{"id":15001,"date":"2025-11-10T16:08:14","date_gmt":"2025-11-10T16:08:14","guid":{"rendered":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=15001"},"modified":"2025-11-13T11:13:04","modified_gmt":"2025-11-13T11:13:04","slug":"toute-intention-de-nuire-par-mailys-nerestan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=15001","title":{"rendered":"Toute intention de nuire &#8211; Adrien Barazzone &#8211; Par Ma\u00eflys Nerestan"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-small-font-size\">Amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu &#8211; Sorbonne<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Lundi 3 novembre 2025<\/p>\n\n\n\n<p>Quatre com\u00e9diens, 9 personnages et un d\u00e9cor minimaliste et intime. C&rsquo;est tout ce qui a fallu \u00e0 la troupe suisse L&rsquo;homme de dos et \u00e0 Adrien Barazzone pour mettre au point une pi\u00e8ce percutante, dr\u00f4le et interrogative. Toute intention de nuire retrace le proc\u00e8s men\u00e9 par l&rsquo;avocat Alexandre Badadone contre l&rsquo;autrice Pauline Jobert. Ce dernier l&rsquo;accuse en effet d&rsquo;avoir repris bon nombre d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments de sa vie priv\u00e9e, y compris un secret familial dans son roman Marcher sans craindre le ravin. Par-dessus tout, le protagoniste masculin que Badadone interpr\u00e8te comme \u00e9tant sa personne, n&rsquo;est autre qu&rsquo;un mari misogyne, mesquin voire violent.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette pi\u00e8ce est l&rsquo;occasion de remettre en sc\u00e8ne les grands proc\u00e8s litt\u00e9raires qui ont notamment marqu\u00e9s le XIX\u00e8 si\u00e8cle. La pi\u00e8ce pose la question de l&rsquo;intervention de la justice dans le cadre artistique et fictionnel. En effet, comment et pourquoi juger une histoire invent\u00e9e ? A premi\u00e8re vue, c&rsquo;est un d\u00e9bat ancien dont l&rsquo;histoire a d\u00e9j\u00e0 fait le tour. Cependant, la pi\u00e8ce d&rsquo;Adrien Barazzone parvient \u00e0 revaloriser les questionnements autour de l&rsquo;inspiration de l&rsquo;artiste, de la place du r\u00e9el dans la fiction ou encore du travail d&rsquo;\u00e9criture et de sa valeur. En ce sens, j&rsquo;ai trouv\u00e9 le d\u00e9bat et les interrogations soulev\u00e9es pertinentes et surtout libres. Libres, dans la mesure o\u00f9 le parti pris de l&rsquo;histoire n&rsquo;\u00e9tait pas si limpide que cela et laissait ainsi le spectateur se faire son avis sans \u00eatre trop influenc\u00e9. En effet, d&rsquo;aucun se rend tr\u00e8s vite compte qu&rsquo;il s&rsquo;agit peu in fine de savoir si Alexandre Badadone EST le personnage du roman ou non. Il est plut\u00f4t question de savoir comment et pourquoi ce dernier se trouve dans les traits d&rsquo;un personnage toxique (s&rsquo;il ne l&rsquo;est pas).<\/p>\n\n\n\n<p>Les diff\u00e9rents personnages m&rsquo;ont tous convaincus et sont parvenus \u00e0 trouver leur singularit\u00e9 dans l&rsquo;histoire. Les h\u00e9sitations, l&rsquo;agacement et le fouillis que peut cr\u00e9er un proc\u00e8s ont bien \u00e9t\u00e9 retransmis et le jeu avec le public a encore plus dynamis\u00e9 ce proc\u00e8s. Les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9 ainsi que la psychologie fine et juste des personnages r\u00e9haussent la vraisemblance pour une histoire cens\u00e9e se d\u00e9rouler en 2025.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, il n&rsquo;y a pas de doute sur le fait que j&rsquo;ai vraiment beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 la pi\u00e8ce. Particuli\u00e8rement, je tiens \u00e0 souligner le m\u00e9lange fluide des \u00e9motions qui nous fait passer du rire \u00e0 la stup\u00e9faction et presque aux larmes \u00e0 un moment donn\u00e9. L&rsquo;encha\u00eenement est naturel, sans heurt et maintient l&rsquo;attention du spectateur.<\/p>\n\n\n\n<p>La simplicit\u00e9 du d\u00e9cor et de la mise en sc\u00e8ne ont donn\u00e9 l&rsquo;effet d&rsquo;un cocon qui \u00e9tait plut\u00f4t agr\u00e9able \u00e0 regarder et qui s&rsquo;ajustait totalement avec la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il y avait peut-\u00eatre un b\u00e9mol \u00e0 retenir, il concernerait la longueur de la pi\u00e8ce. Ce n&rsquo;est pas que c&rsquo;\u00e9tait trop long mais plut\u00f4t que vers la fin on commen\u00e7ait \u00e0 tourner en rond en termes de questions\/r\u00e9ponses entre l&rsquo;accus\u00e9 et la d\u00e9fense. Heureusement, le jeu et la diversit\u00e9 des personnages permettaient parfois de faire oublier ce ressassement mais j&rsquo;ai trouv\u00e9 dommage que d&rsquo;autres aspects du proc\u00e8s n&rsquo;aient pas \u00e9t\u00e9 abord\u00e9s, ce qui aurait permis de plus justifier la longueur de la pi\u00e8ce (qui en passant n&rsquo;\u00e9tait pas longue en soi je le rappelle).<\/p>\n\n\n\n<p>Une bonne d\u00e9couverte et une exp\u00e9rience qui a chang\u00e9 ma perspective de lectrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9dit photo : Doroth\u00e9e Th\u00e9bert Filliger <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu &#8211; Sorbonne Lundi 3 novembre 2025 Quatre com\u00e9diens, 9 personnages et un d\u00e9cor minimaliste et intime. C&rsquo;est tout ce qui a fallu \u00e0 la troupe suisse L&rsquo;homme de dos et \u00e0 Adrien Barazzone pour mettre au point une pi\u00e8ce percutante, dr\u00f4le et interrogative. 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