{"id":211,"date":"2015-12-10T21:00:16","date_gmt":"2015-12-10T20:00:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=211"},"modified":"2015-12-10T21:00:16","modified_gmt":"2015-12-10T20:00:16","slug":"eugenie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=211","title":{"rendered":"Eug\u00e9nie"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | <a href=\"http:\/\/www.theatredurondpoint.fr\/spectacle\/eugenie\/\">En savoir plus.<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce s\u2019ouvre sur les efforts d\u2019un couple pour avoir des enfants. Face au d\u00e9sespoir de sa fille (\u00c9l\u00e9onore Joncquez), la m\u00e8re (Estelle Meyer) lui lance un couplet f\u00e9ministe pr\u00f4nant la libert\u00e9 de la femme et le refus de s\u2019enfermer dans la maternit\u00e9. Tr\u00e8s vite, le v\u00e9ritable destinataire de cette d\u00e9nonciation sociale est le spectateur. La com\u00e9dienne s\u2019avance devant la sc\u00e8ne, face au public, et le regarde tr\u00e8s nettement, comme pour mieux questionner ses id\u00e9es re\u00e7ues. Le jeu avec le quatri\u00e8me mur parcourra d\u00e8s lors l\u2019ensemble de la repr\u00e9sentation. La mise en sc\u00e8ne brouille toutes les fronti\u00e8res, celle qui s\u00e9pare sc\u00e8ne et salle, mais aussi celle qui s\u00e9pare les diff\u00e9rents moments temporels, ou celle qui s\u00e9pare la r\u00e9alit\u00e9 et la projection fantasmatique. La s\u00e9paration est mat\u00e9rialis\u00e9e au centre m\u00eame de la sc\u00e8ne, par une sorte de coffre, qui repr\u00e9sente tour \u00e0 tour une remise, une pi\u00e8ce, l\u2019ut\u00e9rus, un cercueil. En jouant avec ces diff\u00e9rents niveaux et avec une musique tant\u00f4t apaisante, tant\u00f4t discordante, le metteur en sc\u00e8ne provoque le spectateur, le d\u00e9range.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne pouvons alors que regretter un certain manque de nuances, de subtilit\u00e9, la lourdeur de certaines blagues nuisant sans doute au propos en lui conf\u00e9rant une dimension trop caricaturale. De m\u00eame, si certaines m\u00e9taphores sont bien trouv\u00e9es et posent r\u00e9ellement le probl\u00e8me de la place de l\u2019enfant handicap\u00e9 dans notre soci\u00e9t\u00e9, la r\u00e9action des parents est un peu trop manich\u00e9enne. Les personnages ext\u00e9rieurs au couple proposent une v\u00e9ritable r\u00e9flexion : peut-on mettre de c\u00f4t\u00e9 toute consid\u00e9ration au nom du d\u00e9sir d\u2019avoir un enfant ? Notre soci\u00e9t\u00e9 est-elle pr\u00eate \u00e0 accueillir la diff\u00e9rence, ou est-elle incapable de s\u2019y confronter et la rejette par peur ? Quand on doit choisir de garder un enfant handicap\u00e9 ou d\u2019arr\u00eater la grossesse, faut-il prendre en compte ses d\u00e9sirs, ou \u00e9galement le regard de la soci\u00e9t\u00e9 ? La dualit\u00e9 du couple met en sc\u00e8ne deux positions diff\u00e9rentes. Mais \u00e0 aucun moment, les deux futurs parents ne semblent h\u00e9siter. Le p\u00e8re (Jonathan Cohen) ne veut pas de ce monstre. La femme, par instinct maternel, veut le garder. Elle ne changera d\u2019avis, que lorsque son compagnon annoncera qu\u2019il la quitte, pour ne pas voir cet enfant. L\u2019instinct maternel et la morale bien-pensante du p\u00e8re ? Aucun moment de doute ? La question de la place de l\u2019enfant handicap\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9range assur\u00e9ment le spectateur qui aurait n\u00e9anmoins aim\u00e9 plus de finesse en ce qui concerne les \u00e9motions du couple.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ad\u00e8le Fontaine<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Eug\u00e9nie<\/em>, c&rsquo;est d&rsquo;abord l&rsquo;histoire d&rsquo;un couple qui s&rsquo;aime. Qui n&rsquo;en peut plus. Qui fait l\u2019amour dans la remise entre deux clients. Qui veut avoir des enfants. Qui a du mal. Qui y arrive. Et puis un choc. La malformation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le couple se fracture, la femme veut garder l&rsquo;enfant, l&rsquo;homme ne veut pas. Le rapport est sans doute frontal, voir binaire et manich\u00e9en, mais cela renforce le caract\u00e8re dramatique de la pi\u00e8ce.<br \/>\nPeser le pour et le contre. La future m\u00e8re voit d\u00e9filer les sc\u00e8nes, le d\u00e9dain des autres pour sa fille. M\u00e9pris\u00e9e \u00e0 six ans, en centre sp\u00e9cialis\u00e9 \u00e0 quinze&#8230; Sa m\u00e8re, f\u00e9ministe devant l&rsquo;\u00e9ternel, l&rsquo;invite aussi \u00e0 laisser son enfant. Un peu clich\u00e9, le revirement subi de cette m\u00e8re lorsque son homme lui annonce qu&rsquo;il la quitte. L&rsquo;accouchement survient juste apr\u00e8s : Eug\u00e9nie, \u00ab\u00a0la bien-n\u00e9e\u00a0\u00bb, s&rsquo;appellera Sophie. Elle est en bonne sant\u00e9. La pi\u00e8ce ne tranche donc pas la question de l&rsquo;avortement ou non. Dramatiquement et litt\u00e9rairement, cela vaut mieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne est simple et