{"id":213,"date":"2015-12-17T19:30:49","date_gmt":"2015-12-17T18:30:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=213"},"modified":"2015-12-17T19:30:49","modified_gmt":"2015-12-17T18:30:49","slug":"dv8-physical-theatre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=213","title":{"rendered":"DV8 Physical Theatre"},"content":{"rendered":"<p>Danse | La Villette | <a href=\"http:\/\/lavillette.com\/evenement\/dv8-physical-theater\/\">En savoir plus.<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Perdu dans le labyrinthe de sa propre conscience, un homme remonte le temps et nous plonge dans la vie tourment\u00e9e qu\u2019il a travers\u00e9e. Cet homme, c\u2019est \u00ab John \u00bb. Incarn\u00e9 par Hannes Langolf, il est inspir\u00e9 d\u2019un homme qui a v\u00e9ritablement exist\u00e9, un anglais que le chor\u00e9graphe australien Lloyd Newson, \u00e0 la t\u00eate de la compagnie DV8, a rencontr\u00e9 et avec qui il a fait de longs entretiens qui forment la base de ce spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Villette, du 9 au 19 d\u00e9cembre, le spectacle est un condens\u00e9 de ces entretiens. Condens\u00e9 qui ne se r\u00e9sume pas qu\u2019\u00e0 des mots. Le verbe se conjugue avec le geste, les deux s\u2019entrechoquent et fusionnent, s\u2019incarnent : <em>John<\/em> n\u2019est pas simplement une chor\u00e9graphie, ce travail est le d\u00e9ploiement plein du verbe jusque dans les vibrations du corps. Il met en sc\u00e8ne, plus encore, met en corps, la vie de \u00ab John \u00bb, sans tabou, de l\u2019alcoolisme \u00e0 l\u2019inceste, de la drogue aux saunas gay, donnant parole cr\u00fbment \u00e0 la mis\u00e8re dans laquelle cet homme a v\u00e9cu, non sans un certain humour, qui fait saillir plus encore la souffrance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor est dispos\u00e9 sur un plateau tournant qui entra\u00eene, comme dans une spirale infernale, les danseurs de sc\u00e8ne-tableau en sc\u00e8ne-tableau. A chaque tableau, un r\u00e9cit, un \u00e9chec, un espoir de la part de John, qui capte l\u2019attention du spectateur et le fascine. Au fur et \u00e0 mesure, il refait sa propre d\u00e9couverte, sa propre errance, qui se figure dans la mise en sc\u00e8ne m\u00eame : les d\u00e9cors d\u00e9filent, tournent et tournent encore, comme dans un v\u00e9ritable labyrinthe, sans qu\u2019il ne semble pouvoir trouver de repos. Errance du corps aussi, qui se cherche, dont les gestes se r\u00e9p\u00e8tent, se transforment, changent selon le r\u00e9cit (saccad\u00e9s au d\u00e9but du spectacle, ils deviennent de plus en plus sensuels), et dont la sexualit\u00e9 se d\u00e9voile peu \u00e0 peu. Errance des corps, qu\u2019il rencontre et qui s\u2019entrecroisent, se poursuivent furtivement dans la seconde partie (consacr\u00e9e au sauna gay), et dont le nombre s\u2019amenuise peu \u00e0 peu pour le laisser seul.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une mise en corps du verbe, c\u2019est aussi, et surtout, une critique sociale ac\u00e9r\u00e9e, qui force sans m\u00e9nagement le spectateur \u00e0 regarder ce dont ces yeux habituellement se d\u00e9tournent. Politiquement engag\u00e9, le spectacle aborde sans complexe la question de la mis\u00e8re sociale, de l\u2019alcoolisme et la drogue, mais aussi de l\u2019homosexualit\u00e9 : l\u2019isolement de \u00ab John \u00bb est le sympt\u00f4me de chacun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le r\u00e9cit, en anglais, a pu perdre quelques non anglicistes, qui ont \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s de se mettre \u00e0 distance du spectacle pour lire les sous-titres fran\u00e7ais, cela n\u2019emp\u00eache pas le spectacle de frapper le spectateur de sa puissante force vitale, qui semble constamment rena\u00eetre, dans les mots comme dans les gestes, et qui nous entra\u00eene au plus profond de la vie de \u00ab John \u00bb.