{"id":184,"date":"2015-10-08T20:30:32","date_gmt":"2015-10-08T19:30:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=184"},"modified":"2015-10-08T20:30:32","modified_gmt":"2015-10-08T19:30:32","slug":"lepreuve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=184","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9preuve"},"content":{"rendered":"<p>Lecture | Th\u00e9\u00e2tre du temps<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au Th\u00e9\u00e2tre du Temps \u00e0 20h30 le jeudi 8 octobre 2015, F\u00e9lix Libris nous lit la com\u00e9die en un acte de Marivaux\u00a0:<em> L&rsquo;\u00c9preuve<\/em>. Seul derri\u00e8re son pupitre, le com\u00e9dien nous entra\u00eene au plus profond du monde si singulier de Marivaux pour la dur\u00e9e ininterrompue d&rsquo;une heure et demi \u00e0 la seule force de sa voix. Coproduit par le Th\u00e9\u00e2tre du Temps et les Livreurs, cette courte mais fameuse pi\u00e8ce nous est pr\u00e9sent\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re moins conventionnelle qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;habitude. En effet, c&rsquo;est dans un d\u00e9cor simple que l&rsquo;amour de Lucidor pour Ang\u00e9lique nous est rapport\u00e9. Amour qui par la volont\u00e9 de Lucidor va \u00eatre mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve. Frontin, un valet, se travestira en homme riche pour s\u00e9duire la belle, tandis que Blaise tentera de r\u00e9cup\u00e9rer le pactole propos\u00e9 par Lucidor et malgr\u00e9 ses consignes, jouera un jeu de s\u00e9duction tr\u00e8s ambigu vis \u00e0 vis de Lisette, la servante d&rsquo;Ang\u00e9lique. Le com\u00e9dien se d\u00e9tache d&rsquo;un fond noir gr\u00e2ce \u00e0 la simple lumi\u00e8re jaune point\u00e9e sur lui. Cette mise en sc\u00e8ne nous rappelle celle d&rsquo;un \u00ab\u00a0One Man Show\u00a0\u00bb et se rapproche avec coh\u00e9sion du style comique et pointu de la pi\u00e8ce. L&rsquo;analogie de l&rsquo;invention de la batterie, une personnes jouant jusqu&rsquo;\u00e0 cinq instruments nous fait bien comprendre d\u00e8s le d\u00e9but que le com\u00e9dien va jouer une pi\u00e8ce enti\u00e8re, et nous faire d\u00e9couvrir la diversit\u00e9 de six personnages, \u00e0 lui seul. L&rsquo;acteur change de voix \u00e0 une vitesse fulgurante pour nous faire d\u00e9couvrir les p\u00e9rip\u00e9ties d&rsquo;un jeu de s\u00e9duction hors du commun. Ces changements radicaux ne g\u00eanent en rien la compr\u00e9hension du spectateur tant la ma\u00eetrise des diff\u00e9rents tons est grande. Blaise devient un paysan jovial et corrompu gr\u00e2ce \u00e0 la voix qui l&rsquo;incarne.Les voix f\u00e9minines utilis\u00e9es aussi, mettent l&rsquo;accent sur l&rsquo;id\u00e9e du travestissement si sp\u00e9cifique \u00e0 Marivaux. L\u2019expressivit\u00e9 du visage que montre le com\u00e9dien donne un nouvel aspect comique \u00e0 une pi\u00e8ce d\u00e9j\u00e0 riche en quiproquos. Malgr\u00e9 une gestuelle riche, le manque de mobilit\u00e9 du lecteur rend les transitions d&rsquo;une sc\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;autre moins ais\u00e9es.C&rsquo;est dans l&rsquo;absence de d\u00e9cor, de costumes et de jeux de lumi\u00e8re que la pi\u00e8ce prend tout son sens en tant que divertissement pour le spectateur. En effet, le spectateur est absorb\u00e9 par l&rsquo;histoire sans \u00eatre distrait par des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cors superflus. Dans cette pi\u00e8ce le com\u00e9dien montre avec