efficace, les acteurs tr\u00e8s satisfaisants. Une photocopieuse tr\u00f4ne sur la sc\u00e8ne. Celle qui produit en s\u00e9rie et qui \u00e9limine, par eug\u00e9nisme, les \u00e9l\u00e9ments d\u00e9fectueux. Un client a achet\u00e9 une imprimante d\u00e9fectueuse au d\u00e9but de la pi\u00e8ce. Il souhaite la changer. La r\u00e9f\u00e9rence est bien venue. Mais un embryon n&rsquo;est pas une Epson que l&rsquo;on ram\u00e8ne au magasin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce manie assez bien les m\u00e9taphores. Une poup\u00e9e est utilis\u00e9e dans la pi\u00e8ce ; on oppose Mondrian et Pollock dans les discussions sur l&rsquo;art. Mondrian, c&rsquo;est le \u00ab\u00a0tout beau, tout propre\u00a0\u00bb. Pollock, c&rsquo;est le sale, d\u00e9sordonn\u00e9, le difforme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Derri\u00e8re ce probl\u00e8me de garder le b\u00e9b\u00e9 pour en avoir un exactement comme les autres, qui ne sera pas rejet\u00e9 par ses amis au bac \u00e0 sable, se trouve une certaine vision de la soci\u00e9t\u00e9. \u00ab\u00a0Je ne veux pas d&rsquo;une famille Ik\u00e9a\u00a0\u00bb, dit la m\u00e8re. Ne pas \u00eatre comme tout le monde. Tirer profit des impr\u00e9vus. Se prouver que nos vies ne sont pas \u00e9crites et rang\u00e9es \u00e0 l&rsquo;avance par des pr\u00e9ceptes sociaux, qui commandent, entre autres, d&rsquo;avorter si l&rsquo;enfant n&rsquo;est pas standardis\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce nous confronte au choix corn\u00e9lien, directement. Elle tente de nous ouvrir les vannes, de nous montrer des points de vu, peut-\u00eatre un peu fig\u00e9s ou attendus. Mais elle donne une le\u00e7on de tol\u00e9rance. L&rsquo;actrice jouant Eug\u00e9nie demande \u00e0 sa m\u00e8re de la regarder. \u00ab\u00a0Je ne ris pas, je jappe. Suis-je un chien ? Je lape ma pur\u00e9e. Suis-je pour autant un chat ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Fran\u00e7ois Locuratolo<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u00f4me de Bellescize, ancien \u00e9tudiant de l&rsquo;Universit\u00e9 Paris Sorbonne, cr\u00e9e il y a peu la compagnie du Th\u00e9\u00e2tre du Fracas avec Vincent Joncquez. Avec cette compagnie compos\u00e9e d&rsquo;artistes surprenants, il r\u00e9alise <em>Eug\u00e9nie<\/em>. Cette \u0153uvre th\u00e9\u00e2trale, am\u00e8ne les spectateurs \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les possibilit\u00e9s d&rsquo;une naissance hors du commun. En effet, l&rsquo;enfant \u00e9ponyme Eug\u00e9nie doit na\u00eetre handicap\u00e9e. Son p\u00e8re vendeur de photocopieuse dans une petite boutique et sa m\u00e8re en proie \u00e0 une volont\u00e9 obsessionnelle d&rsquo;avoir un enfant, ont une semaine pour d\u00e9cider de la garder ou non. Dr\u00f4le, Po\u00e9tique, Noire et fantasque, la pi\u00e8ce, \u00e9pop\u00e9e fabuleuse, raconte les bouleversements d&rsquo;une famille confront\u00e9e au pire choix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <em>Eug\u00e9nie<\/em>, l&rsquo;action se d\u00e9roule de fa\u00e7on chronologique. En effet d\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne, apr\u00e8s la pr\u00e9sentation du p\u00e8re vendeur de photocopieuse, l&rsquo;humour s&rsquo;\u00e9tablit avec la conception de l&rsquo;enfant, alors que le P\u00e8re, Sam, cherche dans la r\u00e9serve de sa boutique la photocopieuse voulue par un acheteur susceptible. Apr\u00e8s la perte d&rsquo;un uni\u00e8me enfant, les parents vont consulter un \u00ab\u00a0magicien\u00a0\u00bb pour concevoir une nouvelle vie. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;Eug\u00e9nie prendra place dans la vie de ses parents, sans le vouloir. L&rsquo;action se d\u00e9roule de la conception d&rsquo;Eug\u00e9nie \u00e0 la naissance de celle-ci. Bien qu\u2019elle soit chronologique, nous avons des sauts dans le temps fait par l&rsquo;imagination de la m\u00e8re. En effet, alors que la m\u00e8re souhaite mettre au monde Eug\u00e9nie, elle s&rsquo;imagine comment sa fille vivra. Des sc\u00e8nes bouleversantes, criardes et attachantes, s&rsquo;encha\u00eenent sans que le spectateur ait le temps de dig\u00e9rer ce qu&rsquo;il vient d&rsquo;assimiler. Eug\u00e9nie prend elle m\u00eame place sur sc\u00e8ne alors qu&rsquo;elle se trouve dans le ventre de sa m\u00e8re. Nous avons donc du th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre par l&rsquo;apparition d&rsquo;Eug\u00e9nie en chair et en os sur sc\u00e8ne et qui s&rsquo;adresse \u00e0 sa m\u00e8re aimante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La repr\u00e9sentation contemporaine, utilise des d\u00e9cors simples. En effet, il n&rsquo;y a aucun changement entre chaque acte. Au centre se trouve un rectangle rose utilis\u00e9 comme r\u00e9serve, comme tombeaux, ou encore pi\u00e8ce m\u00e9dicale. A gauche une photocopieuse, il s&rsquo;agit de l&rsquo;objet le plus important de la pi\u00e8ce. Cette photocopieuse, sert gr\u00e2ce au \u00ab\u00a0magicien\u00a0\u00bb \u00e0 