{"id":205,"date":"2015-11-25T20:30:36","date_gmt":"2015-11-25T19:30:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=205"},"modified":"2015-11-25T20:30:36","modified_gmt":"2015-11-25T19:30:36","slug":"fin-de-lhistoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=205","title":{"rendered":"Fin de l&rsquo;histoire"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national La Colline | <a href=\"http:\/\/www.colline.fr\/fr\/spectacle\/fin-de-lhistoire\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce<em> Fin de l&rsquo;histoire<\/em> le mercredi 25 novembre au th\u00e9\u00e2tre de la Colline.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fil conducteur de la pi\u00e8ce est la figure traditionnelle du po\u00e8te incompris qui est incarn\u00e9 par un jeune aristocrate d\u00e9sabus\u00e9. Ce po\u00e8te souhaite intervenir dans le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e9nements politiques en cours en Pologne, en 1939. L&rsquo;occasion lui est donn\u00e9e mais cela n&rsquo;a aucune incidence. Les ambitions humaines l&#8217;emportent au d\u00e9triment de la raison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce est bien interpr\u00e9t\u00e9e par les acteurs qui passent habilement de leurs personnages originels aux figures philosophiques et historiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9roul\u00e9 de la pi\u00e8ce est bien rythm\u00e9. Les propos sont par moment ponctu\u00e9s de r\u00e9f\u00e9rences musicales actuelles (Queen, Cabrel&#8230;), et de petites pointes d&rsquo;humour permettant de dynamiser l&rsquo;ensemble. Ce qui est fort souhaitable puisque la pi\u00e8ce dure 2h40min. Toutefois malgr\u00e9 l&rsquo;excellent travail d&rsquo;\u00e9criture, les propos sont par moment un peu longs et ont pour cons\u00e9quence de perdre le spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce entrem\u00eale la sph\u00e8re priv\u00e9e du po\u00e8te \u00e0 l&rsquo;histoire internationale et interroge sur l&rsquo;implication des hommes dans ce d\u00e9roulement. Le propos est ponctu\u00e9 de r\u00e9flexions philosophiques traitant de la fin de l&rsquo;histoire. Malheureusement, le spectateur sait par avance de quelle mani\u00e8re s&rsquo;ach\u00e8ve la pi\u00e8ce, l&rsquo;histoire de m\u00eame les personnages ont d\u00e9j\u00e0 compris ce qui se trame. La fin, m\u00eame si elle est \u00e9vidente, surprend le spectateur qui ne pense pas assister dans un th\u00e9\u00e2tre \u00e0 une telle manifestation de la guerre (fum\u00e9e, cendres&#8230;). De la terre tombe litt\u00e9ralement sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Armelle Jammet<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">A travers cette pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, Christophe Honor\u00e9 nous plonge dans la Pologne de 1939, aux pr\u00e9mices de la guerre. La pi\u00e8ce d\u00e9bute dans une gare o\u00f9 le jeune Witold attend un train en compagnie de sa famille pour partir loin de son pays qui se pr\u00e9pare au pire\u2026 Et l\u2019on attend. L\u2019horloge de la gare repr\u00e9sent\u00e9e sur la sc\u00e8ne est statique, comme l\u2019ensemble de la repr\u00e9sentation durant laquelle il ne se passe rien. Ou du moins, rien de ce qui a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 initialement. L\u00e0, on aimerait que cette horloge se mette \u00e0 fonctionner pour nous indiquer le temps restant \u00e0 subir ce supplice\u00a0: 02H45 sans l\u2019ombre de l\u2019intrigue avanc\u00e9e semble plus long que l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors voil\u00e0, on se retrouve devant un jeune homme et sa famille dans une gare (qui parfois n\u2019en est pas une et prend la forme d\u2019un lieu que nous ne comprenons pas) et l\u2019on attend en m\u00eame temps