{"id":2241,"date":"2012-03-07T20:00:48","date_gmt":"2012-03-07T19:00:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=2241"},"modified":"2012-03-07T20:00:48","modified_gmt":"2012-03-07T19:00:48","slug":"didon-and-aeneas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=2241","title":{"rendered":"Dido and Aeneas"},"content":{"rendered":"<p>Op\u00e9ra | Op\u00e9ra comique | <a href=\"https:\/\/www.opera-comique.com\/fr\/saisons\/saison-2011-2012\/mars\/dido-and-aeneas\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong><span style=\"font-size: 12px\"><em>Didon and Aeneas<\/em>, Op\u00e9ra de Henry Purcell \u00e0 l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.opera-comique.com\/\">Op\u00e9ra Comique<\/a>. <\/span><\/strong><\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Benmohammed\">La critique de Nedjma Benmohammed<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#G.Besan\u00e7on\">La critique de Guilhem Besan\u00e7on<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#colodiet\">La critique de Stanislas Colodiet<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#D\u00e9on\">La critique de Maxence D\u00e9on<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Edom\">La critique de Fran\u00e7ois Edom<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Fedorkowa\">La critique de Irena Fedorkowa<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Mandula\">La critique de Aleth Mandula<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Meyer\">La critique de Elizabeth Meyer<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Weidner\">La critique de Alix Weidner<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Anonyme\">Lire une critique anonyme<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Anonyme 2\">Lire une critique anonyme<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#anonyme 3\">Lire une critique anonyme<\/a><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Benmohammed\"><\/a>Ce mercredi 7 mars, on a pu assister \u00e0 une repr\u00e9sentation de l\u2019op\u00e9ra <em>Dido and Aenas<\/em> de Purcell \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Comique, salle Favart. William Christie dirigeait les Arts Florissants. Il s\u2019agissait ici d\u2019une adaptation de la production des Wiener Festwochen cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Vienne le 11 mai 2006. Le livret est de Nahum Tate, et reprend le r\u00e9cit de l\u2019\u00c9n\u00e9ide de Virgile.<\/span>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><em>Dido and Aenas<\/em> est un op\u00e9ra baroque en trois actes, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un prologue. Celui-ci \u00e9tait jou\u00e9 par la com\u00e9dienne Fiona Show. Ensuite commence l\u2019Acte 1\u00a0: Belinda, suivante de Dido, exhorte celle-ci \u00e0 laisser libre cours \u00e0 son amour pour Aenas, lequel est partag\u00e9. Cela assurerait la prosp\u00e9rit\u00e9 de Carthage. Mais Dido sait qu\u2019Aenas n\u2019est pas ma\u00eetre de sa destin\u00e9e, et qu\u2019il sera t\u00f4t ou tard rappel\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre par les dieux. La mezzo-soprano Malena Ernman \u00e9tait tr\u00e8s cr\u00e9dible dans le r\u00f4le de Dido. Reine tourment\u00e9e, elle a su retransmettre tout le drame de la situation, tant au niveau du jeu d\u2019acteur, que de son interpr\u00e9tation vocale aux accents graves. Contrastant avec ce timbre, celui plus clair de Belinda (la soprano Judith van Wanroij) qui tente de convaincre sa ma\u00eetresse. Arrive alors Aenas, qui d\u00e9clare son amour \u00e0 Dido. Celle-ci succombe, c\u2019est la fin de l\u2019acte 1.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Le changement de d\u00e9cor s\u2019effectue sous nos yeux\u00a0: les panneaux qui occupaient le fond de la sc\u00e8ne, repr\u00e9sentant le palais de Didon, pivotent. Ils laissent place \u00e0 un d\u00e9cor sombre\u00a0: nous sommes dans la grotte des sorci\u00e8res. La magicienne (Hilary Summers), v\u00eatue d\u2019une robe-pantalon noire et d\u2019une perruque rouge, investit le r\u00f4le \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une rock star. Se promenant sur sc\u00e8ne, la clope \u00e0 la main, avec de petites lunettes noires, elle campe une interpr\u00e9tation r\u00e9solument moderne. Formant un trio diabolique avec ses acolytes sorci\u00e8res (C\u00e9line Ricci et Ana Quintans), elles nous donnent la vision d\u2019un sabbat shakespearien du 21<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u00a0: boisson, coca\u00efne, postures lascive\u2026 Ses phrases musicales se terminant souvent en rires hyst\u00e9riques, le trio fomente la chute de Carthage.\u00a0 Puis, les panneaux pivotent une nouvelle fois et d\u00e9voilent un plateau dans le style \u00ab\u00a0partie de campagne\u00a0\u00bb\u00a0: courtisans et couples amoureux sont \u00e9tendus sur des couvertures, des feuilles vertes tombent du ciel. La sc\u00e8ne est magnifique, et r\u00e9ellement convaincante. Mais l\u2019amour c\u00e9l\u00e9br\u00e9 est rapidement interrompu par un orage, et Aenas est tromp\u00e9 par l\u2019\u00e9missaire de la magicienne, qui le convainc de partir sur le champ.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Acte 3, les marins troyens s\u2019appr\u00eatent \u00e0 partir, tandis que les sorci\u00e8res se r\u00e9jouissent. Aenas veut rester aupr\u00e8s de Dido, mais celle-ci se f\u00e2che et le chasse. Finalement, elle se donne la mort sur l\u2019air magnifique \u00ab\u00a0When I am laid\u00a0\u00bb. Son jeu d\u2019acteur n\u2019aura jamais \u00e9t\u00e9 plus convaincant que lors de cette sc\u00e8ne finale, o\u00f9 elle s\u2019\u00e9teint dans les bras de ses suivantes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Les d\u00e9cors, \u00e9pur\u00e9s, permettent aux acteurs de s\u2019\u00e9panouir pleinement en leur donnant une r\u00e9elle libert\u00e9 de jeu. Ils consistent en des panneaux pivotants, ainsi qu\u2019en un plateau l\u00e9g\u00e8rement sur\u00e9lev\u00e9 qui occupe le milieu de la sc\u00e8ne, et dont les mosa\u00efques et le carr\u00e9 central rempli d\u2019eau rappellent l\u2019atrium, pi\u00e8ce centrale de la villa romaine. De plus, les costumes, notamment pour les r\u00f4les f\u00e9minins, sont tr\u00e8s beaux et typ\u00e9s de l\u2019\u00e9poque baroque. Par ailleurs, on remarque l\u2019irruption r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de petites filles sur sc\u00e8ne et \u00e0 travers les trois actes, qui font partie de la Ma\u00eetrise des Hauts-de-Seine. Ce choix de mise en sc\u00e8ne, qui donne de la vitalit\u00e9 et du mouvement \u00e0 l\u2019op\u00e9ra, est sans doute pour rappeler le fait que la premi\u00e8re cr\u00e9ation connue de l\u2019\u0153uvre eut lieu dans le pensionnat de jeunes filles de Chelsea en 1689.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">J\u2019ai pour ma part ador\u00e9 cette interpr\u00e9tation, avec une mise en sc\u00e8ne (Deborah Warner) \u00e0 la fois moderne et respectueuse de l\u2019\u0153uvre. Le public est sorti enchant\u00e9, et particuli\u00e8rement conquis par le personnage de la sorci\u00e8re (Hilary Summers). Le seul regret ambiant \u00e9tait celui de la longueur de l\u2019op\u00e9ra\u00a0: \u00e0 peine 1h10..!\u00a0 &#8211; <strong>Nedjma Benmohammed<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"G.Besan\u00e7on\"><\/a>Dido et Aeneas est (malheureusement) l&rsquo;unique op\u00e9ra de Henry Purcell (1659-1695). Sa premi\u00e8re repr\u00e9sentation date de 1689 ; elle fut donn\u00e9e dans une \u00e9cole de jeunes filles, la \u00ab Boarding School for Girls \u00bb de Londres. C&rsquo;est un d\u00e9tail, mais qui a comme nous le verrons<br \/>\nson importance pour comprendre la mise en sc\u00e8ne \u00e0 laquelle nous avons assist\u00e9e. L&rsquo;origine de sa cr\u00e9ation reste myst\u00e9rieuse. On all\u00e8gue deux raisons : l&rsquo;op\u00e9ra aurait \u00e9t\u00e9 command\u00e9 \u00e0 Purcell apr\u00e8s le brillant (et bruyant) succ\u00e8s de l&rsquo;Esther de Racine, donn\u00e9e la m\u00eame ann\u00e9e par les Demoiselles de Saint-Cyr, les Anglais souhaitant montrer qu&rsquo;ils \u00e9taient tout aussi capables que leur vieil ennemi d&rsquo;outre-manche ; ou bien il aurait \u00e9t\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 la cour du roi Charles II, pour d&rsquo;obscures raisons politiques qui nous d\u00e9passent.