{"id":1487,"date":"2011-12-10T20:00:52","date_gmt":"2011-12-10T19:00:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=1487"},"modified":"2011-12-10T20:00:52","modified_gmt":"2011-12-10T19:00:52","slug":"coeur-tenebreux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=1487","title":{"rendered":"C\u0153ur t\u00e9n\u00e9breux"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><strong><em>Coeur T\u00e9n\u00e9breux<\/em>, texte de Joseph Conrad et Josse de Pauw mis en sc\u00e8ne par Guy Cassiers au <a href=\"http:\/\/www.theatredelaville-paris.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Th\u00e9\u00e2tre de la Ville<\/a>. <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Ettori\">La critique de Chlo\u00e9 Ettori <\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Gallet\">La critique de L\u00e9a Gallet <\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Moracchini\">La critique de Vincent Moracchini<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#ruiz\">La critique de Natalia Ruiz Giraldo<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Ettori\"><\/a>Il est 20h30 au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville samedi 10 d\u00e9cembre 2011, et rien ne se passe, enfin presque, tous les spectateurs attendent l\u2019ouverture des portes et chacun en va de sa petite opinion sur la pi\u00e8ce \u00e0 venir. Trente minutes plus tard nous prenons place dans ce sobre mais \u00e9l\u00e9gant th\u00e9\u00e2tre, la t\u00eate pleine de commentaires faits par les spectateurs en attente de <em>C\u0153ur T\u00e9n\u00e9breux <\/em>jou\u00e9 par Josse de Pauw\u00a0 mis en sc\u00e8ne par Guy Cassiers inspir\u00e9 du livre <em>Au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres<\/em> de Joseph Conrad. On s\u2019installe quelque peu tracass\u00e9 par les anecdotes entendues, est-il vrai qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule personne sur sc\u00e8ne ? Que la pi\u00e8ce dure deux heures sans entracte ? Que le com\u00e9dien a un accent belge ?<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Les lumi\u00e8res s\u2019allument, et une seule id\u00e9e me vient \u00e0 l\u2019esprit : oui c\u2019est vrai. Un homme, seul, habill\u00e9 d\u2019un jean et chemise sombre, entre dans une mise en sc\u00e8ne qui appara\u00eet minimaliste : de grands panneaux de bois au fond de la sc\u00e8ne et un \u00e9cran \u00e0 droite. Josse de Pauw r\u00e9cite le monologue ponctu\u00e9 de dialogues avec un ensemble de personnages tous incarn\u00e9s par lui-m\u00eame. Nous sommes au Congo Belge pendant la colonisation, Marlow, officier de la marine marchande part \u00e0 la recherche de Kurtz, directeur de comptoir belge dans la jungle, ayant sombr\u00e9 dans une \u00ab folie lucide \u00bb barbare. On commence \u00e0 entrer dans la profondeur du texte quand les panneaux s\u2019avan\u00e7ant ou reculant deviennent le r\u00e9ceptacle d\u2019une projection vid\u00e9o : parfois abstraite \u00e9voquant la jungle ou figurative tels des hologrammes lors des rencontres avec les autres personnages. Cette mise en sc\u00e8ne efficace et esth\u00e9tique s\u2019allie parfaitement avec le drame et la prestance du com\u00e9dien.<br \/>\nGuy Cassier r\u00e9ussi \u00e0 mettre en r\u00e9sonnance l\u2019intime : on essaie de comprendre l\u2019univers mental de Kurtz, et le collectif : la civilisation europ\u00e9enne face \u00e0 ses propres t\u00e9n\u00e8bres.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">On ressort \u00e9branl\u00e9 par ce texte profond, cette interpr\u00e9tation majestueuse et cette mise en sc\u00e8ne originale. L\u2019homme aussi civilis\u00e9 qu\u2019il soit peut tomber dans \u00ab l\u2019horreur \u00bb, la barbarie, Kurtz en est l\u2019exemple. &#8211; <strong>Chlo\u00e9 Ettori<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Gallet\"><\/a>Adaptation de l\u2019ouvrage <em>Au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres<\/em> de Joseph Conrad (1899), <em>C\u0153ur t\u00e9n\u00e9breux<\/em> s\u2019attelait \u00e0 un ambitieux projet.