{"id":199,"date":"2015-11-10T20:30:17","date_gmt":"2015-11-10T19:30:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=199"},"modified":"2015-11-10T20:30:17","modified_gmt":"2015-11-10T19:30:17","slug":"dernieres-nouvelles-de-frau-major","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=199","title":{"rendered":"Derni\u00e8res nouvelles de Frau Major, d&rsquo;apr\u00e8s la vie d&rsquo;Alain Bashung"},"content":{"rendered":"<p>Spectacle musical | Philharmonie de Paris | <a href=\"http:\/\/philharmoniedeparis.fr\/fr\/activite\/spectacle\/15453-dernieres-nouvelles-de-frau-major-dapres-la-vie-dalain-bashung\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Philharmonie de Paris, 10 novembre 2015 : une seule repr\u00e9sentation. \u00ab Derni\u00e8res nouvelles de Frau Major \u00bb : d\u00e9j\u00e0 le titre n\u2019a rien de parlant. Qui est Frau Major ? Inconnue au bataillon. On pourrait presque passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cet OVNI s\u2019il ne mentionnait pas le sous-titre \u00ab d\u2019apr\u00e8s la vie d\u2019Alain Bashung \u00bb qui m\u00e8ne le spectateur en paysage familier. Du moins, c\u2019est ce qu\u2019il croit. Le descriptif du spectacle annonce un hommage \u00e0 Alain Bashung, r\u00e9alis\u00e9 par de nombreux artistes c\u00e9l\u00e8bres de la sc\u00e8ne fran\u00e7aise. Malgr\u00e9 cela, m\u00eame les meilleurs connaisseurs de la vie d\u2019Alain Bashung ont pu \u00eatre surpris ce soir-l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur sc\u00e8ne, quatre espaces de jeu : devant, une sc\u00e8ne de concert, avec deux sc\u00e8nes de th\u00e9\u00e2tre de part et d\u2019autre, au fond une estrade devant un \u00e9cran de projection. Les acteurs prennent place tout autour de la sc\u00e8ne centrale, o\u00f9 interviennent les musiciens de rock \u2013 micro, batterie et grosses guitares \u00e0 l\u2019appui. Sur l\u2019\u00e9cran, le spectacle est exhauss\u00e9 de photographies de Pierre Terrasson, qui a longtemps travaill\u00e9 avec Bashung. A droite, sous un \u00e9chafaudage, une femme vient se placer devant son micro : c\u2019est la protagoniste et narratrice privil\u00e9gi\u00e9e du spectacle, et qui lui donne son nom, Frau Major. Elle porte la quasi-totalit\u00e9 du texte de la pi\u00e8ce, en tissant un monologue o\u00f9 elle raconte ses souvenirs d\u2019un homme, un chanteur, avec qui elle a rendez-vous. Un homme qui n\u2019est jamais nomm\u00e9, mais que le titre mentionne \u00e9galement, peut-on penser\u2026 Alors qu\u2019elle dit et joue ce personnage nostalgique, touchant et tortur\u00e9 par ses souvenirs, un homme joue le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e9nements qu\u2019elle \u00e9voque, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la sc\u00e8ne de concert. Ce pseudo-Bashung parle moins qu\u2019il n\u2019agit, en vivant les \u00e9pisodes de la vie du chanteur dans toute l\u2019intensit\u00e9 qu\u2019y projette la narratrice. A cette premi\u00e8re mise en abyme se rajoute une deuxi\u00e8me, par l\u2019intervention d\u2019un troisi\u00e8me personnage, interm\u00e9diaire entre la narration et le pseudo-Bashung, sur l\u2019estrade du fond : un conseiller et tourmenteur, une sorte de conscience de l\u2019artiste. Assis dans un fauteuil, il tourne souvent le dos au public pour se trouver face aux images qui d\u00e9filent sur l\u2019\u00e9cran g\u00e9ant, comme s\u2019il voyait la vie du pseudo-Bashung \u00e0 travers les yeux de la r\u00e9alit\u00e9 biographique du chanteur, celle des photos de Pierre Terrasson. Le d\u00e9roulement spectaculaire de ce r\u00e9cit en deux dimensions (th\u00e9\u00e2tre et image) est ponctu\u00e9 d\u2019une troisi\u00e8me, capitale et indispensable : la