{"id":182,"date":"2015-10-08T17:30:34","date_gmt":"2015-10-08T16:30:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=182"},"modified":"2015-10-08T17:30:34","modified_gmt":"2015-10-08T16:30:34","slug":"platee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=182","title":{"rendered":"Plat\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>Op\u00e9ra | Op\u00e9ra national de Paris | <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-15-16\/opera\/platee\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Cette production de Plat\u00e9e au Palais Garnier rencontre un succ\u00e8s qui en fait un nouveau lieu de m\u00e9moire de l\u2019institution <\/em>\u00bb affirme Jean &#8211; Charles Hoffel\u00e9, musicien et musicologue, en 2009 lors de la premi\u00e8re repr\u00e9sentation de l\u2019oeuvre musicale de Jean Philippe Rameau \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Garnier. C\u2019est donc tout naturellement que l\u2019oeuvre r\u00e9appara\u00eet dans la programmation 2015 &#8211; 2016 de l\u2019Op\u00e9ra Garnier, une nouvelle fois sous la direction musicale de Marc Minkowski et mise en sc\u00e8ne par Laurent Pelly.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plat\u00e9e est cr\u00e9e le 31 mars 1745 dans la salle du Man\u00e8ge des Grandes Ecuries de Versailles transform\u00e9e en salle de spectacle, d\u2019apr\u00e8s la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Jacques Autreau <em><u>Plat\u00e9e ou Junon Jalouse <\/u><\/em>dont Rameau avait rachet\u00e9 les droits et confi\u00e9 l\u2019adaptation \u00e0 Adrien &#8211; Joseph Le Valois d\u2019Orville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette com\u00e9die lyrique ou ballet bouffon est constitu\u00e9e d\u2019un prologue et trois actes. Dans un prologue qui plante le d\u00e9cor de l\u2019action, Thespis, Momus et Thalie annoncent le sujet de la pi\u00e8ce : une com\u00e9die moquant la d\u00e9raison des hommes\u2026 et racontant le pi\u00e8ge tendu par Jupiter \u00e0 Junon pour soigner sa jalousie. Le pi\u00e8ge ? Faire croire \u00e0 la grenouille Plat\u00e9e que Jupiter s\u2019est \u00e9pris d\u2019elle. Tr\u00e8s officielle, la d\u00e9claration d\u2019amour de Jupiter \u00e0 Plat\u00e9e est transmise par Mercure. Quand Jupiter appara\u00eet devant Plat\u00e9e \u2013 d\u2019abord sous la forme d\u2019un \u00e2ne, puis d\u2019un hibou \u2013 la nymphe appelle les oiseaux de son marais, mais ceux-ci font fuir Jupiter. Heureusement, le beau Dieu revient aussit\u00f4t et avoue sa flamme \u00e0 la pauvre Plat\u00e9e : il veut m\u00eame l\u2019\u00e9pouser. La Folie vient chanter pour la fianc\u00e9e dans un climat absolument loufoque. Toutefois, en plein pr\u00e9paratif des noces, Junon, furieuse, vient interrompre la mise en sc\u00e8ne et presse Jupiter de remonter au Ciel avec elle. Humili\u00e9e, Plat\u00e9e comprend alors le jeu dont elle a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet. Elle retourne dans ses mar\u00e9cages, sous les quolibets ironiques du ch\u0153ur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019un point de vue dramaturgique, le Plat\u00e9e de Laurent Pelly fait la part belle aux personnages principaux et en propose une lecture parfois nouvelle. Le r\u00f4le-titre m\u00e8ne la danse. On voit Plat\u00e9e s\u2019\u00e9panouir dans le premier acte, on lui d\u00e9couvre une incroyable vari\u00e9t\u00e9 d\u2019affects, son mani\u00e9risme, son narcissisme, sa nymphomanie, sa noblesse, son h\u00e9ro\u00efsme \u2026 Autant de facettes parfois contradictoires que Rameau r\u00e9ussit \u00e0 rassembler en un m\u00eame personnage. On appr\u00e9cie le traitement r\u00e9serv\u00e9 au personnage de la Folie, Thalie. Si dans la version d\u2019Aix &#8211; en Provence, jou\u00e9e en 1956 et dirig\u00e9e par Hans Rosbaud, elle apparaissait comme une Reine de la Nuit fantaisiste, banal personnage venant distraire l\u2019assembl\u00e9e dans un spectacle d\u00e9lirant, la version de Laurent Pelly et Agathe M\u00e9linand pour la dramaturgie en fait une all\u00e9gorie de la musique elle &#8211; m\u00eame et des th\u00e9ories de Rameau en musique. Au cours de ses deux apparitions elle d\u00e9montre pouvoir faire une trag\u00e9die sur une musique de com\u00e9die puis le contraire, c\u2019est \u00e0 dire du badinage: <em>\u00ab Faisons d\u2019une image fun\u00e8bre une all\u00e9gresse par mes chants \u00bb La Folie &#8211; Acte II, Sc\u00e8ne V. <\/em>On souligne la performance vocale de la jeune soprano Julie Fuchs dans le role de la Folie, s\u2019\u00e9tant d\u00e9j\u00e0 illustr\u00e9e sur la sc\u00e8ne musicale en collaborant avec Marc Minkowski dans <em><u>Les Bor\u00e9ades <\/u><\/em>de Rameau et en reportant en 2010 le premier prix au Conservatoire national sup\u00e9rieur de musique de Paris avec les f\u00e9licitations du jury.