<br \/>\nEn effet, <em>Au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres<\/em> fut la trame de nombreux grands films et livres, \u00e0 l\u2019instar d\u2019<em>Apocalypse Now<\/em> qui transpose dans la guerre du Vietnam le th\u00e8me de la remont\u00e9e fluviale et de la progressive et lente d\u00e9shumanisation des soldats. On peut citer \u00e9galement\u00a0 l\u2019adaptation romanesque de R. Silverberg dans <em>Les profondeurs de la Terre<\/em> (1970), ou encore le documentaire <em>Congo River<\/em> de Thierry Michel (2006), qui se saisit de l\u2019histoire de l\u2019officier Marlow comme fil rouge.<br \/>\nExploitation coloniale, progression dans une nature de plus en plus sauvage, d\u00e9couverte d\u2019un personnage myst\u00e9rieux, ambig\u00fce et rong\u00e9 par les horreurs de la guerre\u00a0; toutes ces adaptations se sont inspir\u00e9es de l\u2019ouvrage de Conrad pour en faire autre chose.<br \/>\nPour <em>C\u0153ur t\u00e9n\u00e9breux<\/em>, il n\u2019en est rien. C\u2019est une simple lecture sans livre, une litanie sans fin, un instant d\u2019ennui pur.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Spectatrice sans attente sp\u00e9cifique, je n\u2019avais ni lu le livre, ni entendu de critique, et ne savais pas du tout \u00e0 quelle sauce j\u2019allais \u00eatre mang\u00e9e. J\u2019y suis all\u00e9e avec une seule attente, celle de voir du th\u00e9\u00e2tre. Attente si minime, et pourtant d\u00e9\u00e7ue\u2026 En effet, le th\u00e9\u00e2tre signifie pour moi l\u2019action, les p\u00e9rip\u00e9ties, le rythme, le mouvement, le jeu, l\u2019interpr\u00e9tation de personnages dans la voix et dans le corps. J\u2019attends de l\u2019Art qu\u2019il m\u2019\u00e9meuve, qu\u2019il me bouleverse, qu\u2019il me fasse r\u00e9fl\u00e9chir, qu\u2019il me choque, mais pas qu\u2019il m\u2019endorme\u00a0; et pourtant ce soir-l\u00e0 ce fut le cas.<br \/>\nPour mieux comprendre, repla\u00e7ons le d\u00e9cor\u00a0: le com\u00e9dien, Koen Broos, s\u2019avance sur sc\u00e8ne, en habits de tous les jours, une bouteille d\u2019eau \u00e0 la main, et commence \u00e0 dire son texte. La sc\u00e8ne est \u00e9pur\u00e9e, un simple marquage blanc au sol sert de rep\u00e8re technique, un \u00e9cran plat et suspendu sur le c\u00f4t\u00e9 droit, et plusieurs bandes coulissantes se d\u00e9placent s\u00e9par\u00e9ment en avant ou en fond de sc\u00e8ne, bandes sur lesquelles sont projet\u00e9es des images num\u00e9riques. Omnipr\u00e9sence de la voix d\u2019un narrateur, parfois second\u00e9e par des musiques, et illustr\u00e9e par des images, voil\u00e0 ce que nous donne \u00e0 voir \u00ab\u00a0C\u0153ur t\u00e9n\u00e9breux\u00a0\u00bb.<br \/>\nLe com\u00e9dien dit son texte donc. On croit d\u2019abord que c\u2019est un prologue, on attend que les acteurs arrivent, que la vraie repr\u00e9sentation commence, mais ils n\u2019arrivent jamais, et l\u2019action non plus.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Ce m\u00e9lange entre th\u00e9\u00e2tre, conte, lecture et cin\u00e9ma\u00a0aurait pu \u00eatre int\u00e9ressant, mais il est rat\u00e9, inachev\u00e9, on se demande \u00e0 la fin si ce que l\u2019on a vu \u00e9tait vraiment du th\u00e9\u00e2tre.\u00a0 Il n\u2019y a pas de corps, m\u00eame la voix est d\u00e9sincarn\u00e9e. D\u2019ailleurs, tous les personnages ont sensiblement la m\u00eame, et les quelques variations sont exag\u00e9r\u00e9es de sorte que l\u2019on n\u2019y croit pas une seconde, comme lorsque Kurtz s\u2019exclame \u00ab\u00a0l\u2019horreur, l\u2019horreur\u00a0\u00bb, moment qui est voulu profond mais en devient quelque peu ridicule.