musique, offerte en concert sur la sc\u00e8ne centrale, par des reprises des chansons d\u2019Alain Bashung. C\u2019est l\u00e0 que s\u2019illustrent les fameuses personnalit\u00e9s de Brigitte Fontaine, Joseph d\u2019Anvers ou encore Christophe Miossec, rendant un hommage direct au chanteur disparu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette mise en sc\u00e8ne originale et \u00e0 priori loufoque s\u2019\u00e9tire un r\u00e9cit chronologique de la vie d\u2019Alain Bashung. La narratrice cite des dates et des \u00e9v\u00e9nements de la vie du personnage qui se suivent vraisemblablement dans le temps et la r\u00e9alit\u00e9 historique. Ainsi le d\u00e9sordre apparent, voire le chaos de l\u2019interaction entre les trois dimensions artistiques proc\u00e8de en fait d\u2019un jalonnement authentique et fid\u00e8le \u00e0 la biographie du chanteur. Notons que cette pi\u00e8ce rel\u00e8ve, plus s\u00fbrement \u00e0 l\u2019image des personnages en action qu\u2019aux chansons r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9es, d\u2019une histoire qui tragique, tr\u00e8s sombre et oppressante, qui sublime et tend \u00e0 mythifier la vie d\u2019Alain Bashung sur une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre.<br \/>\nIl s\u2019agit d\u2019un spectacle complet, proche du montage cin\u00e9matographique, mais dont les composants sont \u00e9parpill\u00e9s sur la sc\u00e8ne de la Philharmonie. A d\u00e9faut de se rencontrer toutes ensembles pour former une unit\u00e9 de la musique, du th\u00e9\u00e2tre et de l\u2019image, elles concourent \u00e0 une exp\u00e9rience synesth\u00e9sique, o\u00f9 les sensations d\u00e9clench\u00e9es par une sc\u00e8ne (ex : celle des acteurs) sont transpos\u00e9es sur une autre par d\u2019autres instruments (ex : la musique ou la photographie). Par exemple, le personnage de Frau Major termine sa s\u00e9quence de jeu en entrant dans une boucle d\u2019un m\u00eame geste et d\u2019un m\u00eame mot. Le son de sa voix devient un \u00e9cho tandis qu\u2019elle est submerg\u00e9e par la mont\u00e9e du volume des guitares et de la batterie qui \u2013 de la m\u00eame fa\u00e7on que Frau \u2013 restent sur une m\u00eame note. Enfin, le personnage du pseudo-Bashung se montre lui-m\u00eame victime de cette boucle, de cette fr\u00e9n\u00e9sie qui semble enti\u00e8rement mentale pour lui, et r\u00e9agit en cons\u00e9quence : trois instances du spectacle ont ainsi op\u00e9r\u00e9 la transmission d\u2019une intention qui restait la m\u00eame en changeant d\u2019instrument (entendons : de support d\u2019expression). En effet, bien que le spectacle repose sur le simple r\u00e9cit de Frau Major, la mise en sc\u00e8ne qui s\u2019y d\u00e9veloppe offre bien plus, car elle met moins en mouvement des personnages r\u00e9alistes que des sensations propres au psychisme. La nature de ces entit\u00e9s appara\u00eet au travers de ces ph\u00e9nom\u00e8nes de boucles visuelles et sonores \u2013 qui sugg\u00e8rent l\u2019accumulation de stress, la folie ou le cauchemar \u2013 mais \u00e9galement des personnages monstrueux, qui suscitent l\u2019obsession et l\u2019angoisse du spectateur, et figurent de v\u00e9ritables all\u00e9gories de la n\u00e9vrose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour aborder le spectacle d\u2019un point-de-vue critique, nous commencerons par remarquer qu\u2019il est port\u00e9 par un jeu impeccable des com\u00e9diens et des musiciens. Tous tr\u00e8s appliqu\u00e9s et endurants, leur phras\u00e9s respectifs sont d\u2019une propret\u00e9 nette et sans fausse note, de m\u00eame que le rythme et l\u2019articulation de leurs performances. Notons \u00e9galement la pertinence des ambiances lumineuses qui se succ\u00e8dent