{"id":15166,"date":"2026-06-02T13:59:26","date_gmt":"2026-06-02T13:59:26","guid":{"rendered":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=15166"},"modified":"2026-06-02T15:09:42","modified_gmt":"2026-06-02T15:09:42","slug":"matarife-y-paraiso-par-une-etudiante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=15166","title":{"rendered":"Matarife y Para\u00edso &#8211; Par une \u00e9tudiante"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-small-font-size\">Th\u00e9\u00e2tre National de Chaillot<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Dimanche 8 f\u00e9vrier 2026<\/p>\n\n\n\n<p>Matarife y Para\u00edso propose une relecture singuli\u00e8re du flamenco, envisag\u00e9 comme espace o\u00f9 sacr\u00e9 et profane s\u2019affrontent. Le spectacle accumule des images fortes, parfois d\u00e9routantes, qui composent une m\u00e9ditation sur la qu\u00eate de l\u2019id\u00e9al, ce \u00ab paradis \u00bb toujours esp\u00e9r\u00e9 et menac\u00e9.<br><br>Le registre religieux traverse la pi\u00e8ce de part en part. Voiles, draps dor\u00e9s, postures solennelles, r\u00e9f\u00e9rences explicites au sacre ou \u00e0 la crucifixion construisent une imagerie o\u00f9 la danse semble devenir une forme de foi. Les corps sont parfois expos\u00e9s, d\u2019autres fois sacrifi\u00e9s. Le titre m\u00eame, Matarife, convoque la figure du sacrificateur, et la pr\u00e9sence de la viande sur sc\u00e8ne inscrit cette id\u00e9e de sacrifice, dans une mat\u00e9rialit\u00e9 presque brutale. La foi \u00e9voqu\u00e9e ici passe par le corps, la r\u00e9p\u00e9tition et l\u2019\u00e9puisement.<br><br>Le flamenco, dans ses formes les plus reconnaissables, appara\u00eet d\u2019abord comme un socle. La danse s\u2019inscrit dans un registre traditionnel, tr\u00e8s incarn\u00e9, laissant une large place \u00e0 la danseuse, dont le corps est un moteur expressif central. Mais ce socle est progressivement fissur\u00e9. Les codes se m\u00e9langent \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments th\u00e9\u00e2traux et \u00e0 des gestes qui semblent volontairement dissonants. Cette hybridation met au contraire en crise l\u2019id\u00e9e m\u00eame de puret\u00e9 du flamenco.<br><br>Le spectacle joue constamment avec le sublime et le trivial. Des sc\u00e8nes \u00e0 forte charge symbolique, presque liturgique, cohabitent avec des moments de d\u00e9sacralisation assum\u00e9e, o\u00f9 le quotidien et le profane s\u2019imposent sans transition. L\u2019apparition d\u2019objets contemporains, comme le tapis de course, d\u00e9tourne le rapport au corps et au mouvement, \u00e9voquant une modernit\u00e9 productiviste, absurde, o\u00f9 l\u2019on s\u2019\u00e9puise sans avancer. Le flamenco, habituellement associ\u00e9 au sol et \u00e0 l\u2019ancrage, se trouve alors confront\u00e9 \u00e0 une logique de performance vide de sens.<br><br>La relation entre les deux interpr\u00e8tes oscille elle aussi entre \u00e9quilibre et rupture. Tant\u00f4t en miroir, tant\u00f4t en opposition, leurs corps dialoguent sans jamais se stabiliser dans une forme d\u00e9finitive. Des sc\u00e8nes d\u2019intimit\u00e9, parfois violentes dans leur symbolique, rappellent que cette qu\u00eate du paradis passe aussi par la chair et la vuln\u00e9rabilit\u00e9. La nudit\u00e9 partielle des corps ach\u00e8ve de rompre avec toute id\u00e9alisation.<br><br>Loin d\u2019une image consolante du paradis, le spectacle en montre au contraire la fragilit\u00e9. En cela, Matarife y Para\u00edso propose une vision incarn\u00e9e de la qu\u00eate spirituelle, travers\u00e9e par le doute et l\u2019imperfection.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Cr\u00e9dit photo : Laura L\u00e9on<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre National de Chaillot Dimanche 8 f\u00e9vrier 2026 Matarife y Para\u00edso propose une relecture singuli\u00e8re du flamenco, envisag\u00e9 comme espace o\u00f9 sacr\u00e9 et profane s\u2019affrontent. 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