{"id":2233,"date":"2012-02-03T20:00:10","date_gmt":"2012-02-03T19:00:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=2233"},"modified":"2012-02-03T20:00:10","modified_gmt":"2012-02-03T19:00:10","slug":"la-dame-de-pique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=2233","title":{"rendered":"La Dame de Pique"},"content":{"rendered":"<p>Op\u00e9ra | Op\u00e9ra Bastille | <a href=\"https:\/\/www.opera-online.com\/columns\/alainduault\/la-dame-de-pique-de-tchaikovski-a-lopera-bastille-fevrier-2012\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">La musique instrumentale de Tchaikovsky est d&rsquo;une grande puissance dramatique et \u00e9motionnelle, et ce m\u00eame dans ses compositions de nature \u00ab\u00a0l\u00e9g\u00e8re\u00a0\u00bb comme ses ballets et pi\u00e8ces de divertissement. La production de son op\u00e9ra <em>La Dame de Pique <\/em>cet hiver 2012 \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 sans beaucoup d&rsquo;anticipation de la part de m\u00e9lomanes et curieux confondus. Cet op\u00e9ra, l&rsquo;avant-dernier du compositeur, est un des deux \u00e0 \u00eatre fr\u00e9quemment mis en sc\u00e8ne dans le monde occidental (avec <em>Eug\u00e8ne On\u00e9guine<\/em> \u00e9galement d&rsquo;apr\u00e8s Pouchkine). Pourtant Tchaikovsky en a compos\u00e9 11 au total.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">En cr\u00e9ant <em>La Dame de Pique<\/em> en 1890 Tchaikovsky a voulu donner un sens de proximit\u00e9 et chaleur sentimentale au texte de Pouchkine, fantastique, d\u00e9tach\u00e9 et cynique. En collaboration avec son fr\u00e8re ils ont refait l&rsquo;oeuvre pour qu&rsquo;elle devienne une sorte de trag\u00e9die amoureuse avec un commentaire sociale d\u00e9guis\u00e9 en costume du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Le t\u00e9nor Russe Vladimir Galouzine joue Hermann, officier ali\u00e9n\u00e9 et troubl\u00e9 par son amour pour Lisa (soprano Olga Guryakova), petite fille d&rsquo;une Comtesse imp\u00e9riale (mezzo-soprano Larissa Diadkova) qui avait perdu et regagn\u00e9 sa fortune aux cartes selon la l\u00e9gende; ainsi que pour son d\u00e9sir obsessionnel d&rsquo;apprendre ce secret. Dans cette production Lev Dodin, metteur en sc\u00e8ne, a voulu, quant \u00e0 lui, donner un peu plus de structure dramatique et de coh\u00e9rence pr\u00e9sentant le spectacle comme un long-flashback psychiatrique imaginaire et pr\u00e9caire qui se d\u00e9noue en trag\u00e9die romantique, suicidaire et r\u00e9elle. L&rsquo;ali\u00e9nation et la maladie sociale d&rsquo;Hermann sont mises en avant habilement avec sa pr\u00e9sence quasi exclusive dans un plan hospitalier et d\u00e9tach\u00e9 du contexte (l&rsquo;autre plan sur sc\u00e8ne). Pleine de bonnes astuces sc\u00e9niques comme celle-ci, cette production r\u00e9ussi, plus ou moins, \u00e0 masquer les faiblesses structurelles du livret de Modeste Tchaikovsky. Ne voulant pas insister sur le fantastique ni l&rsquo;exc\u00e8s romantique, la mise en sc\u00e8ne d\u00e9pouill\u00e9e peut devenir monotone. Les d\u00e9cors de David Borovsky sont de nature minimaliste sans \u00eatre vraiment contemporains. Il fait, au contraire, un clin d&rsquo;\u0153il au N\u00e9o-Classicisme de la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, avec des colonnes grecques et des sculptures antiques. Les costumes d&rsquo;\u00e9poque de Chlo\u00e9 Obolensky pr\u00e9voyaient plut\u00f4t les t\u00e9n\u00e8bres du XIXe si\u00e8cle que la grandeur du XVIII<sup>e<\/sup>, donnant discr\u00e8tement un peu plus de fid\u00e9lit\u00e9 psychologique \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, malgr\u00e9 l&rsquo;apparente incoh\u00e9rence.