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Claire Nalin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lloyd Newson est un chor\u00e9graphe australien qui a fond\u00e9 la compagnie <em>DV8 Physical Theatre<\/em>, avec laquelle il pr\u00e9sente son dernier spectacle John, d\u2019une dur\u00e9e d\u20191h15, en anglais surtitr\u00e9, au Th\u00e9\u00e2tre de la Villette \u00e0 Paris, apr\u00e8s l\u2019avoir pr\u00e9sent\u00e9 avec succ\u00e8s au Festival d\u2019Automne.<\/p>\n<p>Ce spectacle narre l\u2019histoire vraie de John, un anti-h\u00e9ros marginalis\u00e9 qui erre dans les quartiers populaires londoniens, capitale de l\u2019Angleterre. Apr\u00e8s une enfance marqu\u00e9e par la violence et l\u2019alcool, ce personnage nous d\u00e9voile son quotidien d\u00e9prav\u00e9, menant une vie entre drogues et d\u00e9linquance (prison, violence, viol), l\u2019homosexualit\u00e9 masculine tenant une place pr\u00e9dominante. Ces sujets sont chers \u00e0 la compagnie, ce qui se retrouve dans leur nom-m\u00eame, DV8, prononc\u00e9 \u00ab <em>deviate<\/em> \u00bb, ce qui signifie <em>d\u00e9viant<\/em> : c\u2019est un th\u00e9\u00e2tre-danse militant, bas\u00e9 sur le r\u00e9el et les profondeurs d\u2019un \u00eatre humain qui se perd, dans Londres comme dans sa vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Neuf acteurs-danseurs incarnent sa chor\u00e9graphie entre le classique et moderne, assez ind\u00e9finissable (volontairement sans doute), d\u2019une beaut\u00e9 captivante, toute en couleur et en \u00e9motion, gr\u00e2ce au talent des interpr\u00e8tes qui est ind\u00e9niable et qui nous ravit. La majeure partie de l\u2019histoire se d\u00e9roule dans un sauna homosexuel, ce qui donne lieu \u00e0 des danses tr\u00e8s sulfureuses. La grande impudeur qui ressort de l\u2019audace du chor\u00e9graphe peut mettre mal \u00e0 l\u2019aise du spectateur, mais il serait dommage d\u2019en rester l\u00e0, car la perfection de l\u2019harmonie des corps permet de l\u2019accepter en tant qu\u2019\u0153uvre artistique : la vulgarit\u00e9 est l\u00e9gitim\u00e9e par la coh\u00e9rence du spectacle. Ils r\u00e9alisent en fait un v\u00e9ritable tour de force : ils parviennent, \u00e0 travers leur mise en sc\u00e8ne et leur travail des corps et d\u2019interpr\u00e9tation, d\u2019une haute technicit\u00e9, \u00e0 nous faire sortir des tabous, \u00e0 nous faire regarder ceux sur quoi nous fermons les yeux, \u00e0 briser les codes de notre soci\u00e9t\u00e9 en mettant en sc\u00e8ne les rejet\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9, les femmes, les vieux, et les homosexuels. Comme \u00e0 son habitude, l\u2019auteur d\u00e9nonce les injustices de notre soci\u00e9t\u00e9 en mettant en lumi\u00e8re les marginalis\u00e9s et la mis\u00e8re sociale. Il nous oblige \u00e0 sortir de notre hypocrisie : si cela peut en d\u00e9ranger plus d\u2019un, c\u2019est tant mieux, car cela ne g\u00e2che en rien la somptuosit\u00e9 du spectacle, qui en fait une v\u00e9ritable r\u00e9ussite ! Le spectacle soul\u00e8ve ainsi la question de l\u2019identit\u00e9 \u00e0 travers le personnage de John, dont l\u2019humanit\u00e9 le rattache \u00e0 chacun de nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La