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019op\u00e9ra est aussi une v\u00e9ritable exp\u00e9rience sc\u00e9nographique. Les d\u00e9cors de Chantal Thomas sont absolument grandioses, avec la pr\u00e9sence sur sc\u00e8ne d\u2019une v\u00e9ritable machinerie, permettant aux gradins pr\u00e9sents lors du prologue de se disloquer v\u00e9ritablement lors de la temp\u00eate provoqu\u00e9e par les Aquilons, vents du Nord violents et imp\u00e9tueux, serviteurs z\u00e9l\u00e9s de Junon. Le d\u00e9cor des gradins, d\u00e9construit et scind\u00e9 en deux, se module ensuite gr\u00e2ce au jeu de lumi\u00e8res de Jo\u00ebl Adam, tant\u00f4t dans les tons bleus, tant\u00f4t verts, recr\u00e9ant \u00e0 merveille une ambiance mar\u00e9cageuse, repaire de Plat\u00e9e et de ses sujets batraciens. De nombreuses danses ponctuent le r\u00e9cit, interm\u00e8des dynamiques ou v\u00e9ritablement mim\u00e9tiques de l\u2019action.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le travail de Laura Scozzi, la chor\u00e9graphe, est remarquable et l\u2019influence de ses ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 l\u2019Ecole de Mimodrame Marcel Marceau \u00e0 Paris est patente. La danse illustre, sert le r\u00e9cit et participe aussi \u00e0 renforcer la machine comique de l\u2019op\u00e9ra. Ainsi, les ports de bras des danseuses, leurs ronds de jambe miment \u00e0 la perfection les mouvements v\u00e9g\u00e9taux lors de la temp\u00eate tandis que les danses joyeuses et volontiers grivoises des paysans vendangeurs d\u00e9clenchent le rire du public. Comme dans d\u2019autres de ses productions, la chor\u00e9graphe s\u2019autorise quelques libert\u00e9s en m\u00e9langeant les genres et ins\u00e8re des morceaux de hip-hop aux danses contemporaines. On ignore si Rameau se serait montr\u00e9 enthousiaste, bien qu\u2019il demeure un artiste profond\u00e9ment novateur, s\u2019\u00e9tant d\u00e9tourner de la trag\u00e9die lyrique, mais ces insertions anachroniques ont le m\u00e9rite d\u2019amuser le jeune public. Participent \u00e0 l\u2019agencement de cette \u00ab machine comique parfaitement millim\u00e9tr\u00e9e \u00bb, pour reprendre l\u2019expression de Marc Minkowski, directeur musical, les nombreuses interactions entre les personnages et le public mais aussi l\u2019orchestre. Pour le plus grand bonheur du public, le personnage de la Folie, cong\u00e9die Marc Minkowski, pour diriger l\u2019orchestre et faire la d\u00e9monstration de des prouesses vocales. De m\u00eame, l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une grenouille dans les loges du public, puis sa d\u00e9ambulation parmi l\u2019orchestre jusqu\u2019\u00e0 renvoyer elle aussi le chef d\u2019orchestre Marc Minkowski provoque l\u2019engouement de l\u2019assistance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est la grande force de cet op\u00e9ra que de regrouper des moments d\u2019all\u00e9gresse, de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de rire, une satire f\u00e9roce des moeurs tout en touchant au sublime avec une partition irr\u00e9prochable et une parfaite illustration de la th\u00e8se de Rameau quant \u00e0 l\u2019harmonie musicale.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Anabelle Machou<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Plat\u00e9e<\/em> est une com\u00e9die lyrique de Jean-Philippe Rameau, qualifi\u00e9e de ballet \u00e0 sa cr\u00e9ation, le 31 mars 1745 \u00e0 Versailles, \u00e0 l&rsquo;occasion du mariage du fils de Louis XV, le dauphin Louis, avec l&rsquo;infante espagnole Marie-Th\u00e9r\u00e8se. Certains iront m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 mettre le doigt sur des allusions \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui avait la regrettable r\u00e9putation de laideron. En effet la reine des marais, Plat\u00e9e la nymphomane, est victime d\u2019une cruelle machination foment\u00e9e par Jupiter\u00a0qui veut ch\u00e2tier la jalousie de son \u00e9pouse Junon, avec l\u2019aide de l\u2019Olympe et des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9cha\u00een\u00e9s. Classique du r\u00e9pertoire de l\u2019Op\u00e9ra de Paris, la production sign\u00e9e Marc Minkowski et Laurent Pelly revient \u00e0 l\u2019affiche avec une distribution enti\u00e8rement renouvel\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de la pi\u00e8ce subsiste cependant, non seulement sur le genre, tant\u00f4t ballet bouffon, unique en son genre, tant\u00f4t com\u00e9die-ballet, d\u00e9signation plus neutre et partant moins suggestive. C\u2019est par les chants d\u2019une cr\u00e9ature \u00e9ponyme, \u00ab Nymphe \u00bb r\u00e9gnant sur \u00ab un humide empire \u00bb que le compositeur se moque. \u00ab\u00a0Faisons d\u2019une image fun\u00e8bre une all\u00e9gresse par mes chants\u00bb. Avant d\u2019\u00e9pouser le dieu de la mode, elle devient bien s\u00fbr son \u00ab\u00a0mannequin pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb. Monde de miroirs et de superficialit\u00e9 dans lequel l\u2019intrigue de <em>Plat\u00e9e <\/em>se laisse transposer facilement, faisant coexister l\u2019univers strictement contemporain des \u00ab\u00a0fashion victims\u00a0\u00bb avec celui de divinit\u00e9s comme Thespis et l\u2019Amour. Cette production compte quelques jolis gags et r\u00e9ussit m\u00eame certains passages souvent difficiles \u2013 les m\u00e9tamorphoses successives de Jupiter, nuage, \u00e2ne puis hibou, sont ici tr\u00e8s habilement men\u00e9es gr\u00e2ce aux figurants et danseurs \u2013 mais le spectacle n\u2019est pas exempt de longueurs : la tension retombe en g\u00e9n\u00e9ral lors des ballets, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, et le dernier acte se tra\u00eene un peu car il ne s\u2019y passe pas grand-chose, cette pi\u00e8ce reste n\u00e9anmoins \u00ab d\u00e9conseill\u00e9 au moins de douze ans \u00bb sur le site de l\u2019Op\u00e9ra Comique. Quant au suicide final, il termine la repr\u00e9sentation sur une note bien sombre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est assez difficile de juger les qualit\u00e9s purement vocales des acteurs, tant le jeu semble prendre le pas sur le chant. Mais il n\u2019est sans doute pas n\u00e9cessaire de faire du beau son pour incarner Plat\u00e9e et les interpr\u00e8tes poss\u00e8dent un organe tr\u00e8s sonore, qu\u2019ils utilisent avec esprit. Simone Kermes qui incarne la folie, change de costume qui la font passer d\u2019une contemporaine d\u00e9jant\u00e9e \u00e0 une pseudo-Marie-Antoinette. Inspiration \u00ab\u00a0Gagaesque\u00a0\u00bb on se demande d\u2019abord si l\u2019on a bel et bien affaire \u00e0 la reine de la virtuosit\u00e9, tant le fameux air \u00abAux langueurs d\u2019Apollon \u00bb \u00e0 d\u00e9faut de passer totalement inaper\u00e7u, laissant du moins une assez faible impression. Au contraire, la soprano allemande r\u00e9ussit bien davantage \u00ab Aimables jeux, suivez nos pas \u00bb, pris tr\u00e8s lentement, o\u00f9 elle se montre tr\u00e8s \u00e9mouvante. Et elle ne s\u2019autorise quelques incursions dans le suraigu qu\u2019au dernier acte, pour \u00ab Amour, lance tes traits \u00bb. Pour le reste, le fran\u00e7ais est assez acceptable, malgr\u00e9 une m\u00e9connaissance de certains sons. Tout autour, les autres acteurs forment une composition sc\u00e9nique tr\u00e8s amusante qui ne nuit jamais \u00e0 la qualit\u00e9 du chant, les timbres sont percutant et composent des personnages cyniques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 donc une <em>Plat\u00e9e<\/em> d&rsquo;une conception finalement moins narquoise que ce \u00e0 quoi l&rsquo;on s\u2019est habitu\u00e9, une <em>Plat\u00e9e<\/em> qui est cens\u00e9e nous faire rire, ainsi que l&rsquo;orchestre et les ch\u0153urs. L&rsquo;instant le plus dr\u00f4le ne repose ni sur la musique ni sur les mots : mais \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e (muette) de Karl Lagerfeld (le dit Jupiter) au premier acte, o\u00f9 l&rsquo;intrigue ne l&rsquo;invite pas mais o\u00f9 son apparition, un gros matou sur les bras, rend la situation tr\u00e8s comique et inattendue. Le concept ? La <em>fashion week<\/em>, son agitation, un shooting, un d\u00e9fil\u00e9 (les m\u00e9tamorphoses), Junon (inexistante) et au milieu de la foire aux vanit\u00e9s, ce \u00ab\u00a0boudin\u00a0\u00bb de Plat\u00e9e qui d\u00e9boule sans complexe dans sa serviette. Cela donne une vraie consistance au un personnage qui profite du d\u00e9nouement particuli\u00e8rement cruel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les chor\u00e9graphies tr\u00e8s techniques de Nicolas Paul s&rsquo;organisent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la musique \u2013 une danse baroque n&rsquo;est pas un catalogue d&rsquo;ornements nerveux mais un rythme, un rebond. Le jeu des lumi\u00e8res qui perdurent toute la pi\u00e8ce ainsi que de nombreux effets sp\u00e9ciaux \u00e9merveillent les spectateurs. Mais les danseurs sont \u00e9cart\u00e9s de la temp\u00eate finale, ce qui est plut\u00f4t dommage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Plat\u00e9e<\/em>, \u00e0 l\u2019esprit burlesque est donc une satire mordante du genre lyrique o\u00f9 dieux et b\u00eates rivalisent de m\u00e9chancet\u00e9 sur une partition aussi somptueuse que surprenante. L\u2019\u00e9trange