qu\u2019eux. La repr\u00e9sentation prend la forme d\u2019un spectacle de cirque, ou d\u2019une pi\u00e8ce de Vaudeville mal men\u00e9e et plus que vulgaire qui ne sert en rien l\u2019histoire\u2026 s\u2019il y en avait une. Ainsi, on assiste \u00e0 une multitude de tableaux tous aussi absurdes les uns les autres, qui nous \u00e9loignent du sujet et, qui plus est, ne provoquent pas le moindre sourire\u00a0: danses \u00e0 la queue-leu-leu, insultes \u00e0 la cha\u00eene, d\u00e9nudations inopin\u00e9es, hurlements hyst\u00e9riques\u2026 Le tout sans raisons ou justifications apparentes. Est-ce fou\u00a0? Oui. Mais une folie exacerb\u00e9e ni dr\u00f4le ni pertinente. On se croirait \u00e0 un mariage ou un \u00ab\u00a0pot-de-d\u00e9part\u00a0\u00bb, \u00e0 la seule diff\u00e9rence qu\u2019ici on ne rit pas\u00a0: on s\u2019interroge, on essaie de comprendre et l\u2019on regarde son coll\u00e8gue d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 en se demandant \u00ab\u00a0Pourquoi\u00a0?\u00a0\u00bb. Tout cela sans compter sur les nombreux anachronismes qui prennent places, n\u2019ont aucuns sens ou int\u00e9r\u00eats quelconques, et suscitent d\u2019autant plus notre incompr\u00e9hension grandissante. Oui, parce qu\u2019 en 1939 on chante du Freddy Mercury en c\u0153ur,\u00a0on se prom\u00e8ne en polo ray\u00e9 <em>Lacoste<\/em> et l\u2019on \u00e9voque le dernier titre d\u2019une chanteuse \u00e0 la mode\u2026 \u00c7a tombe sous le sens, bien s\u00fbr.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On assiste parfois \u00e0 des monologues \u00e9crits avec finesse, interpr\u00e9t\u00e9s avec \u00e9motions qui sont criant de v\u00e9rit\u00e9s et d\u2019une grande po\u00e9sie\u2026 mais ne sont que des extraits d\u2019un tout autre auteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 la mise en sc\u00e8ne, Christophe honor\u00e9 nous pr\u00e9sente un cadre esth\u00e9tique bien que simple et s\u2019ose \u00e0 la modernit\u00e9 en faisant, parfois, prendre la parole aux protagonistes avec des micros pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne tout au long de la pi\u00e8ce. Et l\u00e0, encore, on se demande \u00ab\u00a0Pourquoi\u00a0?\u00a0\u00bb, on en cherche l\u2019int\u00e9r\u00eat, ou en quoi \u00e7a sert la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Que Dieu nous pardonne\u00a0!\u00a0\u00bb s\u2019exclame la jeune s\u0153ur de Witold. Oui\u00a0! Que Dieu nous pardonne d\u2019avoir assist\u00e9 \u00e0 \u00e7a. Quittons au plus vite cette gare dans laquelle nous attendons depuis bien trop longtemps sans m\u00eame savoir pourquoi et mettons fin \u00e0 l\u2019histoire\u2026 ou \u00e0 cette histoire sans fin.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Julien Lecroart<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Witold Gombrowicz, auteur polonais, a produit une \u0153uvre litt\u00e9raire et philosophique f\u00e9conde. La Seconde Guerre mondiale transformera profond\u00e9ment son existence\u00a0: \u00e0 la veille de l&rsquo;invasion de la Pologne, il fait un s\u00e9jour en Argentine, et ne quittera l&rsquo;Am\u00e9rique latine que bien des ann\u00e9es plus tard. C&rsquo;est sur cette date charni\u00e8re, le mois de septembre 1938, que commence la pi\u00e8ce, long voyage de deux heures quarante cinq minutes dans les m\u00e9andres des diff\u00e9rents \u00e9crits de Gombrowicz que Christophe Honor\u00e9 a ici tent\u00e9 de rassembler, dans une pi\u00e8ce titanesque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La gare de Varsovie \u2013 d\u00e9cor grandiose \u2013 servira de cadre aux d\u00e9ambulations, danses, glissades du jeune Witold (Erwan Ha Kyoon Larcher) au centre de plusieurs protagonistes, incarn\u00e9s par les m\u00eames acteurs. Les r\u00f4les sont tous triples\u00a0: \u00e0 la famille succ\u00e9deront les philosophes et les dirigeants des nations europ\u00e9ennes r\u00e9glant trivialement, comme \u00e0 un jeu de soci\u00e9t\u00e9, la question de la guerre. C&rsquo;est donc bien trois facettes de Gombrowicz que Honor\u00e9 s&rsquo;essaye de faire tenir ensemble sur la sc\u00e8ne\u00a0: le jeune enfant terrible de la litt\u00e9rature polonaise, va nu-pieds, lascif et amoureux, l&rsquo;existentialiste, plac\u00e9 devant l&rsquo;Histoire, et le po\u00e8te, faible devant l&rsquo;\u00e9crasante puissance des nations dirig\u00e9es \u00e0 la baguette par un(e) Staline (Marl\u00e8ne Saldana) ivre et d\u00e9termin\u00e9e. Les th\u00e8mes chers \u00e0 Gombrowicz sont d\u00e9clin\u00e9s\u00a0: la cruaut\u00e9, l\u2019immaturit\u00e9, l\u2019irresponsabilit\u00e9, l\u2019homosexualit\u00e9, la\u00a0fascination pour l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9, la m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de la forme et des id\u00e9ologies sont travaill\u00e9es dans des sc\u00e8nes souvent hilarantes. Cette cr\u00e9ation de Honor\u00e9 prend largement ses libert\u00e9s par rapport au personnage r\u00e9el de l&rsquo;auteur, parfois confondu avec certains de ses propres personnages dans ses \u0153uvres, notamment<em> L&rsquo;Histoire (op\u00e9rette)<\/em>. Cr\u00e9ation personnelle, donc, qui a toutefois le m\u00e9rite de mettre en sc\u00e8ne, avec la m\u00eame l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, malice, teint\u00e9 de grivoiserie, que Gombrowicz lui-m\u00eame, des <em>clefs<\/em> pour entrer dans l\u2019\u0153uvre de l&rsquo;\u00e9crivain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jubilatoire est la quantit\u00e9 d&rsquo;\u00e9nergie qui est mobilis\u00e9e sur sc\u00e8ne. Les acteurs tombent, crient, hurlent, chantent, jouent, circulent gravement, boivent, fument, chantent \u00e0 nouveau, pleurent, murmurent. Il n&rsquo;est pas laiss\u00e9 un moment de r\u00e9pit au spectateur, y compris durant la \u00ab\u00a0pause philosophique\u00a0\u00bb, o\u00f9 les pens\u00e9es de Marx, de Hegel, de Derrida, mais aussi de Fukuyama (que Gombrowicz ne pouvait pourtant pas pr\u00e9voir) sont mises en rivalit\u00e9 comme sur un ring, fusent, sont martel\u00e9es, r\u00e9sum\u00e9es mais non simplifi\u00e9es. C&rsquo;est que <em>Fin de l&rsquo;Histoire<\/em> semble toujours repousser sa propre fin\u00a0: le d\u00e9cor s&rsquo;adaptera pour servir encore \u00e0 autre chose (pourquoi pas \u00ab\u00a0Yalta 39\u00a0\u00bb, en pleine URSS?), les personnages deviendront toujours d&rsquo;autres personnages &#8211; tout semble ajourn\u00e9, tourn\u00e9 en d\u00e9rision pour relancer la grande machine de l&rsquo;Histoire. Les r\u00e9flexions sublimes de Gombrowicz, qui \u00e9maillent le spectacle, \u00e9mergent alors sur fond de grotesque, de parodie, de com\u00e9die jaune et d\u00e9rangeante car au fond, c&rsquo;est bien de la Shoah, de la vacuit\u00e9 de l&rsquo;Homme, de la friabilit\u00e9 de nos syst\u00e8mes et de l&rsquo;\u00e9chec de notre pens\u00e9e qu&rsquo;il est question. Honor\u00e9 et sa troupe d&rsquo;acteurs, inclassables et remarquables, un spectacle vivant, g\u00e9n\u00e9reux, intelligent et \u00e9lectrique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Louis Tisserand<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la fin, le rire <em>Fin de l\u2019histoire<\/em> du cin\u00e9aste et metteur en sc\u00e8ne Christophe Honor\u00e9 s\u2019inspire aux \u00e9crits de Witold Gombrowicz pour interroger le rapport \u00e0 l\u2019Histoire. Une fin exalt\u00e9e, insens\u00e9e o\u00f9 fiction et r\u00e9cit documentaire se m\u00ealent pour ne laisser derri\u00e8re qu\u2019un (fou) rire. Tout commence en 1939 dans la gare de Varsovie. Le jeune Witold