{"id":228,"date":"2016-02-09T19:30:52","date_gmt":"2016-02-09T18:30:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=228"},"modified":"2016-02-09T19:30:52","modified_gmt":"2016-02-09T18:30:52","slug":"les-variations-de-goldberg","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=228","title":{"rendered":"Tombe \/ La nuit s&rsquo;ach\u00e8ve \/ Les Variations de Goldberg"},"content":{"rendered":"<p>Ballet | Op\u00e9ra national de Paris | <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-15-16\/ballet\/jerome-bel-jerome-robbins\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une programmation \u00e9tonnante qui r\u00e9unit trois univers diff\u00e9rents. L&rsquo;acte premier s&rsquo;ouvre sur la cr\u00e9ation de J\u00e9r\u00f4me Bel \u00ab\u00a0Tombe\u00a0\u00bb, projet d\u00e9routant mont\u00e9 autour du ballet de Giselle, qui m\u00eale danseurs professionnels et non professionnels. Bel transcende le public et fait entrer le r\u00e9el sur sc\u00e8ne en brisant la notion de quatri\u00e8me mur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les \u00e9toiles de ce ballet se hisse sur la pointe de pied cette jeune femme unijambiste Sandra Escud\u00e9, portant fi\u00e8rement son apparat de danseuse \u00e9toile sur son fauteuil roulant. Nous retrouvons \u00e9galement Henda Traor\u00e9 caissi\u00e8re de supermarch\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de Gr\u00e9gory Gaillard qu&rsquo;elle entra\u00eene sur les rythmes de tam-tams africains envo\u00fbtants. La magie s\u2019op\u00e8re alors, avec pour seuls accessoires son foulard rouge et son sourire, les voil\u00e0 partageant la sc\u00e8ne de l&rsquo;op\u00e9ra Garnier dont elle foule le sol pour la premi\u00e8re fois. Le ballet s&rsquo;ach\u00e8ve avec un dernier duo. Benjamin Pech nous annonce avec \u00e9motion que sa partenaire ne le rejoindra malheureusement pas sur sc\u00e8ne. Une toile blanche \u00e0 l&rsquo;instar du rideau se baisse. Nous voil\u00e0 face \u00e0 un magnifique duo \u00e9mouvant dont la r\u00e9p\u00e9tition est projet\u00e9e comme sur un \u00e9cran de cin\u00e9ma. Il unit cette spectatrice historique \u00e2g\u00e9e de 87 ans qui peut \u00e0 peine se mouvoir dans les bras de ce danseur \u00e9toile sur la musique d&rsquo;Adolphe Ada. Cette ode \u00e0 la diff\u00e9rence fait de ce ballet un spectacle saisissant par sa simplicit\u00e9 et son ing\u00e9niosit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La nuit s&rsquo;ach\u00e8ve\u00a0\u00bb de Benjamin Millepied traduit toute la sensibilit\u00e9 et la musicalit\u00e9 de ses chor\u00e9graphies. Trois couples se font et se d\u00e9font sur la sonate \u00ab\u00a0Appasionata\u00a0\u00bb de Beethoven jou\u00e9e par Alain Plan\u00e8s. Les corps des danseurs sublim\u00e9s par leurs tenues fluides de couleurs sobres, ondulent telles des flammes sur la sc\u00e8ne dont le d\u00e9cor minimaliste et les jeux de lumi\u00e8res ne font que sublimer le travail de Benjamin Millepied. Un couple se d\u00e9tache de ce sextuo: Amandine Albisson et Herv\u00e9 Moreau tout de blanc v\u00eatu. Dans un pas de deux centraux emprunts de sensualit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9rotisme, ils illustrent \u00e0 merveille les tumultes de la passion amoureuse. Le souffle des danseurs ainsi que les bruits de leurs chaussons sur la sc\u00e8ne ne font qu&rsquo;ajouter plus de beaut\u00e9 et de puret\u00e9 \u00e0 cette cr\u00e9ation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00ab\u00a0Variations