{"id":190,"date":"2015-10-20T20:30:36","date_gmt":"2015-10-20T19:30:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=190"},"modified":"2015-10-20T20:30:36","modified_gmt":"2015-10-20T19:30:36","slug":"retour-a-berratham","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=190","title":{"rendered":"Retour \u00e0 Berratham"},"content":{"rendered":"<p>Danse \/ Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot | <a href=\"http:\/\/theatre-chaillot.fr\/danse\/retour-a-berratham\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mardi 20 Octobre se tenait au Th\u00e9\u00e2tre National de Chaillot une repr\u00e9sentation de la nouvelle cr\u00e9ation originale d\u2019Angelin Preljocaj, chor\u00e9graphe contemporain, intitul\u00e9e Retour \u00e0 Berratham. Il s\u2019agit avant tout d\u2019une commande pass\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9crivain Laurent de Mauvigner, auteur du poignant Ce que j\u2019appelle oubli, texte qui avait servi une premi\u00e8re collaboration entre les deux artistes en 2012. Sur sc\u00e8ne, 3 com\u00e9diens d\u00e9clament et 14 danseurs dansent cette \u00ab\u00a0trag\u00e9die \u00e9pique\u00a0\u00bb, dans laquelle un jeune homme revient \u00e0 Berratham, ville qu\u2019il avait quitt\u00e9e avant la guerre laissant la femme qu\u2019il aimait derri\u00e8re lui, Katja. Il vient donc la retrouver mais il se retrouve dans un endroit qu\u2019il ne reconnait plus, d\u00e9vast\u00e9, d\u00e9saffect\u00e9, o\u00f9 ceux qui ont surv\u00e9cu ne sont plus que des \u00e2mes bris\u00e9es par la guerre tentant de continuer \u00e0 vivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La repr\u00e9sentation conna\u00eet de vives r\u00e9actions tant de la part du public \u00ab\u00a0constern\u00e9\u00a0\u00bb qui s\u2019est mis \u00e0 huer la premi\u00e8re dans la cour d\u2019honneur du palais des papes \u00e0 Avignon, que de la presse \u00e9crite qui parle d\u2019un \u00e9chec pour le chor\u00e9graphe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, la connexion entre la danse et le jeu ne se fait pas toujours de mani\u00e8re fluide et le syst\u00e8me de sym\u00e9trie ou de prolongation du texte par la danse, peut ne pas fonctionner \u00e0 certains moments ; ce qui, vraisemblablement, d\u00e9route le spectateur qui ne sait pas s\u2019il doit regarder la danse ou \u00e9couter les com\u00e9diens. Peut-\u00eatre parfois, le texte est-il un peu long parfois, rel\u00e2chant notre attention l\u2019espace de quelques secondes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais toujours est-il que ce texte r\u00e9sonne solennellement \u00e0 l\u2019instar du ch\u0153ur des trag\u00e9dies grecques antiques. S\u2019attendre \u00e0 voir un ballet serait une erreur, car nous sommes bien face \u00e0 plusieurs arts qui s\u2019interp\u00e9n\u00e8trent, davantage proches de la performance th\u00e9\u00e2trale que de la simple pr\u00e9sentation chor\u00e9graphique\u00a0: les com\u00e9diens se mettent \u00e0 danser, les danseurs jouent la com\u00e9die, la musique raisonne violemment et la sc\u00e9nographie, certes un peu \u00ab\u00a0convenue\u00a0\u00bb, nous offre des tableaux \u00e9l\u00e9gants, aussi sobres que gla\u00e7ants. Et tout de m\u00eame, la danse reste impeccable avec des pics sublimes comme la sc\u00e8ne du mariage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces petites \u00ab\u00a0maladresses\u00a0\u00bb donc, ne sont s\u00fbrement qu\u2019une question d\u2019ajustements et de maturation d\u2019un travail in\u00e9dit qui pourrait peut-\u00eatre aller plus loin dans la violence, dans la duret\u00e9, dans le tragique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui compte alors, c\u2019est bien cette prise de risques, cette tentative de faire \u00e9voluer la danse d\u2019une part et de \u00ab\u00a0r\u00e9activer l\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb de l\u2019autre. Se poser la question : est-ce qu\u2019une forme hybride peut na\u00eetre\u00a0ou comme le dit Angelin Preljocaj lui-m\u00eame, \u00ab\u00a0frotter la danse\u00a0et la contaminer par d\u2019autres arts\u00a0\u00bb pour aller plus loin ? Abandonner les conventions, c\u2019est exactement ce qui se joue (et qui se danse) \u00e0 cet instant pr\u00e9cis.