chor\u00e9graphie se d\u00e9roule sur un plateau tournant sans cesse, faisant place aux va-et-vient des danseurs, le mouvement est perp\u00e9tuel, continu, avec des jeux de lumi\u00e8re constants. Cependant, les surtitres prennent une place importante, les r\u00e9pliques sont longues, il y a donc beaucoup de lecture, ce qui peut faire perdre de son charme au spectacle. N\u00e9anmoins, le texte et ses propos crus et touchants sont un bonheur pour quiconque ma\u00eetrise l\u2019anglais, et n\u2019aurait pu \u00eatre transmis de la m\u00eame fa\u00e7on en fran\u00e7ais. Peut-\u00eatre que des surtitres plus succincts \u00e9viteraient de perdre certains spectateurs\u2026<br \/>\nLe tout est rendu d\u2019autant plus parlant pour le spectateur par son aspect de \u00ab docufiction \u00bb perceptible, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019auteur met en sc\u00e8ne un r\u00e9cit bas\u00e9 sur une intense recherche de r\u00e9alisme. En effet, Lloyd Newson, fils d\u2019ouvrier, s\u2019est lanc\u00e9 dans une cinquantaine d\u2019entretiens avec divers hommes autour des th\u00e8mes de la sexualit\u00e9 et ses travers, de l\u2019inceste aux orgies, d\u2019amour, de drogues et d\u2019alcoolisme, et des probl\u00e8mes psychologiques, ce qui se ressent dans la repr\u00e9sentation. Il ne veut rien cacher, rien embellir, rien minimiser, et nous offre un r\u00e9cit sans mensonges, plut\u00f4t sordide mais plein d\u2019\u00e9motions. Un spectacle impressionnant et militant qui vaut le d\u00e9tour.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">C\u00e9cile Heintzmann<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du 9 au 19 d\u00e9cembre 2015, la compagnie britannique de Lloyd Newson, <em>DV8 Physical Theatre<\/em>, pr\u00e9sente \u00e0 la Villette sa derni\u00e8re cr\u00e9ation, <em>JOHN<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est une histoire, presque un documentaire, sur John, un homme \u00e0 la d\u00e9rive qui connait la d\u00e9pression, les drogues, la prison. Ce n\u2019est pas optimiste, pas pessimiste non plus. John finit par sortir de prison, d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ne pas replonger. Le spectacle prend alors un autre tournant, et nous plonge dans un nouvel univers, celui d\u2019un sauna gay, o\u00f9 se croisent des corps nus ou envelopp\u00e9s d\u2019une serviette, les patrons et les clients, qui prennent le relai de John et se confient \u00e0 leur tour aux spectateurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est pas vraiment de la danse, ce n\u2019est pas vraiment du th\u00e9\u00e2tre. Ce sont des personnages qui s\u2019expriment par la voix et le corps ; une sorte d\u2019expression totale et symboliste qui m\u00eale les mots, la musique et la chor\u00e9graphie. Le ballet est parfaitement ma\u00eetris\u00e9 et captive jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re minute. Les \u00e9motions sont pr\u00e9sentes, de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 au grave (il est question de drogues, du sida), les anecdotes se suivent au fil des m\u00e9tamorphoses d\u2019un d\u00e9cor pivotant tr\u00e8s ing\u00e9nieux. Une porte s\u2019ouvre, une autre se ferme, de nouvelles pi\u00e8ces apparaissent, les corps et les voix se succ\u00e8dent dans un rythme \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre parfait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On est bien d\u00e9\u00e7u quand la lumi\u00e8re se rallume, tant on voudrait que se poursuive le spectacle. Finalement le seul point noir est que la lecture des surtitres nous fait perdre un peu de la chor\u00e9graphie. Mais les non anglophones devront payer ce prix, dont ils seront d\u00e9dommag\u00e9s par le plaisir d\u2019entendre cet anglais d\u00e9licatement cru et familier, et le moment agr\u00e9able que <em>JOHN<\/em> ne manquera pas de leur faire passer.