Godberg\u00a0\u00bb tant attendues du public viennent clore cette programmation. Chor\u00e9graphi\u00e9es par J\u00e9r\u00f4me Robbins, nous retrouvons la douceur et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des variations de Bach dans ce ballet qui s&rsquo;ouvre sur un tableau d&rsquo;\u00e9poque. Les danseurs rev\u00eatent les costumes d&rsquo;\u00e9poque, comme en hommage \u00e0 ce dernier, les danseurs se font une r\u00e9v\u00e9rence avant d&rsquo;entamer leur danse. Les mouvements sont l\u00e9gers, all\u00e8gres, les danseurs virevoltent dans leurs tenues couleurs pastels et procurent une atmosph\u00e8re joyeuse et badine. Les pas sont cisel\u00e9s \u00e0 la perfection. Tout ne semble \u00eatre qu&rsquo;harmonie dans le monde joyeux de Robbins et le public le lui rendra.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Anouchka Crocqfer<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui je suis rentr\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans le Palais Garnier, un op\u00e9ra magnifique dont le plafond Chagall ne peut que nous enchanter.\u00a0\u00ab\u00a0Les variations Goldberg\u00a0\u00bb est un ballet de J\u00e9r\u00f4me Robbins du New York City Ballet sur ces variations pour deux clavecins de Bach ici r\u00e9alis\u00e9 tr\u00e8s habilement au piano.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle de trois heures est divis\u00e9 en trois parties s\u00e9par\u00e9es par deux entractes de vingt minutes chacune.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les rideaux s\u2019ouvrent pour laisser place \u00e0 une for\u00eat et une tombe. Dans la premi\u00e8re partie et en tant que novice de l\u2019Op\u00e9ra j\u2019ai eu le loisir de rencontrer des gens tout comme moi \u00e9voluer sur la sc\u00e8ne du palais Garnier. C\u2019est au milieu du d\u00e9cor onirique du ballet romantique \u00ab\u00a0Giselle\u00a0\u00bb que le chor\u00e9graphe J\u00e9r\u00f4me Bel a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019inviter des personnes ordinaires telles que Henda, caissi\u00e8re dans un supermarch\u00e9. Gr\u00e9gory Gaillard d\u00e9crit et nous explique le fonctionnement des d\u00e9cors allant jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9voiler ce qui se cache derri\u00e8re celui-ci. Voir ces danseurs d\u2019un jour \u00e9voluer sur sc\u00e8ne comme Henda illumin\u00e9e par la poursuite, destin\u00e9 aux danseurs \u00e9toiles, sur un fond de musique Africaine \u00e9tait attachant. Les trois invit\u00e9s m\u2019ont beaucoup touch\u00e9e et plus particuli\u00e8rement Sylviane Milley, une vieille femme de 84 ans amoureuse de la danse. Etant \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, Sylvianne n\u2019a pas pu venir mais il nous a \u00e9t\u00e9 montr\u00e9 une vid\u00e9o de la derni\u00e8re r\u00e9p\u00e9tition faite avec le danseur Benjamin Pech. Le duo et la gr\u00e2ce avec laquelle cette petite grand-m\u00e8re ch\u00e9tive se met \u00e0 virevolter dans les bras de Benjamin m\u2019a \u00e9mue aux larmes. Ce n\u2019\u00e9tait malheureusement pas l\u2019avis de tous car une bonne partie des spectateurs a copieusement hu\u00e9, s\u2019emportant contre \u00ab\u00a0des programmations comme \u00e7a\u00a0\u00bb. J\u00e9r\u00f4me Bel, connu pour son penchant pour la dance contemporaine et la non-danse a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 hu\u00e9 lors du salut final. Il me semble qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 