<br \/>\nL\u2019omnipr\u00e9sence de la voix aurait pu \u00eatre passionnante, mais la voix et la lecture ne suffisent pas, d\u2019autant que m\u00eame cette lecture n\u2019est pas parfaite, car le com\u00e9dien bute sur de nombreux mots. On ne peut voir que le com\u00e9dien qui se trompe et non le personnage qui b\u00e9gaie, car il n\u2019y a pas de personnage, juste un narrateur, ce qui emp\u00eache de rentrer dans le texte, d\u2019en saisir les subtilit\u00e9s. C\u2019est le marquage au sol et la vue du micro du com\u00e9dien qui finissent de fermer la porte \u00e0 un monde magique qu\u2019aurait pu entra\u00eener une sorte de fascination de la voix du conteur, laissant place aux sonorit\u00e9s. Cette litanie envo\u00fbtante est intenable sur deux heures, surtout quand aucune variation de rythme n\u2019est op\u00e9r\u00e9e.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Les images, si elles restent quelque peu abstraites et laissent une part \u00e0 notre imagination, tombent quand m\u00eame assez facilement dans le figuratif. En effet, elles se proposent uniquement d\u2019illustrer les propos du com\u00e9dien-narrateur (ondulations pour \u00e9voquer la mer, gouttes pour signifier la mort\u2026).<br \/>\nSeuls peut-\u00eatre la musique et les effets d\u2019angle et de perspective sont r\u00e9ussis. Celle-ci se rapproche du bruitage et laisse en cela au spectateur la place pour l\u2019interpr\u00e9ter selon sa subjectivit\u00e9. C\u2019est d\u2019ailleurs peut-\u00eatre le seul \u00e9l\u00e9ment apportant rythme et surprise. Les diff\u00e9rentes focales que permettent la technologie (le com\u00e9dien vu de profil, et son visage projet\u00e9 en tr\u00e8s grand et de face) nous offrent \u00e0 voir un d\u00e9doublement, un agrandissement, la puissance d\u2019un regard, tout cela dans une sorte de mouvement de d\u00e9construction de l\u2019angle de la vision. &#8211; <strong>L\u00e9a Gallet <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Moracchini\"><\/a>Samedi 10 d\u00e9cembre, place du Chatelet, c\u2019est No\u00ebl, il y a du monde et je m\u2019engouffre dans le hall du th\u00e9\u00e2tre de la Ville rempli \u00e0 craquer. Le quart d\u2019heure de retard \u00e9chauffe les esprits parisiens, dans ce th\u00e9\u00e2tre moderne de l\u2019int\u00e9rieur mais avec une fa\u00e7ade classique, faisant face au th\u00e9\u00e2tre du Chatelet.\u00a0 Une fois assis et conscient, ou plut\u00f4t angoiss\u00e9, de vivre une pi\u00e8ce de 2h avec un seul com\u00e9dien sur sc\u00e8ne, je prends peur. Josse de Pauw rentre sur la sc\u00e8ne, avec une bouteille d\u2019eau, il est lui-m\u00eame et habill\u00e9 plus simplement que les spectateurs.<br \/>\nIl commence \u00e0 nous raconter, on ne sait quoi, avec un ton de voix bas, grave, amplifi\u00e9 \u00e0 l\u2019aide d\u2019un micro. Le d\u00e9cor est neutre, form\u00e9 de panneaux de bois, imposant et ma peur revient de passer deux heures en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate avec ce conteur. Les \u00e9ternuements r\u00e9p\u00e9titifs de la salle, ne m\u2019aident pas pour me concentrer sur l\u2019histoire que Marlow, capitaine de bateaux, nous narre pos\u00e9ment.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">C\u2019est l\u2019histoire brumeuse, d\u2019une mission visant \u00e0 conduire l\u2019administrateur de la colonie aupr\u00e8s de Kurtz, le chasseur d\u2019ivoire talentueux. Le dispositif invent\u00e9 par Guy Cassiers soulage le monologue de Josse de Pauw, en effet un panneau s\u2019avance, et l\u2019administrateur apparait sous une forme d\u2019hologramme. Ainsi Marlow a un interlocuteur et la pi\u00e8ce devient plus compr\u00e9hensible.<br \/>\nTous les personnages qui apparaissent sont des fant\u00f4mes revenant de cette colonie o\u00f9 un voile myst\u00e9rieux est tomb\u00e9. Le bateau avan\u00e7ant dans la jungle, nous ressentons enfin les t\u00e9n\u00e8bres avec l\u2019eau \u00e2pre et noire, l\u2019\u00e9paisseur verte de la jungle, le feu sauvage et mortel, et le sang qui apparait, tous ces \u00e9l\u00e9ments nous sont projet\u00e9s visuellement.<br \/>\nAinsi la pi\u00e8ce m\u2019entra\u00eene tranquillement mais surement, dans un univers sombre et apocalyptique, avec la rencontre de Kurtz, anim\u00e9 par la folie de l\u2019ivoire. Les mots de Marlow nous accompagnent dans l\u2019esprit de la folie de l\u2019homme blanc au temps colonial, o\u00f9 le Congolais n\u2019a plus de valeur aux yeux d\u2019un Kurtz. Je ressents la culpabilit\u00e9 de l\u2019Occident, le crime colonial r\u00e9alis\u00e9 en ces terres lointaines o\u00f9 des atrocit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 commises par des hommes soi-disant tr\u00e8s fins intellectuellement.