{"id":207,"date":"2015-12-02T20:30:32","date_gmt":"2015-12-02T19:30:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=207"},"modified":"2015-12-02T20:30:32","modified_gmt":"2015-12-02T19:30:32","slug":"gala","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=207","title":{"rendered":"Gala"},"content":{"rendered":"<p>Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Ville | <a href=\"http:\/\/www.theatredelaville-paris.com\/spectacle-jeromebelgala-955\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2015 J\u00e9r\u00f4me BEL signe un nouveau spectacle, apr\u00e8s <em>Disabled Theater <\/em>: <em>Gala<\/em> au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville. Il d\u00e9cide de mettre sur sc\u00e8ne au m\u00eame titre que des professionnels, des amateurs de danse. C\u2019est ainsi que la magie s\u2019op\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout commence par un diaporama de cinq minutes sur diff\u00e9rentes sc\u00e8nes. Tant\u00f4t des sc\u00e8nes de grands th\u00e9\u00e2tres, imposantes et officielles, tant\u00f4t des cr\u00e9ations de sc\u00e8nes sur un terrain vague avec quelques. Le monde devient alors un th\u00e9\u00e2tre, le spectacle auquel on assiste sur la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre de la Ville peut aussi bien se produire dans le quotidien ou sur des sc\u00e8nes amateurs. Ce n\u2019est pas la sc\u00e8ne qui fait le spectacle mais son contenu et l\u2019interaction entre un public et des artistes. Ici, les artistes, amateurs et professionnels ont un objectif pr\u00e9cis : partager avec nous l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une activit\u00e9 qu\u2019ils aiment et qui leur procure du plaisir. C\u2019est moins la chor\u00e9graphie que la passion et la sinc\u00e9rit\u00e9 avec laquelle elle est effectu\u00e9e qui nous touche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle se d\u00e9roule en deux parties. Les danseurs commencent par effectuer, un par un, un exercice de danse : la pirouette, le saut, la valse puis le salut. Chacun fait son pas du mieux qu\u2019il puisse, de fa\u00e7on sinc\u00e8re et appliqu\u00e9e quand bien m\u00eame il ne serait pas parfaitement ex\u00e9cut\u00e9. Les accoutrements sont souvent ridicules, et les danseurs jouent avec ce d\u00e9calage. D\u2019une telle mani\u00e8re que se substitue \u00e0 la tentation du rire moqueur ou de l\u2019offuscation, une complicit\u00e9 \u00e9mouvante et dr\u00f4le entre le public et les artistes. Puis arrive la seconde partie, beaucoup plus personnelle introduite par une s\u00e9ance de \u00ab trois minutes d\u2019improvisation, en silence, tous \u00bb. Les danseurs dispos\u00e9s sur la sc\u00e8ne se laissent aller aux gestes qui leurs plaisent et nous offre une image \u00e9clectique dans laquelle le spectateur peut lui-m\u00eame se retrouver. Enfin les danseurs s\u2019illustrent dans diff\u00e9rents num\u00e9ros personnalis\u00e9s, tel que le pas de Mickael Jackson, un solo, un chant de Dalida. C\u2019est une \u00e9volution partant de la danse classique conventionnel \u00e0 l\u2019expression personnelle de celle-ci : chaque danseur effectue sa chor\u00e9graphie sur du hard rock, du classique ou de la pop, et la compagnie suit. Ils partagent entre eux autant qu\u2019ils partagent avec le public et cr\u00e9ent ainsi un lien fort au sein du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La danse, ici, appara\u00eet donc comme une exp\u00e9rience personnelle ouverte \u00e0 tous, qui r\u00e9v\u00e8le \u00e0 soi-m\u00eame et aux autres, ses faiblesses comme ses forces. Le spectateur s\u2019impr\u00e8gne plus du plaisir qui \u00e9mane de la danse que de son esth\u00e9tisme. <em>Gala<\/em> est un spectacle qui fait du bien du fait de sa spontan\u00e9it\u00e9 et sa sinc\u00e9rit\u00e9 qui red\u00e9finit les dogmes de la danse sur sc\u00e8ne et qui permet au public de s\u2019en d\u00e9tacher. Ce spectacle nous appara\u00eet comme une r\u00e9alisation artistique et psychologique qui rappelle nous que l\u2019art, pratiqu\u00e9 \u00e0 n\u2019importe quel niveau mais avec amour nous permet de nous r\u00e9v\u00e9ler et nous \u00e9lever, et finalement, nous \u00e9meut.