{"id":146,"date":"2016-01-12T20:30:53","date_gmt":"2016-01-12T19:30:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=146"},"modified":"2016-01-12T20:30:53","modified_gmt":"2016-01-12T19:30:53","slug":"la-double-inconstance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=146","title":{"rendered":"La double inconstance"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die Fran\u00e7aise | <a href=\"http:\/\/www.comedie-francaise.fr\/spectacle-comedie-francaise.php?spid=1402&amp;id=516\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La <em>Double Inconstance<\/em> est une com\u00e9die en trois actes et en prose que Marivaux \u00e9crivit en 1723. La pi\u00e8ce est actuellement en repr\u00e9sentation \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise, et ce pendant encore un mois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019intrigue s\u2019articule autour du couple amoureux que forment Arlequin et Silvia. Rien ne pourrait entraver leur bonheur si ce n\u2019est le Prince qui, jetant son d\u00e9volu sur la jeune Silvia, la fait enlever. S\u2019en suit une s\u00e9rie de stratag\u00e8mes et de manigances pour venir \u00e0 bout du serment d\u2019amour que se sont fait les deux amants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A 20h30, ce mardi soir, La Salle Richelieu est comble. La lumi\u00e8re s\u2019\u00e9teint progressivement, les conversations se transforment en chuchotements, qui bient\u00f4t s\u2019\u00e9vanouissent. Le rideau se l\u00e8ve et entra\u00eene les huit cents spectateurs dans une com\u00e9die l\u00e9g\u00e8re sur un sujet grave, pendant plus de deux heures. La salle, attentive et comme captiv\u00e9e, r\u00e9sonne r\u00e9guli\u00e8rement des rires du public. Aux balcons, les spectateurs sont aux aguets. Certains se penchent dangereusement pour ne pas rater le moindre d\u00e9tail. Et des d\u00e9tails, il n\u2019en manque pas dans le magnifique travail de mise en sc\u00e8ne qu\u2019a effectu\u00e9 Anne Kessler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9cors et les costumes sont \u00e9blouissants et l\u2019on en vient \u00e0 se demander comment la metteure en sc\u00e8ne a su conjuguer le texte classique de la pi\u00e8ce \u00e0 une ambiance moderne (la belle Flaminia qui d\u00e9capsule une canette de soda ou encore la coquette Lisette accroch\u00e9e \u00e0 son iPod). Loin de choquer, ces d\u00e9tails conf\u00e8rent \u00e0 la pi\u00e8ce une dimension comique mais \u00e9galement authentique. Les sujets qu\u2019abordait Marivaux au XVIIIe si\u00e8cle sonnent terriblement familiers, preuve que cet auteur est plus que jamais d\u2019actualit\u00e9, pr\u00e8s de trois si\u00e8cles plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00f4les semblent avoir \u00e9t\u00e9 taill\u00e9s sur mesure, tant le jeu de chaque com\u00e9dien est juste et \u00e9clatant. Arlequin nous enchante, Flaminia nous s\u00e9duit. On pardonne \u00e0 Silvia la faiblesse de ses sentiments, \u00e9tant nous-m\u00eames charm\u00e9s par le Prince. Aux c\u00f4t\u00e9s des personnages principaux, la pr\u00e9sence discr\u00e8te mais constante des trois dames de compagnie et des trois valets (tant\u00f4t simples ombres des personnages principaux, tant\u00f4t t\u00e9moins espi\u00e8gles du revirement des c\u0153urs de chacun) conf\u00e8re au tableau une grande dimension esth\u00e9tique. C\u2019est par eux que s\u2019op\u00e8rent les changements de d\u00e9cor entre les sc\u00e8nes ; ces encha\u00eenements quasi chor\u00e9graphiques font partie int\u00e9grante du spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab C\u2019est avec cette pi\u00e8ce que j\u2019ai rencontr\u00e9 Marivaux, que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019aimer et, en l\u2019aimant, que j\u2019ai compris que sa parole, son th\u00e9\u00e2tre allaient bien au-del\u00e0 des mots. \u00bb Cet amour qu\u2019elle porte \u00e0 Marivaux, Anne Kessler le transmet avec fra\u00eecheur et brio dans ce remake moderne et p\u00e9tillant. On la remercie et on vous dit : A voir et \u00e0 revoir !