succ\u00e8s qu&rsquo;une pi\u00e8ce peut \u00eatre jou\u00e9e de mani\u00e8re \u00e9conomique sans perdre de sa qualit\u00e9 de divertissement. L&rsquo;accent est mis sur la force de la voix en tant qu&rsquo;outil de narration, et l&rsquo;ambiance devient tr\u00e8s vite conviviale gr\u00e2ce aux rires suscit\u00e9s. La proximit\u00e9 physique du com\u00e9dien avec ses spectateurs dans la petite pi\u00e8ce du th\u00e9\u00e2tre et l&rsquo;absence d&rsquo;estrade ajoutent \u00e0 cette impression. Cette pi\u00e8ce est facile \u00e0 appr\u00e9cier gr\u00e2ce au style de comique si particulier de Marivaux, le com\u00e9dien \u00e9tant un medium efficace de la pi\u00e8ce. En effet, il illustre la pi\u00e8ce gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation qu&rsquo;il en fait gr\u00e2ce \u00e0 sa voix, son visage et ses gestes sans pour autant encombrer l&rsquo;imaginaire du spectateur avec des d\u00e9cors o\u00f9 des costumes physiques. Ceux-ci pourrait venir restreindre la seconde interpr\u00e9tation que fait le spectateur en assistant \u00e0 la repr\u00e9sentation. Le style simple et terre \u00e0 terre de la repr\u00e9sentation est donc tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9. La modulation de la voix effectu\u00e9e pour jouer les personnages f\u00e9minins est vraiment hilarante, et cette hilarit\u00e9 se fait de plus ressentir par les contrastes avec les personnages typiquement masculins et m\u00eame quelque peu rustres comme Blaise.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Kevin Le Merle<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un homme, seul, habill\u00e9 de fa\u00e7on ordinaire, sur la sc\u00e8ne minuscule du Th\u00e9\u00e2tre du Temps, voil\u00e0 sur quoi s&rsquo;allument les projecteurs. Cela a de quoi d\u00e9concerter lorsque l&rsquo;on va assister \u00e0 la repr\u00e9sentation d&rsquo;une pi\u00e8ce du XVIIIe si\u00e8cle, pi\u00e8ce dont l&rsquo;auteur est pour nous, aujourd&rsquo;hui, un grand classique. Mais comme le joueur de batterie a remplac\u00e9 un certain nombre de percussionnistes, F\u00e9lix Libris fait le pari de remplacer \u00e0 lui-seul tous les acteurs de la pi\u00e8ce. D\u00e8s les premi\u00e8res minutes de la repr\u00e9sentation, il nous avertit : la pi\u00e8ce qu&rsquo;il va jouer risque fort de se mat\u00e9rialiser devant nous. Et voil\u00e0 que ce qu&rsquo;il proph\u00e9tise vient \u00e0 se r\u00e9aliser, voil\u00e0 que ce n&rsquo;est plus un acteur que nous avons devant nous mais tout un panel de r\u00f4les que la pantomime et l&rsquo;intonation font vivre \u00e0 nos yeux. Il ne lui suffit que d&rsquo;une br\u00e8ve mise en situation en d\u00e9but de pi\u00e8ce pour que nous reconnaissions sans peine, dans le jeu de F\u00e9lix Libris, les divers protagonistes : monsieur Lucidor, Frontin, son valet, madame Argante, son intendante, Ang\u00e9lique, la charmante fille de madame Argante, Lisette, la servante d&rsquo;Ang\u00e9lique, \u00ab\u00a0\u00e0 moiti\u00e9 intelligente\u00a0\u00bb, ainsi que le jeune fermier, pauvre et sot, ma\u00eetre Blaise. On en vient presque \u00e0 imaginer les costumes que portent ces personnages tant ils semblent vivants et pr\u00e9sents devant nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Monsieur Lucidor, un tr\u00e8s riche bourgeois de Paris, jamais mari\u00e9 malgr\u00e9 son \u00e2ge et sa fortune, install\u00e9 depuis quelques temps dans son ch\u00e2teau \u00e0 la campagne, souhaite \u00e9pouser la fille de son intendante. La fille est