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Clotilde Parlos<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Gala<\/em> selon le dictionnaire du Larousse est un spectacle exceptionnel donn\u00e9 au profit d\u2019une \u0153uvre ou en hommage \u00e0 quelqu\u2019un.<br \/>\nDans ce spectacle les acteurs rendent hommage \u00e0 la danse, sous toutes ses formes. De l\u2019exceptionnel, <em>Gala<\/em> en est impr\u00e9gn\u00e9 de par ses costumes, son r\u00e9pertoire musical, sa mise en sc\u00e8ne, ses supports d\u2019expressions\u2026 autant d\u2019\u00e9l\u00e9ment qui font de ce spectacle un \u00e9v\u00e9nement unique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle s\u2019ouvre sur un long diaporama (8 min environ). Des lieux de repr\u00e9sentations d\u00e9filent sous nos yeux, \u00e0 travers diff\u00e9rents pays, de la plus belle salle d\u2019op\u00e9ra \u00e0 l\u2019estrade du march\u00e9, du spectacle de marionnette au majestueux ballet.<br \/>\nCes huit minutes, interminables, exasp\u00e9rantes pour le spectateur en disent pourtant long sur ce spectacle qui utilise la diversit\u00e9 pour cr\u00e9er une harmonie parfaite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis sur une sc\u00e8ne vide, avec pour seul d\u00e9cor un panneau indiquant la danse qui va suivre (ballet, valse, <em>moonwalk<\/em>\u2026), d\u00e9filent les danseurs, un \u00e0 un, m\u00ealant les styles vestimentaires, les \u00e2ges ou encore les modes d\u2019expressions. Ces prestations individuelles font rires, touchent, nous renvoient \u00e0 notre propre expression corporelle et notre amour pour la danse. Que les danseurs soient brillants ou qu\u2019ils tentent maladroitement de r\u00e9aliser des figures c\u00e9l\u00e8bres de la danse, une v\u00e9ritable complicit\u00e9 se cr\u00e9e avec les spectateurs. Et c\u2019est dans cette joyeuse atmosph\u00e8re que les danseurs se retrouvent ensemble sur sc\u00e8ne pour la deuxi\u00e8me partie du spectacle. Ils ont \u00e9chang\u00e9s leur costume, et tentent de suivre les pas d\u2019un des acteurs sur des musiques \u00e0 la fois vari\u00e9es et entra\u00eenantes.<\/p>\n<p>Dans ce spectacle authentique, attachant et humain, J\u00e9r\u00f4me Bel nous propose une r\u00e9flexion sur les codes de repr\u00e9sentations traditionnels : qui peut monter sur sc\u00e8ne ? L\u2019amour de l\u2019art et la volont\u00e9 de le communiquer ne sont-ils pas suffisant ? Si l\u2019art, et en particulier la musique et la danse, se d\u00e9cline sous des formes multiples, n\u2019en demeure-t-il pas moins source d\u2019unit\u00e9 et un mode d\u2019expression id\u00e9al ?<br \/>\nQuoiqu\u2019il en soit la danse doit \u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9e et f\u00eat\u00e9e, ce que le metteur en sc\u00e8ne nous invite \u00e0 faire avec brio au cours ce spectacle !<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Fabiola Le Tournoulx<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Alors que le rideau s\u2019abaisse soudain sur sc\u00e8ne, je reste saisie de col\u00e8re, muette au milieu des applaudissements d\u00e9cha\u00een\u00e9s de la salle du Th\u00e9\u00e2tre de la ville, pleine \u00e0 craquer. Rarement un spectacle ne m\u2019a autant afflig\u00e9e\u2026 Gala n&rsquo;est qu&rsquo;une succession de tableaux th\u00e9matiques, fruit d\u2019ateliers de danse men\u00e9s par des amateurs en Seine-Saint-Denis et le chor\u00e9graphe J\u00e9r\u00f4me Bel, dans un optique humaniste et