<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Delphine Morin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans sa mise en sc\u00e8ne de <em>La Double inconstance<\/em>, Anne Kessler propose un jeu original fond\u00e9 sur la dialectique entre le texte extr\u00eamement pr\u00e9cis et r\u00e9fl\u00e9chi de Marivaux et la repr\u00e9sentation d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition th\u00e9\u00e2trale induisant l\u2019id\u00e9e d\u2019un travail en cours, non achev\u00e9. En effet, le spectateur assiste aux r\u00e9p\u00e9titions de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise (c\u2019est indiqu\u00e9 sur un panneau dans le fond de la sc\u00e8ne, sur lequel sont \u00e9galement inscrits les \u00e9l\u00e9ments permettant de se situer dans le d\u00e9roulement de la com\u00e9die : actes et sc\u00e8nes) et voit peu \u00e0 peu les costumes \u00e9voluer, se pr\u00e9ciser et faire sens. Anne Kessler dit elle-m\u00eame avoir fond\u00e9 son travail de mise en sc\u00e8ne sur une citation de Marivaux selon laquelle l\u2019acteur est celui \u00ab qui fait semblant de faire semblant. \u00bb. L\u2019id\u00e9e de feindre de montrer au spectateur une r\u00e9p\u00e9tition de la pi\u00e8ce n\u2019a pas de but illusionniste (chacun sait malgr\u00e9 tout qu\u2019il assiste au travail final et achev\u00e9, \u00e0 une vraie repr\u00e9sentation) mais permet de mettre en relief l\u2019\u00e9volution psychologique des personnages, qui est s\u00fbrement l\u2019enjeu principal de la pi\u00e8ce. Comme souvent chez Marivaux, la manipulation mais \u00e9galement les rencontres, les comportements, le chemin que chacun parcourt am\u00e8nent tous les personnages \u00e0 changer de point de vu, \u00e0 penser et sentir autrement, et finalement \u00e0 modifier totalement le syst\u00e8me de relations qui structurait la pi\u00e8ce au d\u00e9part. Outre un bouleversement, cette structure s\u2019inverse de mani\u00e8re presque sym\u00e9trique ici, et cela se traduit au fil de la repr\u00e9sentation par l\u2019\u00e9volution des costumes. Ce proc\u00e9d\u00e9 n\u2019est pas nouveau puisque Piscator et plus encore Brecht l\u2019a initi\u00e9 en France en 1954 avec M\u00e8re Courage et ses enfants, o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cors s\u2019usaient et les personnages vieillissaient et se transformaient \u00e0 vue d\u2019\u0153il au fil du spectacle du fait de la guerre, \u00e9l\u00e9ment destructeur par excellence. Dans <em>La Double inconstance<\/em>, il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un enrichissement des costumes que d\u2019un d\u00e9pouillement, et cette construction progressive enracine peu \u00e0 peu chaque personnage dans une situation et un point de vue contraires \u00e0 ceux de d\u00e9part. Silvia, par exemple, au d\u00e9but en robe simple et l\u00e9g\u00e8re de petite bourgeoise, est folle amoureuse de son villageois Arlequin (dont le nom annonce d\u00e9j\u00e0 un retournement de situation), mais elle se dote progressivement d\u2019un chapeau, d\u2019une coiffure sophistiqu\u00e9e, d\u2019un jupon bouffant, d\u2019une paire de gants rouges (qui t\u00e9moigne le d\u00e9but de son ascension sociale puisqu\u2019apr\u00e8s elle toutes les femmes de la cour portent la m\u00eame) et finalement d\u2019une \u00e9l\u00e9gante et pr\u00e9cieuse robe rouge. Ces costumes suivent son \u00e9volution psychologique : elle abandonne peu \u00e0 peu son amour pour Arlequin et c\u00e8de \u00e0 son penchant pour le cavalier de la cour (plus subtil et \u00e9l\u00e9gant) qu\u2019elle \u00e9pouse en d\u00e9couvrant finalement qu\u2019il est le prince.