{"id":1496,"date":"2012-12-14T20:00:54","date_gmt":"2012-12-14T19:00:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=1496"},"modified":"2012-12-14T20:00:54","modified_gmt":"2012-12-14T19:00:54","slug":"cendrillon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=1496","title":{"rendered":"Cendrillon"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | <a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/2012-2013\/spectacles\/cendrillon\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><strong><em>Cendrillon<\/em>, \u00e9crit et mis en sc\u00e8ne par Jo\u00ebl Pommerat au <a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.fr\">Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on<\/a> (Ateliers Berthier). <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"#Danon\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">La critique de Johanna Danon<\/span><\/span><\/a><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><a href=\"#Saveria\">La critique de Saveria Giovannetti<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><a href=\"#Hamy\">La critique d&rsquo;Apolline Hamy<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><a href=\"#Morales\">La critique de Ramon Morales<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li><a href=\"#Robert\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">La critique de Victoria Robert <\/span><\/span><\/a><\/li>\n<li><a href=\"#Smith \">La critique de St\u00e9phanie Smith <\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><a name=\"Danon\"><\/a>La pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre tir\u00e9e du mythe de Cendrillon, mise en sc\u00e8ne et \u00e9crite par Jo\u00ebl Pommerat est une belle r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019image d\u2019\u00c9pinal qui s\u2019insinue dans les esprits lorsqu\u2019on \u00e9voque Cendrillon : l\u2019injuste condition d\u2019une magnifique souillon \u00ab prisonni\u00e8re dans sa propre maison \u00bb (Walt Disney) ; des demi-s\u0153urs et une belle m\u00e8re inf\u00e2mes ; un bal et un prince v\u00e9ritable sauveur ; voil\u00e0 les composantes du mythe auxquels le metteur en sc\u00e8ne ne pouvait d\u00e9roger. Comment exploiter \u00e0 nouveau des \u00e9l\u00e9ments fig\u00e9s par la conscience collective, sans pour autant d\u00e9naturer le mythe ?<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">Jo\u00ebl Pommerat parvient tr\u00e8s judicieusement \u00e0 redonner toute sa vigueur \u00e0 ce dernier, et ce par plusieurs partis pris : une narratrice qui dit n\u2019\u00eatre plus qu\u2019une \u00ab voix \u00bb tant elle a vu et v\u00e9cu de choses, raconte l\u2019histoire de Cendrillon par des p\u00e9riphrases interminables, la protagoniste \u00e9tant appel\u00e9e \u00ab la tr\u00e8s tr\u00e8s jeune fille \u00bb ; pendant l\u2019histoire, narr\u00e9e avec un accent de l\u2019Est tr\u00e8s marqu\u00e9, qui transporte litt\u00e9ralement le spectateur dans un ailleurs, un acteur traduit dans une langue des signes ce qui est \u00e9nonc\u00e9. Entre ces narrations, qui portent v\u00e9ritablement la mise en sc\u00e8ne, des sayn\u00e8tes poursuivent le d\u00e9roulement de l\u2019histoire. On rencontre alors\u00a0 une jeune fille maigre et plate, aux accents argotiques, loin donc de la Cendrillon des contes de f\u00e9es ; un p\u00e8re couard et soumis par une belle m\u00e8re qui se prend justement pour la Cendrillon des contes de f\u00e9e ; une f\u00e9e qui elle, fume et se trompe dans ses tours de magie ; enfin un petit prince, tout petit et tr\u00e8s timide, non le prince h\u00e9ro\u00efque et d\u00e9lectable auquel on s\u2019attend.