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Alice Mursial<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cr\u00e9\u00e9 en 2015 \u00e0 l\u2019occasion du Festival d\u2019Avignon, Retour \u00e0 Berratham r\u00e9unit pour la deuxi\u00e8me fois le chor\u00e9graphe Angelin Preljocaj et l\u2019\u00e9crivain Laurent Mauvignier autour d\u2019une cr\u00e9ation m\u00ealant th\u00e9\u00e2tre et danse. D\u00e9j\u00e0 en 2012, Prejlocaj illustrait en danse le r\u00e9cit de l\u2019\u00e9crivain, Ce que j\u2019appelle oubli.<br \/>\nLaurent Mauvignier \u00e9crit que l\u2019histoire Retour \u00e0 Berratham \u00ab d\u00e9bute l\u00e0 o\u00f9 une pi\u00e8ce de guerre se terminerait \u00bb Effectivement, le spectateur suit le retour d\u2019un jeune homme dans sa ville natale m\u00e9tamorphos\u00e9e par des ann\u00e9es de guerre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Retour \u00e0 Berratham traite avant tout de la violence faite aux corps et aux esprits des civils en temps de guerre. La danse de Preljocaj, qui tourne autour d\u2019une s\u00e9rie de confrontations physiques et explosives o\u00f9 les corps s\u2019affrontent, illustre bien les mots de Mauvignier. M\u00ealant sur sc\u00e8ne acteurs et danseurs, Angelin Preljocaj a fait le choix de faire dire le texte par trois personnages a priori en dehors de l\u2019intrigue (bien qu\u2019ils y prennent parfois part). Ce texte est illustr\u00e9 \u00e0 travers un jeu d\u2019\u00e9chos par la troupe de danseurs. La chor\u00e9graphie pr\u00e9cise et millim\u00e9tr\u00e9e refl\u00e8te subtilement les mots de Mauvignier par un effet de miroir. Certains gestes du groupe de danseuses au d\u00e9but de la pi\u00e8ce prennent ainsi sens gr\u00e2ce au texte, bien que cela ne soit pas syst\u00e9matique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le m\u00e9lange de th\u00e9\u00e2tre et de danse cr\u00e9e un ensemble \u00e9tonnant et d\u2019autant plus puissant. On sort du th\u00e9\u00e2tre avec l\u2019impression d\u2019avoir nous-m\u00eame particip\u00e9 \u00e0 la course folle des acteurs, et de porter leur fardeau. Si une sc\u00e8ne comme celle du mariage est tr\u00e8s efficace et bouleversante par son utilisation de la mise en sc\u00e8ne (du plasticien Adel Abdessemed), des costumes (la robe de la mari\u00e9e est compos\u00e9e de manteaux que les danseurs retirent afin de s\u2019en v\u00eatir) et d\u2019une chor\u00e9graphie qui m\u00eale c\u00e9l\u00e9bration et violence, on se sent trop oppress\u00e9 par l\u2019horreur de la sc\u00e8ne du viol de Katja par son mari. Le texte dur et froid est accentu\u00e9 par une musique tonitruante et une chor\u00e9graphie o\u00f9 les femmes sont pi\u00e9g\u00e9es sur un rideau de fer, chass\u00e9es par des danseurs arachn\u00e9ens.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lola Remy<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Retour \u00e0 Berratham est un spectacle qui ne laisse pas indemne. La chor\u00e9graphie d\u2019Angelin Preljocaj se m\u00eale parfaitement au texte de Laurent Mauvigner, les voix et les gestes se r\u00e9pondent. La parole peut tout d\u2019abord d\u00e9ranger le spectateur, mais tr\u00e8s vite elle se fond dans la danse et l\u2019inconfort se dissipe. La repr\u00e9sentation s\u2019\u00e9tend sur pr\u00e8s de deux heures. Cependant, le rythme est tel que le rideau se baisse sans que l\u2019envie de regarder l\u2019heure ne se fasse sentir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce r\u00e9cit