bien plus jeune, mais partage assez visiblement ses sentiments. Cependant, monsieur Lucidor n&rsquo;est pas certain que c&rsquo;est bien par amour et non pour son argent que la belle s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 lui et semble en tout point s&rsquo;accorder \u00e0 sa personne. Afin de s&rsquo;en assurer, aid\u00e9 de son valet fid\u00e8le, Frontin, il va la mettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve&#8230;<br \/>\nF\u00e9lix Libris interpr\u00e8te avec brio cette pi\u00e8ce de Marivaux, courte com\u00e9die baroque d&rsquo;un seul acte, jeu de duperies amoureuses auxquelles prennent part bourgeois et paysans, ma\u00eetres et serviteurs dans une langue sophistiqu\u00e9e mais libre et pleine de sinc\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Esther Lourdelet<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au th\u00e9\u00e2tre du Temps, F\u00e9lix Libris, dont la r\u00e9putation de lecteur \u00e0 voix haute d\u00e9passe nos fronti\u00e8res, se produit en ce mois d&rsquo;octobre et au printemps prochain, et joue <em>l\u2019\u00c9preuve<\/em> de Marivaux, o\u00f9 un riche propri\u00e9taire terrien veut \u00e9prouver la puret\u00e9 des sentiments d&rsquo;une jeune bourgeoise de campagne qu&rsquo;il d\u00e9sire \u00e9pouser, en lui proposant \u00e0 cette fin un riche parti, en fait son valet, qui se d\u00e9guise en riche Parisien d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9. Une telle entreprise, consistant \u00e0 incarner \u00e0 la seule force de sa voix une palette de personnages haut en couleurs, au babil foisonnant de doubles sens, pouvait laisser craindre un naufrage. Le r\u00e9sultat est globalement convaincant, moyennant quelques r\u00e9serves que nous d\u00e9fendrons ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce th\u00e9\u00e2tre de poche, on est accueilli comme un ami, et le spectacle ne d\u00e9bute que lorsque tous les invit\u00e9s sont bien arriv\u00e9s et confortablement install\u00e9s sur les gradins, o\u00f9 ne logent pas plus de vingt ou vingt-cinq spectateurs. Le d\u00e9cor, ou plut\u00f4t l&rsquo;absence de d\u00e9cor, comme la tenue formelle (costume et chemise) du seul com\u00e9dien et metteur en sc\u00e8ne dans la place et les instruments de celui-ci (pupitre et liseuse) sont justifi\u00e9s lors d&rsquo;une pr\u00e9sentation fort didactique et de la pi\u00e8ce et du parti-pris d&rsquo;interpr\u00e9tation (faire bien avec les ressources minimales). F\u00e9lix Libris se revendique de la filiation des hommes-orchestres et d&rsquo;un sien ami metteur en sc\u00e8ne qui lisait \u00e0 sa troupe toute la pi\u00e8ce avant le d\u00e9but de r\u00e9p\u00e9titions, avant de pr\u00e9senter les personnages en \u00e9toffant la propre pr\u00e9sentation de Marivaux. Le souci d&rsquo;interpr\u00e9tation personnelle du caract\u00e8re des personnages, devan\u00e7ant la repr\u00e9sentation m\u00eame des personnages, ne s&rsquo;imposait pas selon nous. De m\u00eame qu&rsquo;un grand nombre de commentaires un peu gratuits lors de fins de sc\u00e8nes o\u00f9 le com\u00e9dien se d\u00e9salt\u00e9rait. Le didactisme a ses limites, et ces pauses ponctuaient une repr\u00e9sentation pourtant br\u00e8ve (une heure et quart), perturbant le rythme tr\u00e8s enlev\u00e9 de l&rsquo;action.