\u00a0 Le livret,\u00a0 pr\u00e9cisons-le pour faire professionnel, est d&rsquo;un certain (ou du fameux, pour les connaisseurs) Nahum Tate. Enfin, l&rsquo;op\u00e9ra tient en un prologue et trois actes, et, ce qui est pour le moins surprenant quand on le d\u00e9couvre, en une heure et demie&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">La direction musicale \u00e9tait assur\u00e9e depuis le clavecin par le fameux William Christie, qui se trouvait \u00e0 la t\u00eate de son ensemble \u00ab Les Arts Florissants \u00bb, et la mise en sc\u00e8ne par Deborah Werner, le tout, disons-le d&#8217;embl\u00e9e, formant une r\u00e9ussite compl\u00e8te.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Avant m\u00eame l&rsquo;Ouverture, pendant que les spectateurs prennent place, toute une troupe de fillettes habill\u00e9es du m\u00eame costume bleu et blanc tir\u00e9 au cordeau joue sur le plateau&#8230;Amusant et ing\u00e9nieux clin d\u2019\u0153il \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de filles o\u00f9 fut cr\u00e9\u00e9 l&rsquo;op\u00e9ra. Les fillettes r\u00e9appara\u00eetront d&rsquo;ailleurs \u00e0 plusieurs reprises au cours des trois actes. Autre surprise, pendant l&rsquo;ouverture (tr\u00e8s belle), une com\u00e9dienne habill\u00e9e mi moderne-mi baroque r\u00e9cite des po\u00e8mes, dont nous n&rsquo;avons h\u00e9las pas pu identifier les auteurs. Une l\u00e9g\u00e8re peur dut na\u00eetre alors dans l&rsquo;esprit de plus d&rsquo;un spectateur : n&rsquo;aurons-nous donc pas droit \u00e0 une heure et demi de pur r\u00eave baroque, et nous faudra-t-il supporter \u00e0 la place un tissu d&rsquo;anachronismes new age ? L&rsquo;entr\u00e9e en sc\u00e8ne des chanteurs nous rassura imm\u00e9diatement : Didon, c&rsquo;est-\u00e0-dire la mezzo-soprano su\u00e9doise Malena Ernman, est v\u00eatue d&rsquo;une longue robe ivoire et or, \u00e0 peu pr\u00e8s comme nous imaginons une grande reine, et non pas en jean, ouf ! Suit l&rsquo;histoire d&rsquo;amour que tout le monde conna\u00eet, mais avec quelques retouches apport\u00e9es au texte de Virgile. La suivante et confidente de Didon, Belinda, tr\u00e8s bien interpr\u00e9t\u00e9e par Judith van Wanroij, la presse de laisser parler son c\u0153ur et d&rsquo;aimer sans scrupules. Celle-ci se rend \u00e0 ses sentiments apr\u00e8s un court dialogue avec En\u00e9e, le baryton Nikolay Borchev, qui nous a paru moins convaincant. Leur embrassade est f\u00eat\u00e9e par les suivantes et les fillettes. Le d\u00e9cor est d&rsquo;une \u00e9l\u00e9gante sobri\u00e9t\u00e9, les personnages \u00e9voluant autour d&rsquo;un bassin carr\u00e9 de mosa\u00efques rappelant les villas romaines.<br \/>\nLes changements de d\u00e9cors et d&rsquo;atmosph\u00e8res se font avec une remarquable fluidit\u00e9. Le ch\u0153ur qui appara\u00eet \u00e0 plusieurs reprises, s&rsquo;asseyant sur un long banc de bois, se fond parfaitement dans l&rsquo;espace et ne g\u00eane pas la dramaturgie. Didon et En\u00e9e filent donc le parfait amour, notamment dans une sc\u00e8ne champ\u00eatre toute de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0 que des sorci\u00e8res tout droit sorties de Shakespeare s&rsquo;en m\u00ealent. Par leur allure et leur costume, elles apportent une touche bouffonne (un peu rock) mais sans rien de forc\u00e9, car la bouffonnerie semble bien se trouver dans l&rsquo;op\u00e9ra lui-m\u00eame. L\u00e9ger b\u00e9mol, leurs voix avaient peut-\u00eatre tendance \u00e0 se faire un petit peu trop criardes tout de m\u00eame. Si mes souvenirs sont bons, c&rsquo;est au moment o\u00f9 les sorci\u00e8res complotent qu&rsquo;apparaissent, suspendus \u00e0 des cordes et se balan\u00e7ant au moins cinq m\u00e8tres au-dessus du plateau, trois acrobates, chacun muni d&rsquo;un grand ciseau : impressionnantes parques a\u00e9riennes. D\u00e9guis\u00e9e en messager des dieux, une des sorci\u00e8res fait croire \u00e0 En\u00e9e que Jupiter, courrouc\u00e9 par sa trop longue halte \u00e0 Carthage, veut\u00a0 qu&rsquo;il continue sa route. Le h\u00e9ros h\u00e9site puis se d\u00e9cide. Didon le fait revenir sur sa d\u00e9cision, mais c&rsquo;est finalement trop tard : puisqu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9solu \u00e0 partir, argue-telle, qu&rsquo;il parte&#8230; D\u00e9confit, En\u00e9e ordonne \u00e0 ses compagnons de pr\u00e9parer le d\u00e9part. Le spectateur ne peut \u00eatre qu&rsquo;\u00e9tonn\u00e9 \u2013 et d\u00e9\u00e7u &#8211; de l&rsquo;efficacit\u00e9 avec laquelle l&rsquo;affaire est pli\u00e9e. Il faut croire que pour Nahum Tate, les grandes \u00e2mes ne gaspillent pas leur temps en vains bavardages&#8230;Toujours est-il qu&rsquo;un peu plus de supplications furieuses ne nous e\u00fbt pas d\u00e9plu. Dernier acte : dans le port, les marins montent et descendent sur de grandes cordes rappelant les cordages des grands navires, au palais, Didon s&#8217;empoisonne et meurt dans les bras de Belinda, chantant un lamento magnifique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Ce fut donc une trop courte heure et demie de baroque somptueux \u00e0 tous points de vue, mais non sans la touche d&rsquo;humour et de bouffonnerie qui font partie int\u00e9grante de cet esprit. Le seul reproche que l&rsquo;on puisse faire va \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra lui-m\u00eame, qui semble trop court, tant on aimerait que la f\u00e9erie dure plus longtemps.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Merci au service culturel de la Sorbonne !\u00a0\u00a0 &#8211;\u00a0 <strong>G. Besan\u00e7on<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"colodiet\"><\/a><em>Dido and Aenas<\/em>, la double trahison d\u2019un mythe.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">La pi\u00e8ce \u00e0 laquelle le public a assist\u00e9 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra comique le 7 mars, n\u2019a plus grand chose \u00e0 voir avec le texte de Virgile. \u00a0Le po\u00e8me antique, met en balance\u00a0 l\u2019amour d\u2019En\u00e9e et son destin. Cet \u00e9pisode de <em>l\u2019En\u00e9ide<\/em> r\u00e9v\u00e8le En\u00e9e\u00a0 tiraill\u00e9 entre ses sentiments pour la reine de Carthage et sa mission\u00a0: fonder Rome. C\u2019est finalement la volont\u00e9 des dieux qui l\u2019emportera, abandonnant Didon \u00e0 la mort. C\u2019est un texte \u00e0 port\u00e9e morale et politique qui exalte la notion de devoir, on y retrouve la conception de la libert\u00e9 des anciens, d\u00e9crite par Benjamin Constant en 1819\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><em>Ainsi chez les anciens, l\u2019individu, souverain presque habituellement dans les affaires publiques, est esclave dans tous les rapports priv\u00e9s. Comme citoyen, il d\u00e9cide de la paix et de la guerre\u00a0; comme particulier, il est circonscrit, observ\u00e9, r\u00e9prim\u00e9 dans tous ses mouvements\u00a0; comme portion du corps collectif, il interroge, destitue, condamne, d\u00e9pouille, exile, frappe de mort ses magistrats ou ses sup\u00e9rieurs\u00a0; comme soumis au corps collectif, il peut \u00e0 son tour \u00eatre priv\u00e9 de son \u00e9tat, d\u00e9pouill\u00e9 de ses dignit\u00e9s, banni, mis \u00e0 mort, par la volont\u00e9 discr\u00e9tionnaire de l\u2019ensemble dont il fait partie.