universalisant. Et pourtant, au cours de cette longue heure, je n\u2019ai ressenti qu\u2019un profond malaise teint\u00e9 de piti\u00e9 pour cette vingtaine de danseurs amateurs et professionnels, coinc\u00e9s dans les engrenages grin\u00e7ants d\u2019un spectacle malsain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premi\u00e8re sc\u00e8ne : les corps se succ\u00e8dent, s\u2019\u00e9lancent maladroitement un \u00e0 un, s\u2019effor\u00e7ant avec difficult\u00e9s, d\u2019imiter entrechats, sauts, saluts. On retrouve des jeunes enfants, hommes, femmes, handicap\u00e9s, personnes transgenres, \u00e2g\u00e9es ou en surpoids, et puis, une poign\u00e9e de danseurs professionnels. \u00ab Ballet \u00bb, \u00ab Valse \u00bb, \u00ab Micka\u00ebl Jackson \u00bb, tout au long de ces diff\u00e9rents tableaux, le spectacle se r\u00e9sumera \u00e0 la mise en sc\u00e8ne des difficult\u00e9s de ces corps bruts. Mouvements inachev\u00e9s, pr\u00e9cipitations, chutes, et cela jusqu\u2019au tomber du rideau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je voudrais dire \u00e0 M. J\u00e9r\u00f4me Bel que le travail d&rsquo;amateur n\u2019a rien \u00e0 voir avec la m\u00e9diocrit\u00e9, mais avec l\u2019envie, le plaisir, l\u2019enjeu du surpassement de soi. Ai-je vu de la joie sur les visages ferm\u00e9s, timor\u00e9s, de ces hommes et femmes \u00e0 qui l\u2019on demande ce qu\u2019ils ne savent pas faire, et cela, sur une sc\u00e8ne, devant des centaines de spectateurs qui ne parviennent pas \u00e0 retenir leurs \u00e9clats de rire : les deux femmes \u00e2g\u00e9es ne peuvent se baisser ou se mettre au sol, encore moins sauter, un petit gar\u00e7on se prend un b\u00e2ton de majorette dans l\u2019\u0153il et se met \u00e0 pleurer\u2026 Cette situation est belle et bien ridicule, et ils en sont conscients. Sourires g\u00ean\u00e9s. Le chor\u00e9graphe pr\u00e9tend int\u00e9grer des corps qui sont d\u2019ordinaire rejet\u00e9s dans le monde de la danse. Or, il me semble qu\u2019au contraire, avec beaucoup de cynisme, il a refus\u00e9 d\u2019approfondir le moindre travail chor\u00e9graphique, comme pour mieux mettre en \u00e9vidence les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par ces corps. De la m\u00eame fa\u00e7on, la pr\u00e9sence de rares danseurs professionnels au sein du groupe souligne encore davantage cette maladresse, car, contrairement aux dires de J\u00e9r\u00f4me Bel, la comparaison s\u2019impose, et au d\u00e9triment des amateurs, bien s\u00fbr.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, pense-t-il v\u00e9ritablement \u00eatre r\u00e9volutionnaire en convoquant sur sc\u00e8ne des \u00e9bauches maladroites et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es de danses populaires ? Peut-\u00eatre ce chor\u00e9graphe a-t-il rat\u00e9 quelques dizaines d\u2019ann\u00e9es de revalorisation de danses traditionnelles ou populaires. Loin d\u2019\u00eatre novateur, J\u00e9r\u00f4me Bel est la triste incarnation d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration de chor\u00e9graphes tourn\u00e9s vers le pass\u00e9, malgr\u00e9 ses revendications avant-gardistes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lili Aymonino<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec <em>Gala<\/em>, pi\u00e8ce cr\u00e9\u00e9e pour le Festival d\u2019Automne \u00e0 Paris en 2015, J\u00e9r\u00f4me Bel questionne notre conception de la danse et du spectacle en g\u00e9n\u00e9ral. Il y fait danser une troupe de danseurs amateurs ou professionnels de tout \u00e2ge et surprend les attentes du public, habitu\u00e9 \u00e0 la danse plus institutionnelle du Th\u00e9\u00e2tre de la Ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle est divis\u00e9 en plusieurs sections : \u00ab ballet \u00bb, \u00ab salut \u00bb, \u00ab Michael Jackson \u00bb