mis de c\u00f4t\u00e9, pour une grande partie des spectateurs, qu\u2019un spectacle quel qu\u2019il soit se doit de nous faire vivre des \u00e9motions et que la technique ne fait pas tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est au milieu d\u2019un d\u00e9cor plus sobre que les danseurs professionnels prennent place sur une Sonate de Beethoven, chor\u00e9graphi\u00e9e par Benjamin Millepied. Les costumes et la chor\u00e9graphies allaient parfaitement de pair et les trois couples de danseurs habill\u00e9s de bleu et de rouge laissaient place \u00e0 ceux habill\u00e9s en violet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La derni\u00e8re partie, clou du spectacle, se d\u00e9roule dans un d\u00e9cor encore plus sobre que le pr\u00e9c\u00e9dent et est accompagn\u00e9 de la pianiste d\u2019un grand talent Simone Dinnerstein qui joue sur un seul clavier ce qui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu pour deux. La danse sur ces \u00ab\u00a0Variations Goldberg\u00a0\u00bb est \u00e0 la fois tr\u00e8s technique mais comporte aussi de nombreux \u00e9l\u00e9ments qui ne semblent pas appartenir au ballet standard tel que roulades, roues et rondes. Voir les danseuses d\u00e9fier les danseurs en dansant en couple et voir ceux-ci r\u00e9torquer en faisant de m\u00eame m\u2019ont beaucoup plus et m\u2019ont permis d\u2019appr\u00e9cier d\u2019autant plus ce ballet qui s\u2019est montr\u00e9 novateur.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">C\u00e9lia Perez Lucet<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Tombe<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les rideaux s\u2019ouvrent sur les somptueux d\u00e9cors en toile peinte du dernier acte de <em>Giselle<\/em> : un ch\u00e2teau aust\u00e8re, perch\u00e9 sur la roche et surplombant une for\u00eat. Sur sc\u00e8ne, rien, hormis une tombe&#8230; Le titre est donn\u00e9. Mais que penser du choix de J\u00e9r\u00f4me Bel d\u2019avoir int\u00e9gr\u00e9 sa nouvelle cr\u00e9ation au sein de l\u2019arch\u00e9type-m\u00eame du ballet romantique, lui qui, au cours de sa carri\u00e8re, a toujours rejet\u00e9 la force de l\u2019artifice au profit d\u2019une trivialit\u00e9 sc\u00e9nique particuli\u00e8rement marqu\u00e9e par le nihilisme (plateau brut, dispositif lumineux terne&#8230;) ? Une voix de femme s\u2019\u00e9l\u00e8ve en coulisse, et donne le ton : \u00abO\u00f9 sommes-nous ?\u00bb. Un dialogue s\u2019instaure alors, sans que les deux interlocuteurs, paradoxalement, ne s\u2019avancent sur sc\u00e8ne. Il s\u2019agit de Gr\u00e9gory Gaillard, coryph\u00e9e, et d\u2019Henda Traore, la caissi\u00e8re de son supermarch\u00e9. \u00c0 ce premier duo, succ\u00e9dera celui de S\u00e9bastien Bertaud, sujet rev\u00eatant ici le r\u00f4le d\u2019Albrecht, et de Sandra Escud\u00e9, une <em>Giselle-willi<\/em> en fauteuil roulant, amput\u00e9e d\u2019une jambe. Enfin, un dernier duo : Benjamin Pech, danseur \u00e9toile, et Sylviane Milley, spectatrice historique de l\u2019Op\u00e9ra de Paris, \u00e2g\u00e9e de 84 ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 travers ce parcours exp\u00e9rimental en trois temps, le chor\u00e9graphe s\u2019emploie \u00e0 d\u00e9construire les conventions du spectacle en d\u00e9jouant les attentes du public en termes de performance artistique et de formatage des corps. La sc\u00e8ne du Palais Garnier perd sa dimension sacralis\u00e9e : Gr\u00e9gory Gaillard, professionnel initiant Henda \u00e0 la \u00abbo\u00eete noire\u00bb, d\u00e9voile l\u2019envers du d\u00e9cor. Il lui pr\u00e9sente tout d\u2019abord Jean-Philippe, le r\u00e9gisseur, avant de la guider au centre de la sc\u00e8ne. V\u00eatus de tenues quotidiennes, ils entament une p\u00e9r\u00e9grination au gr\u00e9 d\u2019un jeu de questions-r\u00e9ponses, \u00e9maill\u00e9 d\u2019anecdotes sur le m\u00e9tier du corps de ballet, la condition du danseur, l\u2019architecture de la salle, mais aussi de r\u00e9flexions burlesques teint\u00e9es d\u2019ironie, \u00e0 m\u00eame d\u2019ouvrir sur des questionnements d\u2019ordre esth\u00e9tique, sociologique, voire \u00e9thique. Cette approche a, par cons\u00e9quent, l\u2019avantage d\u2019op\u00e9rer une v\u00e9ritable transformation du regard du public, en le poussant \u00e0 la r\u00e9flexion. Les d\u00e9hanchements maladroits d\u2019Henda, accompagn\u00e9e d\u2019une musique &#8211; aux accents exotiques &#8211; sur son I-Phone, ont-ils leur place sur la sc\u00e8ne du Palais Garnier ? Le transport bachique de Gr\u00e9gory Gaillard, venu se joindre \u00e0 elle, d\u00e9sublime-t-il la danse ? Peut-on encore parler d\u2019\u00abart\u00bb apr\u00e8s en avoir \u00f4t\u00e9 les myst\u00e8res ? Cette premi\u00e8re performance achev\u00e9e, le public, circonspect, observe Gr\u00e9gory Gaillard et Henda s\u2019asseoir au bord de la sc\u00e8ne, en spectateurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u00e9bastien Bertaud, l\u2019allure sombre en costume d\u2019Albrecht, fait alors son entr\u00e9e \u00e0 travers les nimbes, sur l\u2019enregistrement sonore d\u2019un extrait du ballet. Il vient d\u00e9poser un bouquet de fleurs blanches au pied de la tombe. Une ballerine en <em>Giselle-willi.<\/em>.. Roule \u00e0 toute allure jusqu\u2019\u00e0 lui, avant de dispara\u00eetre dans les coulisses. De fait, \u00e0 la grande stupeur du public, il s\u2019agit d\u2019une jeune danseuse en fauteuil roulant. Un pas de deux engag\u00e9 silencieusement entre les deux \u00eatres r\u00e9v\u00e9lera m\u00eame, dans un bruissement de tulles, sa jambe amput\u00e9e. Malgr\u00e9 la sensibilit\u00e9 manifeste et la douceur de leurs gestes, nous ne pouvons que souligner notre malaise face \u00e0 cette performance artistique. Avec ce tableau, J\u00e9r\u00f4me Bel a pris le parti de nous confronter \u00e0 un invisible de la sc\u00e8ne chor\u00e9graphique conventionnelle : un corps amput\u00e9. Provocation ? Simple rapport frontal ? Ou \u00abmauvais go\u00fbt\u00bb ? Il semblerait qu\u2019un des maillons essentiels de la condition humaine soit livr\u00e9 sur sc\u00e8ne, sans que nous puissions en d\u00e9celer la v\u00e9ritable port\u00e9e, de mani\u00e8re objective. Il s\u2019agira peut-\u00eatre au dernier duo de nous en fournir la clef ? Le couple une fois sorti, le danseur \u00e9toile Benjamin Pech, v\u00eatu simplement, s\u2019avance sur sc\u00e8ne, micro en main. Au grand dam du public, il r\u00e9v\u00e8le qu\u2019il ne pourra assurer cette partie du spectacle, dans la mesure o\u00f9 Silviane, sa partenaire, est actuellement hospitalis\u00e9e. Il brosse alors le portrait de la vieille femme, venue \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra pour la premi\u00e8re fois avec sa m\u00e8re, en temps de guerre. Avec sensibilit\u00e9, il \u00e9voque la force du lien qui les unit, depuis son entr\u00e9e dans la Compagnie. Enfin, en accord avec le chor\u00e9graphe, il exprime son choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de