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La promesse est faite, d\u00e8s le d\u00e9but, que malgr\u00e9 la nudit\u00e9 de la repr\u00e9sentation, l&rsquo;effet de mimesis minimal, le com\u00e9dien saura se faire oublier derri\u00e8re la vari\u00e9t\u00e9 de personnages marivaudiens. Tour \u00e0 tour h\u00e2bleur, minaudant, intrigant ou intrigu\u00e9, fol\u00e2tre ou afflig\u00e9, il se fond avec une certaine virtuosit\u00e9 dans ces r\u00f4les alternant \u00e0 une vitesse folle : les rires \u00e9clatent dans le public, et l&rsquo;on r\u00e9ussit \u00e0 ne pas perdre le fil. Mais ce succ\u00e8s n&rsquo;est pas parfait, cependant. Si l\u2019interpr\u00e9tation du paysan lourdaud Ma\u00eetre Basile est un r\u00e9gal, si le personnage calculateur de Lucidor est camp\u00e9 avec grand sens, le r\u00f4le pourtant tr\u00e8s complexe de la femme recherch\u00e9e par Lucidor, Ang\u00e9lique, souffre d&rsquo;une interpr\u00e9tation un peu passive, indolente, o\u00f9 son caract\u00e8re ind\u00e9pendant, son f\u00e9minisme avant l&rsquo;heure sont quelque peu \u00e9clips\u00e9s. Si les transitions sont claires d&rsquo;un personnage \u00e0 l&rsquo;autre, en revanche les apart\u00e9s sont moins discernables dans le cours tumultueux de la parole du com\u00e9dien. Cela tient probablement \u00e0 ce qui, \u00e0 notre sens, constitue l&rsquo;inconv\u00e9nient majeur du parti-pris de mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous voulons parler du caract\u00e8re statique du com\u00e9dien, riv\u00e9 malgr\u00e9 toute son habilet\u00e9 \u00e0 un pupitre et \u00e0 une liseuse qui occupent le milieu de la sc\u00e8ne : en posture de lecteur, plut\u00f4t que d&rsquo;acteur susceptible d&rsquo;\u00e9voluer sur sc\u00e8ne avec une libert\u00e9 plastique r\u00e9elle, F\u00e9lix Libris se retrouve \u00e0 devoir exploiter toutes les ressources gestuelles fournies par la mobilit\u00e9 de la t\u00eate et des mains. De ce point de vue, la caract\u00e9risation physique (minimale) des personnages, \u00e0 l&rsquo;exception du truculent Basile, aurait m\u00e9rit\u00e9 davantage de nuances, de retouches, dans l&rsquo;accompagnement des mains et les mimiques. Il semble d&rsquo;ailleurs que ce faible-l\u00e0 contraste entre gestualit\u00e9s impacte la diction elle-m\u00eame, surtout entre celles assez voisines de Lucidor et de son valet Frontin. De m\u00eame que les commentaires ponctuant les fins de sc\u00e8ne, la passage d&rsquo;une page \u00e0 l&rsquo;autre de la liseuse, bien qu&rsquo;essayant de se faire tout petit, handicape tout de m\u00eame l&rsquo;encha\u00eenement tourbillonnant des r\u00e9pliques et des attitudes physiques tr\u00e8s contrast\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En bref, malgr\u00e9 une mise en voix de grand talent, difficile pour le spectateur de ne pas se sentir en porte-\u00e0-faux, coinc\u00e9 entre une exp\u00e9rience de lecture et une exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale (revendiqu\u00e9e mais comme inachev\u00e9e).<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Martin Chevallier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e9\u00e2tre du temps, encastr\u00e9 subtilement dans la rue Morvan, cache une jolie salle de spectacle, avec une sc\u00e8ne parqu\u00e9e et des assises dispos\u00e9es en amphith\u00e9\u00e2tre intime. Assis sur des coussins, les spectateurs peuvent appr\u00e9cier la vue parfaite sur la sc\u00e8ne sans pour autant \u00eatre coup\u00e9s de l&rsquo;action. Et c&rsquo;est bien l&rsquo;enjeu de cette lecture de <em>L&rsquo;\u00c9preuve<\/em>, \u0153uvre de Marivaux, par F\u00e9lix Libris : en connivence avec son public, jonglant entre les registres, l&rsquo;unique