Gombrowicz \u2013interpr\u00e9t\u00e9 par le merveilleux Erwan Ha Kyoon Larcher \u2013 doit partir pour l\u2019Argentine. Sa famille l\u2019accompagne, sa m\u00e8re \u2013Annier Mercier \u2013 s\u2019est tromp\u00e9e d\u2019heure, ils vont devoir attendre longtemps. Une gare, l\u2019\u00e9ternel d\u00e9part vers un autre espoir, c\u2019est aussi la promesse d\u2019une nouvelle histoire. Dans ce lieu coup\u00e9 du temps, cette famille essaiera d\u2019\u00e9changer le cours du temps. Chacun appr\u00e9hende le monde. Et l\u2019histoire de fa\u00e7on diff\u00e9rente. Ils auront trois temps pour l\u2019exprimer. Des \u00e2mes errantes rencontr\u00e9es en chemin prendront part \u00e0 l\u2019histoire. Le spectacle \u00e9volue sous trois formes : la famille, la politique et pour finir la philosophie. Witold sera le fil rouge de cette fin, les autres personnages deviendront Mussolini et Fukuyama pour le p\u00e8re \u2013 Jean-Charles Clichet \u2013 Jacques Derrida et Edouard Daladier pour la m\u00e8re. Les deux fr\u00e8res et la s\u0153ur de Witold camperont les r\u00f4les de Staline, Hitler et Chamberlain pour apr\u00e8s devenir Hegel, Karl Marx et Kojeve. Witol aimerait changer le cours de cette histoire, de chacune de ces p\u00e9riodes marquantes qui ont laiss\u00e9es derri\u00e8re elles l\u2019horreur. Mais rien ne doit bouger car m\u00eame dans les pires moments de notre histoire, l\u2019horreur laisse place \u00e0 l\u2019inspiration et \u00e0 la gr\u00e2ce. Nous avons eu la Shoah, elle nous a donn\u00e9 Primo Levi, des r\u00e9ponses l\u00e9g\u00e8res certes mais qui illustrent l\u2019optimisme de cette pi\u00e8ce. Witold voudrait \u00ab atteindre le lieu o\u00f9 se cr\u00e9e l\u2019Histoire \u00bb, ce lieu est le pr\u00e9sent et il faut accepter les traces de nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs avec tout ce qu\u2019elles ont de terrible. Witold ne l\u2019accepte pas, il peindra sur les murs de la gare \u00ab Pleurer sur nos espoirs d\u00e9truits \u00bb. La jeunesse ne sait plus o\u00f9 est la place dans ce monde qui va mal. Comment vivre dans un monde qui continue de se g\u00e2cher? Cette interrogation terriblement actuelle, laisse les spectateurs sans r\u00e9ponse. Le Th\u00e9\u00e2tre apporte une r\u00e9ponse, cette pi\u00e8ce propose la r\u00e9invention et l\u2019espoir. Un espoir parfois fou et incongru. A la fin, il y a le rire des spectateurs. Certains seront partis en route mais qu\u2019importe, ici, le th\u00e9\u00e2tre est os\u00e9, la sc\u00e9nographie d\u2019Alban Ho Van somptueuse, les acteurs incroyablement justes. Alors oui, prenons nous au jeu de cette folie : celle de rire de l\u2019histoire.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marion Crubezy<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est partag\u00e9e que je suis sortie de <em>Fin de l&rsquo;Histoire<\/em>, ce mercredi 25 novembre. De toute \u00e9vidence, Christophe Honor\u00e9 propose un spectacle de qualit\u00e9, dans lequel la r\u00e9flexion sur la conception de l&rsquo;Histoire est mise \u00e0 l&rsquo;honneur. Toutefois, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 parfois mal \u00e0 l&rsquo;aise face \u00e0 ses choix d&rsquo;utilisation et de mise en sc\u00e8ne de la violence. Le spectateur comprend bien que c&rsquo;est une fa\u00e7on de choquer celui qui regarde, de le mettre mal \u00e0 l&rsquo;aise et de le sortir de son \u00e9tat confortable de r\u00e9cepteur. Mais l&rsquo;on peut se demander jusqu&rsquo;o\u00f9 la violence sert la repr\u00e9sentation. Est-il n\u00e9cessaire d&rsquo;assister \u00e0 des sc\u00e8nes d&rsquo;humiliation corporelle, comme la tentative de viol, ou d&rsquo;humiliation verbale, comme la r\u00e9p\u00e9tition de danse forc\u00e9e de Rena sur son petit fr\u00e8re