{"id":203,"date":"2015-11-21T20:30:31","date_gmt":"2015-11-21T19:30:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=203"},"modified":"2015-11-21T20:30:31","modified_gmt":"2015-11-21T19:30:31","slug":"7-pleasures","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=203","title":{"rendered":"7 pleasures"},"content":{"rendered":"<p>Danse | Centre Pompidou | <a href=\"https:\/\/www.centrepompidou.fr\/cpv\/resource\/cnXbpxA\/rBgjxoe\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>7 pleasures<\/em> est repr\u00e9sent\u00e9 au Centre Pompidou \u00e0 Paris dans le cadre de la 44\u00e8me \u00e9dition du Festival d\u2019Automne. Le spectacle dure environ 1h30. C\u2019est une cr\u00e9ation de la chor\u00e9graphe danoise Mette Ingvarsten. Le groupe de 12 interpr\u00e8tes est \u00e0 parit\u00e9 \u00e9gale entre femmes et hommes : ils sont d\u2019origines diverses et tous jeunes, mis \u00e0 part une femme qui semble plus \u00e2g\u00e9e que les autres. Aucun n\u2019a de r\u00f4le d\u00e9fini pendant tout le spectacle. Ils se trouvent sur sc\u00e8ne, s\u2019agglom\u00e8rent et parfois se dispersent pour c\u00e9der \u00e0 l\u2019attraction sexuelle d\u2019un objet. Avec pour d\u00e9cor un salon (table, chaises, canap\u00e9, fauteuil, lampes, un rideau de franges). Les \u00e9l\u00e9ments sc\u00e9niques sont comme des accessoires qui ne font qu\u2019attirer sexuellement tels des sex toys. Concernant le monde sonore, il est tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9 car il y a un jeu entre le son techno et le silence soudain et prolong\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 travers une danse contemporaine marqu\u00e9e de secousses r\u00e9p\u00e9titives des corps que la chor\u00e9graphe place le corps dans un contexte politique et social. Elle nous confronte \u00e9galement au terme polys\u00e9mique de la sexualit\u00e9. Le jeu des interpr\u00e8tes n\u2019est perceptible qu\u2019\u00e0 travers leurs gestuelles puisqu\u2019il n\u2019y a aucun mot prononc\u00e9. La musique et les r\u00e2les sont les seuls sons. Les mots ne comptent pas, le corps est litt\u00e9ralement au centre de la pi\u00e8ce. La mise en sc\u00e8ne est marqu\u00e9e de nombreux bouleversements et de tensions. Le d\u00e9roulement de la pi\u00e8ce suit un proc\u00e9d\u00e9 psychologique. Au d\u00e9but les corps forment une masse, puis ils se d\u00e9placent ensemble, se palpent, se d\u00e9couvrent. Ce besoin de fantasmer permet d\u2019aboutir au d\u00e9sir sexuel. Le d\u00e9sir se renforce de plus en plus, et l\u2019orgie chor\u00e9graphique se d\u00e9cha\u00eene sous nos yeux d\u00e9gageant une \u00e9nergie incroyable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand ils \u00e9prouvent une satisfaction la tension baisse, certains se rhabillent d\u2019autres regardent du coin de l\u2019\u0153il ceux qui copulent, d\u2019autres se mettent en position de voyeur. Cette asym\u00e9trie expose les divergences de sexualit\u00e9 sans qu\u2019elles soient repouss\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque objet du d\u00e9cor vont \u00eatre utilis\u00e9, ils attirent sexuellement comme quelque chose d\u2019irr\u00e9sistible. Plusieurs chaises, un canap\u00e9, un rideau de frange, un tapis, une table, deux longs tuyaux jaunes, une plante d\u2019int\u00e9rieure vont servir de support pour la chor\u00e9graphie. L\u2019ensemble des \u00e9l\u00e9ments sc\u00e9niques sont de couleur sobres mais la couleur orange pr\u00e9domine avec sa symbolique de la jouissance, l\u2019\u00e9nergie et la luxure voire la sexualit\u00e9 ludique.<\/p>\n<p>En somme, c\u2019est une pi\u00e8ce \u00e9minemment politique. Cependant, elle est d\u00e9pourvue d\u2019amour et de po\u00e9sie, peut-\u00eatre pour nous confronter au d\u00e9sir brut, un d\u00e9sir qui peut s\u2019assouvir avec les objets. Mais le d\u00e9sir appara\u00eet avec des sentiments plus complexes qu\u2019une attirance sexuelle. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une incitation \u00e0 forniquer avec n\u2019importe quel individu mais bien d\u2019une \u00e9mancipation d\u2019un certain carcan social, d\u2019une lib\u00e9ration des m\u0153urs pour pouvoir exprimer ses d\u00e9sirs sexuels comme chacun l\u2019entend.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les attentats du 13 novembre, c\u2019est un acte de r\u00e9sistance de maintenir la repr\u00e9sentation, un doigt lev\u00e9 face \u00e0 la guerre psychologique dans laquelle nous vivions aujourd\u2019hui.