et \u00ab compagnie compagnie \u00bb, parmi les plus marquantes. Dans chacune de ces sections, comme leur nom l\u2019indique, chaque danseur nous pr\u00e9sente sa version du \u00ab ballet \u00bb classique ou bien du \u00ab moonwalk \u00bb de Michael Jackson. Les danseurs d\u00e9filent ainsi un \u00e0 un sur la sc\u00e8ne vide avec une musique en continue, et effectuent leur mouvement tir\u00e9 de la danse classique. Ici on perd toute hi\u00e9rarchie entre danseurs professionnels et amateurs, que Bel contraint au m\u00eame espace, \u00e0 la m\u00eame musique et la m\u00eame dur\u00e9e. Si l\u2019on est \u00e9bahi par la gr\u00e2ce des danseurs classiques, on est \u00e9galement fascin\u00e9 par l\u2019enthousiasme des amateurs ou bien touch\u00e9 par leurs maladresses. Car en effet, on est parfois g\u00ean\u00e9s par leur fragilit\u00e9. Ils ne ma\u00eetrisent pas tous les codes de la danse institutionnelle et nous forcent ainsi \u00e0 d\u00e9shabituer notre regard. En effet, parmi les danseurs se trouve une femme handicap\u00e9e, qui danse depuis son fauteuil roulant, imitant les pirouettes et les sauts de ses compagnons. Si on se trouve g\u00ean\u00e9 au d\u00e9but par ce d\u00e9calage, on est \u00e9galement profond\u00e9ment touch\u00e9 par sa gr\u00e2ce fragile. Cette g\u00eane ressentie par le public se transforme donc vite en exaltation. On se r\u00e9jouit avec les danseurs de leur plaisir \u00e0 \u00eatre sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la section \u00ab compagnie compagnie \u00bb, chaque danseur se place devant le groupe et pr\u00e9sente sa propre chor\u00e9graphie, que tous les autres suivent tant bien que mal. Ici chaque danseur a la libert\u00e9 de pr\u00e9senter son propre univers : un hard rock d\u00e9coiffant, un zouk sensuel, un <em>lip synch<\/em> endiabl\u00e9 ou encore une danse sautillante. Ici Bel nous offre la possibilit\u00e9 d\u2019entrer dans l\u2019univers du danseur, comme le font ses compagnons. Il souligne la multiplicit\u00e9 des styles et les met tous sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9. Cela renvoie d\u2019ailleurs \u00e0 l\u2019ouverture du spectacle, o\u00f9 est projet\u00e9 un diaporama de photographies de diff\u00e9rentes sc\u00e8nes de th\u00e9\u00e2tre \u00e0 travers le monde, d\u2019Epidaure \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Garnier en passant par les th\u00e9\u00e2tres de marionnettes. Ce prologue, qui surprend a priori, prend sens au fur et \u00e0 mesure du spectacle. Toutes ces sc\u00e8nes sont le miroir des danseurs. Le message de J\u00e9r\u00f4me Bel est le suivant: il n\u2019y a pas <em>un<\/em> mais <em>des<\/em> th\u00e9\u00e2tres, pas <em>une<\/em> mais <em>des<\/em> danses, qui ont toutes une valeur \u00e9gale et qu\u2019il pr\u00e9sente de la sorte.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lola R\u00e9my<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab<em>\u00a0Une c\u00e9l\u00e9bration collective non professionnelle, sapant l&rsquo;autorit\u00e9 du \u00ab\u00a0bien danser\u00a0\u00bb au profit du pur plaisir de se produire<\/em>\u00a0\u00bb Florian Gait\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le spectacle de danse de J\u00e9r\u00f4me Bel, <em>Gala<\/em>, produit en 2015, on assiste, comme son nom l&rsquo;indique \u00e0 un gala, qui pr\u00e9sente en cette fin d&rsquo;ann\u00e9e les incroyables talents du club de danse et des enfants de l&rsquo;\u00e9cole. Cette forme qui appartient \u00e0 la culture populaire et non pas au th\u00e9\u00e2tre officiel, est pourtant repr\u00e9sent\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de la ville, institution par excellence. Ceci questionne le spectateur\u00a0: qu&rsquo;est ce que la (bonne) culture\u00a0? Interrogation mise en abyme au d\u00e9but de le repr\u00e9sentation par