<br \/>\nCette famille de personnages fonctionne \u00e0 merveille, et si elle ne trahit pas le mythe, comme on pourrait l\u2019imaginer, elle lui redonne de la puissance et l\u2019ancre dans une sorte de contemporan\u00e9it\u00e9 qui attire l\u2019attention du spectateur, l\u2019invite \u00e0 s\u2019y projeter. Jo\u00ebl Pommerat aborde le th\u00e8me psychologique de la perte de la m\u00e8re et fonde m\u00eame le caract\u00e8re de Cendrillon sur cette perte originelle. Gr\u00e2ce \u00e0 des moyens technologiques fort bien mis en \u0153uvre, la sc\u00e8ne change de d\u00e9cors au gr\u00e9 des situations : maison de verre dans laquelle on se refl\u00e8te, chambre-cave de Cendrillon, enfin salon on l\u2019on cherche \u00e0 retrouver qui poss\u00e8de le soulier du petit prince \u2013 \u00e0 noter l\u2019inversion malicieuse ou engag\u00e9e de la preuve leur connaissance, et in fine de la reconnaissance. &#8211; <strong>Johanna Danon<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><a name=\"Hamy\"><\/a>Apr\u00e8s <em>Le Petit Chaperon Rouge<\/em> et <em>Pinocchio<\/em>, c\u2019est au tour de <em>Cendrillon<\/em> d\u2019\u00eatre port\u00e9 sur sc\u00e8ne par Jo\u00ebl Pommerat. Ce dramaturge contemporain, artiste associ\u00e9 \u00e0 l\u2019Od\u00e9on aime revisiter ces contes que tout le monde conna\u00eet sans leur \u00f4ter leur authenticit\u00e9, mais en insistant sur la psychologie de l\u2019enfant.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">L\u2019histoire, tout le monde la conna\u00eet, une petite orpheline doit subir les mauvais traitements de sa belle-m\u00e8re avant que finalement, justice soit faite et que le prince charmant la choisisse. Racont\u00e9 ainsi, le conte n\u2019a qu\u2019une chose \u00e0 nous dire : vous qui souffrez, femmes, enfants, hommes, n\u2019ayez crainte, le destin s\u2019occupe de vous. C\u2019est un peu facile, non ? Reprenons donc.<br \/>\nImaginez Cendrillon, laide, qui n\u2019aime pas chanter, qui accepte son sort en pr\u00e9tendant que \u00ab \u00e7a va lui faire du bien \u00bb de tout astiquer dans la maison. Et \u00e0 chaque minute, la montre \u00e9norme pour le poignet gracile de la jeune fille sonne \u00e0 grands coups pour lui rappeler de ne pas oublier sa m\u00e8re, car elle lui a promis sur son lit de mort, qu\u2019elle ne l\u2019oubliera jamais. C\u2019est sa seule pr\u00e9occupation, aussi le m\u00e9nage de la demeure est le cadet de ses soucis.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">Face \u00e0 elle, il y a son p\u00e8re qui lui enjoint de taire le nom de sa m\u00e8re, sa belle-m\u00e8re qui pr\u00e9tend para\u00eetre plus jeune que Cendrillon, et les deux filles qui la harc\u00e8lent de remarques aussi d\u00e9sobligeantes les unes que les autres. La f\u00e9e, sa marraine est de son c\u00f4t\u00e9 mais la pauvre Cendrillon ne r\u00e9alise m\u00eame pas qu\u2019elle est esclave de cette grande maison de verre, qui montre tout mais ne laisse rien voir de ses secrets. En r\u00e9alit\u00e9, Cendrillon est moins prisonni\u00e8re de sa belle-famille que de son pass\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">Quand arrive le prince, ou plut\u00f4t lorsque le roi son p\u00e8re invite la maisonn\u00e9e au bal donn\u00e9 en l\u2019honneur de son fils, elle r\u00e9pond qu\u2019elle doit passer l\u2019aspirateur dans la pi\u00e8ce, faisant fi de la proposition du roi, car elle ne s\u2019en estime pas digne. C\u2019est sa marraine la f\u00e9e, qui va insister pour qu\u2019elle se rende au bal, o\u00f9 elle va bousculer le prince sans savoir qui il est, lui r\u00e9v\u00e9ler le lourd secret sur sa propre m\u00e8re et repartir aussi sec. Ils