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">France Kanaan<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>7 Pleasures<\/em> mis en sc\u00e8ne par Mette Ingvartsen au Centre George Pompidou.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mette Ingvarster nous pr\u00e9sente les 7 notions du plaisir \u00e0 travers danse et nudit\u00e9 allant au del\u00e0 des fronti\u00e8res. En effet, il cherche \u00e0 explorer toutes formes du plaisir mais aussi bouleverser les images attach\u00e9es \u00e0 la sexualit\u00e9 et \u00e0 la nudit\u00e9. C&rsquo;est par l&rsquo;expression de la danse et de mouvements sensuels, doux, expressifs et gracieux que le metteur en sc\u00e8ne pose diff\u00e9rentes questions li\u00e9s \u00e0 la sexualit\u00e9. <em>7 Pleasures<\/em> assume un caract\u00e8re polymorphe et \u00e9quivoque. Cette cr\u00e9ation fait suite \u00e0 <em>69 positions<\/em>, solo qui lance un chantier de recherche autour de la sexualit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Heureusement la constitution de <em>7 Pleasures<\/em> assume la suite de<em> 69 positions<\/em> dans toute sa splendeur. Avec tr\u00e8s peu de d\u00e9cors, le spectateur est obnubil\u00e9 par les corps d\u00e9nud\u00e9s pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne. Les corps se touchent, se testent, perdent leurs fronti\u00e8res. Par une multitude de danseur, les corps se m\u00ealent entre eux, mais aussi avec les objets qui les entourent, formant des constellations d\u00e9sirantes inattendues. Sans d\u00e9cors, sans costumes, avec une puret\u00e9 incroyable de la mise en sc\u00e8ne aucun artifice n&rsquo;est rendu. Une certaine beaut\u00e9 se d\u00e9gage autour du naturel et de la simplicit\u00e9. Les danseurs, bien que recroquevill\u00e9s, la plupart du temps sur eux-m\u00eames, utilisent l&rsquo;espace \u00e0 bon escient. Les gestes sont exag\u00e9r\u00e9s mais expriment la sensualit\u00e9 et l&rsquo;expression des sens de fa\u00e7on th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e. Le spectateur comprend l&rsquo;expression de ces sens, si bien qu&rsquo;il les per\u00e7oit. Par paliers se d\u00e9voile chaque aspect du plaisir. En effet, sept cercles se succ\u00e8dent, entrem\u00ealent leurs questions respectives jusqu&rsquo;\u00e0 dresser une cartographie du plaisir \u00e0 \u00e9prouver tout autant qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9chiffrer. Mette Ingvarsten, par cette repr\u00e9sentation, cherche \u00e0 d\u00e9montrer que les corps sont en perp\u00e9tuelles \u00e9volutions et expriment de plus en plus leurs d\u00e9sirs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme, <em>7 Pleasures<\/em> cherche \u00e0 repr\u00e9senter la nature et \u00e0 la mettre en avant. Dans le monde contemporain, le \u00ab\u00a0potentiel sexuel\u00a0\u00bb est pr\u00e9sent \u00e0 chaque coin de rue. Ce potentiel est exprim\u00e9 et d\u00e9montr\u00e9 dans la repr\u00e9sentation de fa\u00e7on tout \u00e0 fait naturelle. La tension que met en sc\u00e8ne Mette Ingvarsten se fait ressentir tout autour des spectateurs, qu&rsquo;eux m\u00eame ressentent dans leur vie quotidienne, par l&rsquo;utilisation des objets, ou d&rsquo;un regard. Les danseurs repr\u00e9sentent, par la gr\u00e2ce de leurs gestes, la tension sexuelle pr\u00e9sente en chaque individu, et donc en chaque spectateurs.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lucie Farand<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>7 Pleasures<\/em> est une oeuvre de r\u00e9sistance. Sa qualit\u00e9 et sa force r\u00e9sident dans le fait qu\u2019elle ne sombre dans aucun des trois dangereux \u00e9cueils propres \u00e0 tout art abordant directement la question du corps dans sa dimension collective : l\u2019exhibitionnisme vulgaire, le plaisir de la destruction, et l\u2019uniformisation du groupe r\u00e9sultant d\u2019une pens\u00e9e unique.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Contre un quotidien d\u00e9sincarn\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019est pas contradictoire de qualifier une performance comme <em>7 Pleasures<\/em> de \u00ab pudique \u00bb. Un tel jugement pourrait certes paraitre provocateur, dans le sens o\u00f9 la nudit\u00e9 et le rapport collectif au corps se trouvent au centre de la nouvelle \u0153uvre de Mette Ingvartsen, pr\u00e9sent\u00e9e au Centre Pompidou du 18 au 21 novembre dans le cadre du Festival d\u2019Automne. Ce rapport est d\u2019ailleurs \u00e9voqu\u00e9 de mani\u00e8re explicite : des femmes et hommes nus interagissent, s\u2019attroupent, se s\u00e9parent, se rejoignent, dans une sorte de mouvement organique proche de la