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Dimitri Jurowsky a une ma\u00eetrise totale de l&rsquo;orchestre, et celui-ci joue avec beaucoup de pathos romantique, notamment dans l&rsquo;ouverture ex\u00e9cut\u00e9e de fa\u00e7on magistrale et dans les morceaux caract\u00e9ristiques comme l&rsquo;orage du premier acte. Il est plein de vitalit\u00e9 et de brio sans pour autant \u00eatre insensible aux nuances morales de l&rsquo;op\u00e9ra. Le choix de tempo est efficace pour la plupart. Le pastiche mozartien et la sc\u00e8ne estivale ont \u00e9t\u00e9 dans ce point divertissants et vivaces plus que d\u00e9plac\u00e9s et ennuyeux. La direction du ch\u0153ur a \u00e9t\u00e9 moins r\u00e9ussie du point de vue de la diction et du phras\u00e9, sans perdre, heureusement, sa pertinence et son r\u00f4le dramatique; tendre et plein de gr\u00e2ce dans quelques passages, sombre et solennel dans d&rsquo;autres.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">L&rsquo;orchestre pour Tchaikovsky est certainement un des protagonistes de l&rsquo;op\u00e9ra, cependant il l&rsquo;est discr\u00e8tement et avec beaucoup d&rsquo;intellect; un accompagnant impressionnant des moments de grande\u00a0 puissance sentimentale. Les personnages secondaires dans cette soir\u00e9e \u00e0 Bastille ont eu pourtant une grande importance et un grand impact. Evgeny Nikitin en Comte Tomski a fait preuve d&rsquo;une grande et forte voix de baryton avec une immense pr\u00e9sence musicale et comp\u00e9tence dramatique Le Prince Eletski du baryton fran\u00e7ais Ludovic T\u00e9zier a \u00e9t\u00e9 une d\u00e9lice sonore sans pareil chez les hommes de La Dame de Pique. Sa performance a \u00e9t\u00e9 brillante et sensible sans avoir recours aux feux d&rsquo;artifices vocaux. Il a montr\u00e9 dans son interpr\u00e9tation que ses passions sont nobles et qu&rsquo;il les ma\u00eetrise avec honneur et \u00e9l\u00e9gance.<br \/>\nLa mezzo-soprano Arm\u00e9nienne Varduhi Abrahamyan dans le r\u00f4le de Paulina, amie et confidente de Lisa, l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, a \u00e9merveill\u00e9 le public avec son \u00e9norme sensibilit\u00e9 musicale et sa diction claire et nette. Chanteuse d&rsquo;une grande musicalit\u00e9 et pr\u00e9sence sc\u00e9nique, son interpr\u00e9tation a \u00e9t\u00e9 sinc\u00e8re dans les limites du livret. Elle a nuanc\u00e9 brillamment les contours sombres et \u00e9clair\u00e9s de son duo idyllique avec Lisa et de son solo nostalgique \u00e9galement.<br \/>\nLe personnage de la Comtesse est rempli de myst\u00e8re. Dans ce r\u00f4le la mezzo-soprano Russe Larissa Diadkova a eu une performance tout-\u00e0-fait correcte du point de vue technique, de la diction et du drame. Cependant l&rsquo;interpr\u00e9tation manquait parfois d&rsquo;\u00e9quilibre. Sa r\u00eaverie \u00e0 la Fran\u00e7aise fut plut\u00f4t un cauchemar ; ce qui para\u00eet \u00eatre fait expr\u00e8s tenant en compte le destin imm\u00e9diat du personnage. L&rsquo;\u00e9lan m\u00e9lancolique et l&rsquo;impulse plaintif a \u00e9t\u00e9 montr\u00e9 avec une superbe habilet\u00e9 et sensibilit\u00e9, mais le choc qui a caus\u00e9 la mort fut sans couleur et sans saveur faisant d&rsquo;une sc\u00e8ne importante et profonde un tableau l\u00e9ger et superficiel.