partager avec le public, en l\u2019absence de Silviane, leur travail effectu\u00e9 en studio&#8230; Le danseur \u00e9toile s&rsquo;assoit sur sc\u00e8ne, tandis qu\u2019un \u00e9cran s\u2019abaisse, au son de l\u2019extrait de <em>Giselle<\/em> entendu \u00e0 l\u2019instant. Tout en observant les d\u00e9placements ralentis de Silviane par le poids des ann\u00e9es, les regards attendris du danseur&#8230; Un nouveau bouleversement s\u2019op\u00e8re en nous&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux interrogations d\u2019Henda sur l\u2019utilit\u00e9 du faste de la grande salle du Palais Garnier, Gr\u00e9gory Gaillard avait r\u00e9pondu : \u00abC\u2019est comme un d\u00e9cor de la richesse&#8230; Peut-\u00eatre pour faire croire aux spectateurs qu\u2019ils sont riches.\u00bb Ironiquement peut-\u00eatre, cette nouvelle cr\u00e9ation de J\u00e9r\u00f4me Bel offre un \u00abplaisir nouveau\u00bb qui ne peut qu\u2019enrichir les spectateurs, si tant est qu\u2019ils en aient accept\u00e9 les modalit\u00e9s discursives, voire l\u2019herm\u00e9tisme. Et nous ne pouvons que regretter la manifestation du m\u00e9contentement d\u2019une partie du public.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La nuit s&rsquo;ach\u00e8ve<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour sa nouvelle cr\u00e9ation, d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la m\u00e9moire de son ami Nicholas Petrides, Benjamin Millepied a trouv\u00e9 sa source d\u2019inspiration aupr\u00e8s de l\u2019<em>Appassionata<\/em> de Beethoven, magistralement interpr\u00e9t\u00e9e lors de cette repr\u00e9sentation par le pianiste Alain Plan\u00e8s. \u00abLa Nuit s\u2019ach\u00e8ve\u00bb, empreinte des accents temp\u00e9tueux de la Sonate n\u00b023 op. 57 en fa mineur, que Romain Rolland qualifiait de \u00abtorrent de feu dans un lit de granit\u00bb, est \u00e9crite pour six danseurs : Amandine Albisson, Sae Eun Park, Ida Viikinkovski, Herv\u00e9 Moreau, Marc Moreau et J\u00e9r\u00e9my-Loup Quer.<br \/>\nLa premi\u00e8re partie s\u2019ouvre sur un d\u00e9cor \u00e9pur\u00e9, creus\u00e9 de trois arcades qui allient la pourpre au bleu c\u00e9rul\u00e9en. Un couple en mauve, un deuxi\u00e8me en rouge et un dernier en bleu, font une entr\u00e9e fracassante sur sc\u00e8ne, \u00e0 force de grands jet\u00e9s, de sauts de chat et de mousselines virevoltantes. Les danseurs semblent rappeler, par leurs gestes et leurs courses effr\u00e9n\u00e9es, les temp\u00eates d\u2019un c\u0153ur. Tandis que le motif musical, sombre et tourment\u00e9, se grave peu \u00e0 peu en nous, la virtuosit\u00e9 sc\u00e9nique nourrit notre imaginaire&#8230; Et le charme s\u2019op\u00e8re. Habitant l\u2019espace entier, hommes et femmes rench\u00e9rissent de performances artistiques sous nos yeux \u00e9bahis. C\u2019est accul\u00e9s par des cascades de doubles croches et de trilles qu\u2019ils alternent sans r\u00e9pit : pas de deux, solos, diagonales, man\u00e8ges, qu\u2019ils \u00e9changent leurs partenaires, se d\u00e9cha\u00eenent, disparaissent, se retrouvent, puis s\u2019\u00e9vadent, dans l\u2019\u00e9clatement d\u2019un dernier arp\u00e8ge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019entr\u00e9e d\u2019Herv\u00e9 Moreau et d\u2019Amandine Albisson, v\u00eatus de blanc \u00e0 la mani\u00e8re des deux amants libertins du <em>Parc<\/em> d\u2019Angelin Preljocaj, contraste avec l\u2019atmosph\u00e8re orageuse du premier mouvement. Ils