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor, lui, change tr\u00e8s peu et ne se dote pas d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments suppl\u00e9mentaires de mani\u00e8re aussi significative que les costumes. Les acteurs se meuvent dans une salle du palais assimil\u00e9e \u00e0 un boudoir ou \u00e0 une grande salle polyvalente dans laquelle les invit\u00e9s sont accueillis et o\u00f9 Silvia est retenue au d\u00e9but, mais c&rsquo;est aussi l\u00e0 que le prince prend son bain ou s&rsquo;entretient en priv\u00e9 avec Flaminia pour comploter contre Silvia et Arlequin. L&rsquo;espace est donc assez vaguement d\u00e9fini, mais il s&rsquo;agit d&rsquo;une salle du palais princier (donc richement d\u00e9cor\u00e9e) d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on peut voir, par la fen\u00eatre, la course du soleil signifiant clairement l&rsquo;unit\u00e9 de temps (l&rsquo;action se passe en une journ\u00e9e). Cette pi\u00e8ce classique respecte en effet la r\u00e8gle des trois unit\u00e9s de temps, d&rsquo;action et de lieu, bien que pour une sc\u00e8ne la salle du palais soit transform\u00e9e en jardin (cela reste dans l&rsquo;enceinte du palais).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;unique action qui se d\u00e9roule est la mise en \u0153uvre de la s\u00e9paration de Silvia et Arlequin pour permettre au prince de satisfaire son amour pour Silvia en se mariant avec elle. Cette intrigue est organis\u00e9e de mani\u00e8re tr\u00e8s claire et classique, en 5 actes dont le troisi\u00e8me est l&rsquo;acm\u00e9. Le spectateur connaissant la construction du th\u00e9\u00e2tre classique (et surtout connaissant Marivaux) peut presque savoir d\u00e8s la sc\u00e8ne d&rsquo;introduction, o\u00f9 sont pr\u00e9sent\u00e9s les enjeux principaux de l&rsquo;intrigue, qu&rsquo;\u00e0 la fin l&rsquo;amour de Silvia pour Arlequin va s&rsquo;\u00e9teindre et qu&rsquo;elle va \u00e9pouser le prince. Pour an\u00e9antir toute ambigu\u00eft\u00e9 possible, Anne Kessler fait projeter sur un panneau l&rsquo;acte et la sc\u00e8ne qui sont en train de se d\u00e9rouler. Ainsi, le spectateur peut anticiper le d\u00e9roulement de l&rsquo;action et comprend que l&rsquo;enjeu n&rsquo;est pas de se laisser surprendre par l&rsquo;intrigue ou par le renversement de situation. Ce renversement est attendu, de nombreux \u00e9l\u00e9ments textuels (le nom d&rsquo;Arlequin par exemple) ou sc\u00e9niques permettent de le pr\u00e9voir. Il n&rsquo;est donc pas le v\u00e9ritable centre de la pi\u00e8ce, et Anne Kessler propose une mise en sc\u00e8ne tout \u00e0 fait au\u2010del\u00e0 de la question de l&rsquo;illusion th\u00e9\u00e2trale. Elle met plut\u00f4t le spectateur sur la piste d&rsquo;une r\u00e9flexion sociale d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans le texte de Marivaux de mani\u00e8re tr\u00e8s subtile. Avec une pointe d&rsquo;ironie moins per\u00e7ante et peut-\u00eatre moins moralisatrice que Moli\u00e8re, Marivaux analyse les comportements sociaux, en allant ici jusqu&rsquo;\u00e0 mettre en lumi\u00e8re la psychologie des personnages, influenc\u00e9s par de multiples facteurs. C&rsquo;est aussi parce que l&rsquo;enjeu se trouve si profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 des individus que le niveau de langage n&rsquo;est pas vraiment diff\u00e9renci\u00e9 entre les personnages de l&rsquo;aristocratie et les villageois de la petite bourgeoisie. En ce sens, la mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Anne Kessler et le jeu des acteurs sont justes parce qu&rsquo;ils n&rsquo;essayent pas d&rsquo;enraciner les personnages dans le clich\u00e9 de leur situation sociale, mais ils creusent plus profond\u00e9ment en liant les d\u00e9cisions et les int\u00e9r\u00eats des personnages ainsi que leurs \u00e9volutions \u00e0 leur psychologie, elle\u2010m\u00eame en partie d\u00e9termin\u00e9e par des facteurs sociaux avec lesquels elle enter en interaction de mani\u00e8re singuli\u00e8re.