{"id":226,"date":"2016-02-06T15:00:35","date_gmt":"2016-02-06T14:00:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=226"},"modified":"2016-02-06T15:00:35","modified_gmt":"2016-02-06T14:00:35","slug":"kiss-me-kate","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=226","title":{"rendered":"Kiss me Kate"},"content":{"rendered":"<p>Com\u00e9die musicale | Th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet | <a href=\"http:\/\/chatelet-theatre.com\/fr\/event\/kiss-me-kate\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec la com\u00e9die musicale <em>Kiss me Kate<\/em>, le grand compositeur et parolier am\u00e9ricain Cole Porter fait une entr\u00e9e royale au th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet. Cette cr\u00e9ation, n\u00e9e en 1948 pour Broadway, a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e pour l\u2019occasion au metteur en sc\u00e8ne Lee Blakeley et au directeur musical David Charles Abell, deux artistes accoutum\u00e9s \u00e0 la sc\u00e8ne du Ch\u00e2telet (comme <em>Into the woods<\/em> en 2014). Cette com\u00e9die musicale, port\u00e9e par Christine Buffle et David Pittsinger, est une mise en ab\u00eeme d\u2019une pi\u00e8ce de Shakespeare, <em>La m\u00e9g\u00e8re apprivois\u00e9e<\/em>, dont les t\u00eates d\u2019affiche sont Lilli Vanessi et Fred Graham. Couple r\u00e9cemment s\u00e9par\u00e9, le spectacle s\u2019attache \u00e0 le reformer \u00e0 travers leurs personnages shakespeariens, Katharine (la m\u00e9g\u00e8re) et Petruchio, puis au-del\u00e0 de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute la force esth\u00e9tique et comique de <em>Kiss me Kate<\/em> r\u00e9side en un proc\u00e9d\u00e9 tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre, mais peu exploit\u00e9 par la com\u00e9die musicale : la mise en ab\u00eeme. Le spectacle est en effet un va-et-vient permanent entre la pi\u00e8ce de Shakespeare et ses coulisses, et l\u2019on ne peut que saluer la double performance des com\u00e9diens, \u00e0 la fois dans <em>Kiss me Kate<\/em> et dans <em>La m\u00e9g\u00e8re apprivois\u00e9e<\/em> : Christine Buffle passe de Lilli Vanessi \u00e0 Katharine avec une facilit\u00e9 d\u00e9concertante, capable de travestir m\u00eame son chant pour incarner la m\u00e9g\u00e8re. Ces r\u00e9cits embo\u00eet\u00e9s soulignent \u00e9galement l\u2019effort qu\u2019il a fallu pour cr\u00e9er deux cadres narratifs capables de s\u2019encha\u00eener de mani\u00e8re fluide. Entre les ann\u00e9es 1950 (<em>Kiss me Kate<\/em>) et l\u2019Italie de la Renaissance (<em>La m\u00e9g\u00e8re apprivois\u00e9e<\/em>), d\u00e9cors et costumes se r\u00e9pondent et se mettent en valeur par contrastes, cr\u00e9ant une incroyable dynamique visuelle tout au long du spectacle (sc\u00e8ne de r\u00e9p\u00e9tition, coulisses, terrasse \u00e0 Pise, loges, mariage italien\u2026).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans cesse renouvel\u00e9 par le changement de temporalit\u00e9 et de r\u00e9cit, le spectacle emporte l\u2019auditoire dans un rythme effr\u00e9n\u00e9, o\u00f9 il est \u00e0 la fois spectateur et complice des rapports entre les personnages. Rares sont les moments d\u2019apaisement sur la sc\u00e8ne, les cris et les fureurs de la m\u00e9g\u00e8re \u00e9tant relay\u00e9s en coulisses par les disputes de Lilli et Fred. Les chansons t\u00e9moignent d\u2019ailleurs aussi de ce rythme constamment soutenu : elles sont relanc\u00e9es deux \u00e0 trois fois apr\u00e8s les applaudissements (comme la fameuse \u00ab <em>Brush up your Shakespeare<\/em> \u00bb), ce qui peut devenir lassant sur 15 min de m\u00eames paroles\u2026 Mais qui participe tout de m\u00eame grandement au ressort comique du spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La com\u00e9die musicale <em>Kiss me Kate<\/em> est un amusement permanent ; elle multiplie les proc\u00e9d\u00e9s comiques pour la plus grande joie des spectateurs, notamment par ses personnages caricatur\u00e9s : une Lois qui chante son amour et sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 Bill tout en avouant c\u00e9der \u00e0 la moindre tentation, deux gangsters qui r\u00e9clament des dettes de jeux \u00e0 Fred et contraignent Lilli \u00e0 jouer dans la pi\u00e8ce pour \u00eatre rembours\u00e9s tout en affirmant leur admiration pour ces artistes\u2026 Quant au comique de situation, la pi\u00e8ce de Shakespeare le cr\u00e9e abondamment, comme lorsque Katharine finit la t\u00eate dans son g\u00e2teau de mariage, ou lorsque sa s\u0153ur \u2013 r\u00e9put\u00e9e d\u00e9licate et prude \u2013 minaude avec