sur l\u2019espace entier : les lumi\u00e8res et les couleurs s\u2019harmonisent avec celles de l\u2019\u00e9cran et son mouvement, en \u00e9voluant en fonction du ton de la sc\u00e8ne ou du morceau jou\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous devons encore saluer l\u2019intelligence de la mise en sc\u00e8ne, qui met en concomitance les actions des trois espaces de th\u00e9\u00e2tre, pourtant s\u00e9par\u00e9es par la sc\u00e8ne de concert. C\u2019est de plus une mise en sc\u00e8ne qui d\u00e9borde de l\u2019espace allou\u00e9 par la repr\u00e9sentation : il arrive qu\u2019une sc\u00e8ne empi\u00e8te sur une autre (ex : Frau Major passant de son carr\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne de concert pour chanter), et m\u00eame sur le public (ex : le pseudo-Bashung d\u00e9truit son ordinateur de ses mains, et poursuit son acte entre la sc\u00e8ne et les strapontins).<br \/>\nCependant, il est \u00e0 d\u00e9plorer que les performances musicales soient insuffisantes, et rarement satisfaisantes. En effet, ce ne sont pas tant les chanteurs que leur interpr\u00e9tation des chansons d\u2019Alain Bashung qui sont froides, quelconques, apathiques. Elles semblent participer d\u2019une volont\u00e9 d\u2019imiter le style d\u2019Alain Bashung sans y parvenir, donnant \u00e0 entendre un sentiment latent d\u2019amertume et de d\u00e9ception. Il en est de m\u00eame des transitions entre les chansons, qui laissent un intervalle trop grand avant la reprise des acteurs, lesquels sont alors forc\u00e9s de laisser applaudir le public apr\u00e8s le concert, ce qui interrompt l\u2019\u00e9lan accumul\u00e9 par le r\u00e9cit et surtout par la musique (ce qui pourrait \u00eatre \u00e9vit\u00e9 si les acteurs reprenaient la parole imm\u00e9diatement \u00e0 la fin de chaque morceau).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour finir, il convient de voir Derni\u00e8res nouvelles de Frau Major comme une fiction inspir\u00e9e de la vie d\u2019Alain Bashung, qui ne se d\u00e9finit pas comme un hommage, mais qui en a les pi\u00e8ces essentielles, en reprenant la biographie, les chansons, les photos du chanteur\u2026 et m\u00eame certains artistes proches de lui, qui participent au spectacle. Cependant il ne s\u2019agit en rien d\u2019un hommage sommaire et simpliste. Car en effet, les reprises des chansons et des images (instruments traditionnels de m\u00e9moire) sont reconduites \u00e0 des fins narratives, pour illustrer la chronologie et l\u2019\u00e9volution du personnage : nous assistons donc l\u00e0 \u00e0 une biographie \u00ab po\u00e9tis\u00e9e \u00bb. Plus encore, on y trouve la formulation du processus de cr\u00e9ation du chanteur, sur la courbe du temps, ainsi que des p\u00e9rip\u00e9ties \u00e9motionnelles et intellectuelles. Cette histoire transm\u00e9diatique ne raconte pas en termes historiques le personnage d\u2019Alain Bashung, mais d\u00e9crit son int\u00e9riorit\u00e9, le voyage int\u00e9rieur de la vie telle qu\u2019il l\u2019a v\u00e9cue \u00e0 travers le prisme de sa sensibilit\u00e9. Nous pouvons donc y voir une dissection de la biographie d\u2019Alain Bashung, pour en extraire l\u2019essence, et la muer en une substance dramatique sur la sc\u00e8ne de la musique, du th\u00e9\u00e2tre et de l\u2019image.