la projection, un peu longue, de photographies de diff\u00e9rents lieux de spectacle, sans hi\u00e9rarchie sociale ou culturelle\u00a0: th\u00e9\u00e2tre chinois, estrade de la place du village, salle \u00e0 l&rsquo;italienne avec ses dorures et ses rideaux rouges ou sc\u00e8ne du Moyen Orient encadr\u00e9 de vert. Une joyeuse diversit\u00e9, mais la sc\u00e8ne et les si\u00e8ges du public restent vides. C&rsquo;est cette absence que le reste du spectacle va combler, \u00e0 travers diff\u00e9rentes s\u00e9quences de danse sans pr\u00e9f\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rique: le ballet, la pirouette, le moonwalk de Mickael Jackson&#8230; autant de mini spectacles o\u00f9 chaque danseur \u00e0 tour de r\u00f4le s&rsquo;essaient \u00e0 une nouvelle performance. Certains sont des professionnels, d&rsquo;autres pas\u00a0: ce n&rsquo;est pas un th\u00e9\u00e2tre social qui exhiberait l&rsquo;amateurisme sur la sc\u00e8ne officielle, ce qui rendrait le clivage encore plus fort. C&rsquo;est plut\u00f4t un rappel du bonheur de la danse, bonheur que tous peuvent conna\u00eetre, le professionnels comme les amateurs mais aussi les enfants, les personnes \u00e2g\u00e9es, les hommes et les femmes, les handicap\u00e9s. Ainsi, si nous rions de la maladresse de certains, c&rsquo;est toujours avec beaucoup de tendresse. On ne se moque jamais car ce qui nous est communiqu\u00e9 c&rsquo;est la joie et l&rsquo;amour de la danse. La sc\u00e8ne enti\u00e8rement vide \u00e0 l&rsquo;\u00e9clairage sobre permet un investissement complet de l&rsquo;espace par ces corps disparates aux costumes bariol\u00e9s et paillet\u00e9s. Cette esth\u00e9tique du fragment, avec l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des talents et des couleurs, et m\u00eame celle des corps, est non seulement une ode \u00e0 ce qui nous rassemble\u00a0; faire ce que l&rsquo;on aime, le communiquer, mais aussi un espace vraiment d\u00e9mocratique. Chacun des danseurs est en effet libre de s&rsquo;exprimer, notamment dans le passage final, o\u00f9, comme au jeu du chef d&rsquo;orchestre, tout le groupe suit la proposition d&rsquo;un seul, sur la musique qu&rsquo;il a choisit. A un moment, une chanson de Nina Simone\u00a0, c&rsquo;est la chor\u00e9graphie d&rsquo;une danseuse en fauteuil roulant\u00a0: gr\u00e2ce absolue. C\u00e9l\u00e9brer l&rsquo;amour de la danse en libert\u00e9 et faire de la sc\u00e8ne une grande f\u00eate \u2013 sans exclusion et sans jugement, c&rsquo;est ce que J\u00e9r\u00f4me Bel r\u00e9alise avec brio dans <em>Gala<\/em>.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marie Gu\u00e9<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;importe la diff\u00e9rence, la haine, la mort, puisque nous sommes vivants\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 comment nous pourrions r\u00e9sumer l&rsquo;\u00e9motion incroyable qui s&#8217;empare de nous devant l&rsquo;enthousiasme des danseurs qui sont de tout horizon, milieu social, de tout \u00e2ge et qui s&rsquo;expriment intimement dans <em>Gala<\/em>. \u00c9motion, qui va en crescendo, au fur et \u00e0 mesure que les diff\u00e9rents portraits s&rsquo;encha\u00eenent et se m\u00ealent. Une quinzaine de personnes \u00e9voluent sur sc\u00e8ne, une \u00e0 une, puis en une communaut\u00e9 joyeuse derri\u00e8re l&rsquo;\u00e9criteau \u00ab\u00a0compagnie, compagnie\u00a0\u00bb qui emporte le public avec elle. <em>Gala<\/em> porte bien son nom, car ce spectacle est une invitation \u00e0 danser pour tous. La mise en sc\u00e8ne de J\u00e9r\u00f4me Bel rend compte d&rsquo;un pari\u00a0: faire monter sur une sc\u00e8ne du c\u0153ur parisien amateurs et professionnels, avec leurs atouts et leurs imperfections, ce qui nous permet aussi de sourire. J\u00e9r\u00f4me Bel cr\u00e9e une atmosph\u00e8re o\u00f9 