<\/em><br \/>\nBenjamin Constant, <em>De la libert\u00e9 des anciens compar\u00e9e \u00e0 celle des modernes<\/em>, 1819<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">Or, chez Henry Purcell il ne s\u2019agit plus d\u2019un conflit moral mais d\u2019une trag\u00e9die sentimentale o\u00f9 le principal obstacle n\u2019est plus le devoir mais la cruaut\u00e9 d\u2019une sorci\u00e8re, force impr\u00e9visible qui frappe tous ceux que la f\u00e9licit\u00e9 aurait combl\u00e9. Dans l\u2019Angleterre du XVIIe si\u00e8cle profond\u00e9ment marqu\u00e9 par l\u2019\u0153uvre de Shakespeare et les\u00a0 mises en sc\u00e8nes de masques par Inigo Jones, il \u00e9tait s\u00fbrement de bon ton de faire intervenir sorci\u00e8re et effets sp\u00e9ciaux. Cela change radicalement le sens de l\u2019\u00e9pisode qui perd tout sens politique. En\u00e9e n\u2019est plus le personnage principal, la tension est concentr\u00e9 sur le malheur de la reine de Carthage. D\u2019ailleurs, la prestation du baryton qui incarne En\u00e9e est nettement moins saisissante que la force du chant de Malena Ernman, Didon, salu\u00e9e par le public au moment de l\u2019ovation finale alors que \u00a0la r\u00e9plique \u00ab\u00a0 Remember me, but ah! forget my fate.\u00a0\u00bb r\u00e9sonne encore dans les c\u0153urs de chacun.<br \/>\nLe voyage du texte \u00e0 travers les si\u00e8cle se poursuit et le temps continue de travailler la mati\u00e8re litt\u00e9raire, ce mercredi c\u2019\u00e9tait la mise en sc\u00e8ne de Deborah Wagner qui proposait une nouvelle version du voyage d\u2019En\u00e9e . Un nouveau protagoniste prend le devant de la sc\u00e8ne, c\u2019est la magicienne qui \u00e9clipse de par sa voix et ses attitudes outr\u00e9es, Belinda la s\u0153ur de Didon qui a pourtant un r\u00f4le important dans le texte. Le contraste est fort entre la soeur, personnage sans saveur particuli\u00e8re, et la magicienne accompagn\u00e9e de ses deux acolytes n\u00e9o-gothiques qui se dopent \u00e0 la coca\u00efne. Le spectateur perd ses rep\u00e8res, les choix du metteur en sc\u00e8ne oscillent entre la vieille \u00e9cole du th\u00e9\u00e2tre de machine et des costumes \u00e0 la mode du XVIIe si\u00e8cle et la vogue pour le th\u00e9\u00e2tre contemporain. Ainsi, une trentaine de petits \u00e9coliers en uniforme moderne parcourent la pi\u00e8ce, des sorci\u00e8res miment des gestes obsc\u00e8nes, la magicienne fume. Les deux univers coexistent, pourtant la modernit\u00e9 ne s\u2019accorde pas avec l\u2019orchestre, dirig\u00e9 par William Christie sp\u00e9cialiste de la musique baroque, qui reste fid\u00e8le \u00e0 l\u2019esprit de Purcell. Le travestissement de la pi\u00e8ce ne suit donc pas une trame Fellinienne. L\u2019extravagance des sorci\u00e8res anesth\u00e9sie le drame, toutefois nous ne sommes pas dans une \u00e9criture de l\u2019absurde ma\u00eetris\u00e9e. Le message de la pi\u00e8ce se perd dans la cohabitation entre deux univers \u00e9trangers. Ce parti-pris mi figue mi-raisin est-il un manque d\u2019audace\u00a0? Si le propre de l\u2019op\u00e9ra comique est de m\u00e9langer les genres, est-il, \u00e9galement, de m\u00e9langer les styles\u00a0? &#8211; <strong>Stanislas Colodiet<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"D\u00e9on\"><\/a>La belle salle de l\u2019Op\u00e9ra Comique accueillait ce mercredi 7 mars 2012 une repr\u00e9sentation du c\u00e9l\u00e8bre <em>Dido and Aeneas<\/em> de Henry Purcell (1659-1695), son seul op\u00e9ra v\u00e9ritable\u00a0: le go\u00fbt anglais de l\u2019\u00e9poque lorgnait alors plus vers le semi-op\u00e9ra, qui alliait th\u00e9\u00e2tre avec quelques passages musicaux\u2026 ce qui est \u00e9galement une d\u00e9finition du genre fran\u00e7ais de l\u2019 \u00ab\u00a0op\u00e9ra-comique\u00a0\u00bb, qui donna son nom \u00e0 la fameuse salle de spectacle. Il est donc relativement naturel de retrouver le r\u00e9pertoire du compositeur anglais dans ce haut lieu de la vie musicale parisienne. D\u2019autant que le pr\u00e9lude de l\u2019\u0153uvre \u00e9tait parl\u00e9. Jusque l\u00e0 tout va bien, donc.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Et d\u2019ailleurs tout ira bien jusqu\u2019au bout. C\u2019est dans un Op\u00e9ra Comique bond\u00e9 que l\u2019excellent William Christie dirigeait la pi\u00e8ce. Fid\u00e8le \u00e0 ses interpr\u00e9tations baroques \u00e9clair\u00e9es et rigoureuses, il a pour l\u2019occasion choisi de faire jouer \u00e0 son ensemble Les Arts Florissants la partition (de quatre parties sans nomenclature instrumentale pr\u00e9cise) avec un assortiment d\u2019instruments \u00ab\u00a0anciens\u00a0\u00bb\u00a0: clavecin (duquel Christie dirigeait l\u2019ensemble), violes, th\u00e9orbe (parfois remplac\u00e9 par une guitare\u00a0!), cordes, le tout agr\u00e9ment\u00e9 de quelques bois (pour faire \u00ab\u00a0\u00e0 la fran\u00e7aise\u00a0\u00bb).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">La mise en sc\u00e8ne, sign\u00e9e Deborah Warner, se r\u00e9clamait moins quant \u00e0 elle de cette authenticit\u00e9 de repr\u00e9sentation\u00a0: l\u2019actrice Fiona Shaw appara\u00eet en jean et pieds nus pour le pr\u00e9lude, bient\u00f4t rejointe par d\u2019adorables jeunes \u00e9coli\u00e8res (cravate et jupe noires sur chemise blanche)\u00a0; les v\u00eatements des seconds r\u00f4les rappelaient pour leur part plus le creux du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle que la p\u00e9riode baroque. Il n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re que les premiers r\u00f4les qui \u00e9taient, dans la fa\u00e7on de se v\u00eatir, plus \u00ab\u00a0sages\u00a0\u00bb (Didon, Belinda et \u00c9n\u00e9e), dans leurs belles tenues baroques. Enfin, le diabolique trio de sorci\u00e8res jouait sur le grotesque pour les rendre d\u00e9testables dans leur qu\u00eate du malheur des autres\u00a0: toutes en noire fa\u00e7on \u00ab\u00a0punkettes\u00a0\u00bb, except\u00e9e leur meneuse qui \u00e9tait accoutr\u00e9e d\u2019une horrible perruque rouge dont la forme peut rappeler les cornes du diable, et toujours d\u2019une cigarette pour garantir l\u2019effet comique. Plusieurs choix surprenants pour une mise en sc\u00e8ne qui ne manquait finalement pas de po\u00e9sie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">C\u2019est d\u2019ailleurs sur l\u2019humour que Deborah Warner s\u2019est centr\u00e9e pour cette production afin de moderniser l\u2019intrigue et de mettre en avant les expressions. Ainsi, la sc\u00e8ne de chasse devient le lieu d\u2019un charmant pique-nique champ\u00eatre agr\u00e9ment\u00e9 d\u2019amusants jeux entre Didon et \u00c9n\u00e9e, le tout pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par une surprenante beuverie des sorci\u00e8res draguant de jeunes hommes-victimes (quant on sait qu\u2019elles sont originellement une all\u00e9gorie du catholicisme mena\u00e7ant l\u2019ordre anglican, \u00e7a a de quoi faire sourire, ou r\u00e9fl\u00e9chir\u2026).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Et surtout, la pr\u00e9sence toujours hilarante des enfants, tant\u00f4t danseuses, tant\u00f4t joueuses, toujours chipies (quel plaisir de les voir zyeuter discr\u00e8tement le couple royal s\u2019embrassant pour la premi\u00e8re fois), qui dans la fra\u00eecheur de leur innocence, apportaient \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 l\u2019humour de la mise en sc\u00e8ne.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Si bien qu\u2019au moment o\u00f9 sonnent les premi\u00e8res notes de la larmoyante et g\u00e9niale descente chromatique de la basse du dernier air (v\u00e9ritable tube de la musique baroque), l\u2019expressivit\u00e9 atteint son paroxysme, d\u2019autant que Malena Ernman (Didon) sait interpr\u00e9ter \u00e0 merveille les sanglots de la reine mourante de malheur, autant assassin\u00e9e que suicid\u00e9e. Cette magnifique page de l\u2019histoire de la musique est ainsi magnifiquement mise en valeur dans cette repr\u00e9sentation de l\u2019op\u00e9ra.