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Mathilde Bernardot<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le p\u00e8re de John \u00e9tait un homme violent. Il aimait attacher son fils au lit et le fouetter avec sa ceinture. Quand sa fille prenait du poids, il clouait une planche \u00e0 la porte de sa chambre pour qu&rsquo;elle arr\u00eate de manger. Il faisait \u00e7a pour son bien. La m\u00e8re de John, c&rsquo;\u00e9tait autre chose. Elle emmenait ses enfants avec elle, au magasin, pour ne pas attirer l&rsquo;attention, et puis elle volait, de tout, m\u00eame les uniformes, pour l&rsquo;\u00e9cole, qu&rsquo;elle revendait aux voisines \u00e0 moiti\u00e9 prix. La m\u00e8re de John ne quittait jamais la maison, sauf les soirs o\u00f9 elle allait jouer au bingo. Un jour, elle a gagn\u00e9. John n&rsquo;a pas eu une enfance facile, et les choses ne se sont pas arrang\u00e9es par la suite. John a connu tous les vices\u00a0: le vol, l&rsquo;alcool, l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne. Quand il a enfin r\u00e9ussi \u00e0 se calmer, il s&rsquo;est mis \u00e0 manger, beaucoup. Il a d\u00e9pass\u00e9 les cent cinquante kilos. John est all\u00e9 en prison aussi\u00a0: \u00e7a devait bien finir par arriver. Il en a pris pour cinq ans. Il a mis le feu \u00e0 l&rsquo;immeuble, oui, peut-\u00eatre, enfin, il ne sait plus. Mais, il avait bu, il avait pris des m\u00e9dicaments, il n&rsquo;avait pas voulu tout \u00e7a, et donc il en a pris pour cinq ans seulement. En prison, il a bien fallu s&rsquo;occuper. La musculation\u00a0a \u00e9t\u00e9 sa nouvelle drogue. Souvent, les gens perdent des ann\u00e9es de leur vie en prison. Mais \u00e7a, \u00e7a vaut pour les autres. John n&rsquo;est pas comme tout le monde. Pour John, au contraire, la prison a \u00e9t\u00e9 un \u00e9lixir de jouvence. Il \u00e9tait plus jeune \u00e0 la sortie qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e\u00a0: m\u00e9taboliquement du moins, il avait gagn\u00e9 quelques d\u00e9cennies. Rien de tel que la prison pour se refaire une sant\u00e9. Il y a eu les filles aussi. Beaucoup de filles, beaucoup de robes sur des cintres. Il y a eu Bianca, surtout. Mais, Bianca \u00e9tait s\u00e9ropositive et elle ne supportait pas le traitement. Elle l&rsquo;a arr\u00eat\u00e9. Et puis, elle est devenue malade. Et elle a fini par mourir, Bianca. John a un fils, aussi, quelque part, un fils de voleur, un fils de fou.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;avais lu une critique du spectacle sur le site de T\u00e9l\u00e9rama, o\u00f9 il \u00e9tait question d&rsquo;une trop longue sc\u00e8ne dans un sauna gay londonien. Au d\u00e9but, je me suis aussi dit, elle est \u00e9tonnante cette sc\u00e8ne, mais, quand est-ce qu&rsquo;on se rhabille et qu&rsquo;on en revient \u00e0 la vie de John\u00a0? Et puis, j&rsquo;ai compris qu&rsquo;on n&rsquo;en reviendrait pas \u00e0 la vie de John, telle qu&rsquo;elle \u00e9tait racont\u00e9e dans la premi\u00e8re partie. J&rsquo;ai fait le deuil de la r\u00e8gle d&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;action, et je ne m&rsquo;en suis que mieux port\u00e9e. Je me suis laiss\u00e9e embarquer par cette sc\u00e8ne, par ce tourniquet de serviettes blanches. C&rsquo;est plus qu&rsquo;une sc\u00e8ne