ne sont pas destin\u00e9s \u00e0 se marier mais ils ont appris \u00e0 vivre au pr\u00e9sent sans les hantises qui les poursuivaient. Les enfants ont grandi et nous avec. La pi\u00e8ce se cl\u00f4t sur la marche infinie dans un ciel de nuages, la marche \u00e9ternelle d\u2019un apprentissage sans fin. &#8211; <strong>Apolline Hamy <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><a name=\"Morales\"><\/a>L\u2019histoire de <em>Cendrillon<\/em> est celle d\u2019une petite fille dont la m\u00e8re est morte et donc elle reste avec son p\u00e8re, qui rencontre une femme, qui devient sa belle m\u00e8re. La fille, surnomm\u00e9e ici \u00ab\u00a0Cendrier\u00a0\u00bb est pers\u00e9cut\u00e9e par sa belle-m\u00e8re et ses deux filles, mais elle est secourue par une bonne f\u00e9e, qui la ram\u00e8ne dans la f\u00eate organis\u00e9e par le roi, \u00e0 l&rsquo;occasion de l\u2019anniversaire de son fils, le prince. Dans l\u2019histoire originale, le prince tombe amoureux de la fille, qui oublie une chaussure en verre dans aux portes du ch\u00e2teau, mais dans cette version, c\u2019est le prince qui lui donne une de ses chaussures. La chaussure du prince sera la preuve qui confirmera que Cendrier \u00e9tait la jeune fille rencontr\u00e9e lors de la f\u00eate.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">La mise en sc\u00e8ne et contemporaine, avec une utilisation de plusieurs ressources audiovisuelles telles que la vid\u00e9o,\u00a0 le jeu de lumi\u00e8res et de voix. L\u2019espace de temps entre les sc\u00e8nes est tr\u00e8s bref et les d\u00e9cors sont tr\u00e8s simples, mais accompagn\u00e9s par les \u00e9l\u00e9ments d\u2019illumination qui aident \u00e0 cr\u00e9er l\u2019atmosph\u00e8re souhait\u00e9e. Le ton de la voix en off est caract\u00e9ris\u00e9 par un accent particulier, hispanique peut-\u00eatre.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">Je pense que ce spectacle a comme but de rompre avec l\u2019interpr\u00e9tation classique de l\u2019histoire de Cendrillon, de la rendre plus r\u00e9aliste, pas seulement gr\u00e2ce \u00e0 une mise en sc\u00e8ne moderne mais aussi par l\u2019\u00e9limination de certains \u00e9l\u00e9ments propres des histoires de f\u00e9es, comme le mariage \u00e0 la fin de l\u2019histoire, symbole et \u00ab clich\u00e9 \u00bb peut-\u00eatre de ce genre. Les spectateurs sont arriv\u00e9s \u00e0 comprendre les \u00e9l\u00e9ments d\u2019ironie subtile et \u00e0 rire avec les interventions de Cendrillon et d&rsquo;une f\u00e9e vicieuse et inexperte ; les acteurs ont cr\u00e9e une ambiance unique et les acclamations ont dur\u00e9 plusieurs minutes. &#8211; <strong>Ramon Morales<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<div style=\"text-align: justify\"><a name=\"Robert\"><\/a>Au d\u00e9but, j&rsquo;\u00e9tais un peu perplexe quand j&rsquo;ai vu que le spectacle \u00e9tait \u00e0 partir de 8 ans. Cependant, comme j&rsquo;allais voir Cendrillon \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris quelques jours plus tard j&rsquo;ai pens\u00e9 que cela pouvait \u00eatre une bonne id\u00e9e de voir deux repr\u00e9sentations sc\u00e9niques contraires.<br \/>\nLa repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale \u00e0 l&rsquo;Atelier de l&rsquo;Od\u00e9on est un spectacle qui a un lien assez fort avec le livre <i>la Psychanalyse des Contes de f\u00e9es <\/i>de Bruno Bettelheim<i> ; <\/i>c&rsquo;est-\u00e0-dire une lecture des contes de f\u00e9es comme reflet du psychisme humain. L&rsquo;histoire importe peu, ce qui compte c&rsquo;est de voir \u00e0 travers ces histoires pour enfants une v\u00e9rit\u00e9 transcendante sur l&rsquo;homme. Cendrillon selon Pommerat est vraiment une recherche de r\u00e9ponses sur la mort, l&rsquo;existence, l&rsquo;illusion, le r\u00eave et la r\u00e9alit\u00e9.