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Julia Ben Abdallah<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sonnerie retentit, le silence se fait et, tandis que la lumi\u00e8re diminue, tous les regards se tournent vers les \u00e9pais rideaux rouges de la salle Richelieu. Au programme ce soir le ballet des amants maudits que sont le jeune Arlequin et la belle Silvia, arrach\u00e9s \u00e0 leur campagne natale et entrain\u00e9s dans les manigances de la cour par le bon vouloir d\u2019un prince qui n\u2019a su r\u00e9sister aux beaux yeux de la jeune femme. Mais quand le rideau s\u2019ouvre enfin ce n\u2019est pas un palais que nous d\u00e9couvrons mais une salle de r\u00e9p\u00e9tition: le foyer des artistes. L\u00e0, la troupe s\u2019exerce au fur et \u00e0 mesure que les mois s\u2019\u00e9grainent sur le texte de Marivaux tandis que la vie parisienne semble suivre son cours par les fen\u00eatres de la salle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 d\u2019un simple aper\u00e7u du travail de la troupe c\u2019est toute une ambiance qu\u2019Anne Kessler choisit de recr\u00e9er dans cette mise en sc\u00e8ne rafraichissante d\u2019une pi\u00e8ce que l\u2019on aurait pourtant volontiers vu prendre quelques rides. On d\u00e9couvre avec plaisir le quotidien des com\u00e9diens: l\u2019effervescence de la pr\u00e9paration du d\u00e9cor et des accessoires, les premiers essais devant l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la troupe, texte \u00e0 la main, les moqueries et les pauses \u00e0 la fen\u00eatre mais, surtout, un fourmillement d\u2019id\u00e9es et de stratag\u00e8mes qui, dans les premiers temps de la pi\u00e8ce, pallient au manque d\u2019accessoires et d\u2019\u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor plus appropri\u00e9s. Les anachronismes sont foisons dans une belle insouciance du t\u00e9l\u00e9phone portable aux lunettes de soleil en passant par des assemblages vestimentaires plus ou moins \u00e9tranges au fur et \u00e0 mesure que le travail de confection des costumes progresse. Et, tandis que la pi\u00e8ce se perfectionne, c\u2019est l\u2019intrigue qui se tisse et le sort des personnages qui se scelle jusqu\u2019au paroxysme du troisi\u00e8me acte qui nous ram\u00e8ne au temps pr\u00e9sent, celui de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus qu\u2019une repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale c\u2019est une v\u00e9ritable ode \u00e0 la com\u00e9die et \u00e0 tous ses ressorts que nous pr\u00e9sente Anne Kessler. Elle dresse ainsi un parall\u00e8le saisissant entre les manigances de Flaminia et le travail de la troupe qui se glisse dans la peau des personnages et nous dupe le temps d\u2019une soir\u00e9e. La l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des com\u00e9diens en r\u00e9p\u00e9tition fait peu \u00e0 peu \u00e9cho au caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re du sentiment amoureux qui lie et d\u00e9lie les protagonistes pris au jeu de la cour. On ne pourra que saluer l\u2019intelligence d\u2019une mise en sc\u00e8ne qui nous donne \u00e0 voir toute la modernit\u00e9 et la virtuosit\u00e9 du regard que Marivaux porte sur les relations humaines qu\u2019il met \u00e0 l\u2019essai avec la pr\u00e9cision d\u2019un scientifique dans une pi\u00e8ce savoureuse et joyeuse qui ne manquera pas de s\u00e9duire les plus exigeants des spectateurs.