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Quand \u00e0 22h40 r\u00e9sonnent les derni\u00e8res notes, l\u2019ovation du public est sinc\u00e8re, et m\u00e9rit\u00e9e, surtout pour Malena Ernman et les Arts Florissants, impeccablement dirig\u00e9s par William Christie (quelle gr\u00e2ce dans sa gestique\u00a0!), il ne manquait \u00e0 l\u2019appel que les enfants (pour ne pas rater celui de la classe du lendemain\u00a0?). C\u2019est d\u2019autant plus dommage qu\u2019elles m\u00e9ritaient aussi tous les hommages\u00a0; rendons leur ici justice en les f\u00e9licitant chaleureusement\u00a0: BRAVO \u00e0 elles, qui ont admirablement \u00e9clair\u00e9 cette d\u00e9j\u00e0 bien brillante production<strong>.\u00a0 &#8211;\u00a0 Maxence D\u00e9on<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Edom\"><\/a>Quoi de plus inconfortable qu\u2019une place d\u2019op\u00e9ra\u00a0? Recherches, erreurs, fausses joies, soupirs, r\u00e2les\u00a0! Quinze minutes d\u2019avance et quinze minutes occup\u00e9es \u00e0 faire sa place dans l\u2019ar\u00e8ne. C\u2019est une \u00e9pop\u00e9e que de trouver o\u00f9 se tiendra assise une moiti\u00e9 de soi pendant le <em>show<\/em>. Le duel avec les cat\u00e9gories 3 et 4 remport\u00e9, on s\u2019installe et laisse l\u2019affrontement entre th\u00e9\u00e2tre et musique prendre le relais. Pourtant, pas d\u2019affrontement ce soir-l\u00e0 dans la salle Favart de l\u2019op\u00e9ra comique\u00a0: Deborah Warner et William Christie sont en parfait accord.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">L\u2019inqui\u00e9tude, c\u2019est ce que l\u2019on ressent \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une adaptation de <em>Dido and Aeneas<\/em> \u2013 insolite chef-d\u2019\u0153uvre de Purcell, r\u00e9\u00e9criture de Virgile sous les influences de Lully et Charpentier \u2013 dans une mise en sc\u00e8ne actuelle, accompagn\u00e9e d\u2019un chef d\u2019orchestre qui le jouait d\u00e9j\u00e0 adolescent. Fin de la repr\u00e9sentation, l\u2019inqui\u00e9tude est toujours l\u00e0. Comment \u00e9galer par la plume le virtuose de la sc\u00e8ne\u00a0? D\u2019autant que les d\u00e9tails \u00e9chappent tant nous sommes happ\u00e9s par la beaut\u00e9 des d\u00e9cors, l\u2019interaction entre les cantatrices.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Cette ann\u00e9e, l\u2019op\u00e9ra comique nous propose une galerie des fondateurs du genre. Ce fut l\u2019<em>Egisto<\/em> il y a quelques semaines, l\u2019un des premiers op\u00e9ras anglais ce mercredi 7 mars. L\u2019\u0153uvre de Purcell n\u2019est pas anglaise pour avoir \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Londres (1689).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><em>Dido and Aeneas<\/em> se caract\u00e9rise par une juxtaposition du comique et du tragique h\u00e9rit\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre \u00e9lisab\u00e9thain. La juxtaposition est d\u2019autant plus poignante que certaines parties manquent encore\u00a0; tout se pr\u00e9cipite, cadenc\u00e9 par les va-et-vient de jeunes filles en uniforme scolaire. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une sp\u00e9cificit\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne qui nous permet de saisir tout le talent de Deborah Warner. Le metteur en sc\u00e8ne m\u00eale harmonieusement cadre antique, contexte et r\u00e9ception. Le public destin\u00e9 \u00e0 recevoir l\u2019op\u00e9ra \u00e9tait celui d\u2019un pensionnat de jeunes filles. Sont donc \u00e0 distinguer trois strates de personnages\u00a0: h\u00e9ros antiques, \u00e9l\u00e8ves de la Boarding School, chanteurs qui n\u2019appartiennent pas \u00e0 l\u2019intrigue et nous sont contemporains. Pr\u00e9cisons par ailleurs que nous disposons de tr\u00e8s peu d\u2019informations sc\u00e9niques, ce qui explique la vari\u00e9t\u00e9 des mises en sc\u00e8ne.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Et c\u2019est probablement cette superposition et le m\u00e9lange des tons qui font toute l\u2019originalit\u00e9 de ce qui devient un peu plus, \u00e0 chaque repr\u00e9sentation, une \u0153uvre au \u00ab\u00a0sommet de l\u2019art occidental.\u00a0\u00bb &#8211; <strong>Fran\u00e7ois Edom<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Fedorkowa\"><\/a>Du c\u00f4t\u00e9 culturel de mon s\u00e9jour Erasmus \u00e0 Paris j\u2019ai commenc\u00e9 par la visite de l\u2019Op\u00e9ra Comique o\u00f9 j\u2019ai eu l\u2019occasion de voir le fameux op\u00e9ra \u00abDido and Aeneas\u00bb,\u00a0 consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;op\u00e9ra national de l\u2019Angleterre et le seul op\u00e9ra baroque de Henry Purcell, admis comme le plus grand compositeur anglais. Purcell, \u00e9tant un vrai homme de th\u00e9\u00e2tre, connaissait bien les r\u00e8gles qui r\u00e9gissent le drame. La trag\u00e9die se m\u00ealait donc \u00e0 la com\u00e9die\u00a0; le surnaturel, s&rsquo;ing\u00e9rant dans le destin de l\u2019homme, renforcait l&rsquo;effet th\u00e9\u00e2tral.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Dans \u00ab\u00a0Les Histoires\u00a0\u00bb de H\u00e9rodote on dit que les dieux n\u2019aiment pas les gens heureux. Dans l&rsquo;Antiquit\u00e9, les gens savaient bien pourquoi il ne faut pas exhiber sa chance et son bonheur. Il ne faut pas le faire, car cela pourrait provoquer la jalousie et la col\u00e8re des dieux qui consid\u00e8rent le bonheur comme leur propre privil\u00e8ge et ils envoient aux gens tous les malheurs possibles. Voila pourquoi l\u2019histoire d\u2019un grand amour entre la reine de Carthage, Didon, et le h\u00e9ros de la guerre de Troie, \u00c9n\u00e9e, se finit par une s\u00e9paration in\u00e9vitable et un final tragique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Ce qui m\u2019a touch\u00e9 profond\u00e9ment c\u2019est le ensorcelant mezzo-soprano de Didon (Malena Ernman), une de ces voix profondes, de plusieurs niveaux \u00e9mergeant progressivement et que l\u2019on \u00e9coute avec une sorte de certitude que la vague de la voix va couler nettement et l\u00e9g\u00e8rement, sans un faux son. Quand elle chante, sa voix reste en harmonie avec les sentiments qu\u2019elle exprime. M\u00eame quand l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne meurt apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre empoissonn\u00e9e, on a l\u2019impression que sa voix meurt avec elle.<br \/>\nUne autre chose qui a attir\u00e9 mon attention est le fait de lier des \u00e9l\u00e9ments classiques avec des \u00e9l\u00e9ments contemporains. Actuellement, cet effet est assez souvent utilis\u00e9 par les metteurs en sc\u00e8ne et, malheureusement, avec un faible r\u00e9sultat, o\u00f9 m\u00eame peut \u00a0conduit \u00e0 l\u2019\u00e9chec une pi\u00e8ce qui devient banale, ou bien trop compliqu\u00e9e. \u00a0D\u00e9borah Warner, metteur en sc\u00e8ne de \u00ab\u00a0Dido and Aeneas\u00a0\u00bb, a r\u00e9ussi\u00a0 \u00e0 introduire des \u00e9l\u00e9ments contemporains de fa\u00e7on \u00e0\u00a0 ce qu\u2019ils enrichissent l&rsquo;\u0153uvre et lui rajoutent de nouvelles connotations. Ainsi, sur les planches de th\u00e9\u00e2tre, on rencontre la sorci\u00e8re avec la barbe \u00e0 papa et des ballons, le marin qui signe des autographes ou un groupe de petites filles en uniforme scolaire qui rie, court, s\u2019amuse, joue des tours, singe. Tout ca rajoute de l\u2019humour et du dynamisme au spectacle.