concevoir Eug\u00e9nie. A droite, une porte, un lit d&rsquo;enfant et une chaise, utilis\u00e9s pour l&rsquo;Eug\u00e9nie adulte. Certains de ces objets ont une double utilit\u00e9, comme le rectangle rose. Mais aussi le lit d&rsquo;enfant qui symbolise l&rsquo;enfermement de la m\u00e8re dans un gouffre, alors qu&rsquo;elle se trouve en prison. Les barres du lit lui servent de barreaux. D&rsquo;autres objets font leurs apparitions, tel que la poup\u00e9e cass\u00e9e, mais ne font pas partis du d\u00e9cor. Le d\u00e9cor simple, \u00e9pur\u00e9 est suffisant pour exprimer ce que peuvent ressentir les parents, mais aussi Eug\u00e9nie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quatre acteurs repr\u00e9sentent une vari\u00e9t\u00e9 de personnages. La m\u00e8re ne poss\u00e8de qu&rsquo;un seul r\u00f4le, notamment puisqu&rsquo;elle est centrale. Elle est celle qui va mettre au monde Eug\u00e9nie. Le p\u00e8re poss\u00e8de trois r\u00f4les. Celui du p\u00e8re, d&rsquo;un aide soignant pour handicap\u00e9s et celui d&rsquo;un enfant de bas \u00e2ge. Ces trois r\u00f4les sont en contact assez rapproch\u00e9 avec Eug\u00e9nie adulte, enfant et encore \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&#8217;embryon. L&rsquo;acheteur de photocopieuse joue le r\u00f4le du \u00ab\u00a0magicien\u00a0\u00bb, m\u00e9decin dans la capacit\u00e9 de concevoir Eug\u00e9nie, un m\u00e9decin dans un centre pour handicap\u00e9s, un homme de loi mais \u00e9galement le r\u00f4le d&rsquo;un handicap\u00e9 amoureux d&rsquo;Eug\u00e9nie. Chaque r\u00f4le qu&rsquo;il interpr\u00e8te agissent sur Eug\u00e9nie et chacun de ses r\u00f4les permettent \u00e0 la m\u00e8re de prendre conscience qu&rsquo;Eug\u00e9nie ne seras pas une enfant comme les autres. Ce figurant bouleverse la pens\u00e9e de la m\u00e8re et rappelle sans arr\u00eat qu&rsquo;Eug\u00e9nie na\u00eetra handicap\u00e9e. Puis l&rsquo;actrice jouant le r\u00f4le d&rsquo;Eug\u00e9nie et de la grand-m\u00e8re d&rsquo;Eug\u00e9nie, pr\u00e9sent deux \u00eatres en stricte opposition. En effet, Eug\u00e9nie tente par ses paroles de convaincre sa m\u00e8re de la garder, alors que la grand-m\u00e8re tente de faire avorter sa fille. Ces deux r\u00f4les oppos\u00e9s montrent la divergence des pens\u00e9es des parents et de chaque parent en proie \u00e0 cette situation. Ainsi chaque costume correspond au m\u00e9tier exerc\u00e9 et \u00e0 la simplicit\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne. Ils sont contemporains. Comme dit pr\u00e9c\u00e9demment, la simplicit\u00e9 entoure la pi\u00e8ce de C\u00f4me de Bellescize. De ce fait, aucun maquillage criard n&rsquo;est pr\u00e9sent. Seuls quelques costumes marque la distinction des personnages entre eux, en particulier s&rsquo;ils sont jou\u00e9s par le m\u00eame acteur. Par exemple le p\u00e8re habill\u00e9 comme un vendeur, enfile un k-way rouge pour jouer le r\u00f4le du petit enfant. Ou lorsqu\u2019Eug\u00e9nie porte une robe rose, la retire lorsqu&rsquo;elle joue le r\u00f4le de sa grand-m\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9clairage couvre toute la sc\u00e8ne. Seuls \u00e0 quelques passages la lumi\u00e8re s&rsquo;installe sur un personnage en particulier, pour montrer certaines \u00e9motions. Lorsque la m\u00e8re est en proie \u00e0 une ind\u00e9cision, la lumi\u00e8re ce concentre sur elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les quatre acteurs, font tr\u00e8s peu de mouvements. Ils communiquent plus particuli\u00e8rement avec la parole. Notamment par des cris. Mais les mouvements utilis\u00e9s mat\u00e9rialisent des sentiments. En effet, les mouvements expriment une terreur, une gestuelle violente, mais ils expriment aussi l&rsquo;amour envers Eug\u00e9nie. Les acteurs sont anim\u00e9s par ces sentiments, mais les spectateurs aussi. Dispos\u00e9s en \u00e9perons, ils sont poss\u00e9d\u00e9s par des pulsations r\u00e9voltantes ou des pulsations d&rsquo;amour. Eug\u00e9nie adulte, utilise le chant pour s&rsquo;exprimer. Elle chante lors de sa conception, mais aussi apr\u00e8s des disputes violentes. Elle est pr\u00e9sente avec ses parents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u00f4me de Bellescize, a voulu \u00e0 travers cette repr\u00e9sentation \u00e9mouvoir mais aussi r\u00e9volter les spectateurs. Il exprime \u00e0 travers les personnages qu&rsquo;il a cr\u00e9\u00e9s, la fa\u00e7on dont r\u00e9agissent les parents d&rsquo;enfants handicap\u00e9es. En particulier les pens\u00e9es qui les hantent. En liant humour et tragique, C\u00f4me de Bellescize fait passer un message, un message simple celui qui dit qu&rsquo;un enfant reste un enfant, m\u00eame s&rsquo;il na\u00eet handicap\u00e9. A la fin de la repr\u00e9sentation, chaque spectateurs ont applaudis et ont m\u00eame cri\u00e9s leurs \u00e9mois. Ils se sont vus sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lucie Farand<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e9sent\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point