{"id":15041,"date":"2025-11-13T10:19:41","date_gmt":"2025-11-13T10:19:41","guid":{"rendered":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=15041"},"modified":"2025-11-13T11:09:12","modified_gmt":"2025-11-13T11:09:12","slug":"figures-in-extinction-nederlands-dans-theater-ndt1-compagny-complicite-par-mathis-slonski","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=15041","title":{"rendered":"Figures in Extinction &#8211; Nederlands dans Theater (NDT1) &#8211; Company Complicit\u00e9 &#8211; Par Mathis Slonski"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-small-font-size\">Th\u00e9\u00e2tre de la Ville <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Samedi 25 octobre 2025<\/p>\n\n\n\n<p>Figure in extinction est une s\u00e9rie de 3 pi\u00e8ces cr\u00e9\u00e9es entre 2022 et 2025 par Crystal Pite et Simon McBurney. Ces trois pi\u00e8ces sont li\u00e9es par les th\u00e8mes et la mise en sc\u00e8ne. \u00c0 elles trois, elles (re)jouent une histoire, celle de l\u2019humanit\u00e9 qui d\u00e9truit son environnement, prend le contr\u00f4le de la nature et tente de la dominer. <\/p>\n\n\n\n<p>Le premier tableau a pour titre et sujet The List, la liste de l\u2019IUCN (International Union for Conservation of Nature), regroupant le nom des esp\u00e8ces en voie de disparition ou ayant totalement disparues, la liste longue, tr\u00e8s longue. Elle d\u00e9file sur un rythme crescendo, d\u2019abord lentement pour que les danseurs aient le temps d\u2019imiter les animaux puis de plus en plus vite jusqu\u2019\u00e0 ce que les noms deviennent<br>inintelligibles. Cela mime l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des disparitions d\u2019esp\u00e8ces dues \u00e0 l\u2019impact de l\u2019homme sur l\u2019environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur sc\u00e8ne, ces animaux sont dans\u00e9s, ce sont les mouvements des danseurs qui nous font ressentir leur pr\u00e9sence et voir leurs comportements. Cela accentu\u00e9 par les jeux de lumi\u00e8res verticales \u00e9clairant les danseurs par le haut, en \u00ab douche \u00bb, cr\u00e9ant des ombres dures masquant les visages. On ne voit donc pas les expressions de visages ni les regards, r\u00e9duisant les danseurs \u00e0 des corps en mouvement mais permettant aussi d\u2019imiter les animaux. Au milieu de ce tableau d\u2019horreur, l\u2019arch\u00e9type du climatosceptique (semblable \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre \u00e0 Donald Trump) est l\u00e0, en costard nous expliquant qu\u2019il ne faut pas s\u2019inqui\u00e9ter : la nature n\u2019est pas en danger et les scientifiques nous mentent afin de restreindre nos libert\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me tableau est un expos\u00e9 sur le th\u00e8me du cerveau humain et pour titre <em>But then you Come to the Humans<\/em>, il s\u2019ouvre sur l\u2019id\u00e9e re\u00e7ue selon laquelle la partie droite du cerveau serait le si\u00e8ge des \u00e9motions et de l\u2019imagination tandis que la partie gauche servirait \u00e0 la rationalit\u00e9. Une th\u00e9orie depuis longtemps d\u00e9mentie par les scientifiques mais que les pseudos sciences et l\u2019\u00e9sot\u00e9risme continuent d\u2019utiliser. Cette th\u00e9orie sert \u00e0 la fois d\u2019arch\u00e9type des id\u00e9es re\u00e7ues largement r\u00e9pandues par internet et de pr\u00e9texte pour expliquer le v\u00e9ritable fonctionnement du cerveau humain. Pour illustrer la propagation des rumeurs, la metteuse en sc\u00e8ne fait une sc\u00e8ne d\u2019exposition dans laquelle les danseurs font du \u00ab doom scrolling \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire, qu\u2019ils font d\u00e9filer les vid\u00e9os sur leurs smartphone sans interruption. Une premi\u00e8re vid\u00e9o se fait entendre sur le sujet des h\u00e9misph\u00e8res du cerveau, puis c\u2019est un autre portable qui la diffuse puis tous \u00e0 l\u2019unisson, la rumeur se propage tr\u00e8s vite et touche tout le monde. Pour l\u2019explication du fonctionnement du cerveau tel que la science le conna\u00eet, une fois off aurait suffit mais n\u2019aurait pas transmis l\u2019\u00e9motion telle qu\u2019elle est transmise par les danseurs et danseuses, chacun de leurs mouvements illustrent le texte et le rend vivant. Dans cette seconde partie les animaux sont quasiment exclus, on ne parle d\u2019eux qu\u2019en comparaison avec l\u2019homme, pour les en dissocier. Simon McBurney, le metteur en sc\u00e8ne responsable du texte justifie ce choix par la citation pr\u00e9sente dans la pi\u00e8ce \u00ab plus l\u2019homme conna\u00eet les animaux plus il s\u2019en \u00e9loigne \u00bb. L\u00e0 o\u00f9 les animaux \u00e9taient au coeur de la premi\u00e8re partie, ils sont maintenant rel\u00e9gu\u00e9s au rang d\u2019exemples, d\u2019illustration de la mani\u00e8re dont fonctionne l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie est \u00e0 propos de la vie et de la mort : Requiem, elle conclut le cycle : dans le premier il \u00e9tait question de la mort des animaux, dans la deuxi\u00e8me, de la vie humaine. La derni\u00e8re jongle entre vie et mort pour alerter sur une fin possible de l\u2019homme dans un futur proche. C\u2019est la partie o\u00f9 la danse prend le plus de place, elle ne sert plus seulement \u00e0 illustrer les propos, elle devient le propos, le porte. Le discours n\u2019en perd pas pour autant son importance et fait des parall\u00e8les profond entre les cinq \u00e9tapes de d\u00e9compositions d\u2019un corps et les cinqs \u00e9tapes du deuil : les vivants et les morts partagent un parcours commun et la fronti\u00e8re entre l\u2019un et l\u2019autre est plus fine que ce que l\u2019on pourrait croire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette s\u00e9rie de pi\u00e8ces est difficilement cat\u00e9gorisable, elle tient autant de la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre que du spectacle de danse que de la conf\u00e9rence scientifique. Nous ne l\u2019avons pas \u00e9voqu\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 maintenant mais la musique a une place particuli\u00e8re dans cette repr\u00e9sentation, elle se fait souvent oublier, elle est toujours pr\u00e9sente mais comme une sorte de toile de fond. Elle ne surgit v\u00e9ritablement que dans le dernier tableau : un air reconnaissable par tous, le requiem de Mozart. Elle est comme un surgissement puissant et orchestral d\u2019une musique jusqu\u2019ici \u00e9lectronique et m\u00e9canique. Ce spectacle magistral \u00e0 tout point de vue malgr\u00e9 un minimalisme des d\u00e9cors, mis en valeur par la salle du th\u00e9\u00e2tre Sarah Bernhardt, fait r\u00e9fl\u00e9chir au poids de l\u2019humanit\u00e9 sur la nature. Sans oublier que l\u2019homme lui-m\u00eame se menace en d\u00e9truisant l&rsquo;environnement dans lequel il \u00e9volue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Cr\u00e9dit photo : Rahi Rezvani <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre de la Ville Samedi 25 octobre 2025 Figure in extinction est une s\u00e9rie de 3 pi\u00e8ces cr\u00e9\u00e9es entre 2022 et 2025 par Crystal Pite et Simon McBurney. 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