cr\u00e9ature, chant\u00e9e par un homme et entour\u00e9e de grenouilles, fait voler les conventions en \u00e9clat\u00a0: d\u00e9clamation, danse et chant sont mis sens dessus-dessous. La mise en sc\u00e8ne r\u00e9solument satirique fait r\u00e9sonner l\u2019argument mythologique avec nos mythes actuels, en particulier le monde paillet\u00e9 et inaccessible et de la \u00ab\u00a0jet-set\u00a0\u00bb et de la haute couture. Les miroirs y refl\u00e8tent \u00e0 l\u2019infini les chim\u00e8res et les d\u00e9sillusions. En programmant sa premi\u00e8re production maison de <em>Plat\u00e9e<\/em>, l\u2019Op\u00e9ra Comique affirme ainsi, \u00e0 l\u2019aube de son tricentenaire, la\u00a0f\u00e9condit\u00e9 de l\u2019esprit comique pour l\u2019excellence artistique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Charlotte Tixier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9concertant. Cette com\u00e9die lyrique &#8211; assimilable \u00e0 un ballet bouffon &#8211; est d\u00e9concertante. Elle est tir\u00e9e de <em>Plat\u00e9e ou Junon jalouse<\/em>, du dramaturge Jacques Autreau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous voici plong\u00e9s, dans le prologue, au milieu d\u2019une salle de spectacle. C\u2019est l\u00e0 que Thespis, l\u2019inventeur de la com\u00e9die, est r\u00e9veill\u00e9 du royaume de Bacchus par les Satyres et les M\u00e9nades. Il accepte de leur fournir un nouveau divertissement, aid\u00e9 par Thalie (la Folie), Momus et la d\u00e9esse Amour \u2026 qui surgit en sous-v\u00eatements flamboyants. Ensemble, ils traiteront des amours comiques de Jupiter. Un claquement de rideau plus tard, cet illustre d\u00e9cor s\u2019est transform\u00e9 en insalubres mar\u00e9cages dans lesquels \u00e9volueront Momus, la Folie Thalie, Plat\u00e9e, Jupiter, Mercure, et m\u00eame Junon. Plat\u00e9e est une nymphe ridicule, grotesque, na\u00efve et laide qui r\u00e8gne sur ce royaume des batraciens. Elle se laissera persuader de l\u2019amour feint de Jupiter et ce n\u2019est qu\u2019une fois la c\u00e9r\u00e9monie sur le point d\u2019aboutir qu\u2019elle comprendra son erreur \u2026 Jupiter s\u2019est jou\u00e9 d\u2019elle uniquement afin de gu\u00e9rir sa femme Junon de sa jalousie. L\u2019infortun\u00e9e Plat\u00e9e n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 fuir, sous les rires du ch\u0153ur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut garder en t\u00eate que l\u2019infante Marie-Th\u00e9r\u00e8se souffrait d\u2019une r\u00e9elle r\u00e9putation de laideron, aussi, comment ne pas penser \u00e0 elle lorsque l\u2019on voit Plat\u00e9e, si gauche et laide, parler de ses \u00ab\u00a0app\u00e2ts\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoiqu\u2019il en soit, cet univers divin port\u00e9 par des costumes purement contemporains et des ballets parfois d\u00e9lirants a de quoi surprendre. Chose plus surprenante encore mais tr\u00e8s agr\u00e9able\u00a0: l\u2019orchestre est inclus dans la mise en sc\u00e8ne. Ainsi, Thalie dirige par moments les musiciens qui, d\u00e8s lors, d\u00e9laissent le chef d\u2019orchestre et n\u2019ont plus d\u2019yeux que pour elle. De m\u00eame, une grenouille que l\u2019on retrouve tout du long de la pi\u00e8ce vient, entre deux actes, se loger au milieu du public avant d\u2019aller titiller les musiciens \u00f4 combien concentr\u00e9s. Il touche le violon, soul\u00e8ve l\u2019archet de la contrebasse et vole la partition du pianiste. Cette proximit\u00e9 avec l\u2019orchestre rend le c\u00f4t\u00e9 bouffon de la pi\u00e8ce encore plus pr\u00e9sent, et d\u00e9mystifie quelque peu cet op\u00e9ra en le rendant plus accessible. Combien de lyc\u00e9ens pr\u00e9sents dans le public ont ri en voyant les mimiques de Plat\u00e9e, les interventions de la grenouille et les ballets abracadabresques\u00a0! La pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 largement applaudie par le public, ce fut un franc succ\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Attention cependant \u00e0 ne pas trop, par volont\u00e9 de d\u00e9mocratisation de l\u2019\u0153uvre, s\u2019\u00e9loigner de la pi\u00e8ce source. Les costumes \u00e0 paillettes, les t\u00eates de grenouille, les hommes danseurs en cale\u00e7on, les vestons et la mise en sc\u00e8ne parfois loufoque rendent difficile le plongeon dans la cour de Louis XV et peuvent en d\u00e9contenancer plus d\u2019un, s\u2019attendant \u00e0 une pi\u00e8ce au milieu des dieux de l\u2019Olympe. Une pi\u00e8ce d\u00e9concertante, donc. Mais tant agr\u00e9able \u00e0 regarder qu\u2019\u00e0 \u00e9couter. Un beau moment, dans des lieux incroyables.