du 13 novembre au 13 d\u00e9cembre 2015, <em>Eug\u00e9nie<\/em> est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui bouscule les conventions auxquelles s\u2019attend le spectateur. D\u2019un sujet tabou C\u00f4me de Bellescize donne \u00e0 voir une repr\u00e9sentation fond\u00e9e sur l\u2019indicible douleur d\u2019\u00eatre le parent d\u2019un enfant en situation de handicap. En r\u00e9digeant le texte et en se concentrant sur la mise en sc\u00e8ne, C\u00f4me dresse une tragi-com\u00e9die balan\u00e7ant entre le registre comique des paroles d\u2019Estelle Meyer, tant\u00f4t m\u00e8re de la femme enceinte, tant\u00f4t se fondant dans le r\u00f4le de l\u2019enfant handicap\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, cette pi\u00e8ce, aux premiers \u00e9changes comiques o\u00f9 le mari, Jonathan Cohen, tente de convaincre un client d\u2019acheter l\u2019imprimante Canon, laisse tr\u00e8s vite place \u00e0 une atmosph\u00e8re dramatique propre aux tragi-com\u00e9dies. La conception de l\u2019enfant, pr\u00e9sent\u00e9e alors machinalement, prend fin et d\u00e8s lors apparait le tragique et le path\u00e9tique pour toucher le spectateur et le repousser dans ses retranchements. L\u2019\u00e9clairage sombre, les chants enfantins et redondants semblables \u00e0 une berceuse qui nous hypnotise, le jeu de r\u00f4le des personnages principaux nous invite, en tant que lecteur, \u00e0 nous pencher sur ce que deviendrait notre vie si l\u2019on apprenait que nous allions, dans quelques mois seulement, devenir le parent d\u2019un enfant handicap\u00e9. D\u2019abord inexpressifs, nous serions ensuite dans l\u2019\u00e9tat de lamentations qui pousserait alors \u00e0 \u00ab avorter \u00bb, \u00e0 \u00ab retirer cet enfant qui prive de libert\u00e9 \u00bb selon la grand-m\u00e8re. Enfin, apr\u00e8s m\u00fbres r\u00e9flexions, nous nous ferions \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019un enfant reste un enfant, quel qu\u2019il soit. C\u2019est la posture qu\u2019adopte El\u00e9onore Joncquez, dans la pi\u00e8ce m\u00e8re de cet enfant, en s\u2019opposant \u00e0 la volont\u00e9 de son mari de se faire avorter. Lui refuse de se \u00ab condamner \u00bb, et, par peur qu\u2019il la quitte, El\u00e9onore c\u00e8dera petit \u00e0 petit \u00e0 l\u2019atrocit\u00e9 du crime, \u00e0 l\u2019affreuse r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019elle ne pourra pas s\u2019occuper de cet enfant, bien qu\u2019elle le d\u00e9sire profond\u00e9ment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, son discours est assez irr\u00e9gulier dans la mesure o\u00f9 face \u00e0 sa fille qu\u2019elle d\u00e9cide de nommer Eug\u00e9nie, du grec \u00ab bien-n\u00e9e \u00bb, comme venant insister sur l\u2019handicap de cet enfant, cette derni\u00e8re semble d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 garder en elle son enfant. Mais, au cours de l\u2019\u0153uvre elle rejette l\u2019image d\u2019une femme h\u00e9sitante, qui c\u00e8de trop facilement, contre son intime volont\u00e9, face aux reproches de sa m\u00e8re et de son \u00e9poux. La sc\u00e9nographie, le d\u00e9cor et les costumes, \u00e9pur\u00e9s de touty artifice, permet au spectateur de se concentrer sur cette oscillation et fait d\u2019Estelle Meyer un personnage double, la montrant dans la violence de son langage imageant la raison et dans la douceur, l\u2019innocence voire l\u2019inconscience de l\u2019enfant qui ne demande qu\u2019\u00e0 vivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Profond\u00e9ment touchante, percutante et parfois choquante, <em>Eug\u00e9nie<\/em> vient bousculer le spectateur qui, par la r\u00e9flexion qu\u2019il est invit\u00e9 \u00e0 mener sur le sujet du handicap, participe \u00e9galement \u00e0 l\u2019aboutissement de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lyamani Obich<\/h6>\n<hr \/>\n<h3>D\u00e9cevante Eug\u00e9nie<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du 13 Novembre au 13 D\u00e9cembre, le Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point proposait <em>Eug\u00e9nie<\/em>, \u00e9crit et mis en sc\u00e8ne par C\u00f4me de Bellescize. <em>Eug\u00e9nie<\/em> a tout pour plaire : un sujet sensible, un auteur qui monte, des bons acteurs. Et pourtant, restera sans g\u00e9nie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sam et Sarah souhaitent avoir un enfant. Apr\u00e8s avoir fait face \u00e0 plusieurs fausses couches, la f\u00e9condation in vitro r\u00e9alise leur souhait. Malheureusement cette grossesse est \u00e0 risque. Si l\u2019enfant nait, il sera handicap\u00e9. Ils ont une semaine pour d\u00e9cider de garder l\u2019enfant ou non. La pi\u00e8ce relate cette semaine, cette lente descente aux enfers. Le couple se d\u00e9chire, l\u2019angoisse et la peur prennent le dessus mais il y a toujours ce d\u00e9sir d\u2019enfant. Eug\u00e9nie, le pr\u00e9nom \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 cette petite fille \u00e0 