{"id":1450,"date":"2011-12-02T20:00:26","date_gmt":"2011-12-02T19:00:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=1450"},"modified":"2011-12-02T20:00:26","modified_gmt":"2011-12-02T19:00:26","slug":"krapps-last-trap","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=1450","title":{"rendered":"Krapp&rsquo;s Last Trap"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><strong><em>Krapp&rsquo;s Last Trap (La derni\u00e8re bande)<\/em>, texte de Samuel Beckett mis en sc\u00e8ne par Robert Wilson au <a href=\"http:\/\/www.athenee-theatre.com\">Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e-Louis Jouvet<\/a>. <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Anzilotti\">La critique de Sarah Anzilotti <\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Malirat\">La critique de Theo Malirat<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Marliere\">La critique de Pierre Marliere<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Anzilotti\"><\/a>Un homme est prisonnier de son atelier. Il entrepose des bandes, les prot\u00e8ge tel un tr\u00e9sor, les \u00e9coute tel le t\u00e9moignage d\u2019une autre vie, un pass\u00e9 r\u00e9volu, lumineux, excitant. Il est seul, terne, sombre, il reste dans l\u2019ombre de ces voix qui r\u00e9sonnent. Pourtant, d\u00e8s qu\u2019elles retentissent, il se m\u00e9tamorphose en un \u00eatre vif, gai et captivant. Cet \u00eatre seul s\u2019est cr\u00e9\u00e9 un univers.<br \/>\nSa solitude nous interpelle, nous attriste, nous fait piti\u00e9. La pluie nous accable, l\u2019orage gronde or rien de tout cela ne l\u2019atteint jamais, seul est surpris, voire effray\u00e9, le spectateur que laissait perplexe cette absence de vie. Nous assistons passifs \u00e0 cette non-existence. Seule cette voix nous sort de l\u2019inertie, seule cette voix capte son attention. Cet homme vit dans un pass\u00e9 en noir et blanc, la couleur a quitt\u00e9 son monde. L\u2019ext\u00e9rieur l\u2019indiff\u00e8re, seul compte son magn\u00e9tophone.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Il s\u2019anime \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019appareil et tant\u00f4t rit de ce qu\u2019il entend, tant\u00f4t en est abattu. Ces bandes sont sa boussole, son atelier sa cellule, son magn\u00e9tophone son ge\u00f4lier. Seules ces voix le ram\u00e8nent au monde des vivants, au monde des morts vivants devrait-on dire. Parce qu\u2019en fait, il est le gardien du pass\u00e9. La vie se d\u00e9roule sans lui et il connait l\u2019existence par procuration. Il n\u2019est plus lui-m\u00eame, il appartient \u00e0 cette pi\u00e8ce. De ce monde bien ordonn\u00e9, il est le ma\u00eetre. \u00c0 la fois acteur et t\u00e9moin de ce th\u00e9\u00e2tre parfois inaccessible au commun des mortels. Il est privil\u00e9gi\u00e9.<br \/>\nPeu \u00e0 peu, il s\u2019\u00e9veille. Il n\u2019attend plus l\u2019obscurit\u00e9 pour s\u2019animer, il prend possession de la pi\u00e8ce, il s\u2019empare de sa propre vie. Le pass\u00e9 ne doit pas devenir une prison mais seulement un souvenir, heureux ou malheureux. &#8211; <strong>Sarah Anzilotti <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><span lang=\"fr-FR\"><span style=\"font-style: normal;\"><a name=\"Malirat\"><\/a>Tr\u00e8s bonne pi\u00e8ce. La mise en route est un peu difficile toutefois, on est plong\u00e9 dans une atmosph\u00e8re glaciale, humide et grise pendant presque 10 minutes, le temps de fermer les yeux quelques instants pour pouvoir se concentrer sur ce qui suit. <\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><span lang=\"fr-FR\"><span style=\"font-style: normal;\">On d\u00e9couvre la mise en sc\u00e8ne assez minimaliste et unicolore, tr\u00e8s bien structur\u00e9e et anonyme, au service de l\u2019intimit\u00e9 du texte de Beckett. Elle peut rappeler l&rsquo;atmosph\u00e8re du <\/span><\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Metropolis<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"><span style=\"font-style: normal;\"> de Fritz Lang \u00e0 plus d&rsquo;un titre. Le personnage est cantonn\u00e9 dans une confrontation avec un magn\u00e9tophone qui passe au fur et \u00e0 mesure les bobines, les brides de sa propre m\u00e9moire langagi\u00e8re.