l&rsquo;individu est la seule focale qui importe\u00a0: il n&rsquo;est pas question de qui l&rsquo;on est, de notre apparence, de notre technique artistique, ce qui compte c&rsquo;est ce que l&rsquo;on fait et l&rsquo;\u00e9motion que l&rsquo;on veut faire ressentir. Le th\u00e9\u00e2tre de la ville, sur la place du Ch\u00e2telet, accueille ici une des rares expressions de th\u00e9\u00e2tre d\u00e9mocratique, o\u00f9 l&rsquo;on retrouve de fa\u00e7on presque incongrue des personnes jeunes, voire tr\u00e8s jeunes, danser aux c\u00f4t\u00e9s de personnes de couleur, ou de quinquag\u00e9naires que l&rsquo;on pourrait croiser demain au d\u00e9tour d&rsquo;une rue. Des individus au corps non athl\u00e9tique, des habits \u00e9tranges, \u00e0 paillettes ou \u00e0 motifs g\u00e9om\u00e9triques, c&rsquo;est un v\u00e9ritable m\u00e9lange de genres, une explosion de couleurs qui ravi le public. Si le d\u00e9but du spectacle peut sembler lent avec beaucoup d&rsquo;apparitions solitaires, il permet n\u00e9anmoins de dresser le portrait de chaque artiste et, en l&rsquo;espace de seulement une heure et demie, de s&rsquo;y attacher. Chacun danse avec son corps, avec ses tripes, et chante m\u00eame parfois, emport\u00e9 dans son \u00e9lan de vie. Puis quand ils se rassemblent pour danser tous ensemble, notamment dans la derni\u00e8re partie de la repr\u00e9sentation, en suivant les pas d&rsquo;un meneur, ils \u00e9changent leurs v\u00eatements et leur souffle se synchronise, leurs sourires s&rsquo;irradient et rebondissent sur le front de chaque spectateur. Si au d\u00e9but, le public a tendance \u00e0 saluer les prestations les plus techniques, au fur et \u00e0 mesure, l&rsquo;assistance prend plaisir \u00e0 toutes les performances, du moment qu&rsquo;elles sont vivantes. Chaque corps reprend alors sa place dans cet espace privil\u00e9gi\u00e9 qui est la sc\u00e8ne, et c&rsquo;est cette confiance qui est contagieuse. Au fil des panneaux qui annoncent les th\u00e8mes, des portraits originaux de personnes ordinaires sont \u00e9rig\u00e9s sans parole, sans discours. Et nous voil\u00e0 dans un monde o\u00f9 monter sur sc\u00e8ne ne rime pas avec privil\u00e8ge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avez-vous d\u00e9j\u00e0 vu une petite fille danser la valse avec une sexag\u00e9naire en combinaison moulante\u00a0? Avez-vous d\u00e9j\u00e0 vu un danseur professionnel classique danser le <em>moonwalk<\/em> en pantalon rose \u00e0 paillettes\u00a0? Avez-vous d\u00e9j\u00e0 vu une personne en fauteuil roulant faire un grand jet\u00e9\u00a0? Avez-vous d\u00e9j\u00e0 vu un homme en robe balancer sa t\u00eate violemment sur du hard rock\u00a0? Avez-vous d\u00e9j\u00e0 vu une vague mouvante et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne se balancer dans des mouvements de danse contemporaine\u00a0? Avez-vous d\u00e9j\u00e0 vu une femme chanter Dalida sur sc\u00e8ne gr\u00e2ce \u00e0 son portable\u00a0? Avez-vous d\u00e9j\u00e0 vu une petite fille de 4 ans diriger une bande d&rsquo;adultes sur fond de musique de film du studio Ghibli\u00a0? Avez-vous d\u00e9j\u00e0 vu un homme d\u00e9guis\u00e9 en marabout faire du <em>twirling<\/em> b\u00e2ton\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Moi, je l&rsquo;ai vu. Et c&rsquo;\u00e9tait magnifique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Victoria Brun<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : V\u00e9ronique Ellena<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Ville | En savoir plus En 2015 J\u00e9r\u00f4me BEL signe un nouveau spectacle, apr\u00e8s Disabled Theater : Gala au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville. Il d\u00e9cide de mettre sur sc\u00e8ne au m\u00eame titre que des professionnels, des amateurs de danse. 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