na\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec un tel sujet, on attendait une pi\u00e8ce forte, une pi\u00e8ce qui touche, une pi\u00e8ce qui nous pousse dans nos retranchements. Malheureusement, c\u2019est tout le contraire qui se produit. La pi\u00e8ce oscille entre com\u00e9die de boulevards et trag\u00e9die. Les allusions sexuelles sont lourdes et le comique ne prend pas. Pire, il vient d\u00e9truire toute la trag\u00e9die. A force de vouloir faire rire et pleurer, C\u00f4me de Bellescize nous plonge dans le scepticisme. L\u2019auteur voulait aller au bout de ce sujet, il l\u2019a \u00e9puis\u00e9. Et ce jusqu\u2019au bout, puisque m\u00eame la fin se r\u00e9v\u00e8le catastrophique. Peut-\u00eatre que le seul int\u00e9r\u00eat qu\u2019on trouvait jusque-l\u00e0, c\u2019\u00e9tait que la pi\u00e8ce montrait diff\u00e9rentes r\u00e9actions, qu\u2019elle ne prenait pas position, qu\u2019elle essayait m\u00eame de nous faire comprendre la difficult\u00e9 en nous projetant dans le futur. Mais \u00e0 la fin Eug\u00e9nie nait et qui plus est, elle est n\u2019a aucun handicap. Mais non ce n\u2019est pas Eug\u00e9nie, elle aura un nouveau nom : Sophie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sort sans comprendre l\u2019intention derri\u00e8re cette pi\u00e8ce. Pourquoi nous donner cette clef de lecture ? Cette clef soutient quand m\u00eame le \u00ab oui \u00bb il faut garder l\u2019enfant. Mais en plus il vient effacer Eug\u00e9nie. On l\u2019oublie, on nie ce qui s\u2019est pass\u00e9, ces mots qu\u2019on a eu. Elle est normale donc on l\u2019appellera Sophie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains spectateurs ont ri et pleurer et m\u00eame applaudi \u00e0 la fin. Je serai dure avec Eug\u00e9nie puisqu\u2019elle invoque un sujet soci\u00e9tal pour s\u2019inviter au th\u00e9\u00e2tre. Elle est m\u00eame soutenue par une mutuelle qui est \u00ab convaincu que le th\u00e9\u00e2tre peut aider le grand public \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir autrement sur les grandes questions soci\u00e9tales \u00bb. Personnellement, j\u2019en suis aussi convaincu mais cela n\u2019est pas le cas d\u2019Eug\u00e9nie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La descente aux enfers des parents d\u2019Eug\u00e9nie c\u2019est aussi la n\u00f4tre : quand le th\u00e9\u00e2tre s\u2019emm\u00eale, quand il nous d\u00e9\u00e7oit, quand il nous fait nous questionner sur la s\u00e9lection des pi\u00e8ces.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je pardonne \u00e0 Eug\u00e9nie mais pas \u00e0 son g\u00e9niteur.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marion Crubezy<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale s&rsquo;est donn\u00e9e jeudi 10 d\u00e9cembre au th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point. Elle a \u00e9t\u00e9 mise en sc\u00e8ne et \u00e9crite par C\u00f4me de Bellescize. Les com\u00e9diens \u00e9taient Philippe B\u00e9rodot qui assurait quatre r\u00f4les dont celui du m\u00e9decin, Jonathan Cohen dans le r\u00f4le de Sam (le mari), \u00c9l\u00e9onore Joncquez dans le r\u00f4le de Sarah (la femme) et Estelle Meyer tenait le r\u00f4le de la m\u00e8re de Sarah et celui d\u2019Eug\u00e9nie. Dans cette pi\u00e8ce nous avons affaire \u00e0 un m\u00e9lange des genres. En effet on retrouve la com\u00e9die, la trag\u00e9die et m\u00eame l&rsquo;absurde dans certaines situations. <em>Eug\u00e9nie<\/em> c&rsquo;est l\u2019histoire d&rsquo;un jeune couple qui souhaite avoir un enfant depuis trois ans, en vain. Ils finissent par y arriver gr\u00e2ce \u00e0 une f\u00e9condation <em>in vitro<\/em>. Mais ils apprennent vite que leur enfant a des risques d\u2019\u00eatre difforme \u00e0 la naissance. S&rsquo;ensuit alors une confrontation entre Sam et Sarah : Sam ne veut pas garder l\u2019enfant tandis que Sarah veut le mettre au monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <em>Eug\u00e9nie<\/em> nous sommes confront\u00e9s \u00e0 un sujet lourd : celui de d\u00e9cider de la naissance d&rsquo;un \u00eatre, celui du droit de vie ou de mort sur un embryon. En effet, si Eug\u00e9nie n\u00e9e elle pourrait vivre toute sa vie dans l\u2019humiliation et dans l\u2019isolement car rejet\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9. La laisser na\u00eetre serait alors un acte \u00e9go\u00efste. Comme le rel\u00e8ve Sam : pourquoi ne voit-on jamais dans la rue des personnes mal form\u00e9es ? Il apporte lui-m\u00eame la r\u00e9ponse : parce que la soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;en veut pas. Mais d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9 en quoi avons-nous le pouvoir de d\u00e9cider de la mort d&rsquo;un \u00eatre ? Ce sont donc des interrogations int\u00e9ressantes, certes, mais lourdes, graves et dont la r\u00e9ponse n\u2019est pas \u00e9vidente. Le metteur en sc\u00e8ne sugg\u00e8re des r\u00e9ponses et c&rsquo;est justement dans ces suggestions que r\u00e9side la force de la