es avec des traits noirs \u00e9pais sur le corps des danseurs les sculptent, soulignant les muscles qui contrastent avec la gr\u00e2ce des mouvements.<\/p>\n\n\n\n<p>Le public a beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 et il y a eu plusieurs rappels.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Monica MELE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p>La repr\u00e9sentation <em>Bisonte<\/em> de Marco Da Silva Ferreira, pr\u00e9sent\u00e9e au <strong>Th\u00e9\u00e2tre des Abbesses<\/strong>, met en sc\u00e8ne six danseurs&nbsp;: trois hommes et trois femmes (ainsi qu\u2019un DJ). L\u2019objectif principal de la pi\u00e8ce est de questionner le genre. Cet objectif est atteint tant par le soin apport\u00e9 au choix des costumes que par les mouvements des danseurs et leurs interactions. On atteint m\u00eame \u00e0 un moment une sorte de fusion des genres par un corps \u00e0 corps \u00e0 mi-chemin entre le combat et un \u00e9change tendre. Aussi, l\u2019\u00e9vocation ponctuelle des bisons, symbolis\u00e9s par des v\u00eatements sp\u00e9cifiques, est visuellement tr\u00e8s agr\u00e9able <em>via<\/em> un changement d\u2019\u00e9clairage de la sc\u00e8ne qui cr\u00e9e une sorte d\u2019enclos lumineux dans lequel tourne ce troupeau de danseurs-bisons. Cependant, cet \u00e9pisode manque de lien avec le reste de la chor\u00e9graphie et apparait comme presque anecdotique. En effet, le propos est quelque peu parasit\u00e9 par l\u2019\u00e9vocation de probl\u00e9matiques qui ne sont pas exploit\u00e9es \u00e0 leur maximum. Le rapport aux \u00e9volutions technologiques, notamment musicales, est convoqu\u00e9 en permanence &#8211; que ce soit par la bande son (de la musique \u00e9lectronique, pr\u00e9sente tout au long de la pi\u00e8ce) ou par le chant tr\u00e8s marqu\u00e9 par les d\u00e9formations \u00e9lectroniques de la voix (vocod\u00e9e probablement) sans pour autant vraiment r\u00e9ussir \u00e0 aboutir \u00e0 une id\u00e9e pr\u00e9cise. Si la pi\u00e8ce exploite une id\u00e9e pertinente, elle manque \u00e0 mes yeux quelque peu de coh\u00e9rence, ce qui aurait permis de v\u00e9ritablement embarquer le spectateur avec cette troupe de bisons.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Salom\u00e9 BUSNEL<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Bison<\/strong><\/em><strong> : la lutte amoureuse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le <\/em><em>b<\/em><em>ison m\u2019a int\u00e9ress\u00e9 parce qu\u2019avec son corps immense et puissant cet animal a l\u2019air guerrier alors qu\u2019il est herbivore et une proie plut\u00f4t qu\u2019un pr\u00e9dateur<\/em>, explique le chor\u00e9graphe Marco Da Silva Ferreira. \u00c0 travers l\u2019image du bison, de son apparente puissance et de son int\u00e9riorit\u00e9 sensible, le chor\u00e9graphe interpr\u00e8te une identit\u00e9 oscillant entre le masculin et le f\u00e9minin. Dans la danse &#8211; interpr\u00e9t\u00e9e par trois danseurs et trois danseuses, cette identit\u00e9 n\u2019est jamais fig\u00e9e. Au contraire, elle est floue, en cours d\u2019\u00e9volution. Le chor\u00e9graphe a l\u2019intention d\u2019exposer ses propres \u00e9motions et sa qu\u00eate d\u2019identit\u00e9 en d\u00e9construisant les st\u00e9r\u00e9otypes masculins. Commenc\u00e9 par une chanson, le spectacle devient plus \u00e9nergique et vari\u00e9 avec de la batterie, du mouvement et de la vibration \u2013 ceux du corps. Par les corps vecteurs d\u2019\u00e9motions des danseurs, on r\u00e9v\u00e8le en m\u00eame temps une animalit\u00e9. Le chor\u00e9graphe con\u00e7oit la sc\u00e8ne comme une ar\u00e8ne et les danseurs sont pr\u00eats pour le combat. Cependant, finalement, ce que le chor\u00e9graphe veut montrer aux spectateurs, ce n\u2019est pas le combat, c\u2019est plut\u00f4t une lutte amoureuse et aussi la douceur de la relation &#8211; comme le couple f\u00e9minin qui s\u2019embrasse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Chenghui SHI<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : (c) Estelle Valente, 2020 | Teaser BEA(S)T J&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 Bisonte, une pi\u00e8ce chor\u00e9graphique de l&rsquo;artiste portugais Marco Da Silva Ferreira, ce vendredi 6 mars au Th\u00e9\u00e2tre des Abbesses \u00e0 Montmartre. 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