chor\u00e9graphi\u00e9 met en sc\u00e8ne un jeune homme \u00e0 la recherche de son amour de jeunesse. Cette qu\u00eate le m\u00e8ne jusqu\u2019au village o\u00f9 il a grandi. A son arriv\u00e9e il ne reconna\u00eet plus les lieux, frapp\u00e9s par une guerre qui semble avoir \u00e9galement marqu\u00e9 les esprits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une large grille entoure la sc\u00e8ne, elle met en lumi\u00e8re l\u2019enfermement dans lequel demeurent les habitants d\u2019un village d\u00e9truit, envahi par la pauvret\u00e9 et la mis\u00e8re. Plusieurs cellules grillag\u00e9es se d\u00e9placent au cours du spectacle. Elles segmentent \u00e0 la fois l\u2019histoire et l\u2019espace de danse. Le ton est donn\u00e9, l\u2019atmosph\u00e8re lourde est celle d\u2019un village o\u00f9 les vivants et les morts cohabitent, prisonniers des souvenirs laiss\u00e9s par la guerre. Cette cr\u00e9ation met en sc\u00e8ne la guerre, la douleur, la cruaut\u00e9, mais aussi une certaine r\u00e9signation. Elle laisse \u00e0 voir des sc\u00e8nes tr\u00e8s difficiles. La nudit\u00e9 s\u2019invite \u00e9galement sur sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un solo o\u00f9 Katja, l\u2019un des personnages principaux, exprime sa d\u00e9tresse face \u00e0 un mariage qui, elle le sait ne fera pas son bonheur. La col\u00e8re se fond dans le mouvement et on oublie que l\u2019interpr\u00e8te est enti\u00e8rement nue. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les costumes se laissent oublier permettant au spectateur de focaliser son attention sur les voix et les gestes qui illustrent ce triste r\u00e9cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Impossible cependant de ne pas pr\u00eater attention \u00e0 l\u2019immense \u00e9toile lumineuse qui tr\u00f4ne sur le c\u00f4t\u00e9 droit de la sc\u00e8ne. Une enseigne \u00e0 l\u2019abandon ? Une lueur d\u2019espoir ? Difficile \u00e0 dire. Difficile \u00e9galement de penser que cette cr\u00e9ation n\u2019a d\u2019autre but que de susciter la g\u00eane et la tristesse. En effet, le r\u00e9cit laisse \u00e9galement place \u00e0 des moments dans\u00e9s dont le ton est plus l\u00e9ger. La danse d\u2019Angelin Preljocaj vient apaiser la noirceur du r\u00e9cit. Elle n\u2019efface pas la douleur mais elle lui apporte une certaine rondeur et laisse s\u2019exprimer les souvenirs.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">L\u00e9a Bahr<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Retour \u00e0 Berratham \u00bb narre le retour d\u2019un jeune homme \u2013 fuyant pendant la guerre \u2013 dans sa ville d\u2019origine (et fictive) : Berratham. \u00c0 son retour, il recherche Katja, femme dont il est amoureux, et qu\u2019il a laiss\u00e9 apr\u00e8s son d\u00e9part. Cherchant cette femme, il trouve une ville d\u00e9vast\u00e9e, meurtrie, o\u00f9 r\u00e8gne la criminalit\u00e9 et les gangs de voyou.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sp\u00e9cificit\u00e9 de cette pi\u00e8ce, r\u00e9side dans le fait qu\u2019elle n\u2019en est pas une, ou du moins pas uniquement. Les collaborateurs explorent en effet des espaces interstitiels, mettant en exergue la porosit\u00e9 factuelle entre th\u00e9\u00e2tre, danse, et litt\u00e9rature. Onze danseurs et trois com\u00e9diens se donnent ainsi \u00e0 nous, corps et \u00e2me, pendant 1h35min. Cette collaboration a pour ambition de \u00ab faire danser les mots \u00bb : le texte accompagne les danseurs, il est un rythme, une musique ; la danse ach\u00e8ve les phrases des acteurs \u2013 les gorge de vie, leur donnant une tonalit\u00e9 et une intensit\u00e9 bouleversantes.