{"id":188,"date":"2015-10-15T20:00:30","date_gmt":"2015-10-15T19:00:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=188"},"modified":"2015-10-15T20:00:30","modified_gmt":"2015-10-15T19:00:30","slug":"quartiers-libres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=188","title":{"rendered":"Quartiers libres"},"content":{"rendered":"<p>Danse | Le Tarmac | <a href=\"http:\/\/www.letarmac.fr\/la-saison\/spectacles\/p_s-quartiers-libres\/spectacle-84\/\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019est tout simplement pas possible de r\u00e9aliser une critique classique de la cr\u00e9ation originale qu\u2019est Quartiers Libres, car ce que nous propose et pr\u00e9sente Nadia Beugre est tout sauf classique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le 20\u00e8me arrondissement, un petit th\u00e9\u00e2tre de l\u2019avenue Gambetta, Le Tarmac, invite une cinquantaine de passagers curieux \u00e0 s\u2019envoler vers un curieux univers. Le cockpit, la sc\u00e8ne, accueille tous les passagers qui sont invit\u00e9s \u00e0 s\u2019assoir n\u2019importe o\u00f9, sur une des deux estrades ou directement sur le sol. Le d\u00e9cor est minimaliste et imposant \u00e0 la fois, constitu\u00e9 uniquement d\u2019un grand rideau de bouteilles de plastique vides et d\u2019une sorte d\u2019\u00e9norme fleur \u00e9galement compos\u00e9e de bouteilles. Surgit alors dans les gradins, comme l\u2019ultime spectatrice, la capitaine \u00e0 bord, Nadia Beugre, une belle femme noire aux cheveux tress\u00e9s et par\u00e9e d\u2019une robe de sequins argent\u00e9s tr\u00e8s os\u00e9e. Autour de son cou, un collier fait du c\u00e2ble du micro dans lequel elle chante, murmure, scande un chant ethnique, faisant danser son corps comme un pantin d\u00e9sarticul\u00e9. La musique la rejoint, sans harmonie, et Nadia parvient finalement sur une des estrades. Apr\u00e8s un fou rire, d\u00e9contenan\u00e7ant encore un peu plus les spectateurs, l\u2019artiste entame un striptease, r\u00e9v\u00e9lant un corps \u00ab vrai \u00bb, marqu\u00e9 par la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 atteint son paroxysme quand ce corps entre dans une sorte de transe, et que l\u2019artiste commence \u00e0 enrouler tout le c\u00e2ble autour d\u2019elle, s\u2019emprisonnant in\u00e9vitablement. Et l\u00e0 je per\u00e7ois pour la premi\u00e8re fois du spectacle le message qui semble nous \u00eatre transmis, car sous nos yeux Nadia se met \u00e0 errer, recourb\u00e9e sur elle-m\u00eame, mis\u00e9rable, pleine de sueur et de bave, suppliant chaque spectateur de l\u2019aider. Ayant peur d\u2019entraver le spectacle, ou \u00e9tant simplement d\u00e9gout\u00e9, chacun se recule instinctivement, l\u2019ignore royalement\u2026 Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle m\u2019atteigne, moi, et que je commence \u00e0 d\u00e9m\u00ealer le c\u00e2ble, lentement, doucement, comme on s\u2019occuperait d\u2019un nourrisson de peur de le briser. Le \u00ab merci \u00bb final de d\u00e9livrance me signifie que c\u2019\u00e9tait ce que l\u2019artiste attendait, que quelqu\u2019un entende, et surtout \u00e9coute le \u00ab \u00e0 l\u2019aide \u00bb de celui qui souffre. Puis la musique reprend, et le spectacle prend encore un autre tournant lorsque Nadia prend des poses de mannequin au cours d\u2019une danse dynamique et provocante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, l\u2019ultime partie, comme un ultime tableau, utilise les fameuses bouteilles que nous avions presque oubli\u00e9es : Nadia, avec l\u2019aide de quelques spectateurs contraints, se jette litt\u00e9ralement dans la cascade de bouteilles, cr\u00e9ant une explosion visuelle et sonore. Puis, surprise. Nadia engouffre un \u00e9norme sac poubelle dans sa bouche, presque jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9touffement, et le visage de chaque spectateur se crispe, se tord. Elle le garde toujours en enfilant ce qui semblait \u00eatre une fleur-bouteille, mais qui est en fait une robe-bouteille, qui se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre une \u00e9ni\u00e8me forme d\u2019emprisonnement, car elle ne cherche qu\u2019\u00e0 s\u2019en lib\u00e9rer, en dansant, se d\u00e9battant, jusqu\u2019\u00e0 une violente chute sur le dos, presque finale, qui arrache des cris de surprise \u00e0 beaucoup de spectateurs. Mais Nadia se rel\u00e8ve, se retrouve de nouveau en lingerie et danse une ultime fois avec les spectateurs, avant un salut et une disparition toute aussi rapides que l\u2019apparition, une heure plus t\u00f4t. C\u2019est donc dans un flou opaque mais lumineux que l\u2019on ressort de ce spectacle, sans bien comprendre ce \u00e0 quoi l\u2019on vient d\u2019assister. M\u00eame si l\u2019on pense avoir capt\u00e9 quelques messages que Nadia voulait nous transmettre, c\u2019est surtout un sentiment d\u2019incompr\u00e9hension qui demeure, apr\u00e8s avoir visit\u00e9 l\u2019univers fantasque, ethnique et sensuel de la finalement lib\u00e9r\u00e9e Nadia Beugre.<\/p>\n<h6 class=\"scene\" style=\"text-align: right;\">Sarah Woodrow Picot<\/h6>\n<pre class=\"scene\" style=\"text-align: justify;\">Photo : Le Tarmac<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | Le Tarmac | En savoir plus Il n\u2019est tout simplement pas possible de r\u00e9aliser une critique classique de la cr\u00e9ation originale qu\u2019est Quartiers Libres, car ce que nous propose et pr\u00e9sente Nadia Beugre est tout sauf classique. 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