pi\u00e8ce : \u00e0 aucun moment il y a les mots \u00ab avortements \u00bb ou \u00ab f\u00e9condation<em> in vitro<\/em> \u00bb. Ces mots sont sugg\u00e9r\u00e9s par des images, des mises en sc\u00e8nes et apportent de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 \u00e0 la pi\u00e8ce. Plusieurs moments peuvent \u00eatre choquants \u2013 notamment le passage o\u00f9 Sam doit d\u00e9poser son sperme dans un flacon. Impossible de montrer \u00e7a sur sc\u00e8ne. \u00c0 ce moment l\u00e0 je me raidis sur mon fauteuil en esp\u00e9rant qu&rsquo;il y ait une ellipse et l\u00e0 : coup de g\u00e9nie. Sam commence \u00e0 nous raconter l\u2019\u00e9pop\u00e9e d&rsquo;un homme qui doit gravir une montagne pour cueillir une graine qu&rsquo;il doit ramener \u00e0 la femme de sa vie tout \u00e7a racont\u00e9 d\u2019une telle mani\u00e8re que tout le public riait aux \u00e9clats. Il en est de m\u00eame pour le moment o\u00f9 Sarah est confront\u00e9e \u00e0 ses propres d\u00e9mons int\u00e9rieurs, \u00e0 des interrogations \u00e0 propos de la naissance du b\u00e9b\u00e9. Elle ne nous fait pas part de ses r\u00e9flexions \u00e0 voix haute. \u00c0 la place nous avons droit \u00e0 une mise en sc\u00e8ne. \u00c0 du th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre presque. Chaque message et passage lourd sont montr\u00e9s de fa\u00e7on m\u00e9taphorique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui fait aussi que la pi\u00e8ce fonctionne c&rsquo;est son humour. Certains passages sont \u00e0 mourir de rire et certains personnages aussi (notamment le mari et la m\u00e8re de Sarah). On rit tout le long de la pi\u00e8ce. Face \u00e0 ces questions graves on nous permet de respirer, \u00e7a fait du bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus, il n&rsquo;y a pas de sc\u00e8nes d\u00e9limit\u00e9es par le lever et le tomber de rideaux. Les sc\u00e8nes s&rsquo;enchainent de fa\u00e7on subtile et fluide. Le d\u00e9cor ne change que dans notre imagination. La terre tomb\u00e9e sur le sol au milieu de la pi\u00e8ce restera sur le sol jusqu\u2019\u00e0 la fin de la repr\u00e9sentation. On peut d\u2019ailleurs penser que la sc\u00e8ne refl\u00e8te l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit des protagonistes. En effet leur vie leur \u00e9chappe et leurs id\u00e9es sont embrouill\u00e9es, en d\u00e9sordre. Ils sont d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, compl\u00e8tement perdus. A la fin de la pi\u00e8ce s&rsquo;est ainsi que se pr\u00e9sentait le sol de la sc\u00e8ne : d\u00e9sordonn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qu&rsquo;il y a d\u2019int\u00e9ressant et qui m&rsquo;a particuli\u00e8rement plu dans Eug\u00e9nie c&rsquo;est le m\u00e9lange de la r\u00e9alit\u00e9 et de l&rsquo;imaginaire. Par exemple Eug\u00e9nie appara\u00eet plusieurs fois en tant que personnage ce qui n&rsquo;est pas possible puisqu\u2019elle n&rsquo;est pas n\u00e9e. Ou sinon plusieurs fois nous sommes spectateur du subconscient des personnages et nous nous demandons si c\u2019est r\u00e9el ou non (je pense \u00e0 l\u2019interrogatoire du policier). Seule la fin apporte les r\u00e9ponses \u00e0 nos questions. Je trouve que cette vision des choses apporte de la modernit\u00e9 et de l\u2019originalit\u00e9 \u00e0 la pi\u00e8ce. Nous avan\u00e7ons sans cesse sur le fil qui s\u00e9par\u00e9 r\u00e9alit\u00e9 et imaginaire. Parfois la r\u00e9alit\u00e9 donne l\u2019illusion d\u2019\u00eatre fausse (notamment \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce) et parfois l\u2019imaginaire parait vrai (lorsqu&rsquo;on nous montre le probable futur d\u2019Eug\u00e9nie).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai ador\u00e9 cette pi\u00e8ce par sa mise en sc\u00e8ne subtile (voire ses mises en sc\u00e8nes), son sujet lourd et grave trait\u00e9 de fa\u00e7on l\u00e9g\u00e8re, dr\u00f4le sans \u00eatre vulgaire et intelligente et par ses personnages. J\u2019ai donc \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s agr\u00e9ablement surprise : en me rendant au th\u00e9\u00e2tre je me demandais pourquoi j\u2019avais fait le choix de cette pi\u00e8ce et en ressortant je me suis dit qu&rsquo;il faudrait que je retourne la voir un jour. Beaucoup de questions naissent de cette pi\u00e8ce. Et le probl\u00e8me est montr\u00e9 de telle fa\u00e7on que le spectateur est oblig\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir mais malgr\u00e9 cela la pi\u00e8ce arrive \u00e0 \u00eatre divertissante.