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">C\u2019est \u00e9tonnant qu&rsquo;un op\u00e9ra durant seulement un peu plus d\u2019une heure donne tout l\u2019\u00e9ventail des \u00e9motions diverses et nous conduise du rire aux larmes. Je recommande cette pi\u00e8ce \u00e0 tout le monde et surtout \u00e0 ceux qui n\u2019aiment pas l&rsquo;op\u00e9ra, car apr\u00e8s avoir vu \u00abDido and Aeneas\u00a0\u00bb mise en sc\u00e8ne par D\u00e9borah Warner ils changeront s\u00fbrement d\u2019avis. &#8211;\u00a0<strong> Irena Fedorkowa<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Mandula\"><\/a>Sentiment tr\u00e8s partag\u00e9 concernant la mise en sc\u00e8ne de Deborah Werner pour <em>Didon et En\u00e9e<\/em> de Purcell.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Certes la qualit\u00e9 instrumentale et vocale \u00e9tait merveilleuse, servie par l\u2019excellent ensemble des Arts Florissants dirig\u00e9 par William Christie mais celle-ci \u00e9tait souvent d\u00e9form\u00e9e pour tenter un effet comique qui n\u2019\u00e9tait pas du meilleur go\u00fbt et du meilleur effet.\u00a0 Ainsi, alors que la prestation d\u2019Hilary Summers (qui tient le r\u00f4le de la magicienne, reine des sorci\u00e8res) est dans le pr\u00e9lude des sorci\u00e8res bluffant de justesse et de subtilit\u00e9, le jeu sc\u00e9nique fait de ces sorci\u00e8res des \u00eatres grossiers et malpropres, qui se complaisent en rires stridents, doigts d\u2019honneur, jeux pu\u00e9rils et vulgarit\u00e9. C\u2019est bien dommage. La sorci\u00e8re demeure depuis Shakespeare un \u00e9l\u00e9ment indispensable du th\u00e9\u00e2tre anglais, auquel elle apporte une touche fantastique, moins effrayante que divertissante, mais rien ne justifie ici le fait de la transformer en une version moderne\/trash et surtout caricaturale.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">On ne peut en ce sens que d\u00e9plorer la volont\u00e9 tenace que semble avoir les metteurs en sc\u00e8ne d\u2019aujourd\u2019hui \u00e0 moderniser toute \u0153uvre du r\u00e9pertoire classique et \u00e0 les rendre souvent illisibles, brouillant la compr\u00e9hension du spectateur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Ainsi on ne voit pas tr\u00e8s bien ce qu\u2019apporte l\u2019apparition r\u00e9guli\u00e8re de petites filles en tenue d\u2019\u00e9coli\u00e8re moderne tout au long de la repr\u00e9sentation. \u00c0 part peut \u00eatre faire r\u00e9f\u00e9rence au lieu de la premi\u00e8re repr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce (un pensionnat de jeunes filles \u00e0 Londres), ce d\u00e9calage temporel n\u2019apporte rien \u00e0 la mise en sc\u00e8ne et \u00e0 la signification de la pi\u00e8ce, \u00e0 part les doter d\u2019une dimension d\u2019amateurisme. De plus, ces apparitions n\u2019aident absolument pas \u00e0 cr\u00e9er une intensit\u00e9 tragique qui manque quelque peu \u00e0 la pi\u00e8ce, et qui est d\u00fb aussi \u00e0 un jeu d\u2019acteur tr\u00e8s in\u00e9gal. La dignit\u00e9 de Belinda a en effet \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieusement mise \u00e0 mal quand elle a commenc\u00e9 \u00e0 se dandiner sur sc\u00e8ne pour accompagner la (non) chor\u00e9graphie des enfants dans sa robe XVIIe. Quant \u00e0 Didon, au moment de mourir, elle frappait sa t\u00eate avec ses mains en clignant ses yeux comme une forcen\u00e9e de peur, peut \u00eatre, que l\u2019on ne comprenne pas qu\u2019elle agonisait\u2026.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">On peut toutefois rendre gr\u00e2ce aux d\u00e9cors qui \u00e9taient particuli\u00e8rement bien r\u00e9ussis. De la transformation du palais en clairi\u00e8re ensoleill\u00e9e par un jeu de panneaux r\u00e9tractables jusqu\u2019aux feux d\u2019artifices qui accompagnent l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne de la magicienne, des cordes qui tombent subitement du ciel et d\u2019o\u00f9 descendent des matelots jusqu\u2019aux voiles qui se gonflent sous l\u2019effet du vent, recr\u00e9ant ainsi l\u2019ambiance du port de Carthage, tout \u00e9tait superbe.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Et s\u2019il y a une chose que l\u2019on ne peut absolument pas contester, c\u2019est l\u2019admirable interpr\u00e9tation donn\u00e9e par Malena Ernman (Didon) du lamento \u00ab\u00a0When I am laid\u00a0\u00bb.\u00a0 \u00c0 partir de l\u2019instant o\u00f9 elle lance son tr\u00e8s poignant \u00ab\u00a0Remember me\u00a0\u00bb jusqu\u2019au moment o\u00f9 sa voix s\u2019\u00e9teint dans un souffle alors qu\u2019elle cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment la main de sa s\u0153ur Belinda, l\u2019intensit\u00e9 \u00e9motionnelle est \u00e0 son comble.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">L\u2019\u0153uvre de Purcell est en elle-m\u00eame merveilleuse, et ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019il \u00e9tait surnomm\u00e9 l\u2019Orpheus Britannicus, \u00e9tait-il vraiment besoin alors de travestir la pi\u00e8ce \u00e0 certains endroits et d\u2019en tirer un jeu caricatural qui ne lui faisait aucunement honneur\u00a0et ne servait qu\u2019\u00e0 provoquer l\u2019irritation du spectateur\u00a0?\u00a0\u00a0 &#8211;\u00a0 <strong>Aleth Mandula <\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Meyer\"><\/a>Franchir le seuil de l\u2019Op\u00e9ra Comique o\u00f9 sont ressuscit\u00e9es les plus belles \u0153uvres baroques, \u00e0 commencer par l\u2019historique reprise d\u2019<em>Atys<\/em> de Lully (en 1987), ne se fait pas sans \u00e9motion. Et l\u2019on est d\u00e9j\u00e0 plein de reconnaissance envers J\u00e9r\u00f4me Deschamps qui dirige d\u2019une main de ma\u00eetre la programmation de la fabuleuse salle Favart.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Lumi\u00e8res et couleurs emplissent les lieux d\u2019une ambiance festive. Et pour cause\u00a0! ce n\u2019est autre que le grand William Christie \u00e0 la t\u00eate de ses Arts florissants qui investit les lieux. Outre l\u2019effervescence attendue, l\u2019on d\u00e9couvre une sc\u00e8ne au rideau lev\u00e9 o\u00f9 se pressent des machinistes et o\u00f9 courent une ribambelle d\u2019\u00e9coli\u00e8res en jupe pliss\u00e9e. Enfin les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent, la sc\u00e8ne se vide \u2013 ou presque\u00a0: il reste deux fillettes, l\u2019une tenant une cape, l\u2019autre une \u00e9p\u00e9e, nous situant entre jeu et drame. Fiona Shaw fait alors son entr\u00e9e, sans doute convoqu\u00e9e par Deborah Warner (metteur en sc\u00e8ne) pour faire atteindre au spectacle \u2013 singuli\u00e8rement bref il est vrai \u2013 la dur\u00e9e d\u2019une heure dix. L\u2019actrice ne nous fait que songer \u00e0 des banalit\u00e9s\u00a0: la magie du th\u00e9\u00e2tre, l\u2019univers entier qu\u2019est la sc\u00e8ne (sc\u00e8ne elle-m\u00eame mise en sc\u00e8ne par un carr\u00e9 de mosa\u00efque sur lequel \u00e9volue F. Shaw)\u00a0; surtout, elle ne fait qu\u2019augmenter notre impatience qui ne comprend gu\u00e8re le lien (mythologique, certes) avec des po\u00e8mes anglais parlant de l\u2019amour d\u2019\u00c9cho pour Narcisse\u2026 La britannique dame, v\u00eatue d\u2019un vulgaire blue-jean, ne parvient pas \u00e0 nous faire oublier l\u2019incongruit\u00e9 de son apparition cens\u00e9e remplacer une partition de Purcell perdue.