{"id":15145,"date":"2026-05-26T17:09:34","date_gmt":"2026-05-26T17:09:34","guid":{"rendered":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=15145"},"modified":"2026-05-26T17:09:34","modified_gmt":"2026-05-26T17:09:34","slug":"au-revoir-la-haut-par-mael-hardy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=15145","title":{"rendered":"Au revoir l\u00e0-haut &#8211; Par Mael Hardy"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-small-font-size\">Cin\u00e9ma Les 3 Luxembourg<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Mercredi 28 janvier 2026<\/p>\n\n\n\n<p>Au revoir l\u00e0-haut, adapt\u00e9 du roman \u00e9ponyme de Pierre Lema\u00eetre par le r\u00e9alisateur Albert Dupontel, est moins une \u0153uvre sur la Grande Guerre qu\u2019un film qui en montre les cons\u00e9quences \u00e9conomiques, politiques et sociale, en un mot humaines. Cette p\u00e9riode, naissante apr\u00e8s l\u2019armistice de novembre 1918, incarne une monstruosit\u00e9 diff\u00e9rente des tranch\u00e9es mais tout aussi tragique. Le film parvient \u00e0 en rendre toute l\u2019essence. Il exprime ainsi le quotidien cauchemardesque et injuste des gueules cass\u00e9es, \u00e0 travers le personnage d\u2019Edward, jeune soldat fran\u00e7ais d\u00e9figur\u00e9 au visage par un obus allemand et qui ne peut plus vivre sans la morphine qui calme sa douleur. Il \u00e9voque aussi le drame intime et collectif des familles endeuill\u00e9es qui cherchent \u00e0 revoir une derni\u00e8re fois les corps de leurs proches d\u00e9funts, sujet r\u00e9guli\u00e8rement mentionn\u00e9. La difficile r\u00e9insertion des soldats fran\u00e7ais traumatis\u00e9s se manifeste enfin par la d\u00e9ch\u00e9ance d\u2019Albert Maillard qui perd du m\u00eame coup son m\u00e9tier de comptable et sa fianc\u00e9.<br><br>La valeur artistique d\u2019Au revoir l\u00e0-haut est pourtant irr\u00e9ductible \u00e0 un simple int\u00e9r\u00eat historique. L\u2019\u0153uvre est en outre critique et donc politique. Dans les premi\u00e8res minutes, le long travelling qui suit un chien sur le front, entre les tranch\u00e9es allemande et fran\u00e7aise, sert de pr\u00e9texte pour montrer la destruction de la nature et la d\u00e9shumanisation des soldats, couverts de boue et \u00e9puis\u00e9s. Dans ces m\u00eames premi\u00e8res minutes, l\u2019ordre d\u2019attaquer lanc\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral Pradelle, alors que les deux camps attendent l\u2019armistice, souligne l\u2019absurdit\u00e9 d\u2019une guerre qui les d\u00e9passe tous. Plus tard, la mise en sc\u00e8ne grotesque d\u2019Edward, dans laquelle il coiffe des hommes de masques repr\u00e9sentant les responsables de guerre pour les entartrer, ridiculise les coupables de tous ces massacres et illustre la vengeance, trop p\u00e2le, d\u2019Edward, Albert et Louise.<br><br>La prouesse majeure de l\u2019\u0153uvre est peut-\u00eatre l\u2019\u00e9criture des personnage. \u00c0 l\u2019exception de l\u2019odieux lieutenant Pradelle dont on se satisfait de sa chute malheureuse (au sens propre comme au sens figur\u00e9), chaque personnage appara\u00eet comme nuanc\u00e9. Le p\u00e8re qui m\u00e9prise son fils se repent ensuite ou encore l\u2019arnaque ill\u00e9gale et immorale des faux monuments aux morts noircit quelque peu les trois personnages principaux. Albert, personnage devenu narrateur, raconte l\u2019histoire de la fraternit\u00e9 qui le lie \u00e0 son excentrique compagnon de tranch\u00e9e. L\u2019usage de la voix-off d\u2019Albert conf\u00e8re au r\u00e9cit les lettres de noblesse du conte fantastique. Cet aspect n\u2019est jamais d\u00e9menti ni par la musique ni par la photographie. Bien au contraire ! Albert Dupontel s\u2019efforce de le souligner \u00e0 chaque instant. \u00c0 l\u2019\u00e9cran, les couleurs sont chatoyantes tandis que les d\u00e9cors sont tr\u00e8s \u00ab jolis \u00bb (pour reprendre l\u2019expression du personnage Albert Maillard). Le tout, auquel les masques n\u2019\u00e9chappent pas, appartient \u00e0 l\u2019univers du merveilleux et du fantasme. La musique \u00e9voque elle aussi, comme dans la sc\u00e8ne de l\u2019h\u00f4tel Lutetia, le folklore tant des Ann\u00e9es folles que de l\u2019imagination d\u00e9brid\u00e9e d\u2019Edward.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est lui qui cristallise la fascination du spectateur. Personnage bris\u00e9 par la guerre, orphelin de sa m\u00e8re et selon toute vraisemblance ha\u00ef par son p\u00e8re, Edward incarne une double exclusion. Une exclusion du monde des morts bien s\u00fbr puisque l\u2019obus re\u00e7u l\u2019a bless\u00e9 gravement mais sans le tuer et Albert refuse de le faire. Mais une exclusion \u00e9galement du monde des vivants puisque tous le croient disparus. De ce fait, seuls le malheur et la souffrance semblent attendre son \u00e2me. Or, Edward symbolise la r\u00e9volte face au monde vain et insatisfaisant. Sa cr\u00e9ativit\u00e9 le sauve. Les masques fabriqu\u00e9s, tous plus farfelus les uns que les autres, repr\u00e9sentent la volont\u00e9 de continuer \u00e0 s\u2019amuser et inventer jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absolution de son malheur. Il r\u00e9introduit la possibilit\u00e9 du r\u00eave \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du monde bris\u00e9 par la guerre. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019art, Edward r\u00e9enchante ainsi la condition humaine.<br><br>Au revoir l\u00e0-haut est donc un film beau et m\u00eame tr\u00e8s dr\u00f4le malgr\u00e9 le sujet qui ne se pr\u00eate apparemment pas \u00e0 l\u2019humour. J\u2019en recommande donc vivement le visionnage !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Cr\u00e9dit photo : Au revoir l\u00e0-haut d&rsquo;Albert Dupontel &#8211; Gaumont<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Cin\u00e9ma Les 3 Luxembourg Mercredi 28 janvier 2026 Au revoir l\u00e0-haut, adapt\u00e9 du roman \u00e9ponyme de Pierre Lema\u00eetre par le r\u00e9alisateur Albert Dupontel, est moins une \u0153uvre sur la Grande Guerre qu\u2019un film qui en montre les cons\u00e9quences \u00e9conomiques, politiques et sociale, en un mot [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":15146,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-15145","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15145","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15145"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15145\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15147,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15145\/revisions\/15147"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/15146"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15145"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15145"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15145"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}