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Mathilde Rog\u00e9<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jeudi 10 d\u00e9cembre 2015, salle Jean Tardieu, Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point, 21 heures. C\u2019est l\u00e0 que se joue la pi\u00e8ce <em>Eug\u00e9nie<\/em>, \u00e9crite et mise en sc\u00e8ne par C\u00f4me de Bellescize, et interpr\u00e9t\u00e9e par Philippe B\u00e9rodot, Jonathan Cohen, El\u00e9onore Joncquez et Estelle Meyer. Quand les spectateurs prennent enfin place sur leurs si\u00e8ges attitr\u00e9s et que les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent, c\u2019est un autre monde auquel on acc\u00e8de. Celui d\u2019une histoire atypique, percutante, et assur\u00e9ment touchante. Une phrase clef du texte : \u00ab Est-ce qu\u2019il y a l\u2019esp\u00e8ce humaine d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et moi de l\u2019autre ? \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un couple tr\u00e8s d\u00e9sireux d\u2019avoir un enfant se bat pendant trois ans, en vain. Il et elle ont d\u00e9j\u00e0 tout essay\u00e9 mais persistent, encore et encore. C\u2019est un vide qui s\u2019installe entre cette femme qui veut plus que tout \u00eatre m\u00e8re, et cet homme qui veut tant \u00eatre p\u00e8re. Leur volont\u00e9 d\u2019\u00eatre parents est tellement forte, que leurs \u00e9checs se font plus cuisants, leur fragilit\u00e9 plus grande et leur d\u00e9ception plus violente \u00e0 chaque fois. Plus que de la d\u00e9ception, de la col\u00e8re, c\u2019est de la haine qui se forme, \u00e0 mesure que le foss\u00e9 se creuse entre ces personnes li\u00e9es mais aussi d\u00e9chir\u00e9es par le m\u00eame combat. L\u2019accent est mis sur la femme, qui porte sur ses \u00e9paules le lourd fardeau de ne pas accomplir la vie. Vous \u00eates d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9s par la sensibilit\u00e9 extr\u00eame qui se d\u00e9gage des personnages et ce qu\u2019elle provoque en vous. J\u2019ai pleur\u00e9, ri, ri en pleurant, pleur\u00e9 en riant\u2026 La tristesse se m\u00eale au ridicule de la vie, vous rappelant combien l\u2019\u00eatre est burlesque. Vous en riez et pourtant, vous \u00eates touch\u00e9s au plus profond de vous-m\u00eames. Chaque fois que vous entendez Eug\u00e9nie, &#8211; et c\u2019est l\u00e0 la force supr\u00eame du sc\u00e9nario : vous voyez et entendez Eug\u00e9nie, geindre, pleurer, crier, rire ; vivre, alors qu\u2019elle n\u2019est m\u00eame pas n\u00e9e \u2013 c\u2019est une gifle en pleine face que vous vous prenez. Elle vit avant m\u00eame de vivre, et vous \u00eates perdus entre r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9. N\u2019est-ce pas seulement l\u2019illusion d\u2019une maternit\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien que m\u00e9fiants et quelque peu d\u00e9sabus\u00e9s, ces parents-en-devenir font appel \u00e0 un m\u00e9decin qui jure pouvoir exhausser leur souhait. Ils se jettent alors dans cette aventure\u2026sauf qu\u2019ils ne sont pas au bout de leurs surprises. Apr\u00e8s plusieurs mois d\u2019attente, ils apprennent en effet que le b\u00e9b\u00e9 pourrait \u00eatre gri\u00e8vement handicap\u00e9\u2026 Une multitude de questions surgit alors. Pour ce couple qui s\u2019est tant battu pour que la \u00ab graine \u00bb germe, c\u2019est une d\u00e9ception immense. Cette fois la pilule est encore plus dure \u00e0 avaler, car il leur semble que le sort s\u2019acharne sur eux.<br \/>\nSujet de conflit et d\u2019incertitude face \u00e0 l\u2019avenir, Eug\u00e9nie permet de retracer le chemin tortueux d\u2019un couple qui, par sa v\u00e9racit\u00e9, pourrait aussi bien \u00eatre vous et moi. Entre l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et puissance, le sc\u00e9nario, le jeu des acteurs et la mise en sc\u00e8ne vous font imm\u00e9diatement entrer dans leur combat. Vous aimeriez qu\u2019ils aient cet enfant, seulement ce n\u2019est pas si facile. Votre compassion a beau \u00eatre \u00e0 son summum, vous ne pouvez rien faire face \u00e0 leur d\u00e9sarroi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les acteurs font preuve d\u2019une puissance de jeu, et d\u2019une diversit\u00e9 ind\u00e9niable de possibilit\u00e9s d\u2019adaptation : ainsi, Philippe B\u00e9rodot passe du consommateur ind\u00e9cis au m\u00e9decin, et incarne aussi bien le policier manipulateur que l\u2019enfant innocent jouant dans le bac \u00e0 sable\u2026 Le p\u00e8re, jou\u00e9 par Jonathan Cohen, dans toute sa fragilit\u00e9 et sa tourmente personnelle est extr\u00eamement convaincant ; El\u00e9onore Joncquez dans le r\u00f4le de la m\u00e8re, est lumineuse, son jeu est d\u2019une puissance inou\u00efe. Quant \u00e0 Estelle Meyer, elle tient sa force de la profondeur de ses personnages. Son jeu en tant que future Eug\u00e9nie est sublime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon avis ? <em>Eug\u00e9nie<\/em> est une \u0153uvre formidable. Entre effroi, rire et tristesse, ce th\u00e9\u00e2tre est la prog\u00e9niture d\u2019un souffle chaud et d\u2019une douche froide. Des \u00e9motions transmises autour de questions auxquelles on ne trouve pas toujours de r\u00e9ponse vous bouleversent. Un jeu des acteurs \u00e0 vous couper le souffle &#8211; une richesse et une v\u00e9racit\u00e9 de jeu qui ne se voient pas entrav\u00e9es par la multiplicit\u00e9 des r\u00f4les jou\u00e9s par chacun. Une sensibilit\u00e9 au rendez-vous. La mise en sc\u00e8ne ainsi que l&rsquo;\u00e9clairage vous int\u00e8grent \u00e0 l&rsquo;histoire de ces gens, dont les forces et faiblesses en font l\u2019humanit\u00e9. Le texte est incroyablement bien ficel\u00e9, et apporte une po\u00e9sie certaine \u00e0 une situation intens\u00e9ment pesante, et qui vient puiser nombre de sentiments en vous. Un humour d\u00e9tonnant qui rappelle combien la vie est dr\u00f4le. Une lueur de beaut\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9 qui donne \u00e0 penser. J&rsquo;ai pass\u00e9 un excellent moment.