danse qui donne l\u2019impression d\u2019assister \u00e0 une \u00ab coul\u00e9e de corps \u00bb. Pour autant, explicite ne veut pas dire exhibitionniste, et l\u2019on est soulag\u00e9 de voir l\u2019effort mobilis\u00e9 par chaque acteur pour ne pas sombrer dans la vulgarit\u00e9 morbide de l\u2019orgie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car s\u2019il y a bien contact entre ces \u00eatres, qui s\u2019imbriquent les uns aux autres pour former une \u00e9trange masse mouvante, ce contact est \u00e9trangement d\u00e9nu\u00e9 de toute connotation sexuelle. Pas de d\u00e9sir pour ce mollusque humano\u00efde \u00e9tonnamment silencieux, qui engloutit les objets quotidiens mobilis\u00e9s sur sc\u00e8ne sous les yeux sid\u00e9r\u00e9s du spectateur. Si une telle cr\u00e9ature est montr\u00e9e sur le plateau, c\u2019est pour exprimer un manque de rapports humains et corporels dont souffrirait un quotidien fade et aseptis\u00e9 (symbolis\u00e9 sur sc\u00e8ne par du mobilier design froid et impersonnel, type Ikea). <em>7 Pleasures<\/em> traite donc moins du plaisir sexuel en lui-m\u00eame, que de la frustration n\u00e9e de son \u00e9viction du r\u00e9el : en t\u00e9moignent les s\u00e9quences d\u2019excitation individuelles durant lesquelles chaque acteur s\u2019agite fr\u00e9n\u00e9tiquement, ou simule m\u00e9caniquement un orgasme, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment seul, et sans aucune sensualit\u00e9.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Contre une pornographie de la destruction<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">De son c\u00f4t\u00e9, le spectateur \u00e9prouve un certain plaisir \u00e0 voir ces corps recouvrir enti\u00e8rement les objets d\u2019un quotidien d\u00e9shabitu\u00e9 au contact charnel. Est-ce \u00e0 dire que la masse corporelle convoqu\u00e9e dans<em> 7 Pleasures<\/em> est toute enti\u00e8re orient\u00e9e vers la disparition, voire la destruction de notre mode de vie ? Non. Cette performance est empreinte d\u2019une sorte de douce violence, qui investit sans d\u00e9truire, occupe sans d\u00e9t\u00e9riorer, englobe sans engloutir. Il est triste de devoir pr\u00e9ciser que cet effort rel\u00e8ve aujourd\u2019hui de l\u2019exploit : l\u2019art contemporain a une f\u00e2cheuse tendance \u00e0 se proclamer contestataire sous pr\u00e9texte qu\u2019elle d\u00e9truit un ordre qu\u2019elle abhorre et se d\u00e9lecte des ruines qui en r\u00e9sultent. Faut-il rappeler que la po\u00e9sie est par d\u00e9finition cr\u00e9atrice ? La destruction \u00e9rig\u00e9e en \u0153uvre d\u2019art n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019un vulgaire art de la destruction, nomm\u00e9 assez justement<em> ruin porn<\/em> par les critiques les plus \u00e9clair\u00e9s \u2013 ou du moins, les moins hypnotis\u00e9s par ces actes de d\u00e9-cr\u00e9ation. <em>7 Pleasures<\/em> se d\u00e9tache donc de ce lot, puisqu\u2019il injecte un organisme vivant dans une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9sign\u00e9e comme \u00e9tant fig\u00e9e et mortif\u00e8re. Ce qui aurait pu \u00eatre un \u00e9ni\u00e8me acte contestataire pu\u00e9ril est en r\u00e9alit\u00e9 une v\u00e9ritable proposition politique n\u00e9e d\u2019un d\u00e9gagement po\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a une cerise sur le g\u00e2teau :<em> 7 Pleasures<\/em> prouve encore plus sa profonde intelligence en ne c\u00e9dant pas \u00e0 une uniformisation d\u00e9finitive des corps mis en sc\u00e8ne, laquelle participerait d\u00e8s lors \u00e0 la propagation d\u2019une action et pens\u00e9e uniques. Si les corps se rejoignent, s\u2019ils se d\u00e9placent ensemble vers un corps isol\u00e9 pour l\u2019inclure dans leur groupe, comme c\u2019est le cas durant la premi\u00e8re s\u00e9quence de la performance, pour autant, chaque \u00eatre demeure libre de sortir de cette masse afin de proposer sa propre action individuelle. Il n\u2019y a ainsi aucune id\u00e9ologie fascisante susceptible d\u2019impr\u00e9gner cette performance.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Simon G\u00e9rard<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Marc Coudrais<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | Centre Pompidou | En savoir plus 7 pleasures est repr\u00e9sent\u00e9 au Centre Pompidou \u00e0 Paris dans le cadre de la 44\u00e8me \u00e9dition du Festival d\u2019Automne. Le spectacle dure environ 1h30. C\u2019est une cr\u00e9ation de la chor\u00e9graphe danoise Mette Ingvarsten. 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