<br \/>\nSans artifice inutile, l&rsquo;on ressent parfaitement la trag\u00e9die de cette anonyme tortur\u00e9e et confront\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, \u00e0 ses \u00ab\u00a0beaux jours\u00a0\u00bb qui demeurent bien rang\u00e9s dans une parcelle de m\u00e9moire \u2013 ou dans un tiroir de bureau. L&rsquo;ambiance maladive sans go\u00fbt qui va jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9teindre sur l&rsquo;aspect physique de la com\u00e9dienne ne rend que plus expressifs le texte et la nostalgie du pass\u00e9 heureux en opposition au pr\u00e9sent d\u00e9pressif.<br \/>\nLe traitement ne pouvait \u00eatre plus juste sans doute. Le paroxysme de l&rsquo;\u00e9motion et de la douleur arrive au moment o\u00f9 la pi\u00e8ce se termine. Et heureusement que le texte \u00e9tait jou\u00e9 en version originale.<\/span><\/span> \u2013 <strong>Th\u00e9o Malirat<\/strong><\/span><\/span>\n<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Marliere\"><\/a>Incipit tragoedia: tonnerre dans la salle. Big Bang? Le monde se d\u00e9chire? Non mais un espace-temps s&rsquo;ouvre: 1h10 de plongeon dans la cellule des souvenirs de Krapp. Une table, un magn\u00e9tophone, des bandes, des n\u00e9ons comme des barreaux et une lumi\u00e8re poussant le turquoise dans les t\u00e9n\u00e8bres. Nous observons ce clown Wilson-Krapp (face blanche et chaussette rouge), \u00e0 la fois inqui\u00e9tant et risible, \u00e9voluer dans le clair-obscur glac\u00e9 de sa prison, gober des bananes, tra\u00eener la savate jusqu&rsquo;\u00e0 la remise o\u00f9 des glouglou ponctuent les bruits de bouchon. Wilson nous pr\u00e9sente un Krapp dans un milieu carc\u00e9ral bien particulier: celui des souvenirs. Il n&rsquo;y aura pas d&rsquo;autres intervenants ni d&rsquo;autres masques. Krapp est seul. Il dialogue avec son pass\u00e9 enregistr\u00e9 sur bobine. Bref, il dialogue avec lui m\u00eame.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Si les mauvaises traductions sont celles qui laissent voir gauchement le texte orignal, Wilson est loin d&rsquo;une telle maladresse. Bien au contraire, il nous offre une repr\u00e9sentation touchante et m\u00e9lodique de la pi\u00e8ce de Beckett. Oui, m\u00e9lodique, aussi surprenant que cela puisse para\u00eetre. La musique ne r\u00e9sonnent plus dans les sons (quoique la voix des souvenirs de Krapp par Wilson soient particuli\u00e8rement envo\u00fbtante) mais dans le visuel muet. La mise en sc\u00e8ne, particuli\u00e8rement saisissante, r\u00e9ussit \u00e0 nous emporter infailliblement vers un th\u00e9\u00e2tre du presque silence, o\u00f9 si la voix du pass\u00e9 est encore langage, celle du pr\u00e9sent est un bruit. V\u00e9ritable vertige auquel le spectateur s&rsquo;abandonne par une sorte de prostitution enthousiaste. &#8211; <strong>Pierre Marliere<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Krapp&rsquo;s Last Trap (La derni\u00e8re bande), texte de Samuel Beckett mis en sc\u00e8ne par Robert Wilson au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e-Louis Jouvet. La critique de Sarah Anzilotti La critique de Theo Malirat La critique de Pierre Marliere Un homme est prisonnier de son atelier. 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