<br \/>\nJe ressors du th\u00e9\u00e2tre, nous somme samedi soir et je n\u2019ai plus envie de sortir, l\u2019impression d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 emport\u00e9 par une histoire puissante reste ainsi en moi sur le retour. &#8211; <strong>Vincent Moracchini<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"ruiz\"><\/a>A l&rsquo;ouverture du rideau, le spectateur est d\u00e9j\u00e0 surpris. On ne voit que des panneaux en bois sur une sc\u00e8ne r\u00e9duite \u00e0 quelques m\u00e8tres. Puis l&rsquo;acteur principal, Josse De Pauw qui interpr\u00e8te le r\u00f4le de Marlow, appara\u00eet et commence son monologue habill\u00e9 en pantalon et chemise modernes, une bouteille d&rsquo;eau \u00e0 la main comme qui vient raconter des histoires.<br \/>\nLes premiers minutes, il est difficile de rentrer dans le monde de cette pi\u00e8ce inspir\u00e9e du roman <em>Au coeur des t\u00e9n\u00e8bres<\/em> de Joseph Conrad. Une question surgit dans l&rsquo;esprit des spectateurs : la pi\u00e8ce se d\u00e9roulera ainsi, un homme debout face au public qui fera son monologue pendant une heure cinquante minutes?<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">De quoi d\u00e9courager certains qui attendent un grand spectacle avec une mise en sc\u00e8ne innovante puisque Guy Cassiers est avant tout un artiste plasticien. Il est connu pour la beaut\u00e9 visuelle de la sc\u00e9nographie de ses spectacles. Malgr\u00e9 les premi\u00e8res impressions, les panneaux commencent \u00e0 bouger vers l&rsquo;arri\u00e8re, laissant voir une sc\u00e8ne plus ample. Le narrateur, Marlow, parle de la jungle, de son voyage dans ce pays africain inconnu. Et soudain on aper\u00e7oit sur les panneaux en bois des figures vertes qui dessinent une jungle myst\u00e9rieuse. S&rsquo;installe ainsi une atmosph\u00e8re plus accueillante, le spectateur est port\u00e9 par la voix de Marlow, qui m\u00eame si elle garde un m\u00eame ton tout au long de la repr\u00e9sentation, est agr\u00e9able et vous emporte.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">De Pauw interpr\u00e8te 4 personnages diff\u00e9rents. Et pour les mettre en sc\u00e8ne un dispositif astucieux est mis en place. Chaque personnage est projet\u00e9 sur les panneaux et le narrateur dialogue avec eux, dans un jeu parfaitement calcul\u00e9. C&rsquo;est une interaction entre le th\u00e9\u00e2tre et la vid\u00e9o impeccablement orchestr\u00e9e. Un bon clin d&rsquo;oeil au cin\u00e9ma. Le jeu du protagoniste est admirable. Il pr\u00eate sa voix aux quatre personnages mais il arrive \u00e0 en donner une diff\u00e9rente \u00e0 chacun aid\u00e9 aussi par des caract\u00e9risations une barbe, un chapeau, des habits.<br \/>\nLa rencontre avec Kurtz, cet administrateur qu&rsquo;il cherche \u00e0 rencontrer \u00e0 tout pris d\u00e8s le d\u00e9but, est captivante. C&rsquo;est presque un d\u00e9doublement de l&rsquo;acteur il joue le narrateur et ce Kurtz en m\u00eame temps. Quand ils est le narrateur il parle face au public, quand il est l&rsquo;administrateur, il parle face \u00e0 une cam\u00e9ra dissimul\u00e9e sur la sc\u00e8ne et on voit son visage projet\u00e9 sur les panneaux en bois. Les vingt derni\u00e8res minutes sont \u00e0 couper le souffle, l&rsquo;atmosph\u00e8re est lourde et c&rsquo;est seulement \u00e0 cet instant l\u00e0 que vous vous rendez compte que vous avez voyag\u00e9 dans ces contr\u00e9es lointaines comme le narrateur. &#8211; <strong>Natalia Ruiz Giraldo<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Coeur T\u00e9n\u00e9breux, texte de Joseph Conrad et Josse de Pauw mis en sc\u00e8ne par Guy Cassiers au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville. 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