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Alexandre Michaud<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alain Bashung a quitt\u00e9 ce monde en 2009 et aucun spectacle n\u2019avait vraiment tent\u00e9 de rendre hommage \u00e0 sa carri\u00e8re. <em>Derni\u00e8res Nouvelles de Frau Major<\/em>, cr\u00e9\u00e9 en 2012, se veut un hommage original m\u00ealant reprises de ses tubes avec du th\u00e9\u00e2tre et la participation des gens qui l\u2019ont c\u00f4toy\u00e9 : son dernier groupe, des chanteurs tels qu\u2019Alain Chamfort, Miossec et Brigitte Fontaine, sa derni\u00e8re femme Chlo\u00e9 Mons, ou encore son photographe privil\u00e9gi\u00e9 Pierre Terrasson. Le spectacle propose de revenir sur la vie, finalement plus que sur la carri\u00e8re d\u2019Alain Bashung, au travers du regard de sa premi\u00e8re femme, Frau Major, jou\u00e9e par Lisa Pajon. Deux autres com\u00e9diens sont pr\u00e9sents, Nicolas Senty et Romain Berger. L\u2019un joue le narrateur install\u00e9 \u00e0 un bureau dans un coin de la sc\u00e8ne (peut-\u00eatre faut-il y voir une \u00e9vocation de Pierre Mika\u00efloff, \u00e9crivain de ce spectacle et biographe d\u2019Alain Bashung) tandis que l\u2019autre interpr\u00e8te un producteur qui offre un contre point, un peu trop caricatural, sur le succ\u00e8s d\u2019Alain Bashung en rappelant ses difficult\u00e9s, mais aussi son acharnement, \u00e0 entrer dans le m\u00e9tier. A la narration et \u00e0 la chanson s\u2019ajoutent des photographies de Pierre Terrasson projet\u00e9es sur divers \u00e9crans en arri\u00e8re-plan des trois espaces sc\u00e9niques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La musique est au centre de la sc\u00e8ne mais aussi au centre de cet hommage. Les acteurs sont rel\u00e9gu\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan et sur les c\u00f4t\u00e9s. De m\u00eame, les interventions des acteurs sont cantonn\u00e9es \u00e0 des sortes d\u2019introduction pour la chanson \u00e0 suivre ou de petites explications anecdotiques. La musique est aussi l\u2019aspect le plus appr\u00e9ciable de ce spectacle : il faut saluer la performance des musiciens (violoncelliste, guitariste, bassiste et batteur). La diversit\u00e9 des chanteurs est tr\u00e8s agr\u00e9able m\u00eame si les reprises \u00e9taient de qualit\u00e9 in\u00e9gale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En revanche, la partie th\u00e9\u00e2trale est peupl\u00e9e d\u2019incoh\u00e9rences qui laissent le spectateur perplexe. Je n\u2019ai pas vraiment compris l\u2019interpr\u00e9tation de Frau Major que donne Lisa Pajon. Son costume est \u00e9trange : une sorte de veste en fourrure, une longue jupe noire, un <em>legging<\/em> rouge, parfois pieds nus parfois avec une ou deux chaussures. Son jeu interroge \u00e9galement : pourquoi s\u2019effondre-t-elle plusieurs fois sur le sol pendant qu\u2019elle chante ? Pourquoi met-elle sur sa t\u00eate une de ses chaussures puis un sac cabas ? Pourquoi cette gestuelle si expressive et ces r\u00e9p\u00e9titions de phrases, litt\u00e9ralement hurl\u00e9es dans le micro ? L\u2019actrice semblait finalement g\u00ean\u00e9e par un r\u00f4le pas vraiment fait pour son jeu expressif, par un espace sc\u00e9nique r\u00e9duit et par la contrainte de parler dans un micro, fixe qui plus est, alors que le narrateur et le producteur portaient des casques. Il est \u00e9galement l\u00e9gitime de s\u2019interroger sur la coh\u00e9rence de voir la vie d\u2019Alain Bashung au travers de ses diff\u00e9rentes femmes. En effet, je n\u2019ai pas l\u2019impression que le changement de compagnes ait eu une influence d\u00e9terminante sur le style et la carri\u00e8re du chanteur, comme c\u2019est parfois le cas chez les artistes (pensons \u00e0 Picasso).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, ce spectacle est un peu monotone et manque d\u2019un vrai souffle <em>rock and roll<\/em> \u00e0 l\u2019image de la musique de Bashung, qui aurait pu \u00eatre apport\u00e9 par un usage plus audacieux de la photographie et par des reprises originales. Seule la performance de Brigitte Fontaine, avec son look tout de cuir et lunettes d\u2019aviateur, a vraiment su rendre hommage \u00e0 Alain Bashung et combler le spectateur.