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Julie San\u00e9-Pezet<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour une double trahison, une double invention. N\u00e9e de la plume de Marivaux en 1723 au Th\u00e9\u00e2tre-Italien,<em> La Double inconstance<\/em> a \u00e9t\u00e9 revisit\u00e9e pour sa nouvelle repr\u00e9sentation \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise par Anne Kessler, soci\u00e9taire du m\u00eame th\u00e9\u00e2tre. Cette com\u00e9die en trois actes, d\u00e9truit progressivement la figure de l\u2019\u00e2me-s\u0153ur \u00e9ternelle qui doit s\u2019incliner devant les \u00e9volutions perp\u00e9tuelles de l\u2019existence humaine. Deux amants, jadis pr\u00eats \u00e0 se donner l\u2019un \u00e0 l\u2019autre pour toujours, finissent par c\u00e9der \u00e0 la volont\u00e9 de deux s\u00e9ducteurs d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 faire du premier couple de fianc\u00e9s deux nouvelles paires de conjoints. Parce qu\u2019en mati\u00e8re de la conscience immat\u00e9rielle, entre l\u2019amour imaginaire et l\u2019amour v\u00e9cu il n\u2019y a qu\u2019un pas bien glissant, et m\u00eame le sentiment le plus immuable risque de se voir bouleverser par un nouveau penchant. Les marionnettes sont Sylvia et Arlequin, interpr\u00e9t\u00e9es ici par Adeline D\u2019Hermy et St\u00e9phane Varupenne. Les ma\u00eetres de jeu, qui comprennent le fonctionnement du syst\u00e8me sentimental pour mener \u00e0 bien leur dessein commun, c\u2019est le Prince et Flaminia, incarn\u00e9s par Florence Viala et Lo\u00efc Corbery.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sauf que dans cette nouvelle reprise du texte originel, ce n\u2019est pas tant l\u2019histoire que l\u2019existence physique du spectacle qui prime. Ou plut\u00f4t, l\u2019histoire se raconte et prend forme par des moyens purement physiques. A mesure que l\u2019intrigue se d\u00e9roule, on pourrait en effet critiquer le jeu raide des com\u00e9diens qui sont bien chez eux \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise. Sont absents les regards langoureux, la voix bris\u00e9e, h\u00e9sitante, press\u00e9e que l\u2019on associe aux affections naissantes et auxquels on s\u2019attendrait pour montrer que le s\u00e9ducteur commence \u00e0 avoir raison du premier amant. Mais cette invraisemblance rel\u00e8ve en fait du jeu th\u00e9\u00e2tral qui vient d\u00e9doubler ce jeu de s\u00e9duction, et qui s\u2019accapare tout la valeur de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faisant penser \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de Plat\u00e9e par Laurent Pelly, Kessler commence par nous plonger dans les r\u00e9p\u00e9titions d\u2019un spectacle qui se pr\u00e9pare, comme si nous partions du r\u00e9el pour nous enfoncer de plus en plus loin dans l\u2019imaginaire. Sauf que la r\u00e9p\u00e9tition elle-m\u00eame restera toujours chim\u00e9rique : nous savons aussi que les com\u00e9diens ont r\u00e9p\u00e9t\u00e9 ces sc\u00e8nes dites authentiques pour nous pr\u00e9senter un spectacle bien fait, et ceci \u00e0 partir des premi\u00e8res r\u00e9pliques. Quand les canettes de coca s\u2019ouvrent, ou que les t\u00e9l\u00e9phones portables sortent, il s\u2019agit moins d\u2019une invasion du r\u00e9el dans l\u2019imaginaire que d\u2019un saut illusoire dans l\u2019action qui se poursuit tout de m\u00eame. Une fois l\u2019illusion du fond immuable bris\u00e9e, il ne reste plus que des apparences de fond bien trompeuses et bien \u00e9ph\u00e9m\u00e8res qui se remplacent sans cesse. Sans rien changer au texte, Kessler a su donc reproduire toute la probl\u00e9matique des sentiments glissants