entament, avec douceur, un pas de deux \u00e9poustouflant par la ma\u00eetrise de son ex\u00e9cution. La fluidit\u00e9 et la souplesse de leurs gestes donnent corps \u00e0 l\u2019harmonie musicale. L\u2019h\u00e9sitation des premi\u00e8res \u00e9treintes, alli\u00e9e \u00e0 la prouesse technique, magnifie une certaine forme de sensualit\u00e9 \u00e9rotique. Nous nous surprenons \u00e0 vouloir d\u00e9crypter les signes d\u2019un coup de foudre imminent&#8230; Mais voil\u00e0 que leur danse, enchanteresse, laisse place \u00e0 l\u2019Amour, incarn\u00e9 par l\u2019\u00e9change d\u2019un baiser. Contrairement au final du Parc, Herv\u00e9 Moreau ne fera pas tournoyer dans les airs sa partenaire, accroch\u00e9e \u00e0 son cou, mais la fusion de leur deux corps n\u2019en restera pas moins latente et \u00e0 fleur de peau, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un froissement d\u2019ailes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux autres couples leur succ\u00e9deront, l\u2019un en noir, l\u2019autre en gris. All\u00e9gorie de la partie d\u00e9sirante de l\u2019\u00e2me ou retour des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9cha\u00een\u00e9s ? Difficile de trancher. Les danseuses, cheveux d\u00e9nou\u00e9s, nous emm\u00e8nent avec elles dans leur essor, tandis que leurs partenaires les rattrapent, puis se laissent \u00e0 leur tour emport\u00e9s. Ainsi la nuit s\u2019ach\u00e8ve.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dissimul\u00e9 dans les coulisses, Benjamin Millepied, le c\u0153ur serr\u00e9, rejoint alors les danseurs sur sc\u00e8ne, \u00e0 notre plus grande satisfaction. Les applaudissements redoubl\u00e9s des spectateurs t\u00e9moignent de la qualit\u00e9 de la performance&#8230; Et les mains, d\u00e9j\u00e0 br\u00fblantes, rendent-elles certainement hommage au directeur de la Danse \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra National de Paris, dont la d\u00e9mission a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e dans un communiqu\u00e9, d\u00e9but f\u00e9vrier. Mais fort heureusement pour le monde de la danse, cette ovation, aux accents d\u2019adieux, n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019un au revoir, dans la mesure o\u00f9 Benjamin Millepied, loin de se retirer, a d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 deux nouvelles cr\u00e9ations pour la prochaine saison.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Les variations de Goldberg<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00abVariations Goldberg\u00bb de J\u00e9r\u00f4me Robbins signent le dernier volet de ce programme en trois temps. L\u2019\u0153uvre magistrale pour clavier de Johann S\u00e9bastien Bach, convoqu\u00e9e ici par le chor\u00e9graphe, et prodigieusement ex\u00e9cut\u00e9e par Simone Dinnerstein pour cette quatri\u00e8me repr\u00e9sentation, s\u2019ouvre sur un th\u00e8me introductif que viendront d\u00e9cliner dix ensembles de trois variations, jou\u00e9es sans interruption. \u00abJe voulais voir ce que cela donnerait si je m\u2019attaquais \u00e0 un monument qui ne m\u2019offrirait aucune prise\u00bb, avoue J\u00e9r\u00f4me Robbins dans un entretien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au c\u0153ur d\u2019un d\u00e9cor vou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;abstraction, un premier couple de danseurs fait son entr\u00e9e, en costumes baroques. Il s\u2019agit de Laure-Ad\u00e9la\u00efde Boucaud et de