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Betty Parois<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Derni\u00e8res nouvelles de Frau Major<\/em> est un spectacle th\u00e9\u00e2tral et musical cr\u00e9\u00e9 en hommage \u00e0 Alain Bashung par des proches du chanteur : Pierre Mika\u00efloff, son biographe, Pierre Terrasson, son photographe, Yan P\u00e9chin, son guitariste. C&rsquo;\u00e9tait pour moi l&rsquo;occasion de rencontrer un chanteur que je ne connaissais pas du tout. Il semble que \u00e7a n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 la meilleure entr\u00e9e possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, j&rsquo;ai trouv\u00e9 que ce qui, en tant qu&rsquo;hommage \u00e0 un artiste m\u00eame anti-conventionnel, aurait d\u00fb \u00eatre teint\u00e9 de po\u00e9sie, n&rsquo;arrivait jamais \u00e0 se hisser au-del\u00e0 du mauvais go\u00fbt. L&rsquo;interpr\u00e9tation bien trop grandiloquente de la com\u00e9dienne qui incarne Frau Major, la premi\u00e8re compagne de Bashung, d\u00e9range d\u00e8s les premi\u00e8res minutes de la pi\u00e8ce. Ses gesticulations surjou\u00e9es sont franchement grotesques, comme l&rsquo;est son accoutrement, franchement hideux. On saisit assez mal l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ce personnage tr\u00e8s vite \u00e9clips\u00e9 dans la vie du chanteur, sinon comme pr\u00e9texte mal choisi au r\u00e9cit biographique. Les deux autres personnages, celui du biographe et celui du producteur, ne sont gu\u00e8re plus convaincants. Quand chacun \u00e0 son tour s&rsquo;essaie \u00e0 des attitudes transgressives, qui en d\u00e9truisant sur sc\u00e8ne puis entre les spectateurs son ordinateur portable, qui en baissant son pantalon pour mimer une fornication tape \u00e0 l&rsquo;\u0153il avec sa chaise de bureau, qui en voulant s&rsquo;offrir un bain de foule dans une fosse remplie de spectateurs h\u00e9las assis et donc finalement contrainte \u00e0 ramper sur leurs genoux, cela para\u00eet extr\u00eamement artificiel, pour le moins d\u00e9concertant pour le spectateur non convaincu d&rsquo;avance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;ignore pas que l&rsquo;esth\u00e9tique de Bashung est \u00a0\u00bbd\u00e9cadentiste\u00a0\u00bb, bas\u00e9e sur une subversion des normes musicales commerciales, ce qui suscitait d&rsquo;ailleurs ma curiosit\u00e9 initiale. Mais ici la po\u00e9tique \u00a0\u00bbanti-esth\u00e9tique\u00a0\u00bb du quotidien et de la nuit attendue est simplement (mal) repr\u00e9sent\u00e9e par une caricature vulgaire qui dessert vraiment ce qui devait \u00eatre authentique chez Bashung. Le dispositif photographique \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan ne sauve pas la mise. Soit il illustre platement, soit ce qu&rsquo;il \u00e9voque reste obscur. Alors que des photographies auraient pu cr\u00e9er un effet d&#8217;empathie pour l&rsquo;humain Bashung, celles choisies par Pierre Terrasson sont d\u00e9sincarn\u00e9es : lisses, dignes des pires fonds d&rsquo;\u00e9cran \u00a0\u00bbscenery\u00a0\u00bb, sans humain ou avec des femmes d\u00e9r\u00e9alis\u00e9es, prenant des poses dans un d\u00e9cor clich\u00e9. Enfin, sur la sc\u00e8ne, on voit d\u00e9filer des chanteurs qui chantent si mal qu&rsquo;on peine \u00e0 comprendre ce qu&rsquo;ils disent &#8211; exception faite de Miossec qui signe une jolie interpr\u00e9tation de \u00ab Osez Jos\u00e9phine \u00bb, et dont le blouson de cuir et les allures de papys rebelles dissonent franchement comiquement devant un public sagement assis dans les si\u00e8ges confortables de la Philharmonie de Paris !