<br \/>\nLa soprano Russe Olga Guryakova dans le r\u00f4le de Lisa a eu une magnifique ma\u00eetrise vocale mais son interpr\u00e9tation a \u00e9t\u00e9 d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e. Ceci est un fait int\u00e9ressant si l&rsquo;on consid\u00e8re le dualit\u00e9 implicite de La Comtesse\/Lisa dans l&rsquo;\u0153uvre et dans leur rapport avec Hermann. Elle arrive \u00e0 transmettre avec ing\u00e9nuit\u00e9 et sinc\u00e9rit\u00e9 son chagrin d&rsquo;amour. N\u00e9anmoins, son suicide, l&rsquo;accumulation de passion romantique des plumes jointes des fr\u00e8res Tchaikovsky, a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une p\u00e2leur insupportable et beaucoup trop contrastant avec le drame.<br \/>\nHermann, l&rsquo;anti-h\u00e9ros d&rsquo;inspiration mozartienne a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9 passionn\u00e9ment par le tr\u00e8s talentueux t\u00e9nor Russe Vladimir Galouzine. Sa voix, velout\u00e9e et puissante, est beaucoup plus attirante que la psychologie de son personnage. En fait, Hermann souffre mieux de ce qu&rsquo;il s\u00e9duit. Ceci est un aspect d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, qui montre les parall\u00e9lismes et contrastes entre le romantisme musical et les Lumi\u00e8res ; Hermann l&rsquo;anti-h\u00e9ros perturb\u00e9 et d\u00e9lirant et Don Juan l&rsquo;anti-h\u00e9ros troublant et irr\u00e9sistible. Le pathos monumental suite \u00e0 la mort de La Comtesse a \u00e9t\u00e9 un moment touchant et bouleversant sans comparaison. Au final, Galouzine arrive a cr\u00e9er un portrait exquis d&rsquo;un assoiff\u00e9 de l&rsquo;argent.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">L&rsquo;\u00e9vidente inspiration mozartienne peut para\u00eetre superficielle. Un peu de r\u00e9flexion et d&rsquo;analyse de l&rsquo;argument nous montrent cependant qu&rsquo;il s&rsquo;ag\u00eet d&rsquo;une partie d\u00e9terminante du drame. Plusieurs fois dans l&rsquo;op\u00e9ra on fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la grandeur, la classe et la beaut\u00e9 d&rsquo;auparavant et d&rsquo;ailleurs. Le rejet \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9 et \u00e0 la culture locale ainsi que le regard nostalgique et admiratif envers le pass\u00e9 et \u00e0 la richesse associ\u00e9 \u00e0 ce pass\u00e9, sont l&rsquo;axe autour duquel orbitent les passions et les malheurs d&rsquo;Hermann et de La Comtesse. Il n&rsquo;est pas tir\u00e9 des cheveux d&rsquo;y voir le compositeur se repr\u00e9sentant dans son \u0153uvre, puisque sa correspondance et son opus montrent \u00e0 quel point il adorait Mozart et l&rsquo;Art du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et comment il se sentait \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de ses compatriotes malgr\u00e9 son esprit russe ind\u00e9l\u00e9bile et inconditionnel. Ironiquement, Tchaikovsky, le compositeur Russe et romantique par excellence n&rsquo;a pas fait partie du \u00ab\u00a0Groupe des Cinq\u00a0\u00bb, d\u00e9fenseurs de la musique russe d\u00e9tach\u00e9e de l&rsquo;influence occidentale.<em> La Dame de Pique<\/em> demeure en fin de compte, malgr\u00e9 sa nature cosmopolite et anachronique, un des meilleurs et plus beaux exemples de l&rsquo;op\u00e9ra russe du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. &#8211; <strong>Sabino Pena Arcia <\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra | Op\u00e9ra Bastille | En savoir plus La musique instrumentale de Tchaikovsky est d&rsquo;une grande puissance dramatique et \u00e9motionnelle, et ce m\u00eame dans ses compositions de nature \u00ab\u00a0l\u00e9g\u00e8re\u00a0\u00bb comme ses ballets et pi\u00e8ces de divertissement. 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