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Venons-en au c\u0153ur de notre soir\u00e9e. Ce que nous nous impatientons de voir et d\u2019entendre est un ouvrage unique, bref et incomplet. Henry Purcell, \u00e0 l\u2019instar de son ma\u00eetre John Blow (<em>Venus and Adonis<\/em>, 1681), veut r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel du roi Charles II et instaurer une tradition lyrique dans son pays. Mais cette composition op\u00e9ratique, indubitable preuve de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019ouvrir un th\u00e9\u00e2tre lyrique outre-Manche, n\u2019aura probablement pas vu le jour \u00e0 la Cour, le roi mourant trop t\u00f4t. En sus de ce but tr\u00e8s patriotique, Purcell ne renonce pas, et d\u00e9cide avec son ami librettiste Nahum Tate de monter son <em>Dido and Aenas<\/em> \u00e0 la Boarding School of Girls dirig\u00e9e par ce dernier, \u00e0 Londres (d\u00e9cembre 1689). Celui qui fut sacr\u00e9 <em>Orpheus Britannicus<\/em> pour cet ouvrage choisit un \u00e9pisode bien connu de <em>L\u2019\u00c9n\u00e9ide<\/em> de Virgile\u00a0: la passion qui naquit entre le h\u00e9ros troyen et la reine carthaginoise. Mais \u00e9coutons le chant de l\u2019\u00e2me de cette amante bafou\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Apr\u00e8s ledit prologue, chaque spectateur se trouve imm\u00e9diatement transport\u00e9 par l\u2019ouverture men\u00e9e par un W. Christie \u00e0 la fois l\u00e9ger et s\u00e9rieux. Puis arrive Belinda qui ne cessera d\u2019avoir des accents charmants\u00a0; et, c\u2019est alors que la superbe Didon se met \u00e0 chanter ses tourments\u00a0; un silence religieux s\u2019installe. Malena Ernman est parfaite, royale dans tout son \u00eatre, dans toute sa voix. Le ch\u0153ur, pourtant v\u00eatu de fa\u00e7on anachronique, semble se faire l\u2019\u00e9cho du c\u0153ur de la reine. Hors du \u00ab\u00a0carr\u00e9 central\u00a0\u00bb, les talentueux chanteurs des Arts flo\u2019 font le lien entre cet antique pass\u00e9 et nos supplices pr\u00e9sents. On ne peut que louer ce ch\u0153ur vivant, loin de ceux, fig\u00e9s et triomphant au son des cors, de certains op\u00e9ras baroques, n\u2019apparaissant qu\u2019au dernier acte. D\u00e8s lors, l\u2019enchantement se poursuit\u00a0: la mise en sc\u00e8ne regorge de richesses (m\u00eame si certaines \u00ab\u00a0actualisations\u00a0\u00bb agacent), semblant se moquer des plateaux vides et \u00e9pur\u00e9s. Acrobates, pas de danse, flammes et fum\u00e9e, arbres majestueux, ravissant bassin\u00a0: un savant m\u00e9lange de po\u00e9sie, d\u2019humour, et d\u2019hommage au g\u00e9nial Purcell. Malena Ernman r\u00e8gne en Didon\u00a0; l\u2019En\u00e9e de Nikolay Borchev est convaincant. Et n\u2019oublions pas les sorci\u00e8res\u00a0! Ces derni\u00e8res, famili\u00e8res des britanniques, ont remplac\u00e9 les dieux de Virgile. Hilary Summers est \u00e9poustouflante et donne pleinement corps \u00e0 son affreux personnage. Cette <em>Sorceress<\/em> est incarn\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 la voix de velours de l\u2019admirable contralto, qu\u2019entourent ses hyst\u00e9riques compagnes (Lina Markeby et C\u00e9line Ricci), mal\u00e9fiques jusque dans leur chant.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Chef d\u2019\u0153uvre de concision, <em>Dido und <\/em><em>\u04d4<\/em><em>nas<\/em> m\u00e9rite les bravos d\u2019un Op\u00e9ra comique sous le charme. Le sublime air de Didon mourante (\u00ab\u00a0<em>Remember me<\/em>\u00a0\u00bb) nous fait oublier toutes les \u00e9ventuelles r\u00e9serves inspir\u00e9es par la mise en sc\u00e8ne (vulgarit\u00e9 exag\u00e9r\u00e9e des sorci\u00e8res, apparitions bruyantes des \u00e9coli\u00e8res, incongruit\u00e9 du \u00ab\u00a0prologue\u00a0\u00bb, partie de chasse devenue partie de campagne) qui r\u00e9v\u00e8le malgr\u00e9 tout une grande intelligence et t\u00e9moigne de la fragilit\u00e9 de l\u2019art baroque (Deborah Warner d\u00e9fendant une f\u00e9minine <em>english touch<\/em>, William Christie, parfait gentleman dont on ne se lasse pas, un esprit de cour).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Finalement, il suffit de laisser Purcell nous redire\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>Music, for a while, shall all your cares beguile\u2026<\/em>\u00a0\u00bb &#8211;\u00a0 <strong>Elisabeth Meyer<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Weidner\"><\/a>Quoi de plus agr\u00e9able que d&rsquo;aller \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra-comique! S&rsquo;il est fr\u00e9quent de comparer l&rsquo;Op\u00e9ra Garnier \u00e0 une grande p\u00e2tisserie en plein Paris, l&rsquo;Op\u00e9ra-Comique lui, est un petit bijou d&rsquo;architecture \u00e9clectique au c\u0153ur de la capitale. Ce cadre aux mille lumi\u00e8res, aux mosa\u00efques color\u00e9es, et aux dorures \u00e9tincelantes nous enveloppe comme un \u00e9crin de velours et stimule nos sens d\u00e8s notre arriv\u00e9e. Je pourrais \u00e9crire de nombreuses lignes sur ce lieu d&rsquo;exception, mais arr\u00eatons nous l\u00e0 pour en venir \u00e0 la perle de ce coquillage de stuc, l&rsquo;op\u00e9ra de Purcell <em>Didon and Aeneas<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Cet op\u00e9ra baroque est ici mis en sc\u00e8ne dans un d\u00e9cor qui impressionne par les effets qu&rsquo;il offre au public. Pi\u00e8ce d&rsquo;eau, flammes, danseurs suspendus dans les airs, clairi\u00e8re fleurie o\u00f9 tombent des feuilles de ch\u00eane; un nombre incalculable d&rsquo;installations sophistiqu\u00e9es s&rsquo;offrent \u00e0 nos yeux. De nombreux contrastes visuels et esth\u00e9tiques ne manquent pas d&rsquo;interpeller le regard. Ainsi, un rideau de cha\u00eenes m\u00e9talliques voile la fa\u00e7ade d&rsquo;un h\u00f4tel baroque, les belles robes \u00e0 crinoline de Didon et de ses dames c\u00f4toient les uniformes froiss\u00e9s de petites \u00e9coli\u00e8res indisciplin\u00e9es. Ce m\u00e9lange, ce mouvement, ces bigarrures de style, et cette abondance de moyens rappellent les origines baroques de la pi\u00e8ce et nous emm\u00e8nent avec d\u00e9lectation dans un univers empli d&rsquo;une vive volupt\u00e9. Je me laisse encore une fois emporter par les plus d\u00e9licats d\u00e9tails de la pi\u00e8ce, et j&rsquo;oublie -volontairement?- toute la dimension comique de celle-ci qui n&rsquo;est pourtant pas n\u00e9gligeable. C&rsquo;est certainement parce que le jeu farcesque des com\u00e9diens est \u00e0 mon sens souvent inadapt\u00e9 au ton tragique de l&rsquo;intrigue. Seule la sorci\u00e8re r\u00e9ussit \u00e0 imposer un humour adapt\u00e9; burlesque sans \u00eatre de mauvais go\u00fbt. On pourrait condamner \u00e0 l&rsquo;inverse le jeu de ses deux comparses un peu trop forc\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Les performances lyriques sont par contre impressionnantes par leur justesse d&rsquo;interpr\u00e9tation. On pensera bien \u00e9videmment au dernier Aria de Didon, o\u00f9 la reine comme le cygne, chante sa plus belle m\u00e9lodie avant de mourir. Ici le d\u00e9sespoir de l&rsquo;amante abandonn\u00e9e, victime d&rsquo;un amour interdit, surgit avec gr\u00e2ce, et r\u00e9ussit \u00e0 nous \u00e9mouvoir. Le ch\u0153ur interpr\u00e9t\u00e9 par l&rsquo;ensemble des <em>Arts Florissants<\/em>, force lui aussi l&rsquo;admiration par sa performance saisissante. Il s&rsquo;impose malgr\u00e9 sa discr\u00e9tion sc\u00e9nique tout au long de la pi\u00e8ce. On sera peut-\u00eatre d\u00e9\u00e7u de la performance lyrique de Nikolay Borchev pour son interpr\u00e9tation de Aeneas, o\u00f9 la puissance de sa voix para\u00eet insuffisante face de celle de Malena Ernman en Didon. Mais on oublie vite ce d\u00e9tail -comme on oubliera l&rsquo;intervention de petites \u00e9coli\u00e8res mal-d\u00e9gourdies, qui \u00e0 mon sens n&rsquo;apporte rien \u00e0 la pi\u00e8ce- et l\u2019on s&rsquo;\u00e9vertue sans grande difficult\u00e9 \u00e0 ne retenir de cet op\u00e9ra que le plus beau et le plus d\u00e9licat. &#8211; \u00a0<strong>Alix Weidner<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Anonyme\"><\/a>Que de myst\u00e8res autour de la cr\u00e9ation de Dido and Aeneas, seul op\u00e9ra de Henry Purcell (1659-1695)\u00a0! Sans doute fut-il command\u00e9 au musicien par le roi anglais Charles II pour \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la cour, mais le souverain mourut en 1685, avant que l\u2019op\u00e9ra ne f\u00fbt achev\u00e9. La premi\u00e8re repr\u00e9sentation eut donc lieu bien loin de la cour, dans une \u00e9cole de jeunes filles de Londres, en 1689. Puis, le temps fit son \u0153uvre et l\u2019on oublia l\u2019op\u00e9ra de Purcell. Aucune des partitions de l\u2019\u00e9poque ne nous sont parvenues\u00a0: les musiciens, de nos jours, doivent se satisfaire de transcriptions du XVIIIe si\u00e8cle. Depuis sa red\u00e9couverte cependant, l\u2019op\u00e9ra de Purcell a connu maintes interpr\u00e9tations.