<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Florine Le Bris<\/h6>\n<hr \/>\n<p>\u00ab Alain Bashung \u00bb, voil\u00e0 un nom qui est toujours ancr\u00e9 dans nos m\u00e9moires. Rien qu&rsquo;\u00e0 le lire, il nous rappelle de nombreuses chansons\u00a0: <em>La Nuit je mens<\/em>,<em> R\u00e9sidents de la R\u00e9publique<\/em> et bien d&rsquo;autres&#8230; Sa disparition en 2009 a mis en peine de nombreux admirateurs. Alors en 2012, au th\u00e9\u00e2tre Louis Aragon de Tremblay-en-France, une fiction-musicale hommage lui est consacr\u00e9e. Derni\u00e8res nouvelles de Frau Major est cr\u00e9\u00e9 par Emmanuelle Jouan, Pierre Mika\u00efloff, H\u00e9di Tillette, Pierre Terrasson et Yann P\u00e9chin.<\/p>\n<p>Une femme, Frau Major (Lisa Pajon) nous raconte sa rencontre avec l&rsquo;artiste. Elle \u00e9voque son parcours sans jamais nommer le chanteur. Il est \u00ab\u00a0Alain\u00a0\u00bb. Sur sc\u00e8ne \u00e9galement, Nicolas Senti et Romain Berger donnent vie au spectacle. Le dernier groupe d&rsquo;Alain Bashung accompagne les nombreux artistes venus rendre hommage au chanteur disparu. Miossec, Rachid Taha, Brigitte Fontaine, Alain Chamfort, Chlo\u00e9 Mons, Kent et Joseph d&rsquo;Anvers sont pr\u00e9sents.<\/p>\n<p>Le spectacle n&rsquo;a pas encore commenc\u00e9 mais les musiciens font leurs accords sur sc\u00e8ne et commencent \u00e0 jouer quelques morceaux. Un com\u00e9dien est d\u00e9j\u00e0 sur les planches. La salle se remplit plut\u00f4t bien. La lumi\u00e8re s&rsquo;att\u00e9nue, la musique s&rsquo;accentue, le spectacle commence. Mais une voix se fait entendre dans le public. Une femme qui gueule. Elle se dirige vers la sc\u00e8ne et l&rsquo;acteur nous la pr\u00e9sente. Cette femme c&rsquo;est Frau Major. Elle a rencontr\u00e9 \u00ab\u00a0Alain\u00a0\u00bb, c&rsquo;est comme \u00e7a qu&rsquo;elle nomme l&rsquo;artiste tout au long du spectacle, et depuis elle repense toujours \u00e0 lui, \u00e0 ce qu&rsquo;il devient. L&rsquo;acteur qui la pr\u00e9sente, plac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de la sc\u00e8ne, c&rsquo;est aussi celui qui nous rappellera les dates importantes de la vie de l&rsquo;artiste. Au centre, les musiciens nous jouent le r\u00e9pertoire bien connu d&rsquo;Alain. En hauteur, \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re, se trouve assis sur sa chaise roulante celui qui joue le producteur d&rsquo;Alain. Et en fond de toile, des images d\u00e9filent sur de gigantesques panneaux. Elles ont \u00e9t\u00e9 prises par le photographe qui a suivi la carri\u00e8re du c\u00e9l\u00e8bre chanteur. Les com\u00e9diens commencent par rappeler les premiers pas d&rsquo;Alain dans le monde de la musique, ses d\u00e9buts difficiles\u00a0: \u00ab\u00a0Mec t&rsquo;es un has been\u00a0\u00bb jette le producteur.<\/p>\n<p>Tout au long de ce spectacle, les artistes venus rendre hommage \u00e0 Alain se succ\u00e8dent sur sc\u00e8ne. On entendra ainsi Brigitte Fontaine, Chlo\u00e9 Mons, Miossec et d&rsquo;autres. Et durant tout le spectacle on en apprend plus sur le quotidien du chanteur, ses \u00e9checs, ses temps forts&#8230; Cependant il est mieux de conna\u00eetre d\u00e9j\u00e0 la vie de l&rsquo;artiste. Cela permet de comprendre les anecdotes amusantes et de pouvoir crier \u00ab\u00a0Gainsbourg\u00a0!