\u00a0\u00a0En effet, le conte pour enfants est seulement un point de d\u00e9part pour Jo\u00ebl Pommerat d\u00e9j\u00e0 habitu\u00e9 aux mises en sc\u00e8ne de contes de f\u00e9es (<em>Le Chaperon Rouge<\/em>).<br \/>\nJ&rsquo;ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 l&rsquo;usage de la vid\u00e9o comme mise en sc\u00e8ne ( mur de nuages pour \u00e9voquer les r\u00eaveries de Cendrillon, mots qui d\u00e9filent sur l&rsquo;\u00e9cran comme \u00ab\u00a0imagination\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0bonheur\u00a0\u00bb). L&rsquo;onomastique est tr\u00e8s bien utilis\u00e9e dans la pi\u00e8ce. Bien que je ne sois pas vraiment convaincue de l&rsquo;usage du nom \u00ab\u00a0Sandra\u00a0\u00bb pour Cendrillon, l&rsquo;appellation \u00ab\u00a0Cendrier\u00a0\u00bb pour Cendrillon est tout fait judicieuse. Ce jeu de mots \u00e9claire tr\u00e8s bien la position dans laquelle elle est forc\u00e9e d&rsquo;\u00eatre. Elle vit dans la cendre de l&rsquo;\u00e2tre et ne compte que pour de la poussi\u00e8re. Elle finira comme la cendre dans laquelle d\u00e9j\u00e0 elle se compla\u00eet \u00e0 dormir. Les costumes sont tr\u00e8s r\u00e9ussis et surtout une sc\u00e8ne avec un mannequin homme est tout \u00e0 fait int\u00e9ressante. Quand les soeurs dansent avec ce mannequin homme on comprend que le prince est vraiment un objet de fantasme. Il n&rsquo;est pas plus r\u00e9el que ne l&rsquo;est ce mannequin parfait.<br \/>\nN\u00e9anmoins, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7ue par l&rsquo;atmosph\u00e8re tr\u00e8s noire choisie par le metteur en sc\u00e8ne. J&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 charm\u00e9e par le design du flyer qui montrait une vision quasi onirique de Cendrillon. Pendant le spectacle, on a l&rsquo;impression que nos r\u00eaves d&rsquo;enfants sur ce conte se brisent. Cendrillon n&rsquo;est plus cette servante au destin dor\u00e9 mais plut\u00f4t une all\u00e9gorie tr\u00e8s moderne de la vie. La mort hante cette pi\u00e8ce puisque d\u00e8s le d\u00e9but on sait gr\u00e2ce \u00e0 un savant jeu de mise en abime que Cendrillon se fourvoie sur les derni\u00e8res volont\u00e9s de sa m\u00e8re.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify\">Ce spectacle n&rsquo;est vraiment pas pour les enfants. M\u00eame si j&rsquo;ai appr\u00e9ci\u00e9 cette audace d&rsquo;\u00e9criture et de mise en sc\u00e8ne, je n&rsquo;ai pas aim\u00e9 cette version tr\u00e8s proche du conte original de Grimm. L&rsquo;atmosph\u00e8re tr\u00e8s pesante et l&rsquo;omnipr\u00e9sence de la mort ont pour moi d\u00e9mystifier ce conte d&rsquo;enfant qui avait berc\u00e9 ma jeunesse. Alors entre grandir ou vivre dans le r\u00eave, je fais le choix inverse de celui de Pommerat : je reste dans l&rsquo;illusion de la version de Disney. &#8211; <strong>Victoria Robert <\/strong><\/div>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><a name=\"Saveria\"><\/a>Guid\u00e9 par la voix d\u2019une narratrice aux consonances latines, le spectateur oublie la r\u00e9alit\u00e9 qui submergeait sa conscience avant que la salle soit plong\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9. Ainsi il se retrouvera seul avec une histoire d\u00e9j\u00e0 connue mais subliment r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e par Jo\u00ebl Pommerat, qui bien loin de l&rsquo;univers de Walt Disney, plongera Sandra (notre h\u00e9ro\u00efne), la jeune fille tant de fois appel\u00e9e \u00ab Cendrier \u00bb , dans une solitude sans fond engendr\u00e9e par le deuil .