{"id":15170,"date":"2026-06-02T14:14:42","date_gmt":"2026-06-02T14:14:42","guid":{"rendered":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=15170"},"modified":"2026-06-02T14:17:22","modified_gmt":"2026-06-02T14:17:22","slug":"matarife-y-paraiso-par-n-a","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=15170","title":{"rendered":"Matarife y Paraiso &#8211; Par N. A."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-small-font-size\">Th\u00e9\u00e2tre National de Chaillot <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Dimanche 8 f\u00e9vrier 2026<\/p>\n\n\n\n<p>Con\u00e7ue par Andr\u00e9s Mar\u00edn et co-chor\u00e9graphi\u00e9e avec Ana Morales, la pi\u00e8ce\u00a0<em>Matarife\/Para\u00edso<\/em>\u00a0est une relecture de La Divine Com\u00e9die et de la qu\u00eate de Dante poursuivant B\u00e9atrice. Le spectacle est une exp\u00e9rience sensorielle compl\u00e8te. Une l\u00e9g\u00e8re odeur d\u2019encens y flotte, \u00e9veillant un troublant sentiment de nostalgie. L\u2019exp\u00e9rimentation primordiale de Mar\u00edn avec le son et la musique conf\u00e8re une structure encore plus charnelle \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, int\u00e9grant le son de la peau et du tissu. La musique fa\u00e7onne la chor\u00e9graphie \u00e0 mesure que la chor\u00e9graphie fa\u00e7onne la musique. Les percussions de la batterie dialoguent avec les pas de flamenco, ex\u00e9cut\u00e9s avec une \u00e9vidente virtuosit\u00e9 par Mar\u00edn et Morales.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce collage est r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir de scans de n\u00e9gatifs 35 mm issus de ma collection personnelle. J\u2019ai s\u00e9lectionn\u00e9 des fragments d&rsquo;images qui m&rsquo;\u00e9voquent le spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>On voit tout d\u2019abord une contre-plong\u00e9e d&rsquo;\u00c9ros, incarnation mythologique du d\u00e9sir charnel, fig\u00e9e sous un ciel vivant de bleu et de nuages. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, des ruines \u00e9gyptiennes rappellent l\u2019ancrage organique et la min\u00e9ralit\u00e9 de la sacralit\u00e9 et du rituel qui traverse le temps. Puis, traversant en largeur le collage, la rigidit\u00e9 d&rsquo;un alignement de chaises rouges tranche avec la staticit\u00e9 d&rsquo;hommes tronqu\u00e9s en costume. Vient s&rsquo;y glisser un fragment de mer, l\u00e9g\u00e8rement trouble et rocheuse, \u00e9voquant une perception alt\u00e9r\u00e9e du temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, plus bas, trois fragments de clich\u00e9s d\u00e9voilent un couple juv\u00e9nile diss\u00e9quant un g\u00e2teau nuptial rose. La timidit\u00e9 de cette incision et l&rsquo;instant suspendu pr\u00e9c\u00e9dant la consommation physique instaurent une ambivalence face \u00e0 la communion de Morales et Mar\u00edn se partageant la chair de l&rsquo;agneau en dansant sur sc\u00e8ne. Fra\u00eechement sacrifi\u00e9e par la figure du\u00a0<em>Matarife<\/em>, l&rsquo;abatteur, cette viande crue partage d&rsquo;ailleurs la m\u00eame couleur que le g\u00e2teau nuptial. On peut l&rsquo;interpr\u00e9ter comme un d\u00e9calage ironique ou, au contraire, comme la confirmation que ce geste ordinaire est profond\u00e9ment sacr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble du collage qui s&rsquo;articule autour de cette tension, que l\u2019on retrouve \u00e9galement dans le spectacle, oscillant constamment entre d\u00e9rision et sacralit\u00e9 visc\u00e9rale. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un \u00c9ros fig\u00e9 surplombant les \u00eatres humains, de la r\u00e9p\u00e9tition inlassable des ruines t\u00e9moignant des civilisations pass\u00e9es, ou de l&rsquo;allure statique et absurde de ces hommes en costume, tout gravite autour de la m\u00eame question. L\u00e0 o\u00f9 le spectacle d\u00e9ploie une dramaturgie brutale et transgressive, le collage semble d&rsquo;abord lui opposer le vernis parfois ridicule de notre civilisation. Mais \u00e0 travers cette juxtaposition globale, l&rsquo;\u0153uvre r\u00e9v\u00e8le sa v\u00e9ritable dualit\u00e9 : sous l&rsquo;innocence apparente de la convention sociale et l&rsquo;absurdit\u00e9 de nos postures se cache une authentique dimension sacr\u00e9e. Qu&rsquo;on l\u2019interpr\u00e8te comme absurde ou\u00a0sacr\u00e9, l&rsquo;essence charnelle et le besoin primitif du rituel demeurent, au fond, invariablement les m\u00eames.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre National de Chaillot Dimanche 8 f\u00e9vrier 2026 Con\u00e7ue par Andr\u00e9s Mar\u00edn et co-chor\u00e9graphi\u00e9e avec Ana Morales, la pi\u00e8ce\u00a0Matarife\/Para\u00edso\u00a0est une relecture de La Divine Com\u00e9die et de la qu\u00eate de Dante poursuivant B\u00e9atrice. Le spectacle est une exp\u00e9rience sensorielle compl\u00e8te. 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