Witold\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est une sorte de farce que propose Christophe Honor\u00e9, entre rire gras et tragique du contexte historique de la Second Guerre Mondiale. Sont li\u00e9es \u00e0 la fois l&rsquo;intime d&rsquo;une famille, qui est venue six heures en avance \u00e0 la gare pour accompagner le plus jeune avant son d\u00e9part pour l&rsquo;Argentine, et le g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;un monde, \u00e0 la veille de la Seconde Guerre Mondiale. L&rsquo;on peut parfois interroger le rapport entre les deux \u00e9chelles de repr\u00e9sentation, mais le tout fonctionne plut\u00f4t bien puisque c&rsquo;est bien le jeune Witold, futur grand \u00e9crivain, qui fait le lien entre cette famille particuli\u00e8re et la r\u00e9flexion sur l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, que l&rsquo;on ait appr\u00e9ci\u00e9 ou non le spectacle, on ne peut qu&rsquo;applaudir la performance des huit acteurs. Durant pr\u00e8s de 3h, chacun d&rsquo;entre eux se d\u00e9m\u00e8ne sur sc\u00e8ne, ayant, \u00e0 tour de r\u00f4le, une partie difficile \u00e0 jouer, qui m\u00eale \u00e9motion et r\u00e9flexion. Notons deux moments d&rsquo;anthologie\u00a0: le dialogue entre les diff\u00e9rents philosophes (Hegel, Derrida, Fukuyama, Marx&#8230;) pr\u00e9cis\u00e9ment autour de cette notion de \u00ab\u00a0fin de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb et la recr\u00e9ation d&rsquo;une conf\u00e9rence de Munich bis o\u00f9 Hitler, Staline, Mussolini, Daladier, survolt\u00e9s, se partagent le monde entre eux.<br \/>\nLa sc\u00e8ne elle-m\u00eame, aux dimensions imposantes, est extr\u00eamement riche. Chaque objet compte et l&rsquo;appropriation qu&rsquo;en font les com\u00e9diens est remarquable. Tout y devient symbolique\u00a0: les mots peints, en direct, par Witold \u00e0 la peinture blanche, les bancs de la gare transform\u00e9s en bancs de conf\u00e9rence, l&rsquo;utilisation des micros pour diff\u00e9rencier l&rsquo;importance de la parole (mais \u00e9galement montrer physiquement ce qu&rsquo;est une \u00ab\u00a0prise\u00a0\u00bb de parole), enfin le plus important peut-\u00eatre aux yeux du spectateur, l&rsquo;horloge qui d\u00e9compte le temps de la repr\u00e9sentation \u00e0 la minute pr\u00e8s et qui symbolise \u00e0 la fois le temps de l&rsquo;histoire et le temps v\u00e9cu par chacun dans la salle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marion Rosset<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s <em>Nouveau roman<\/em>, derni\u00e8re cr\u00e9ation tr\u00e8s remarqu\u00e9e de Christophe Honor\u00e9 \u00e0 la Colline, \u00ab Fin de l\u2019histoire \u00bb, nouveau spectacle hors-normes, impur, fascinant, est \u00e0 coup s\u00fbr un coup de ma\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien s\u00fbr, ce p\u00e9riple, cette pi\u00e8ce-fleuve qui emporte le spectateur durant trois heures souffre de quelques d\u00e9fauts qui sont presque le revers de ses qualit\u00e9s : une action prolif\u00e9rante, qui ne conna\u00eet presque aucun moment de pause, et qui d\u00e9borde \u00e0 l\u2019occasion du spectateur le plus attentif ; un tohu-bohu de voix entrem\u00eal\u00e9es, de dispositifs sc\u00e9niques pl\u00e9thoriques et sans cesse mouvants qui rendent la lecture du spectacle parfois difficile (peinture, tapis, vitres de couleur en fond de plateau, etc.