acteur occupant la sc\u00e8ne fait jouer ses talents de com\u00e9dien pour incarner tous les r\u00f4les de la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, sans jamais les m\u00e9langer avec sa parole personnelle. Pi\u00e8ce comique du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, <em>L&rsquo;\u00c9preuve<\/em> se pr\u00e9sente en un seul acte, permettant une repr\u00e9sentation courte pour une intrigue compl\u00e8te. Dans celle-ci nous est cont\u00e9e la manipulation de la part de Lucidor, riche bourgeois, pour s&rsquo;assurer de l&rsquo;amour (et non pas de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour sa fortune) d&rsquo;Ang\u00e9lique, la fille de propri\u00e9taires de la campagne o\u00f9 il s\u00e9journe, avant de la demander en mariage. F\u00e9lix Libris ne modifie pas le texte \u2013 ou alors ces modifications se font au gr\u00e9 de l&rsquo;interpr\u00e9tation en live \u2013 mais il axe plut\u00f4t son interpr\u00e9tation de Marivaux sur sa capacit\u00e9 \u00e0 incarner les six personnages de la pi\u00e8ce sans jamais que le spectateur ne se trouve perdu. L&rsquo;aisance avec laquelle il passe d&rsquo;une voix nasillarde \u00e0 une intonation de roturier accompli force le respect et suscite m\u00eame le rire, entre registre comique, r\u00e9pliques cinglantes et mimiques exag\u00e9r\u00e9es. Cette v\u00e9ritable performance permet alors au com\u00e9dien de nous happer dans l&rsquo;univers de Marivaux sans aucun d\u00e9cor pourtant, lisant m\u00eame les didascalies \u00e0 voix haute entre deux gorg\u00e9es d&rsquo;eau. F\u00e9lix Libris occupe l&rsquo;espace de la sc\u00e8ne gr\u00e2ce \u00e0 ses gestes, son travail des expressions : il concentre l&rsquo;attention des spectateurs sur lui tout comme les faisceaux de lumi\u00e8re sont braqu\u00e9s sur lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A mon sens, le com\u00e9dien nourrit deux objectifs : faire rire, dans l&rsquo;optique de l&rsquo;\u00e9criture originelle de Marivaux, mais \u00e9galement se lancer un d\u00e9fi personnel et emporter les spectateurs dans son entreprise. Seul b\u00e9mol que j&rsquo;apporterais \u00e0 cette repr\u00e9sentation : le pr\u00e9lude introductif gagnerait \u00e0 \u00eatre un peu plus travaill\u00e9 car il ne laisse pas r\u00e9ellement pr\u00e9sager de la suite, de plus le com\u00e9dien, s&rsquo;appuyant sur le texte int\u00e9gral de Marivaux, conserve la s\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;avoir le texte sous les yeux. Cependant, ses mouvements pour faire d\u00e9filer sur sa tablette le texte num\u00e9ris\u00e9, dress\u00e9e sur un pupitre, sont parfois un peu trop voyants et se cr\u00e9e alors un d\u00e9calage entre la situation r\u00e9elle d&rsquo;une repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale au XXI\u00e8me si\u00e8cle et la situation fictive, dans une soci\u00e9t\u00e9 rurale du XVIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Victoria Brun<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Illustration : <a href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Van_Loo_Pierre_Carlet_de_Chamblain_de_Marivaux.jpg\">Louis-Michel Van Loo, via Wikimedia Commons<\/a><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Lecture | Th\u00e9\u00e2tre du temps Au Th\u00e9\u00e2tre du Temps \u00e0 20h30 le jeudi 8 octobre 2015, F\u00e9lix Libris nous lit la com\u00e9die en un acte de Marivaux\u00a0: L&rsquo;\u00c9preuve. 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