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Rita El Hajjouji<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quatre magnifiques acteurs presque toujours sur sc\u00e8ne, jouant chacun plusieurs r\u00f4les, plongent la salle au coeur de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e tragicomique de la maternit\u00e9, mais aussi de la vie tout court, avec ses rapports humains et les r\u00e8gles du jeu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eug\u00e9nie est centr\u00e9e sur les troubles et les angoisses d&rsquo;un jeune couple d\u00e9sirant un enfant depuis des ann\u00e9es et d\u00e9couvrant que la fille enfin dans le ventre sera handicap\u00e9e. Mais r\u00e9duire la pi\u00e8ce enti\u00e8re \u00e0 cela ne serait qu&rsquo;un r\u00e9sum\u00e9 tr\u00e8s maladroit. Il s&rsquo;agit aussi du rapport de couple, et de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale des rapports entre les personnes : entre m\u00e8re et fille par exemple, parce que l&rsquo;on ne peut pas \u00eatre s\u00fbrs que l&rsquo;amour d&rsquo;une m\u00e8re suffise \u00e0 se construire une vie. Il s&rsquo;agit encore du rapport entre la norme et tout ce qui s&rsquo;en \u00e9carte, puisqu&rsquo;au-del\u00e0 de tout discours moralisant nous acceptons toujours plus volontiers un Mondrian, \u00ab\u00a0avec ses lignes droites et ses couleurs primaires\u00a0\u00bb, plut\u00f4t qu&rsquo;un Pollock.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme, la pi\u00e8ce ouvre \u00e0 la r\u00e9flexion sur un monde qui ressemble beaucoup au n\u00f4tre, et met en sc\u00e8ne les pulsions composant les \u00eatres humains tout en ne proposant aucun jugement de valeur. Les divers personnages pr\u00e9sent\u00e9s sont &#8211; et le choix du terme n&rsquo;est pas un hasard &#8211; normaux : ils respectent la norme, comme nous tous d&rsquo;ailleurs, et la perte de r\u00e9p\u00e8res les fait tomber dans le chaos. Le spectateur peut alors s&rsquo;identifier \u00e0 chacun d&rsquo;entre eux, \u00e0 chacune des actions, r\u00e9actions, pens\u00e9es, \u00e9motions mises en sc\u00e8ne, m\u00eame lorsqu&rsquo;il ne le voudrait sans doute pas. Pas exceptionnels du tout, les personnages ne sont pas des h\u00e9ros tragiques, mais, en commun avec eux, ils ont l&rsquo;impossibilit\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir ce qui est juste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le metteur en sc\u00e8ne semble donc vouloir peindre le tableau le plus vivant possible de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 des personnes communes face \u00e0 un \u00e9nigme insurmontable. Et pour ce faire, il fait participer le r\u00eave, le cauchemar et l&rsquo;irrationnel de la vie soi-disant r\u00e9elle des personnages, puisque \u00ab\u00a0le spectateur ne doit pas se demander si la sc\u00e8ne qui se joue devant lui est ancr\u00e9e dans le r\u00eave ou dans la r\u00e9alit\u00e9; il doit savoir. Ou croire savoir&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, sur cette sc\u00e8ne o\u00f9 l&rsquo;on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui est faux, ou on le sait m\u00eame trop bien, la photocopieuse devient m\u00e9taphore et \u00e9quivoque de la maternit\u00e9, en tant que \u00ab\u00a0machine \u00e0 reproduction\u00a0\u00bb. Et l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 d&rsquo;une femme qui se sent incapable de donner la vie transforme ses angoisses et son d\u00e9sespoir en un policier enqu\u00eateur qui la traque. Parce qu&rsquo;ici l&rsquo;enfant est aussi all\u00e9gorie de toutes les incertitudes qui nous hantent, bouleversent et harc\u00e8lent, \u00e0 nous, les \u00eatres humains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre le rire le plus franc et les larmes les plus troublantes, le spectateur est face \u00e0 des questionnements fondamentaux et ne peut que demander sans s&rsquo;attendre \u00e0 une r\u00e9ponse. Si le voyage int\u00e9rieur est magistralement con\u00e7u et mis en sc\u00e8ne, il est aussi v\u00e9cu profond\u00e9ment par le spectateur, de fa\u00e7on \u00e0 la fois troublante et enrichissante.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Silvia Giudice<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Giovanni Cittadini<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | En savoir plus. La pi\u00e8ce s\u2019ouvre sur les efforts d\u2019un couple pour avoir des enfants. 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