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut rappeler que Christophe Honor\u00e9 reprend librement la trame d\u2019une pi\u00e8ce achev\u00e9e du polonais Witold Gombrowicz, <em>l\u2019Histoire<\/em>, qu\u2019il agr\u00e9mente largement du journal du m\u00eame, et de son essai \u00ab Contre les po\u00e8tes \u00bb, et en place l\u2019action au moment o\u00f9 l\u2019histoire bascule dans le chaos le plus profond. Le jeune Witold s\u2019appr\u00eate \u00e0 entamer son voyage vers l\u2019Argentine, o\u00f9 il est invit\u00e9 suite \u00e0 la publication d\u2019un livre. Lui, l\u2019artiste de la famille, le cr\u00e9ateur qui d\u00e9nigre le monde des po\u00e8tes, ridiculement disproportionn\u00e9 et coup\u00e9 de tout ancrage r\u00e9el, lui qui veut rencontrer le lieu o\u00f9 se cr\u00e9e l\u2019Histoire dont il sent qu\u2019elle atteint tragiquement un point de non-retour, par une malice tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9e du metteur en sc\u00e8ne, appara\u00eet dans une premi\u00e8re sc\u00e8ne, devant la gare de Varsovie. Sc\u00e8ne franchement comique, qui met en sc\u00e8ne une famille, non pas Groseille mais \u00ab Gombro \u00bb, mais dans la crudit\u00e9 de ses tendresses, de ses railleries famili\u00e8res, de ses rapports de confiance et d\u2019autorit\u00e9 sans le moindre chichi : comment passer neuf heures sans s\u2019engueuler parce que \u00ab Maman \u00bb a mal lu l\u2019heure sur les billets ? Quelle surprise que cette bonne tranche de rire pour qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 explorer la fin de l\u2019Histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Honor\u00e9 se retrousse les manches et accomplit un pari fou : faire dialoguer la petite histoire avec la grande, la douceur, les go\u00fbts et les accrochages familiaux avec la lutte acharn\u00e9e et sournoise des grands faiseurs de l\u2019Histoire, l\u2019amour d\u2019un couple sauvage avec l\u2019ardeur de la grande r\u00e9volution prol\u00e9tarienne qui fait vibrer le c\u0153ur de l\u2019amoureuse de Witold, Krysia, l\u2019analyse philosophique de la meilleur tenue, etc.<br \/>\nTr\u00e8s dense, peut-\u00eatre trop, mais manifestant un souci permanent de faire dialoguer les registres, et se succ\u00e9der des sc\u00e8nes intimes et la mise en sc\u00e8ne finale du cataclysme. Christophe Honor\u00e9 a d\u2019ailleurs fait le choix d\u2019une panoplie d\u2019acteurs extr\u00eamement talentueux, \u00e0 l\u2019aise dans les moments de rigolade d\u00e9brid\u00e9e comme dans les plus vifs affrontements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019immense avantage dont jouit cette pi\u00e8ce-fleuve est la plasticit\u00e9 de d\u00e9cors telle que l\u2019action se d\u00e9roule fatalement \u00e0 diff\u00e9rents niveaux : quoi qu\u2019il arrive au c\u0153ur de la sc\u00e8ne, la famille, la nation, l\u2019Histoire derri\u00e8re ces vitres, p\u00e8sent sur chacun des personnages qui, tour \u00e0 tour fr\u00e8re, p\u00e8re, ou m\u00e8re, r\u00e9serv\u00e9 ou exub\u00e9rant, grand ponte philosophique, est implacablement mis \u00e0 nu, confront\u00e9 \u00e0 son histoire, qui ne fait qu\u2019une avec le cours n\u00e9cessaire de l\u2019Histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cr\u00e9er, mais de mani\u00e8re d\u2019autant plus id\u00e9ale qu\u2019elle touche \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et s\u2019abreuve \u00e0 une source impure. Ce spectacle est une grande fresque mentale et fondamentalement d\u00e9sordonn\u00e9e \u2013 au moment o\u00f9 toutes les histoires, tous les d\u00e9sirs et tous les d\u00e9lires se t\u00e9lescopent, o\u00f9 Francis Cabrel, Queen et les chansons \u00e0 boire font terriblement sens, un sens vertigineux.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Martin Chevallier<\/h6>\n<pre class=\"scene\" style=\"text-align: justify;\">Photo : Jean-Louis Fernandez<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national La Colline | En savoir plus J&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce Fin de l&rsquo;histoire le mercredi 25 novembre au th\u00e9\u00e2tre de la Colline. 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