\u00a0\u00bb comme la femme de mon rang quand il est fait allusion \u00e0 la collaboration des deux artistes. Le spectacle se termine sur un sublime m\u00e9lange de voix qui \u00e9num\u00e8rent tous les titres d&rsquo;Alain. \u00ab\u00a0il a us\u00e9 des pizzas, il a us\u00e9 des cendriers, il a us\u00e9 des poissons d&rsquo;avril \u00bb. La musique et les images accompagnent les voix et on est compl\u00e8tement transport\u00e9. Il y a un temps de silence \u00e0 la fin puis c&rsquo;est un tonnerre d&rsquo;applaudissements qui se fait entendre, certains se l\u00e8vent. Alors non, ce n&rsquo;est pas la voix de Bashung (ou plut\u00f4t d&rsquo;Alain maintenant qu&rsquo;on s&rsquo;en sent si proche) que l&rsquo;on entend mais la reprise des artistes venus lui rendre hommage apporte une belle \u00e9motion. Les images projet\u00e9es soul\u00e8vent des souvenirs et l&rsquo;on sourit en repensant aux \u00e9tapes de la vie de ce grand artiste. C&rsquo;est un spectacle que je recommande parce qu&rsquo;il est beau, il est prenant, on ressort de la salle charm\u00e9, c&rsquo;est un bel hommage.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Louise Le Danvic<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce mardi 10 novembre 20, \u00e0 20h30 s\u2019est tenue \u00e0 la Philharmonie de Paris une fiction musicale inspir\u00e9e de la vie d\u2019Alain Bashung : les <em>Derni\u00e8res nouvelles de Frau Major<\/em>. Pierre Mika\u00efloff conjugue ses talents d\u2019\u00e9crivain avec ceux du metteur en sc\u00e8ne H\u00e9di Tillette de Clermont-Tonnerre sc\u00e8ne, pour rendre hommage au charisme de l\u2019Apache. Derni\u00e8res nouvelles de Frau Major c\u2019est le conte d\u2019une vie se d\u00e9ployant au rythme d\u2019une \u0153uvre musicale. En outre, le conteur est double : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le journaliste et biographe (Pierre Mika\u00efloff), assis derri\u00e8re son bureau, lisant son texte \u00e0 l\u2019aide d\u2019une faible lumi\u00e8re, \u00e9graine avec recul les \u00e9tapes d\u2019une vie achev\u00e9e ; de l\u2019autre, Frau Major, premi\u00e8re compagne abandonn\u00e9e, suit avec une sensibilit\u00e9 exacerb\u00e9e le parcours du chanteur, de pr\u00e8s, puis de loin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lumi\u00e8res tamis\u00e9es, d\u00e9cors pourpres, sons aiguis\u00e9s et capt\u00e9s par la guitare de Yan P\u00e9chin, les premi\u00e8res minutes du concert nous feraient presque croire \u00e0 une arriv\u00e9e imminente d\u2019Alain Bashung. Et, en effet, tr\u00e8s vite il est l\u00e0 : les trois acteurs lui redonnent une voix (Pierre Mika\u00efloff, Lisa Pajon, Nicolas Senty), les musiciens \u2013 Yan P\u00e9chin aux guitares, Jeff Assy au violoncelle, Bobby Jocky \u00e0 la basse et Arnaud Dieterlen \u00e0 la batterie \u2013 font revivre le pass\u00e9 d\u2019un groupe. Par les voix de Frau Major et du biographe, on diss\u00e8que une histoire sans jamais briser le myst\u00e8re ambiant de cette figure charismatique : des r\u00eaves cach\u00e9s aux lassitudes de la r\u00e9alit\u00e9, des rencontres aux s\u00e9parations, des tubes et aux \u00e9checs cuisants, du plus profond de la l\u00e9gende aux riens du quotidien\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Liant les prises de parole th\u00e9\u00e2trales des trois acteurs intervenants, le dernier groupe d\u2019Alain Bashung assure une trame musicale, ponctue la chronologie, et accompagne la prestation de chanteurs venus interpr\u00e9ter avec une grande sinc\u00e9rit\u00e9 quelques grands morceaux de celui qu\u2019ils ont c\u00f4toy\u00e9, avec qui ils ont collabor\u00e9 et qui les a inspir\u00e9s. Ainsi on \u00e9coute tour \u00e0 tour Chlo\u00e9 Mons, Albin de la Simone, Kent, Gaby, Miossec, et Brigitte Fontaine nous susurrant \u00ab La nuit je mens \u00bb\u2026 C\u2019est un immense plaisir de red\u00e9couvrir ces chansons cultes dont la saveur est modifi\u00e9e \u2013 sans jamais \u00eatre alt\u00e9r\u00e9e \u2013 \u00e0 l\u2019aune de l\u2019influence qu\u2019a exerc\u00e9 Bashung et qu\u2019il exerce encore sur chaque chanteur \u00e9mu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le