<br \/>\nCelle qu\u2019en livrent William Christie, claveciniste et chef d\u2019orchestre d\u2019origine am\u00e9ricaine, consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des pionniers de la red\u00e9couverte de la musique baroque, et Deborah Warner, metteur en sc\u00e8ne pour le th\u00e9\u00e2tre et l\u2019op\u00e9ra, tient compte de la complexit\u00e9 de cette histoire. Certes, la lecture de deux textes par le Prologue (Fiona Shaw, l\u2019une des actrices favorites de Deborah Warner), dont l\u2019un relate l\u2019histoire de Narcisse et Echo, semble quelque peu superflue.<br \/>\nMais il est int\u00e9ressant que dans ce spectacle, les \u00e9poques se rencontrent, gr\u00e2ce aux d\u00e9cors et aux costumes. Le si\u00e8cle de Virgile, auteur de L\u2019En\u00e9ide et inspirateur de Purcell, se rappelle constamment \u00e0 la m\u00e9moire du spectateur gr\u00e2ce au bassin \u00e0 la romaine autour duquel les gens de la cour badinent\u00a0; tandis que les chatoyants costumes des figures tragiques, Didon, En\u00e9e et Belinda, la fa\u00e7ade p\u00e2le et imposante d\u2019un palais \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la sc\u00e8ne sugg\u00e8rent la splendeur et l\u2019\u00e9clat de la cour \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Purcell. La sobri\u00e9t\u00e9 des costumes du ch\u0153ur et la pr\u00e9sence de fillettes envahissant la sc\u00e8ne \u00e0 plusieurs reprises durant le spectacle renvoient le spectateur \u00e0 l\u2019histoire de la pi\u00e8ce m\u00eame, dans la Boarding School for Girls de Londres. La recherche d\u2019une fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019esprit originel de l\u2019\u0153uvre transpara\u00eet encore dans l\u2019emploi de la machinerie. L\u2019espace sc\u00e9nique se trouve en effet pourvu de dimensions vari\u00e9es\u00a0: \u00e0 l\u2019action se d\u00e9roulant sur la sc\u00e8ne s\u2019agglom\u00e8re ainsi celle de personnages venus \u00ab\u00a0du ciel\u00a0\u00bb, par exemple durant la sc\u00e8ne des sorci\u00e8res, que rejoignent des d\u00e9mons acrobates.<br \/>\nMais l\u2019une des plus grandes originalit\u00e9s de cette repr\u00e9sentation r\u00e9side sans doute dans les ruptures de tons, de l\u2019univers des princes \u00e0 celui des puissances mal\u00e9fiques, du grotesque au tragique, ruptures assez brillantes assur\u00e9es par le personnage de Sorceress interpr\u00e9t\u00e9 par Hilary Summers, inqui\u00e9tante, drolatique, en tout cas virtuose. Ces sc\u00e8nes de sabbat, qui enfreignent les lois de la morale, mais surtout les lois de la convenance et du beau, tiennent sans doute leur singularit\u00e9 des choix esth\u00e9tiques de Deborah Warner, qui assura la mise en sc\u00e8ne de nombreuses pi\u00e8ces de Shakespeare. Ses choix sont judicieux\u00a0:\u00a0 les ruptures de ton semblent r\u00e9solument fid\u00e8les \u00e0 l\u2019esprit baroque, puisqu\u2019elles font de cet op\u00e9ra une sorte de \u00ab\u00a0perle irr\u00e9guli\u00e8re\u00a0\u00bb (c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la signification du mot portugais \u00ab\u00a0barroco\u00a0\u00bb).<br \/>\nSi Hilary Summers et ses deux compagnes, provocantes, livrent une prestation de qualit\u00e9, la Didon de la mezzo soprano su\u00e9doise Malena Ernmann convainc tout autant, en particulier par l\u2019expressivit\u00e9 de son jeu et sa puissance vocale \u2013 m\u00eame si certains timbres ont convenu davantage au r\u00f4le, comme la voix claire et pos\u00e9e de Solenn Lavanant-Linke dans la repr\u00e9sentation de Leonardo Garcia Alarcon en 2009. Au demeurant, Malena Ernmann, soutenue par une mise en sc\u00e8ne subtile, donne une force ind\u00e9niable \u00e0 la trag\u00e9die\u00a0; elle ex\u00e9cute le c\u00e9l\u00e8bre lamento final de Didon, \u00ab\u00a0When I am laid in earth\u00a0\u00bb, \u00e9treignant l\u2019une de ses dames, d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0envahie par la mort\u00a0\u00bb, avec maestria. Enfin, le brio de l\u2019ensemble dirig\u00e9 par William Christie, \u00ab\u00a0Les Arts florissants\u00a0\u00bb, sp\u00e9cialis\u00e9 dans la musique baroque, constitu\u00e9 entre autres de violons, altos,\u00a0 contrebasses, violes de gambe et d\u2019un th\u00e9orbe, ne joue pas un r\u00f4le n\u00e9gligeable dans la r\u00e9ussite de cette nouvelle interpr\u00e9tation. &#8211; <strong>Anonyme<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Anonyme 2\"><\/a>Je vais l\u2019avouer d\u2019embl\u00e9e\u00a0: je suis une non-initi\u00e9e, je ne connais rien \u00e0 l\u2019op\u00e9ra. Avant de me retrouver le mercredi 7 mars, 21h30, place Boieldieu, devant l\u2019Op\u00e9ra comique, je n\u2019y avais m\u00eame jamais mis les pieds. A l\u2019affiche, ce soir, un op\u00e9ra baroque, <em>Dido and Aeneas<\/em> de Purcell, dirig\u00e9 par William Christie, mis en sc\u00e8ne par Deborah Warner.<br \/>\nJe rentre dans le b\u00e2timent, on m\u2019indique ma place \u00ab\u00a0au 4<sup>e<\/sup> \u00e9tage, l\u2019escalier de gauche mademoiselle\u00a0\u00bb. Arriv\u00e9e au 4<sup>e<\/sup> \u00e9tage\u2026 ah oui. Je n\u2019ai pas sp\u00e9cialement le vertige et pourtant\u2026 les balcons sont vraiment avanc\u00e9s, les marches \u00e0 pic et les si\u00e8ges vraiment serr\u00e9s. Enfin, j\u2019ai vite oubli\u00e9 ce d\u00e9tail. Chut, \u00e7a commence.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">Les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent, une com\u00e9dienne entre en sc\u00e8ne. V\u00eatue d\u2019un jean et d\u2019un corsage, elle d\u00e9clame le mythe de la nymphe Echo, en guise de prologue. Elle se retire, l\u2019op\u00e9ra commence.<br \/>\n\u00c9n\u00e9e (jou\u00e9 ici par Nikolay Borchev) a quitt\u00e9 Troie apr\u00e8s la guerre\u00a0; il est appel\u00e9 \u00e0 refonder la ville sur des rivages plus propices. Son p\u00e9riple l\u2019arr\u00eate \u00e0 Carthage, o\u00f9 r\u00e8gne la reine Didon (Malena Ernman), dont il tombe rapidement amoureux. La reine entre sur sc\u00e8ne, accompagn\u00e9e de sa s\u0153ur Belinda. En plein tourment, elle n\u2019ose d\u00e9clarer ses sentiments \u00e0 \u00c9n\u00e9e. Belinda l\u2019y incite. L\u2019action est rapide, c\u2019en est presque dr\u00f4le. Un instant, Didon se refuse \u00e0 avouer son amour \u00e0 \u00c9n\u00e9e, cinq minutes plus tard, elle s\u2019y est r\u00e9solu, encore cinq minutes et ils s\u2019embrassent. Entre ensuite en sc\u00e8ne la \u00ab\u00a0Sorceress\u00a0\u00bb, reine des sorci\u00e8res, accompagn\u00e9e de ses deux acolytes. Elles jurent de s\u2019opposer \u00e0 l\u2019amour de Didon &amp; \u00c9n\u00e9e, car \u00ab\u00a0Harm\u2019s our delight\u00a0\u00bb.<br \/>\nLes acteurs sont habill\u00e9s \u00e0 la mode du 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019action prend place dans l\u2019Antiquit\u00e9, les ch\u0153urs (la compagnie des Arts Florissants) ne sont pas particuli\u00e8rement costum\u00e9s, les enfants sont en uniformes d\u2019\u00e9coli\u00e8res. Les enfants, justement. Ils arrivent r\u00e9guli\u00e8rement sur sc\u00e8ne, g\u00e9n\u00e9ralement pour signifier le passage d\u2019un acte \u00e0 l\u2019autre. Un peu perplexe au d\u00e9but, je trouve finalement leur pr\u00e9sence int\u00e9ressante. Ils apportent une note d\u2019humour \u00e0 l\u2019op\u00e9ra\u00a0: lors du premier baiser de Didon et \u00c9n\u00e9e, ils se faufilent, les espionnent en riant, et se font rabrouer par Belinda. Ils am\u00e8nent une certaine dynamique \u00e0 l\u2019ensemble, lorsque la sc\u00e8ne se met \u00e0 grouiller d\u2019enfants, courant dans tous les sens.