tous ses pr\u00e9tendants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais tout l\u2019int\u00e9r\u00eat de cette double narration est l\u2019\u00e9cho qui se cr\u00e9e entre les coulisses et la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre au fur et \u00e0 mesure du spectacle. Les personnages shakespeariens sont en effet le prolongement de leurs com\u00e9diens : Fred est ind\u00e9cis en amour, Lilli est impulsive, Lois est volage ; et ce sont leur personnage qui leur permettent d\u2019exprimer pleinement ces traits de caract\u00e8res, \u00e0 tel point que les fronti\u00e8res se brouillent entre les deux histoires. En effet, dans la sc\u00e8ne centrale, Lilli profite de son personnage Katharine pour r\u00e9gler ses comptes avec Fred, et r\u00e9\u00e9crit ainsi tout le dialogue de <em>La m\u00e9g\u00e8re apprivois\u00e9e<\/em>. Outre les rires qu\u2019elle provoque, cette sc\u00e8ne entame les retrouvailles des com\u00e9diens par le biais de leurs personnages ; \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre (et du spectacle), c\u2019est d\u2019ailleurs Lilli qui arrive dans le d\u00e9cor italien, si bien que <em>Kiss me Kate<\/em> aurait pu s\u2019appeler <em>Kiss me Lilli<\/em>. Cette r\u00e9conciliation des deux histoires est une v\u00e9ritable r\u00e9ussite pour le th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet : la mise en sc\u00e8ne a parfaitement su la retranscrire par l\u2019encha\u00eenement des d\u00e9cors, costumes et personnages ; musiciens et chanteurs ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de la vitalit\u00e9 et de l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 de la musique de Cole Porter, \u00e0 tel point qu\u2019en sortant, le spectateur n\u2019a qu\u2019une envie, \u00ab potasser Shakespeare \u00bb (\u00ab <em>Brush up your Shakespeare<\/em> \u00bb) !<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Dorian Varenne<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Kiss me, Kate<\/em> (<em>Embrasse moi, ch\u00e9rie<\/em>) est la premi\u00e8re com\u00e9die musicale qui a obtenu un Tony Award en 1949. <em>Kiss me, Kate<\/em> fut cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Broadway par Cole Porter en 1948.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du 3 au 12 f\u00e9vrier 2016, cette com\u00e9die musicale am\u00e9ricaine se pr\u00e9sentait au th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet \u00e0 Paris. Le metteur en sc\u00e8ne Lee Blakeley et le directeur musical David Charles Abell ont en fait une version qui dure environ 2 heures et 25 minutes. La distribution Anglo-Saxonne chantait et dansait sur la musique jou\u00e9 par l\u2019Orchestre de Chambre de Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019histoire est celle d\u2019une troupe de th\u00e9\u00e2tre qui joue<em> La M\u00e9g\u00e8re<\/em>, une pi\u00e8ce de Shakespeare. Le spectateur aper\u00e7oit deux histoires diff\u00e9rentes : l\u2019histoire de <em>La M\u00e9g\u00e8re<\/em> et l\u2019histoire des acteurs dans les coulisses. C\u2019est donc du th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre. Cependant, cette division n\u2019est pas tr\u00e8s forte. L\u2019actrice qui joue le r\u00f4le-titre de <em>La M\u00e9g\u00e8re<\/em>, Lilli Vanessi, a une querelle avec son ex-mari, Fred Graham. Elle a tant de temp\u00e9rament qu\u2019elle am\u00e8ne cette querelle sur la sc\u00e8ne. Ainsi, elle m\u00e9lange les cartes. Personne sur la sc\u00e8ne ne sait comment se comporter. En plus, Fred Graham est poursuivi par deux gangsters pour des dettes de jeu. Ils font en sorte qu\u2019ils puissent monter sur sc\u00e8ne, eux aussi. \u00c0 la fin, le public ne peut plus distinguer les deux histoires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux gangsters, qui font penser \u00e0 Laurel et Hardy, mettent une note amusante dans le spectacle. \u00c0 un moment donn\u00e9, ils se trouvent seules sur sc\u00e8ne et ils se rendent compte du public. Alors, ils se mettent \u00e0 chanter une chanson avec un clin d\u2019\u0153il \u00e0 Shakespeare (\u2018<em>Brush Up Your Shakespeare<\/em>\u2019). Les chansons \u00e9crits par Cole Porter sont tr\u00e8s \u2018jazzy\u2019. Le tube \u2018It\u2019s Too Darn Hot\u2019 par exemple, qui inaugure la seconde partie apr\u00e8s la pause, est une chanson qui reste en t\u00eate. La qualit\u00e9 du chant, du jeu et du danse des acteurs comme Christine Buffle (Lilli Vanessi\/ Katherine), David Pittsinger (Fred Graham\/ Petruchio), Francesca Jackson (Lois Lane\/ Bianca) ou Alan Burkitt (Bill Cahoun\/Lucentio), qui fait m\u00eame des claquettes, est sublime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gr\u00e2ce aux costumes du XVI\u00e8me si\u00e8cle dans La M\u00e9g\u00e8re et des ann\u00e9es 1940 dans les coulisses, confectionn\u00e9s par Brigitte Reiffenstuel, le spectateur se fait entra\u00eener encore plus dans les deux histoires.