<br \/>\n\u00ab Retour \u00e0 Berratham \u00bb se caract\u00e9rise \u00e0 nos yeux par son \u00e9clectisme ; s\u2019inspirant de la litt\u00e9rature antique (l\u2019Illiade) et moderne (La Violence et le Sacr\u00e9 de Ren\u00e9 Girard), de la danse classique, contemporaine et de salon, il nous semble difficile de la classifier. Disons que \u00ab Retour \u00e0 Berratham \u00bb est une \u00ab trag\u00e9die \u00e9pique moderne \u00bb. Traitant de l\u2019apr\u00e8s-guerre, elle rend visible ce qui ne l\u2019est pas : les violences faites aux femmes, les douleurs enfouies, les hontes non avou\u00e9es, les s\u00e9quelles psychiques, etc., Le corps rend visible ; l\u2019expressivit\u00e9 des danseurs est d\u00e9chirante. Quand bien m\u00eame c\u2019est un corps tortur\u00e9, souill\u00e9, jet\u00e9 \u00e0 terre dans un son affreusement creux, qui se donne \u00e0 notre yeux choqu\u00e9s, c\u2019est \u00e9galement un corps d\u2019une beaut\u00e9 constante et d\u2019une gr\u00e2ce proprement humaine qui se d\u00e9ploie face \u00e0 nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une atmosph\u00e8re sombre et pesante \u00e9mane des d\u00e9cors: voiture br\u00fbl\u00e9e, sacs d\u2019ordure par dizaines, grilles, cages\u2026 Une \u00e9toile aux contours bleus fluorescents illumine faiblement la sc\u00e8ne, symbolisant (peut-\u00eatre) un l\u00e9ger espoir, un espoir de surface. Les grillages font songer aux barbel\u00e9s, mais c\u2019est davantage la peur et les souvenirs traumatisants de la guerre, encha\u00eenant les individus dans un pass\u00e9 mortif\u00e8re, qu\u2019ils tendent \u00e0 signifier. Bien que le conflit soit fini, les s\u00e9quelles sont \u00e9ternelles. L\u2019on comprend ainsi la derni\u00e8re phrase prononc\u00e9e par un des personnages omniscients : \u00ab O\u00f9 qu\u2019il aille, il sait qu\u2019il n\u2019en partira jamais. \u00bb En \u00e9voquant cette omniscience, nous pensons toucher une dimension centrale dans cette pi\u00e8ce, \u00e0 savoir la distinction entre les morts et les vivants. En effet, la pi\u00e8ce d\u00e9bute en marquant clairement la diff\u00e9rence, par l\u2019entremise d\u2019une repr\u00e9sentation spatiale ; les vivants \u00e9tant sur la sc\u00e8ne, et les morts si\u00e9geant en haut des grilles. Le d\u00e9ploiement de la trame va induire une intervention des morts sur la sc\u00e8ne, interagissant directement avec les vivants, et dansant avec eux. Parmi ces trois personnages, deux hommes restent inconnus du public durant toute la pi\u00e8ce, ils ne se pr\u00e9sentent pas et aucun indice ne nous semble avoir \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 sur leur identit\u00e9. La femme est, quant \u00e0 elle, la m\u00e8re, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e pendant la guerre, de Katja.<br \/>\nCette distinction mort\/vivant nous am\u00e8ne \u00e0 un point plus g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 savoir une juxtaposition des temporalit\u00e9s. Sans cesse, cette pi\u00e8ce nous fait osciller entre pr\u00e9sent et pass\u00e9 (les flash back sont \u00e9voqu\u00e9s majoritairement par le texte), vie et mort (notamment dans la disposition spatiale des acteurs), guerre et \u00ab paix \u00bb. Aucune vie paisible ne sera d\u00e9sormais possible \u00e0 Berratham.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour terminer sur une critique plus personnelle, la danse et le th\u00e9\u00e2tre me paraissent en certains moments diminu\u00e9s. Un manque de cr\u00e9dit est donn\u00e9 au texte seul \u2013 parfois prononc\u00e9 de mani\u00e8re machinale ou trop th\u00e9\u00e2trale \u2013 et \u00e0 la danse seule. Comme si, d\u00e9pouill\u00e9s d\u2019une partie d\u2019eux-m\u00eames, il ne parviendrait pas \u00e0 nous \u00e9mouvoir l\u2019un sans l\u2019autre. Si l\u2019interaction est en de nombreux endroits extr\u00eamement f\u00e9conde parce qu\u2019incroyablement poignante, d\u2019autres passages de la pi\u00e8ce gagnent \u00e0 justifier davantage la juxtaposition de ces deux modes sc\u00e9niques, afin que nous puissions percevoir avec plus d\u2019acuit\u00e9 la valeur ajout\u00e9e d\u2019une telle collaboration.