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">La mise en sc\u00e8ne est moderne\u00a0: des effets pyrotechniques (on sent la salle bondir l\u00e9g\u00e8rement de surprise sur son si\u00e8ge), la Reine des Sorci\u00e8res allume une cigarette \u00e0 chaque fois qu\u2019elle est sur sc\u00e8ne, \u2026<br \/>\nL\u2019op\u00e9ra est magnifique. Bien que je ne connaisse rien \u00e0 ce type de musique, l\u00e0, dans ce cadre et ce d\u00e9cor particulier, il faut bien reconna\u00eetre que je me suis laiss\u00e9e emporter. Les passages des ch\u0153urs sont particuli\u00e8rement sublimes, toutes ces voix qui montent et vous enveloppent. Et vous donnent la chair de poule.<br \/>\nJupiter rappelle donc \u00c9n\u00e9e \u00e0 son devoir\u00a0; il lui faut quitter Carthage et appareiller vers l\u2019Italie avec ses hommes. Six acrobates tombent alors du ciel (ou plut\u00f4t, du plafond de la sc\u00e8ne), hissant les voiles, et accomplissant de gracieuses pirouettes.<br \/>\n\u00c9n\u00e9e avoue \u00e0 Didon son d\u00e9part. Mais il h\u00e9site encore\u00a0: lui faut-il vraiment renoncer \u00e0 l\u2019amour et retourner \u00e0 sa qu\u00eate\u00a0? Il esp\u00e9rait refonder Troie dans cette cit\u00e9 de Carthage et associer la reine \u00e0 sa destin\u00e9e. Didon voyait aussi en lui un roi parfait pour sa ville, mais elle ne peut lui pardonner. Qu\u2019importe si \u00c9n\u00e9e h\u00e9site et doute, le simple fait qu\u2019il ait song\u00e9 \u00e0 la quitter le rend indigne d\u2019elle. Elle l\u2019enjoint de rejoindre ses hommes et de prendre la mer. Il ob\u00e9it.<br \/>\nArrive alors la sc\u00e8ne finale, Didon, qui n\u2019en est pas moins amoureuse d\u2019\u00c9n\u00e9e, ne peut vivre sans lui. La mort est la seule solution, elle avale la fiole de poison, sous le regard d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de Belinda et de sa suivante. La chanson finale est magnifique, un cri de d\u00e9sespoir de Didon, femme abandonn\u00e9e et d\u00e9\u00e7ue. Les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent, les applaudissements explosent. Admirable. Je reviendrai. &#8211; <strong>Anonyme<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"anonyme 3\"><\/a>Deborah Warner reprend Didon et En\u00e9e de Purcell \u00e0\u00a0 l&rsquo;Op\u00e9ra Comique, salle Favart.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">Tr\u00e8s court (une heure et demie), le spectacle constitue un condens\u00e9 d&rsquo;op\u00e9ra qui ne laisse nulle place \u00e0 l&rsquo;ennui. S&rsquo;y m\u00ealent en effet des moments tr\u00e8s joyeux, r\u00e9unissant les amants et c\u00e9l\u00e9brant l&rsquo;amour, des passages amusants dans lesquels la musique accompagne les ricanements et les danses des sorci\u00e8res et enfin des sc\u00e8nes d&rsquo;une gravit\u00e9 \u00e9mouvante comme celle de la mort de Didon qui chante son air c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0when I am laid on earth\u00a0\u00bb.<br \/>\nRappelons l&rsquo;histoire: Didon, reine de Carthage, est tomb\u00e9e sous le charme de son h\u00f4te troyen, En\u00e9e; cet amour est partag\u00e9 mais au moment o\u00f9 Didon d\u00e9cide de s&rsquo;y abandonner, des sorci\u00e8res complotent pour la ruine de Carthage et des amants; l&rsquo;une d&rsquo;elles, prenant les traits de Mercure, fait savoir \u00e0 En\u00e9e que les dieux l&rsquo;ont investi d&rsquo;une mission divine en Italie. Didon, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e par le d\u00e9part d&rsquo;En\u00e9e, se suicide \u2026 \u00abRemember me but ah! Forget my fate\u00a0\u00bb r\u00e9p\u00e8te-elle dans ce sublime lamento final.<br \/>\nDu fait de la longueur de la pi\u00e8ce, l&rsquo;histoire n&rsquo;a pas le temps de se d\u00e9velopper mais la mise en sc\u00e8ne a su enrichir la musique qui d\u00e9j\u00e0 \u00e0 elle seule pallie la pauvret\u00e9 du drame.<br \/>\nDeborah Warner exploite tous les ressorts de la sc\u00e8ne. Les nombreux d\u00e9cors qui se succ\u00e8dent plongent le spectateur dans cette f\u00e9\u00e9rie caract\u00e9ristique de l&rsquo;op\u00e9ra. Les prouesses techniques ne sont pas \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la mise en place de cette atmosph\u00e8re d&rsquo;o\u00f9 le caract\u00e8re particuli\u00e8rement s\u00e9duisant de la sc\u00e8ne des marins qui appareillent leur bateau, encombr\u00e9 de cordages.<br \/>\nOutre ces performances techniques, le spectacle nous offre celles des musiciens des Arts Florissants, ensemble baroque, qui s&rsquo;il est connu notamment pour ses red\u00e9couvertes du r\u00e9pertoire est \u00e0 m\u00eame d&rsquo;exceller dans ce classique de la musique baroque. Malena Ernamn est tr\u00e8s touchante dans le r\u00f4le de Didon et a \u00e9t\u00e9 pour cela longuement applaudie. L&rsquo;acoustique de la salle Favart fait r\u00e9sonner pleinement les choeurs, pourtant en petit effectif, et ce jusqu&rsquo;au \u00ab\u00a0paradis\u00a0\u00bb o\u00f9 nous \u00e9tions plac\u00e9es. Ces choeurs qui viennent appuyer les joyeux \u00e9v\u00e8nements entra\u00eenent ainsi toute la salle dans les r\u00e9jouissances.<br \/>\nDeborah Warner parvient \u00e0 renforcer encore ce dynamisme: elle ponctue le spectacle de l&rsquo;apparition\u00a0 de nu\u00e9es de petites filles qui envahissent la sc\u00e8ne avant de dispara\u00eetre en poussant des cris, de joie ou de peur selon les moments; elle ajoute aussi des acrobates qui, en mimant l&rsquo;orage par exemple, s&rsquo;int\u00e8grent au d\u00e9cor ainsi devenu mobile.<br \/>\nSa mise en sc\u00e8ne reste fid\u00e8le sans pour autant \u00eatre acad\u00e9mique. Des \u00e9l\u00e9ments viennent moderniser l&rsquo;op\u00e9ra, principalement les interventions des trois sorci\u00e8res d\u00e9lur\u00e9es, fumant sur sc\u00e8ne et multipliant les gestes provocateurs, elles surgissent au bon moment en emp\u00eachant le spectacle de tomber dans la niaiserie juste apr\u00e8s que se soit nou\u00e9e l&rsquo;idylle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">Seul \u00ab\u00a0b\u00e9mol\u00a0\u00bb: la performance non pas musicale mais th\u00e9\u00e2trale des acteurs n&rsquo;est pas toujours r\u00e9ussie, on regrette que certains chanteurs, mises \u00e0 part les sorci\u00e8res, ne se fassent pas plus acteurs. Mais le prologue nous donne \u00e0 entendre une v\u00e9ritable actrice, Fiona Shaw, qui parvient \u00e0 captiver le spectateur d\u00e8s les premi\u00e8res minutes en racontant dans un anglais\u00a0 \u00e0 l&rsquo;accent britannique tr\u00e8s agr\u00e9able une autre histoire d&rsquo;amour, amour impossible par excellence, celui de Narcisse et d&rsquo;Echo, la salle est attentive, l&rsquo;actrice v\u00eatue d&rsquo;un simple jean peut laisser place aux brillants costumes et aux couleurs de l&rsquo;op\u00e9ra. &#8211; <strong>Anonyme<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra | Op\u00e9ra comique | En savoir plus Didon and Aeneas, Op\u00e9ra de Henry Purcell \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Comique. La critique de Nedjma Benmohammed La critique de Guilhem Besan\u00e7on La critique de Stanislas Colodiet La critique de Maxence D\u00e9on La critique de Fran\u00e7ois Edom La critique [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":10615,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,31],"tags":[],"class_list":["post-2241","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-opera","category-opera-comique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2241","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2241"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2241\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2241"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2241"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2241"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}