dans les qualit\u00e9s formelles de la pi\u00e8ce. Il s\u2019ensuit que les personnages-com\u00e9diens sont d\u00e9tach\u00e9s de leurs propos, de leurs sentiments, non pas par erreur mais pour mettre en relief cette m\u00eame id\u00e9e. Nous nous buttons contre l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019approfondir notre connaissance des \u00eatres conscients qui vivent in\u00e9vitablement sous l\u2019empire des sentiments al\u00e9atoires, m\u00eame en pr\u00e9tendant \u00e0 l\u2019\u00c9ternit\u00e9. Aussi est-ce par le moyen de la danse, symbole physique capable de nous \u00e9mouvoir sans souci d\u2019\u00e9lucidation, que la s\u00e9duction se d\u00e9v\u00eat savoureusement de la vraisemblance. C\u2019est ainsi que Kessler a r\u00e9ussi \u00e0 moderniser cette pi\u00e8ce du XVIIIe pour faire ressortir de mani\u00e8re encore plus forte les v\u00e9rit\u00e9s humaines qu\u2019elle contient en elle. Double trahison, double invention, double r\u00e9ussite.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Louise Ferris<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anne Kessler s\u2019attaque \u00e0 Marivaux pour la Com\u00e9die Fran\u00e7aise et ce dans une mise en sc\u00e8ne r\u00e9solument moderne de <em>La Double Inconstance<\/em>. Il est vrai que le th\u00e8me de cette com\u00e9die de Marivaux n\u2019a pas vieilli et le titre en est programmatique : la pi\u00e8ce nous montre comment le couple, rural et innocent, form\u00e9 par les na\u00effs Arlequin et Silvia, va finalement \u00eatre mis \u00e0 mal par le monde de la ville. Le Prince, tomb\u00e9 amoureux de Silvia lors d\u2019une chasse, l\u2019a enlev\u00e9e pour qu\u2019elle devienne sa femme et la retient dans son palais. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019habilet\u00e9 et l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 de Flaminia, il va gagner le c\u0153ur de la belle Silvia tandis qu\u2019Arlequin de son c\u00f4t\u00e9 sera vaincu par les charmes de Flaminia elle-m\u00eame. La pi\u00e8ce, comme souvent chez Marivaux, n\u2019est pas aussi l\u00e9g\u00e8re qu\u2019elle n\u2019en a l\u2019air. Plus que l\u2019amour que se porte les deux personnages, c\u2019est surtout leur amour-propre, leur orgueil, qu\u2019elle va questionner. Face aux deux passions naissantes dans la ville, reste ce qui fait toute la sp\u00e9cificit\u00e9 des villageois : leur honn\u00eatet\u00e9. Ils combattent leur propre c\u0153ur par fiert\u00e9, pour s\u2019\u00e9viter la honte de l\u2019infid\u00e9lit\u00e9, la honte de l\u2019inconstance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019amour si fort d\u2019Arlequin pour Silvia, de Silvia pour Arlequin, amour de conte de f\u00e9es, de romans, de fin de com\u00e9die, tremble, tangue pour finalement se d\u00e9truire. Ce ne sont que des marionnettes entre les mains expertes de Flaminia, reine des manipulatrices.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019est pas \u00e9tonnant \u00e0 cet \u00e9gard qu\u2019Anne Kessler ait choisi de placer la pi\u00e8ce dans une mise en ab\u00eeme constante avec le monde du spectacle. Qu\u2019est-ce en effet qu\u2019une com\u00e9die de Marivaux, sinon une exp\u00e9rimentation de l\u2019\u00e2me humaine, une dissection du c\u0153ur ? Le palais du Prince, bel appartement parisien, est ainsi renomm\u00e9 \u00ab foyer des com\u00e9diens \u00bb : chaque sc\u00e8ne se donne l\u2019impression d\u2019\u00eatre consciente qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019une repr\u00e9sentation. Les serviteurs du Prince sont des spectateurs, des cadreurs, des monteurs. Les personnages citent du Marivaux. Une sc\u00e8ne, qui n\u2019appara\u00eet pas dans la pi\u00e8ce originelle, est particuli\u00e8rement frappante : le Prince prend un bain, et les bruits de l\u2019eau sont rendus simultan\u00e9ment par un serviteur plongeant ses mains dans une bassine. C\u2019est \u00e0 mon sens particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur de cette forme de redondance que l\u2019on trouve dans la pi\u00e8ce. Les personnages y jouent un r\u00f4le. Une exp\u00e9rience cruelle est finalement men\u00e9e sur Arlequin et Silvia, les gens du peuple sont incarn\u00e9s par une esp\u00e8ce de bande de bobos parisiens, qui s\u2019admirent dans la glace et font des garden-parties. L\u2019honn\u00eatet\u00e9 des villageois est peu \u00e0 peu vici\u00e9e dans un continuum remarquable qui fait le g\u00e9nie de Marivaux : les sentiments ne changent pas par \u00e0-coups, ils \u00e9voluent d\u2019eux-m\u00eames, doucement, et l\u2019on ne peut savoir \u00e0 quel moment pr\u00e9cis Silvia cesse d\u2019aimer Arlequin pour donner son c\u0153ur au Prince, \u00e0 quel moment Arlequin commence \u00e0 ressentir plus qu\u2019une amiti\u00e9 pour Flaminia. Le Prince est capricieux, et l\u2019on per\u00e7oit \u00e0 plusieurs reprises le questionnement de la justice. \u00ab Silvia est la seule chose que j\u2019avais, dit en substance Arlequin. Si je n\u2019avais qu\u2019un liard, vous qui \u00eates riche, vous viendriez me le prendre ? \u00bb. Mais quel pouvoir a Arlequin face au Prince ? Il n\u2019est que sujet, et m\u00eame sa libert\u00e9 d\u2019aimer est mise en p\u00e9ril. Le proc\u00e9d\u00e9, si l\u2019on y regarde de plus pr\u00e8s, appara\u00eet comme une forme de pers\u00e9cution. Sous la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 apparente du fameux \u00ab marivaudage \u00bb, la cruaut\u00e9. Apr\u00e8s tout, Silvia et Arlequin ne sont que les deux victimes innocentes d\u2019une grande machination orchestr\u00e9e par Flaminia. Ses motivations restent floues jusqu\u2019\u00e0 la fin. Elle embrasse le Prince mais crie \u00e0 son amour naissant pour \u00ab ce petit homme l\u00e0 \u00bb, Arlequin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a bien deux metteuses en sc\u00e8ne. La pi\u00e8ce est, jusqu\u2019au bout, une m\u00e9taphore de la duplicit\u00e9. Et Anne Kessler parvient \u00e0 garder cette tension entre th\u00e9\u00e2tre et exp\u00e9rience scientifique, entre l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 du rire et cruaut\u00e9 des actions et des dires. Cela ne se fait pas sans clins d\u2019\u0153il discrets au public. La sc\u00e8ne o\u00f9 Flaminia persuade la coquette Lisette de tenter sa chance avec Arlequin et de feindre des mani\u00e8res plus simples, sc\u00e8ne o\u00f9 Lisette consent \u00e0 enlever sa mouche, s\u2019ouvre avec le d\u00e9but de la fameuse chanson de Polnareff.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que l\u2019on retiendra de la mise en sc\u00e8ne d\u2019Anne Kessler est s\u00fbrement le danger du th\u00e9\u00e2tre et surtout de la com\u00e9die. On rit, mais on risque d\u2019y perdre son \u00e2me, de se fondre dans son personnage jusqu\u2019\u00e0 ne faire plus qu\u2019un avec lui. Une saillie, et les hommes nous apparaissent tout d\u2019un coup si influen\u00e7ables ! Nos choix ne sont-ils pas tous dict\u00e9s par des r\u00f4les ? Au palais, c\u2019est le \u00ab je joue, donc je suis \u00bb, qui semble primer, mais enfin l\u2019identit\u00e9 de chacun, la constance du moi, n\u2019est-ce pas vains concepts quand plus personne ne sait r\u00e9ellement s\u2019il joue ou s\u2019il est? Finalement, Flaminia tombe peut-\u00eatre r\u00e9ellement amoureuse d\u2019Arlequin, et ainsi elle est prise \u00e0 son propre jeu. Prenez garde : rien ni personne n\u2019est \u00e0 l\u2019abri au th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marl\u00e8ne