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">L\u00e9na Delugin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce mardi 20 Octobre Angelin Prejlocaj, le c\u00e9l\u00e8bre chor\u00e9graphe et metteur en sc\u00e8ne, \u00e9tait \u00e0 l\u2019honneur au th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot. Selon l\u2019auteur et le chor\u00e9graphe metteur en sc\u00e8ne, Retour \u00e0 Berratham est une \u00ab trag\u00e9die \u00e9pique \u00bb, une \u0153uvre \u00ab lyrique \u00bb mais aussi une \u0153uvre \u00ab violente \u00bb. En effet, ce spectacle appara\u00eet comme la repr\u00e9sentation d\u2019une guerre ou plut\u00f4t d\u2019un apr\u00e8s-guerre qui porte en lui tous les traumatismes et les blessures d\u2019un monde instable et mena\u00e7ant. C\u2019est aussi l\u2019histoire d\u2019un jeune homme de retour dans son pays natal. Un retour motiv\u00e9 par la recherche de Katja, la femme qu\u2019il aime et \u00e0 qui il a fait la promesse de la retrouver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En faisant le choix d\u2019alterner ou parfois de superposer les prises de parole et la danse, Angelin Prejlocaj insuffle un rythme binaire tr\u00e8s contrast\u00e9 \u00e0 son \u0153uvre. Il est vrai que les moments consacr\u00e9s \u00e0 la voix constituent une sorte d\u2019accalmie parfois virulente mais une br\u00e8ve parenth\u00e8se pendant laquelle le spectateur reprend son souffle. Vient ensuite le moment de la danse qui se manifeste comme une v\u00e9ritable explosion et qui vous paralyse litt\u00e9ralement par sa puissance. Ce sentiment atteint son paroxysme au moment o\u00f9 la soliste Katya danse compl\u00e8tement nue et entre dans une sorte de transe. En outre, on se rend compte progressivement que cette trag\u00e9die tend vers une extinction pour laisser place au n\u00e9ant ou \u00e0 ce qui pr\u00e9c\u00e8derait le n\u00e9ant. En effet, Retour \u00e0 Berratham se pr\u00e9sente dans sa construction comme un continuum avec un d\u00e9but et une fin entre lesquelles une narration semble nous amener petit \u00e0 petit vers un d\u00e9nouement funeste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur sc\u00e8ne, c\u2019est un d\u00e9cor tr\u00e8s modeste et morbide qui fait office d\u2019ornement. On trouve une carcasse de voiture, des sacs poubelles ou encore des barricades en fer sur lesquelles les danseurs grimpent et se d\u00e9placent. En ce qui concerne les \u00e9clairages, il semblerait que C\u00e9cile Giovansili-Vissi\u00e8re choisisse le d\u00e9nuement avec un simple et grand n\u00e9on en forme d\u2019\u00e9toile en arri\u00e8re-sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est dans cette pi\u00e8tre atmosph\u00e8re que nos 14 danseurs se meuvent dans l\u2019espace avec toujours ce souci harmonieux de la g\u00e9om\u00e9trie des corps \u00e0 tel point que l\u2019ensemble donne parfois l\u2019illusion d\u2019un ordre cosmique parfaitement r\u00e9gl\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il va \u00e9galement sans dire que le niveau, la technique et l\u2019interpr\u00e9tation des danseurs est irr\u00e9prochable avec notamment une Katya extraordinaire. On ne peut qu\u2019\u00eatre sensible et \u00e9tonn\u00e9 d\u2019un tel travail des appuis des danseurs, d\u2019une telle dext\u00e9rit\u00e9 dans la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019enchainements extr\u00eamement rapides et d\u2019une telle fluidit\u00e9 dans le mouvement, comme s\u2019ils fendaient l\u2019air. Bref, Retour \u00e0 Berratham est un tr\u00e8s beau spectacle qui vous remplit d\u2019\u00e9motions et peut vous paralyser.