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Estelle Paoli<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voir <em>Plat\u00e9e<\/em> s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre une vraie exp\u00e9rience d&rsquo;op\u00e9ra. Novice en la mati\u00e8re, on ne peut que se laisser captiver par la beaut\u00e9 de la musique, la performance des chanteurs et la gr\u00e2ce des ballets lors des parties de musique dans\u00e9es. <em>Plat\u00e9e<\/em> est bien un spectacle complet\u00a0: musique, chant et danse, le tout dans un d\u00e9cor impressionnant qui, se transformant \u00e0 chaque acte, r\u00e9pond \u00e0 l&rsquo;envie du spectateur de voir une repr\u00e9sentation enti\u00e8re et r\u00e9elle, et non pas simplement figur\u00e9e par un jeu d&rsquo;ombres ou de sons. Spectacle complet \u00e9galement, car si <em>Plat\u00e9e<\/em> est consid\u00e9r\u00e9e comme une com\u00e9die lyrique et un ballet bouffon, le rire n&rsquo;est pas toujours le sentiment dominant et le spectateur oscille entre rire et compassion pour la nymphe batracienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rideau s&rsquo;ouvre sur une construction faite de gradins de th\u00e9\u00e2tre et offre directement au spectateur un miroir de sa propre situation. Le ton humoristique est donn\u00e9 d\u00e8s le commencement par la musique rythm\u00e9e, le ton enjou\u00e9 du chant et le jeu de sc\u00e8ne en parfaite ad\u00e9quation \u00e0 cette atmosph\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Compos\u00e9e en 1745 \u00e0 Versailles, \u00e0 l&rsquo;occasion du mariage de Louis XV avec l&rsquo;infante d&rsquo;Espagne, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, le spectateur de l&rsquo;\u00e9poque ne pouvait s&#8217;emp\u00eacher de sourire du parall\u00e8le implicite fait entre la cr\u00e9ature batracienne et la jeune infante, r\u00e9put\u00e9e pour son manque de beaut\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne fourmille de monde\u00a0: entre les choristes, les danseurs de ballet, et les personnages principaux, le spectateur peut difficilement s&rsquo;ennuyer, tant le mouvement est pr\u00e9sent. Le r\u00f4le de Plat\u00e9e est particuli\u00e8rement riche et le fait qu&rsquo;il soit jou\u00e9 par un homme, un haute-contre, augmente la dimension comique de la situation. Un autre r\u00f4le se d\u00e9marque particuli\u00e8rement\u00a0: celui de la Folie, qui, suivie de ses minions, repr\u00e9sent\u00e9s par six couples de danseurs, \u00e9voque les mouvements fougueux de la passion amoureuse. Lors de notre repr\u00e9sentation, la soprano Julie Fuchs, qui a tenu ce r\u00f4le, a d&rsquo;ailleurs re\u00e7u une salve d&rsquo;applaudissements \u00e9quivalente \u00e0 celle de Philippe Talbot dans le r\u00f4le de Plat\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;op\u00e9ra en lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 un vrai triomphe et c&rsquo;est avec beaucoup d&rsquo;enthousiasme que nous avons particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;approbation g\u00e9n\u00e9rale. L&rsquo;\u00e9motion \u00e9tait d&rsquo;autant plus forte que la com\u00e9die se termine sur une note douce-am\u00e8re, celle d&rsquo;une Plat\u00e9e moqu\u00e9e et ridiculis\u00e9e, mais qui promet d&rsquo;avoir sa vengeance.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marion Rosset<\/h6>\n<hr \/>\n<p>Plat\u00e9e, com\u00e9die lyrique (ballet bouffon) de Jean-Philippe Rameau repr\u00e9sent\u00e9e pour la premi\u00e8re fois \u00e0 la Grande Ecurie de Versailles le 31 mars 1745 \u00e0 l\u2019occasion du mariage du fils de Louis XV, le dauphin Louis, a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e du 7 septembre au 8 octobre 2015 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Garnier. En un prologue et trois actes, la com\u00e9die, accompagn\u00e9e de l\u2019harmonieux concerto mis au point sp\u00e9cialement par Rameau et pr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019Orchestre des Musiciens du Louvre &#8211; Grenoble, donne d\u2019une part \u00e0 voir une th\u00e9\u00e2tralisation riche et vari\u00e9e et, d\u2019autre part, \u00e0 entendre le son p\u00e9taradant de l\u2019orchestre faisant vibrer avec force l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre dans lequel se joue la pi\u00e8ce. Sous la direction musicale de Marc Minkowski, l\u2019orchestre, dont la musicalit\u00e9 des instruments, regroupant instruments \u00e0 cordes, bois, cuivres et percussions, parvient \u00ab\u00a0au chef-d\u2019\u0153uvre de l\u2019harmonie\u00a0\u00bb et fait preuve d\u2019un lyrisme profond, est ici d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution d\u2019\u0153uvres symphoniques, rythmant ainsi cette repr\u00e9sentation majestueuse qui s\u2019\u00e9coule en trois heures. La partition de