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Florence Vandeputte<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Cole Porter a choisi de rendre hommage \u00e0 Shakespeare en \u00e9crivant <em>Kiss Me, Kate<\/em> (1948) l\u2019une de ses com\u00e9dies musicales les plus salu\u00e9es, c\u2019est v\u00e9ritablement un hommage \u00e0 Broadway qu\u2019a choisi Lee Blakeley pour la mise en sc\u00e8ne de cette nouvelle adaptation de l\u2019\u0153uvre enlev\u00e9e du compositeur prodige, jou\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet du 3 au 12 f\u00e9vrier. C\u2019est l\u2019\u00e9poque des pantalons en tweed, des robes hautes en couleurs, des casquettes plates, de la cigarette fum\u00e9e au travail, des c\u00e9l\u00e8bres num\u00e9ros de claquettes propres aux vaudevilles new-yorkais, que l\u2019on retrouve fid\u00e8lement sur sc\u00e8ne et non sans une certaine volupt\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rappelons que <em>Kiss me, Kate<\/em> c\u2019est d\u00e9j\u00e0 l\u2019histoire d\u2019une adaptation, celle de <em>La M\u00e9g\u00e8re apprivois\u00e9e<\/em> &#8211; une des rares com\u00e9dies de Shakespeare &#8211; par Fred Graham, un auteur compositeur, et sa troupe de Broadway, alors en pleine r\u00e9p\u00e9tition. Kate, la m\u00e9g\u00e8re, rejette les hommes et refuse les avances int\u00e9ress\u00e9es d\u2019un pr\u00e9tendant. Elle est jou\u00e9e par Lilli, l\u2019ex -mais toujours amoureuse- femme de Fred, qui lui joue le r\u00f4le de Petruchio, le courtisan. On a donc une mise en ab\u00eeme all\u00e9chante du th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre qui prend une dimension tr\u00e8s amusante par les va-et-vient entre les sc\u00e8nes avec les ex-mari\u00e9s de Broadway (qui vivent toujours ensemble) et les r\u00e9p\u00e9titions de sc\u00e8nes de s\u00e9duction entre Petruchio et Kate, \u00e0 l\u2019origine de nombreux quiproquos. Les acteurs m\u00ealant souvent leurs sentiments r\u00e9els \u00e0 leur jeu d\u2019acteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La com\u00e9die parle d\u2019amour de mani\u00e8re tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re et avec, avant tout, la volont\u00e9 de faire rire, notamment avec l\u2019arriv\u00e9e hilarante de deux voyous, caricaturant les gangsters de l\u2019\u00e9poque, venus r\u00e9clamer une dette de jeu. La mise en sc\u00e8ne est fid\u00e8le au ton de l\u2019histoire : au second plan des pizzaiolos jonglent avec de la p\u00e2te \u00e0 pizza, l\u2019\u00e9clairage de l\u2019enseigne du th\u00e9\u00e2tre new-yorkais tombe en partie en panne nous d\u00e9voilant un jeu de mots subtil et dr\u00f4le, le chef d\u2019orchestre s\u2019improvise en metteur en sc\u00e8ne \u2026 <em>Kiss me, Kate<\/em> c\u2019est le grand show \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, au sens noble de l\u2019expression, c\u2019est pr\u00e8s d\u2019une quarantaine de com\u00e9diens, danseurs, chanteurs, r\u00e9unies par les chor\u00e9graphies pleines d\u2019entrain de Nick Winston qui s\u2019enchainent \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut in\u00e9vitablement saluer la performance de l\u2019Orchestre de chambre de Paris et de David Charles Abell, le directeur musical, qui interpr\u00e8te avec brio les partitions enivrantes de Cole Porter et qui nous fait swinguer entre deux \u00e9clats de rire. Soulignons \u00e9galement le travail effectu\u00e9 pour les d\u00e9cors par Charles Edwards, qui nous transportent merveilleusement de la solennit\u00e9 de la salle du Ch\u00e2telet \u00e0 la chaleur du Broadway des ann\u00e9es 40, et ses fameux immeubles en briques aux escaliers de secours ext\u00e9rieurs, o\u00f9 l\u2019on resterait bien plus longtemps pousser la chansonnette avec les artistes.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Paul Facomprez<\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Com\u00e9die musicale | Th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet | En savoir plus Avec la com\u00e9die musicale Kiss me Kate, le grand compositeur et parolier am\u00e9ricain Cole Porter fait une entr\u00e9e royale au th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet. 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