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marie-Le\u00efla Marchi<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Angelin Preljocaj est un des grands noms de la danse contemporaine alors quand son dernier spectacle, cr\u00e9\u00e9 pour le Festival d\u2019Avignon, vient se montrer \u00e0 Paris, on y court. Nous y suivons l\u2019errance d\u2019un jeune homme qui, apr\u00e8s avoir fui la guerre avec son grand fr\u00e8re, revient \u00e0 Berratham, sur les lieux de son enfance. Il revient y chercher Katja, jeune femme qu\u2019il a aim\u00e9e si fort qu\u2019il revient la chercher. Mais ce n&rsquo;est pas si facile quand on a quitt\u00e9 ce pays il y a des ann\u00e9es, quand on ne sait pas ce que veut dire la guerre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce spectacle unique m\u00ealant danse et th\u00e9\u00e2tre m\u00eale trois com\u00e9diens \u00e0 onze danseurs. Les com\u00e9diens restent en hauteur, sur les grillages qui encadrent le plateau, observant les danseurs qui \u00e9voluent plus bas. Quelle est cette trinit\u00e9 qui elle-seule \u00e0 le droit de parler, de raconter ce qui s\u2019est pass\u00e9 ? Des dieux ? Non, des morts. Car \u00e0 Berratham, la douleur a priv\u00e9 les survivants de la parole et n\u2019ont plus que leurs corps pour parler. Leurs corps se d\u00e9lient pour nous et, aid\u00e9s par les voix, ils parlent. Ils racontent l\u2019horreur de la guerre, la peur, la mort, les soldats, la violence, la difficult\u00e9 d\u2019aller au-del\u00e0, de continuer \u00e0 vivre. Mais les r\u00f4les ne sont pas fixes, les acteurs dansent, les danseurs jouent. Ils \u00e9voluent ensemble et geste par geste, mot par mot, ils tracent l\u2019histoire sur le plateau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La chor\u00e9graphie est impressionnante de beaut\u00e9 et de gr\u00e2ce, les corps sont fluides et synchronis\u00e9s. Le chor\u00e9graphe aime ainsi cr\u00e9er des tableaux o\u00f9 ses danseurs \u00e9voluent en parfaite harmonie, parfois s\u00e9par\u00e9s en plusieurs groupes mais m\u00eame dans ces d\u00e9calages, Preljocaj invente des canons o\u00f9 les m\u00eame gestes se r\u00e9p\u00e8tent\u2026 Les solos sont assez rares, on trouve des pas de deux \u2013 comme celui, sublime et tragique du jeune homme et de Katja \u2013 ou encore des chor\u00e9graphies \u00e0 trois, \u00e0 quatorze\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Preljocaj puisse ses inspirations dans diff\u00e9rents courants : on reconna\u00eet ici un pas de classique, l\u00e0 un d\u00e9hanch\u00e9 de salsa ou encore des sauts dignes du rock. Sa danse est multiple, plurielle, m\u00e9lange d\u2019\u00e9rotisme et de violence. Elle est servie par une sc\u00e9nographie impeccable : grillages, voitures et sac poubelles dressent une ville en ruine alors qu\u2019au loin, une \u00e9toile brille. La lumi\u00e8re se fait chaud puis froide, douce et crue, elle n\u2019\u00e9claire pas seulement le plateau, elle le r\u00e9v\u00e8le. Quant \u00e0 la musique, elle accompagne si bien les mots et les gestes qu\u2019elle devient comme un troisi\u00e8me moyen d\u2019expression.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est donc un spectacle l\u00e9ch\u00e9, r\u00e9sultat du travail d\u2019un perfectionniste mais qui pour autant n\u2019est pas d\u00e9nu\u00e9 d\u2019\u00e2me. Au contraire m\u00eame, il est difficile de rester insensible devant ce qui se joue sur le plateau : destin tragique d\u2019une femme dans une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale, horreur de la guerre et de la survie\u2026 Tant de th\u00e8mes qui trouvent \u00e9cho en nous, car Berratham c\u2019est la Syrie, l\u2019Irak ou la Libye. Ce sont tous les pays en feu que l\u2019on regarde sans les voir et c\u2019est par le voyage du jeune homme que nos yeux s\u2019ouvrent. Mais une fois ce retour effectu\u00e9, on garde tous en nous quelque chose du d\u00e9sert de Berratham.