l\u2019orchestre est en symbiose totale avec ce qui se d\u00e9roule l\u00e9g\u00e8rement au-dessus, sur la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s les premi\u00e8res minutes l\u2019op\u00e9ra-comique est prenant et s\u2019accapare les 1979 regards des spectateurs \u00e9bahis par ce d\u00e9cor tant\u00f4t naturel souvent fantastique. Les sc\u00e8nes se jouent ainsi en fran\u00e7ais accompagn\u00e9s par les chants du ch\u0153ur, un ch\u0153ur compos\u00e9 d\u2019hommes et de femmes se fondant en figures de Satyres et M\u00e9nades, coassant souvent sur les derni\u00e8res syllabes des personnages principaux et dont le r\u00f4le est ici de faire raisonner en l\u2019esprit du personnage auquel ils s\u2019adressent des v\u00e9rit\u00e9s. Rameau, sous les traits du burlesque, donne \u00e0 voir dans <em>Plat\u00e9e<\/em> le r\u00e9cit du personnage \u00e9ponyme que repr\u00e9sente dans cette satire Philippe Talbot.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Plat\u00e9e, nous pouvons d\u00e9couvrir le r\u00e9cit de celle connue sous le nom de la reine des marais. Elle se pr\u00e9sente comme victime du terrible complot que dresse contre elle Jupiter dont le projet est de ch\u00e2tier sans scrupules la jalousie empoisonnante de son \u00e9pouse Junon. Ainsi, participent \u00e0 ce projet terrible l\u2019Olympe et des \u00e9l\u00e9ments naturels d\u00e9chain\u00e9s tels la terre, le ciel et parfois des personnages improbables comme les grenouilles, dont la rage et la force cruelles s\u00e8ment la temp\u00eate et provoquent un s\u00e9isme th\u00e9\u00e2tral. Impuissante et ne voyant la gloire lui parvenir, cette \u00e9trange cr\u00e9ature verd\u00e2tre qu\u2019est Plat\u00e9e, entour\u00e9e de grenouilles aux dimensions humaines, brise tant par ses chants que par ses danses toutes les conventions. Bien que soumise au plan machiav\u00e9lique de Junon et aux infid\u00e9lit\u00e9s de Thespis, c\u2019est sur Plat\u00e9e que s\u2019ouvre et se ferme l\u2019op\u00e9ra. Plat\u00e9e semble gouverner, au-dessus du reste des personnages, tant par l\u2019originalit\u00e9 de son costume que par la force de ses chants qui s\u2019imposent et font affront aux nombreux instruments qui forment la symphonique m\u00e9lodie de l\u2019orchestre. Par une succession de quatre d\u00e9cors \u00e9tablis par Chantal Thomas, le premier destin\u00e9 au prologue et les trois autres aux actes, tout semble se plier aux vers de Plat\u00e9e. Le rideau p\u00e2le et vermillon en velours de l\u2019Op\u00e9ra Garnier rompt ainsi chaque acte en se fermant afin d\u2019offrir de nouveau aux spectateurs un d\u00e9cor encore plus surprenant, tout en conservant cependant la ligne directrice du d\u00e9cor pr\u00e9c\u00e9dent. Le vert, couleur propre \u00e0 Plat\u00e9e, prime sur l\u2019ensemble du d\u00e9cor et recouvre bon nombre de personnages. Ainsi, s\u2019\u00e9tablissent sur la sc\u00e8ne une dizaine de grenouilles fondues dans un d\u00e9cor noy\u00e9 par une fum\u00e9e au semblant poussi\u00e9reuse et verd\u00e2tre et sur lequel sont dispos\u00e9s de mani\u00e8re irr\u00e9guli\u00e8re d\u2019imposants tas de mousses d\u2019herbe. Les fauteuils rouges dispos\u00e9s en gradins du prologue ont \u00e9t\u00e9 envahis d\u00e8s le premier acte par le ch\u0153ur, les grenouilles, et puis, par la suite, par des ph\u00e9nom\u00e8nes m\u00e9t\u00e9orologiques telle la pluie, le tonnerre, tant d\u2019\u00e9l\u00e9ments bousculant avec profondeur le d\u00e9cor jusqu\u2019au s\u00e9isme final qui causera la fissure des gradins, symbolisant alors le paroxysme de la trag\u00e9die. Le d\u00e9cor atteint alors des dimensions et des significations insoup\u00e7onnables au d\u00e9part. Et c\u2019est \u00e0 ce d\u00e9cor extravagant que vient se lier la mise en sc\u00e8ne de Laurent Pelly et les chor\u00e9graphies de Laura Scozzi. Les acteurs dispos\u00e9s de sorte qu\u2019ils occupent la totalit\u00e9 de la sc\u00e8ne, le spectateur se voit contraint \u00e0 laisser son regard parcourir les diverses ruelles de ce qui se joue sur sc\u00e8ne et parfois m\u00eame au-del\u00e0 puisque certains personnages, notamment celui de la grenouille (lien construit avec Plat\u00e9e mi humaine mi grenouille) vont jusqu\u2019atteindre les si\u00e8ges des spectateurs et perturbent l\u2019harmonieuse symphonie des violonistes, pianistes, fl\u00fbtistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une grenouille \u00e0 l\u2019esprit comique se retire m\u00eame compl\u00e8tement du jeu des acteurs et, voulant par sa gestuelle apporter sa touche personnelle au jeu de l\u2019ensemble des musiciens, d\u00e9robe le b\u00e2ton conducteur du chef d\u2019orchestre et communique aux musiciens un tempo beaucoup plus acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et d\u00e9structur\u00e9, le but \u00e9tant de faire rire le public qui n\u2019a d\u2019yeux que pour lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9cors et costumes des personnages composent l\u2019op\u00e9ra et le m\u00e8nent ainsi tant\u00f4t \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, tant\u00f4t \u00e0 la fiction et prenant une tonalit\u00e9 plut\u00f4t dramatique dans la mesure o\u00f9 Plat\u00e9e quitte la pi\u00e8ce trahie par Thespis d\u2019une part, et, d\u2019autre part, la terre se fend et laisse place au n\u00e9ant alors repr\u00e9sent\u00e9 par Julie Fuchs sous les traits de la folie et qui vient notamment, par ce trait de caract\u00e8re, donner au genre bouffon toutes ses lettres de noblesse. L\u2019entr\u00e9e de la Folie cr\u00e9\u00e9e dans le jeu des personnages un bouleversement. V\u00eatue d\u2019une robe burlesque con\u00e7ue essentiellement de papier journal et suivie d\u2019une dizaine de servants et servantes, la Folie s\u2019invite et prend place sur la sc\u00e8ne, \u00e9cartant totalement de son jeu Plat\u00e9e et Thespis. Alors que Plat\u00e9e et Thespis ne jouent que leurs maux sur sc\u00e8ne, la Folie se veut \u00eatre celle dont la fonction est de divertir, faire rire le public tant par ses plaisanteries que par sa gestuelle comique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, les costumes, bien qu\u2019au semblant r\u00e9aliste, ne sont v\u00e9ritablement qu\u2019illusions na\u00efves. Plat\u00e9e v\u00eatue enti\u00e8rement de vert et d\u2019un tutu rose, Thalie d\u2019une robe en papier journal, Cith\u00e9ron portant un costume recouvert de strass et paillettes, symbole de la modernit\u00e9 de la pi\u00e8ce, viennent t\u00e9moigner de cette jonction r\u00e9alit\u00e9-fiction qui fonde l\u2019op\u00e9ra et invite le spectateur \u00e0 d\u00e9laisser ses rep\u00e8res habituels pour l\u2019inconnu, l\u2019original, le nouveau. D\u2019ailleurs, au sein m\u00eame de cette com\u00e9die lyrique vient se jouer un ballet bouffon. V\u00eatus de costumes de ballet bleus azur, les danseurs, dont les pas sont rythm\u00e9s par l\u2019orchestre, viennent magnifier l\u2019aspect spectaculaire de la danse en proposant des chor\u00e9graphies d\u00e9licates et surprenantes car elles cr\u00e9\u00e9es un contraste avec les vers prononc\u00e9s. Le spectateur alors perdu peut par cons\u00e9quent h\u00e9siter quant \u00e0 la nature de ce qui est repr\u00e9sent\u00e9\u00a0: est-ce une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, un ballet, de l\u2019op\u00e9ra\u00a0? Mais cette question s\u2019\u00e9vapore rapidement par l\u2019omnipr\u00e9sence des voix dont l\u2019art vocal rappelle qu\u2019il s\u2019agit bel et bien d\u2019un op\u00e9ra. D\u2019ailleurs, nous pouvons distinguer parfois dans le jeu des personnages quelques traits propres aux chanteurs lyriques d\u2019op\u00e9ras tel le roulement du (R) que prononcent les personnages en fin de vers, mais \u00e9galement le ton de la voix. D\u2019une tonalit\u00e9 p\u00e9n\u00e9trante, les voix des personnages se hissent, jusque la 7<sup>\u00e8me<\/sup> cat\u00e9gorie de spectateurs. Le soprano spinto-lirico adopt\u00e9 par les voix f\u00e9minines apporte ainsi \u00e0 la pi\u00e8ce, selon les sc\u00e8nes, puissance et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, ralli\u00e9 par la gestuelle des personnages renvoyant le plus souvent \u00e0 la cause du ton adopt\u00e9, alors souvent tragique, favorisant la lamentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Respectant les formes que prit le livret tir\u00e9 de\u00a0<em>Plat\u00e9e ou Junon jalouse<\/em>, du dramaturge\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jacques_Autreau\">Jacques Autreau<\/a>, lui-m\u00eame inspir\u00e9 des\u00a0<em>B\u00e9otiques<\/em>, la parole des personnages est th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e de mani\u00e8re \u00e0 faire vivre l\u2019op\u00e9ra. Ainsi, on peut voir Plat\u00e9e le plus souvent sautillants en exprimant avec clameur ses lamentations, et notamment en faisant appel aux dieux et aux astres tels Jupiter, Mercure, mais \u00e9galement Thespis qui, pour lui montrer son amour, porte le masque du malicieux, de l\u2019amoureux et du d\u00e9vou\u00e9 afin de faire croire \u00e0 Plat\u00e9e, par son t\u00e9nor dramatique h\u00e9ro\u00efque, l\u2019amour inconditionnel qu\u2019il a pour elle et de mieux la livrer au d\u00e9sespoir et aux lamentations auxquelles elle nous habitue tout au long de cette com\u00e9die.