<br \/>\nCendrillon quitte son habitation habituelle pour emm\u00e9nager avec son p\u00e8re, dans une maison en \u00ab verre \u00bb &#8211; rappel du Chausson de Verre ou bien un rappel de la transparence qui unie l\u2019homme \u00e0 la nature, pas de masque, tout est vu, tout est su, on ne peut pas lutter contre le jeu des apparences sous forme d\u2019une d\u00e9mesure extr\u00eame montr\u00e9e par des personnages qui pensent \u00eatre eux- m\u00eames le reflet d\u2019une certaine v\u00e9rit\u00e9 commune dans leur monde \u2013avec trois \u00e9tranges personnes (la belle-m\u00e8re et ses deux fille ) qui dominent ses faits et gestes d\u00e8s son arriv\u00e9e dans la demeure.<br \/>\nPerdue dans ses remords et ses pens\u00e9es incessantes pour sa m\u00e8re repr\u00e9sent\u00e9e par la sonnerie constante d\u2019une montre de petite fille, Sandra devient une femme de m\u00e9nage accomplie et semble \u00eatre hypnotis\u00e9e par une phrase \u00ab Ca va me faire du bien \u00bb en \u00e9num\u00e9rant ses t\u00e2ches quotidiennes, dict\u00e9es par une Mar\u00e2tre sans c\u0153ur. Celle-ci prend du plaisir \u00e0 voir la jeune fille se transformer en vieille femme toute courb\u00e9e \u00e0 laquelle, elle pr\u00e9tend \u00e0 se comparer, car elle pense \u00eatre r\u00e9ellement en \u00e9tat de le faire.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">Jo\u00ebl Pommerat met au c\u0153ur de son histoire la vision d\u2019une jeune fille qui ne veut pas quitter le pass\u00e9 o\u00f9 sa m\u00e8re vit toujours, elle \u00e9prouve un tel sentiment de faute qu\u2019elle ne veut pas perdre sa m\u00e8re une nouvelle fois, au sens o\u00f9 elle vit en elle. Sandra commence sa transformation interne lors de sa rencontre avec le Prince -le Prince est petit et trapus, il ne ressemble pas \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la belle-m\u00e8re du Prince charmant, mais semble convenir \u00e0 Sandra : elle recherche une \u00e9paule solide sur laquelle elle pourrait se reposer et parler de son mal. Le Prince semble tout aussi perdu qu\u2019elle, au d\u00e9tail pr\u00e8s qu&rsquo;il ignore que sa m\u00e8re est morte ou plut\u00f4t il s\u2019enferme dans un mensonge de son p\u00e8re, sur un certain voyage dont sa m\u00e8re ne semble trouver aucun moyen pour revenir aupr\u00e8s des siens. Sandra ainsi lui ouvre les yeux, et s\u2019ouvre \u00e9galement les yeux sur sa situation : rester dans le pass\u00e9 et croire que l\u2019on peut le prolonger dans le futur et pouvoir conserver une image intacte de la figure maternelle est impossible. Ne plus souffrir, tourner la page, se lib\u00e9rer d\u2019un mal et penser \u00e0 sa m\u00e8re avec une joie extr\u00eame est ce que la m\u00e8re souhaitait .<br \/>\nElle retrouve le d\u00e9sir de vivre \u2013 marqu\u00e9 par la danse men\u00e9e par le Prince et Sandra \u2013 elle ne punie plus son existence et se lib\u00e8re de la m\u00e9chancet\u00e9 de sa nouvelle famille . Son p\u00e8re, tr\u00e8s peu pr\u00e9sent dans sa \u00ab lib\u00e9ration \u00bb, n\u2019a fait que subir la mort de sa femme et la tyrannie de la suivante. Il abandonne son pouvoir paternel, quitte \u00e0 blesser sa fille et la laisser dans une obscurit\u00e9 sans fin.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">La f\u00e9e quant \u00e0 elle, n\u2019a pas le prestige que l\u2019on souligne tant de fois dans les contes, elle fait de la magie comme un amateur \u2013 ce qui cr\u00e9\u00e9 un aspect comique \u00e0 l\u2019histoire \u2013 mais conserve son r\u00f4le protecteur envers la jeune fille.