public est saisi : en d\u00e9filant la vie d\u2019Alain Bashung sous nos yeux, le temps nous para\u00eet suspendu l\u2019instant d\u2019une lente musique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">L\u00e9na Delugin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un spectacle atypique qui rend hommage \u00e0 un homme : Alain Bashung. On est loin des traditionnelles reprises musicales, ici musique, th\u00e9\u00e2tre et autobiographie se m\u00ealent. Une fiction musicale audacieuse qui ose raconter la vie et l\u2019\u0153uvre d\u2019un homme \u00e0 travers les paroles d\u2019une femme : Frau Major.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Emmanuelle Jouan \u2013directrice du Th\u00e9\u00e2tre Louis Aragon de Tremblay-en-France- a su r\u00e9unir 4 personnalit\u00e9s autour de ce projet, des connaisseurs d\u2019Alain Bashung mais aussi des artistes pr\u00eats \u00e0 s\u2019engager dans un projet aussi audacieux que l\u2019homme dont ils souhaitent parler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi nous retrouvons : Pierre Mika\u00efloff, biographe de Bashung, H\u00e9di Tillette de Clermont-Tonnerre, auteur et metteur en sc\u00e8ne, Pierre Terrasson, photographe ch\u00e9ri du chanteur et Yan P\u00e9chin, musicien et compagnon de route de Bashung.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est la nuit, une femme se lance, elle raconte l\u2019histoire d\u2019un homme. A travers son histoire se dessine celle d\u2019Alain. Le portrait se tient en justesse, on parle des succ\u00e8s mais aussi des \u00e9checs, on ne d\u00e9peint pas l\u2019id\u00e9al mais la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une femme qui a vu son fils \u2013 pr\u00e9nomm\u00e9 lui aussi Alain- se faire planter devant l\u2019autel par sa fianc\u00e9e. Cette fianc\u00e9e est partie avec Alain \u2013Bashung-, l\u2019homme que Frau Major a fr\u00e9quent\u00e9 dans sa jeunesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La force de cet hommage r\u00e9side dans le fait qu\u2019on n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre fin connaisseur d\u2019Alain Bashung pour se prendre au jeu. Trois acteurs &#8211; Frau Major, un journaliste et \u00e9crivain et le producteur de Bashung &#8211; donnent une force th\u00e9\u00e2trale mais aussi donnent \u00e0 voir une fiction. Ainsi, cette fiction musico th\u00e9\u00e2trale nous emm\u00e8ne bien loin des codes des traditionnelles reprises musicales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectateur non connaisseur prendra part \u00e0 ce spectacle sans une once d\u2019ennui. Le spectateur avis\u00e9 sera peut-\u00eatre un peu d\u00e9\u00e7u, \u00ab ils auraient pu aller encore plus loin \u00bb est la phrase qui fuse lors de la sortie. Cet hommage ne permettait pas aux spectateurs de se lever, ce qui laisse certains des spectateurs d\u00e9\u00e7us.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je retiendrais cette fa\u00e7on de rendre hommage. Dot\u00e9 d\u2019une grande honn\u00eatet\u00e9, on montre la fragilit\u00e9 d\u2019un homme, on ne l\u2019id\u00e9alise pas, on le montre. C\u2019est un hommage fid\u00e8le \u00e0 un homme et \u00e0 son \u0153uvre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marion Crubezy<\/h6>\n<pre class=\"sub-title\">Photo : P. Terrasson<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Spectacle musical | Philharmonie de Paris | En savoir plus Philharmonie de Paris, 10 novembre 2015 : une seule repr\u00e9sentation. \u00ab Derni\u00e8res nouvelles de Frau Major \u00bb : d\u00e9j\u00e0 le titre n\u2019a rien de parlant. Qui est Frau Major ? Inconnue au bataillon. 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