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les multiples bouleversements de cette com\u00e9die n\u2019emp\u00eachent donc en rien la progression de l\u2019action, quasi lin\u00e9aire par cons\u00e9quent, et respectent parfaitement la r\u00e8gle des trois unit\u00e9s \u00e9tablie par Boileau dans son <em>Art Po\u00e9tique<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019en un jour, qu\u2019en un lieu et qu\u2019en un seul fait accomplit tienne \u00e0 jamais le th\u00e9\u00e2tre rempli\u00a0\u00bb. Dans un lieu simpliste mais charg\u00e9 d\u2019histoire s\u2019\u00e9tablit ainsi la magistrale com\u00e9die lyrique <em>Plat\u00e9e <\/em>dont les \u00e9l\u00e9ments qui la composent n\u2019ont cess\u00e9 d\u2019\u00e9merveiller et surprendre les spectateurs, provoquant alors des applaudissements enjou\u00e9s et des acclamations de sorte \u00e0 exprimer leur profonde reconnaissance face \u00e0 des artistes dont le r\u00f4le a, le temps du spectacle, pris le dessus sur la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne. Jou\u00e9e depuis 1745, Plat\u00e9e, par son excellence ne cessera sans doute jamais d\u2019\u00eatre r\u00e9adapt\u00e9e et repr\u00e9sent\u00e9e sous divers traits et par diverses mises en sc\u00e8ne \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Obich Lyamani<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plat\u00e9e, cet \u00ab\u00a0op\u00e9ra bouffon\u00a0\u00bb sera consid\u00e9r\u00e9 par Rousseau comme le chef-d\u2019\u0153uvre de Jean-Philippe Rameau. Quelques si\u00e8cles plus tard, la derni\u00e8re de Plat\u00e9e a rencontr\u00e9 un tendre succ\u00e8s chez les spectateurs de l\u2019Op\u00e9ra Garnier. Mis en sc\u00e8ne par Laurent Pelly, dirig\u00e9 musicalement par Marc Minkowski et par les musiciens du Louvre Grenoble, Plat\u00e9e interpr\u00e9t\u00e9 par Philippe Talbot a su trouver les spectateurs de son temps et se renouveler pour cet op\u00e9ra datant de 1745. La pi\u00e8ce est \u00e0 l\u2019\u00e9poque command\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion du mariage du fils de Louis XV, le dauphin Louis Ferdinand de France, avec l\u2019infante espagnole Marie-Th\u00e9r\u00e8se, tristement r\u00e9put\u00e9e pour sa laideur. Ici Plat\u00e9e, cette nymphe batracienne qui r\u00e8gne sur les marais, est persuad\u00e9e, malgr\u00e9 sa laideur que Jupiter est amoureux d\u2019elle. En r\u00e9alit\u00e9, Jupiter profite de la reine des grenouilles pour gu\u00e9rir la jalousie de sa femme Junon en feignant d\u2019\u00eatre tomb\u00e9 amoureux de la batracienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne contemporaine de l\u2019\u0153uvre de Rameau, m\u00ealant danse classique et quelque \u00e9pisode de hip-hop montre \u00e0 quel point Plat\u00e9e est une \u0153uvre qui touche les gens de notre temps. Rameau en parvenant \u00e0 travestir aussi bien l\u2019amour que l\u2019Amour touche son auditoire de 2015 comme il est dit dans la sc\u00e8ne 5 de l\u2019Acte II \u00ab\u00a0C\u2019est ainsi que l\u2019Amour de tout temps s\u2019est veng\u00e9\u00a0: que l\u2019Amour est cruel, quand il est outrag\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb. Comme le dit Marc Minkowski\u00a0: \u00ab\u00a0Plat\u00e9e est un chef-d\u2019\u0153uvre du sourire, une sorte de Buster Keaton musical, une machine comique parfaitement millim\u00e9tr\u00e9e\u00a0\u00bb. En effet, le spectateur rit aussi bien qu\u2019il s\u2019\u00e9merveille de la beaut\u00e9 du chant, des costumes (notamment la robe de La Folie) ou encore des chor\u00e9graphies de Laura Scozzi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet op\u00e9ra en 3 actes interagit avec ses spectateurs en cassant le quatri\u00e8me mur, cher \u00e0 Diderot, et interagit par ailleurs avec l\u2019orchestre mettant \u00e0 juste titre les musiciens au c\u0153ur de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Pablo Mokaddem<\/h6>\n<pre>Photo : Agathe Poupeney<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra | Op\u00e9ra national de Paris | En savoir plus \u00ab Cette production de Plat\u00e9e au Palais Garnier rencontre un succ\u00e8s qui en fait un nouveau lieu de m\u00e9moire de l\u2019institution \u00bb affirme Jean &#8211; Charles Hoffel\u00e9, musicien et musicologue, en 2009 lors de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,3],"tags":[],"class_list":["post-182","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-opera","category-opera-national-de-paris"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/182","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=182"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/182\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=182"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=182"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=182"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}