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Mathilde Fandre<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Retour \u00e0 Berratham a pour toile de fond la guerre, ou plut\u00f4t l\u2019apr\u00e8s-guerre. L\u2019histoire, \u00e9crite par Laurent Mauvignier sur une commande d&rsquo;Angelin Preljocaj, est simple. Un Jeune-Homme (Aur\u00e9lien Charrier) qui a r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019enfuir avant les \u00e9v\u00e9nements avec son fr\u00e8re revient \u00e0 Berratham pour chercher la femme qu\u2019il aime (Katja). Autour de lui, il ne rencontre que tristesse et d\u00e9solation. La ville est un champ de ruines o\u00f9 r\u00f4dent des rescap\u00e9s, silhouettes louches, nerfs \u00e0 vif, plus rien \u00e0 perdre. Seul le cimeti\u00e8re s\u2019est terriblement \u00e9tendu. Les immeubles \u00e9ventr\u00e9s sont occup\u00e9s par d\u2019autres. On ne reconna\u00eet ni les lieux, ni les visages d\u2019avant. L\u2019humain est partout bafou\u00e9, raval\u00e9, liquid\u00e9. Les survivants sont devenus soit des bourreaux, soit les chefs d\u2019un nouveau r\u00e9gime qui n\u2019annonce rien de bon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette guerre rappel\u00e9e par Laurent Mauvignier n\u2019appartient pas plus au pass\u00e9 qu\u2019au pr\u00e9sent ou au futur. On en fr\u00e9mit. Ce dont il est question c\u2019est la violence extr\u00eame, \u00e0 tous les niveaux de l\u2019humain. Le drame absolu. C\u2019est ici que la pi\u00e8ce rejoint la trag\u00e9die.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les acteurs portent le texte sans endosser un r\u00f4le pr\u00e9cis, mise \u00e0 part la m\u00e8re de Katja. Le texte devient donc mati\u00e8re sonore qui d\u00e9roule une histoire dont le temps se t\u00e9lescope. Ils la disent plut\u00f4t simplement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">H\u00e9las, Angelin Preljocaj, tout \u00e0 son travail sur les mots, en vient \u00e0 d\u00e9laisser la danse : une triplette de trios, un choeur de femmes. On retrouve par intermittence sa signature, comme ce travail du bassin en avant ou ces bras d\u2019\u00e9querre. Le r\u00e9sultat est surtout frustrant : d\u00e8s que la chor\u00e9graphie prend de l\u2019ampleur, le texte vient lui voler la vedette. Comme une respiration irr\u00e9guli\u00e8re. Preljocaj, qui n\u2019aime rien tant que \u00ab faire \u00bb danser, fait volte-face. On suit de loin en loin le parcours du \u00ab jeune homme \u00bb, sa rencontre avec Whisky, la brute qui s\u2019en prend \u00e0 Katja et la viole. La d\u00e9multiplication des acteurs ne facilite pas la concentration du public, qui plus d\u2019une fois se perd dans la fable apocalyptique de Mauvignier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Retour \u00e0 Berratham \u00bb glace plus qu\u2019il ne transporte au final. Angelin Preljocaj affirme qu\u2019il a voulu \u00ab cicatriser les blessures de la conscience et des esprits \u00bb \u00e0 travers les corps. Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que l\u2019on a connu sa gestuelle plus habit\u00e9e. L\u2019espace m\u00eame de la Cour d\u2019honneur \u00e9crase le dispositif, la danse para\u00eet s\u2019y diluer au fur et \u00e0 mesure. Resserr\u00e9 sur un plateau de th\u00e9\u00e2tre, avec quelques coupes, \u00ab Berratham \u00bb finira peut-\u00eatre par toucher au c\u0153ur. Afin que Katja, la femme bless\u00e9e s\u2019imprime dans nos m\u00e9moires.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Samuel Lepoil<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Jean-Claude Carbonne<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse \/ Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot | En savoir plus Mardi 20 Octobre se tenait au Th\u00e9\u00e2tre National de Chaillot une repr\u00e9sentation de la nouvelle cr\u00e9ation originale d\u2019Angelin Preljocaj, chor\u00e9graphe contemporain, intitul\u00e9e Retour \u00e0 Berratham. 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