en r\u00e9alit\u00e9. C&rsquo;est toute la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du spectacle qui se passe dans ce sauna gay londonien. Pour bien comprendre cela, il faut revenir \u00e0 la d\u00e9marche de Lloyd Newson, \u00e0 la gen\u00e8se de la pi\u00e8ce. Elle est n\u00e9e d&rsquo;une enqu\u00eate sociologique dans un sauna gay londonien. John \u00e9tait l&rsquo;un des clients du sauna, et sa vie invraisemblable a eu vite fait de monopoliser l&rsquo;attention de l&rsquo;\u00e9quipe. La pi\u00e8ce est donc n\u00e9e d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;entretiens avec John. Il cumule tous les vices\u00a0: le vol, l&rsquo;alcool, l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne et l&rsquo;existence. Il est m\u00eame venu voir la pi\u00e8ce cinq fois\u00a0: il s&rsquo;y est pleinement reconnu. La deuxi\u00e8me partie de la pi\u00e8ce, donc, c&rsquo;est la derni\u00e8re partie connue de la vie de John. C&rsquo;est la derni\u00e8re partie au sens chronologique du terme, mais en un sens, le spectacle aurait pu d\u00e9buter par cette seconde partie, puisque c&rsquo;est au sauna que tout commence, avec la rencontre de John. Le sauna gay donc. On nous explique la politique de la maison. Le sauna gay permet de faire des rencontres qui n&rsquo;engagent \u00e0 rien. <em>You can go there to fuck, but you don&rsquo;t have to. You can also just hang out<\/em>. Certains viennent pour regarder des films porno, alors qu&rsquo;ils pourraient tr\u00e8s bien le faire chez eux. Au sauna gay, on n&rsquo;a rien contre la morale, surtout quand \u00e7a peut rapporter. On recommande le port du pr\u00e9servatif. C&rsquo;est une maison honn\u00eate, ici. Et si les clients n&rsquo;en mettent pas, on peut difficilement les y contraindre. Sans pr\u00e9servatif, c&rsquo;est quand m\u00eame autre chose. Et puis, si on contamine quelqu&rsquo;un, on peut difficilement nous retrouver. C&rsquo;est commode, le sauna gay. <em>Filthy but clean<\/em>. Et puis, les drogues, aussi, on est contre, au sauna gay, surtout depuis qu&rsquo;on a eu un mort. La m\u00e8re a voulu voir la cabine, voir o\u00f9 son fils avait perdu la vie. On veut pas d&rsquo;histoires, nous. La morale, oui, on est pour. Juste assez pour faire des affaires, apr\u00e8s, pour le reste, chacun fait ce qu&rsquo;il veut. John, il \u00e9tait h\u00e9t\u00e9ro, enfin, il croyait, ou du moins il esp\u00e9rait. Il y a eu les filles, pour se sevrer. Un jour, il a rencontr\u00e9 un motard et lui a propos\u00e9 de venir chez lui. Il a fallu expliquer tout \u00e7a \u00e0 sa copine. Elle n&rsquo;avait rien contre sa bisexualit\u00e9. Et il y a eu les saunas gays, \u00e0 sa sortie de prison. John voudrait une vie normale. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il cherche dans les saunas gays. Il cherche des corps normaux, pas des gros bras comme lui. Des corps blancs et fluets, des corps de rockstars des seventies. Le corps qu&rsquo;il aurait voulu avoir, quoi. Un corps pour se racheter, un corps de la seconde chance, pour repartir \u00e0 z\u00e9ro. Une peau neuve, pour devenir normal.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">St\u00e9phanie Morel<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Laurent Philippe<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | La Villette | En savoir plus. Perdu dans le labyrinthe de sa propre conscience, un homme remonte le temps et nous plonge dans la vie tourment\u00e9e qu\u2019il a travers\u00e9e. Cet homme, c\u2019est \u00ab John \u00bb. 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