\u00a0 Ainsi Sandra n\u2019est pas une Princesse, elle est une jeune fille , qui ne profite pas de sa jeunesse, aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;un p\u00e8re qui la laisse seule face \u00e0 la brutalit\u00e9 du deuil.\u00a0 Jo\u00ebl Pommerat met ainsi en avant la mort et l\u2019enfance, comment des enfants r\u00e9agissent au deuil : le vide est ici combl\u00e9 par la vie et l&rsquo;apaisement. &#8211; <strong>Saveria Giovannetti\u00a0 <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><a name=\"Smith \"><\/a>Cela vaut la peine d\u2019aller voir cette repr\u00e9sentation du mythe classique de Cendrillon, car en v\u00e9rit\u00e9 il ne s\u2019agit pas d\u2019une simple reprise du mythe original, mais plut\u00f4t d\u2019une nouvelle conception du sens de ce conte de f\u00e9e. Comme le fait remarquer le programme du spectacle, tr\u00e8s souvent on consid\u00e8re l\u2019histoire de Cendrillon comme une sur la soci\u00e9t\u00e9, soit comme \u00e9tant une histoire d\u2019ascension sociale, soit une histoire du destin malheureux de Cendrillon impos\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9, et bien \u00e9videmment, ces deux versions vont main dans la main.<br \/>\nOr cette interpr\u00e9tation prend un angle tout \u00e0 fait diff\u00e9rent en consid\u00e9rant vraiment le caract\u00e8re de Cendrillon comme un individu, et c\u2019est pour cette raison que cette pi\u00e8ce est tr\u00e8s int\u00e9ressante. Ici il est plut\u00f4t question de comment Cendrillon se voit elle-m\u00eame, et sa vision est largement la cons\u00e9quence du fait qu&rsquo;elle ait mal compris les derniers mots de sa m\u00e8re. D\u00e8s que ses derni\u00e8res volont\u00e9s sont exprim\u00e9es (incompr\u00e9hensibles pour l\u2019audience), le narrateur explique que Cendrillon les a mal entendues, mais Cendrillon croit avoir bien compris jusqu\u2019\u00e0 la fin de la pi\u00e8ce. Alors que l\u2019\u0153uvre progresse, on est amen\u00e9 \u00e0 penser que ce n\u2019\u00e9tait pas un v\u00e9ritable mal entendu, mais plut\u00f4t que Cendrillon voulait croire que sa m\u00e8re lui donn\u00e2t une fa\u00e7on de la ramener \u00e0 la vie, ou au moins d\u2019emp\u00eacher qu\u2019elle soit vraiment morte. Ce th\u00e8me est bien \u00e9clair\u00e9 par une sc\u00e8ne entre la mar\u00e2tre et ses filles, qui disent qu\u2019\u00eatre invit\u00e9 chez le roi et le prince, c\u2019est comme un r\u00eave, ce qui agace vraiment leur m\u00e8re, qui insiste que ce n\u2019est que la r\u00e9alit\u00e9.<br \/>\nOn est confront\u00e9 avec cette question de r\u00e9alit\u00e9\/r\u00eave au moment de leur arriv\u00e9e chez le roi, quand ils trouvent que ce n\u2019est pas du tout comme ils l\u2019ont r\u00eav\u00e9 ! Et enfin, Cendrillon comprend elle aussi (mais par la voix de sa f\u00e9e) que sa conception d&rsquo;elle-m\u00eame est bas\u00e9e sur un r\u00eave qu\u2019elle prenait pour la r\u00e9alit\u00e9, et avec cette prise de conscience, elle devient enfin capable de vivre dans la r\u00e9alit\u00e9, ce qu\u2019elle choisit de faire. Ainsi dans cette version du c\u00e9l\u00e8bre conte de f\u00e9e, \u00a0la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019on met en valeur plut\u00f4t que le r\u00eave est la morale de la pi\u00e8ce, ce qui contourne l\u2019\u0153uvre traditionnelle et fait de cette version une approche nouvelle et diff\u00e9rente du conte de notre enfance. &#8211; <strong>Stephanie Smith <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | En savoir plus Cendrillon, \u00e9crit et mis en sc\u00e8ne par Jo\u00ebl Pommerat au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on (Ateliers Berthier). 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