Lafont<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les acteurs de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise sont en train de r\u00e9p\u00e9ter pour mettre en sc\u00e8ne <em>La Double inconstanc<\/em>e. C\u2019est ainsi que le public se retrouve face \u00e0 face \u00e0 la com\u00e9die marivaudienne, et ensuite &#8211; sans m\u00eame s\u2019en rendre compte &#8211; compl\u00e8tement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de celle-ci. Si en effet au d\u00e9but de la pi\u00e8ce les escamotages th\u00e9\u00e2traux sont explicit\u00e9s aux spectateurs amus\u00e9s, au fur et \u00e0 mesure les complots amoureux marivaudiens et la ma\u00eetrise des acteurs suffisent (et largement !) \u00e0 en capter l\u2019attention et \u00e0 en susciter le transport.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les dialogues rus\u00e9s et psychologiques qui avaient valu \u00e0 Marivaux l\u2019\u00e9tiquette de \u00ab pr\u00e9cieux \u00bb au XVIIIe si\u00e8cle sont ici maintenus dans leur enti\u00e8re perfection, s\u2019int\u00e9grant ais\u00e9ment avec la gestuelle moderne et apparemment spontan\u00e9e des acteurs. Ainsi, le public contemporain a l\u2019opportunit\u00e9 de se rendre compte que la<em> m\u00e9taphysique du c\u0153ur<\/em> marivaudienne est toujours d\u2019une extr\u00eame actualit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Marivaux il y a trois si\u00e8cles a marqu\u00e9 l\u2019\u00e9volution d\u2019Arlequin en le rendant mi-balourd mi-amoureux, Anne Kessler a r\u00e9ussi aujourd\u2019hui \u00e0 ins\u00e9rer parfaitement l\u2019inconstance du c\u0153ur humain dans un contexte mi-classique mi-contemporain. Sans banalit\u00e9 ni id\u00e9aux r\u00e9volutionnaires, Arlequin et Silvia d\u00e9noncent malgr\u00e9 eux \u2013 gr\u00e2ce \u00e0 leur simplicit\u00e9 et \u00e9tranget\u00e9 \u2013 les m\u0153urs courtisans ; mais la cour \u00e0 son tour d\u00e9masque les faiblesses de leur soi-disant amour sinc\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons alors envie d\u2019affirmer que Marivaux, et avec lui Anne Kessler, ne veulent pas mettre en sc\u00e8ne une sorte de lutte sociale, mais plut\u00f4t les faiblesses de l\u2019\u00e2me humaine, qui sont communes \u00e0 toute classe sociale et toute \u00e9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de Kessler r\u00e9ussit avec maestria \u00e0 \u00ab ne pas raconter \u00bb , \u00e0 laisser que les sentiments les plus divers naissent, se transforment et \u00e9voluent au sein des personnages eux-m\u00eames, qui donc ne peuvent que les expliciter malgr\u00e9 eux. Il s\u2019agit de la forme \u00e0 la fois la plus contemporaine et la plus \u00e9ternelle de ce naturel tellement cher \u00e0 Marivaux : naturel dans lequel les mots expriment les sentiments de l\u2019individu avant m\u00eame qu\u2019il soit conscient de ce qu\u2019il ressent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous nous plaisons alors \u00e0 imaginer que ce qu\u2019est en train de sentir le public de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise en 2016 s\u2019approche \u2013 avec toutes les in\u00e9vitables diff\u00e9rences \u2013 au ressentir des spectateurs de 1723 face aux acteurs de la Com\u00e9die Italienne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Silvia Giudice<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Pascal Victor<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die Fran\u00e7aise | En savoir plus La Double Inconstance est une com\u00e9die en trois actes et en prose que Marivaux \u00e9crivit en 1723. La pi\u00e8ce est actuellement en repr\u00e9sentation \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise, et ce pendant encore un mois. 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