Bruno Bouch\u00e9. Ponctuant leurs gestes de fr\u00e9quents arr\u00eats, la justesse de leurs encha\u00eenements ne va pas sans nous rappeler la sc\u00e8ne de s\u00e9duction entre Ryan O\u2019Neal et Marisa Berenson (<em>Barry Lindon<\/em>), bien que Stanley Kubrick ait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 Bach le Trio n\u00b02 Op. 100 pour piano, violon et violoncelle de Franz Schubert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La suite du ballet est divis\u00e9e en deux parties, avec deux groupes de danseurs rev\u00eatus de justaucorps bigarr\u00e9s : maillots pour les hommes, tutus et jupettes pour les femmes. Chacun de leurs mouvements renoue avec un h\u00e9ritage classique acad\u00e9mique des plus codifi\u00e9s. D\u00e9pourvue d\u2019intrigue ou de toute forme de r\u00e9cit, la chor\u00e9graphie d\u00e9plie l\u2019\u00e9ventail des possibles en mati\u00e8re de technicit\u00e9&#8230; Et nous voici comme au beau milieu d\u2019une classe de ballet, en plein \u00e9chauffement. Un danseur ex\u00e9cute quelques pas \u00e9l\u00e9mentaires. Les autres, en ligne droite, les reproduisent \u00e0 l\u2019identique. Des groupes se forment, puis des duos&#8230; Et c\u2019est en vain que nous tentons d\u2019intercepter quelques bribes d\u2019\u00e9motion. Nous devons m\u00eame reconna\u00eetre que certains tableaux nous ont paru, par certains aspects, longs et laborieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour autant, les \u00abVariations Goldberg\u00bb ont non seulement le m\u00e9rite de tisser un fil conducteur entre la danse baroque et le n\u00e9o-classique am\u00e9ricain, mais surtout de d\u00e9montrer la pr\u00e9cision et la qualit\u00e9 d\u2019ex\u00e9cution des danseurs de l\u2019Op\u00e9ra de Paris. Ainsi dans la seconde partie, les pas de deux, o\u00f9 se m\u00ealent de v\u00e9ritables tours de forces techniques, permettent-ils l\u2019\u00e9mancipation des danseurs : puret\u00e9 et fluidit\u00e9 pour Doroth\u00e9e Gilbert et Josua Hoffait, spontan\u00e9it\u00e9 et dynamisme pour Laura Hecquet et Mathieu Ganio, prouesse d\u2019un plongeon inopin\u00e9 pour L\u00e9onor Baulac et Florian Magnenet. Et peut-\u00eatre devrions-nous faire une palinodie, en rendant \u00e0 J\u00e9r\u00f4me Robbins toute la richesse de sa d\u00e9marche : celle d\u2019\u00e9viter un certain mani\u00e9risme fastueux au profit d\u2019une danse \u00e9pur\u00e9e, juste, vari\u00e9e, et intemporelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce programme, par son \u00e9clectisme et son originalit\u00e9, a l\u2019avantage d\u2019explorer une danse plurielle dont le processus allie une certaine forme d\u2019acad\u00e9misme \u00e0 un mouvement conceptuel et exp\u00e9rimental. Il engage ainsi la capacit\u00e9 des spectateurs \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 toute forme d\u2019hybridit\u00e9. Et s\u2019il est vrai que ces trois cr\u00e9ations ont rencontr\u00e9 un accueil in\u00e9gal de la part du public, tous s\u2019accorderont sur la performance de la troupe de l\u2019Op\u00e9ra de Paris, port\u00e9e \u00e0 son plus haut degr\u00e9 d\u2019excellence.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Cl\u00e9a Gillekens<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est constat\u00e9 qu&rsquo;en dessinant cette pi\u00e8ce de ballet, on voulait d\u00e9montrer que toutes les approches, m\u00eame les plus radicales, sont possibles et dans ce but l&rsquo;\u00e9quipe de production \u00e0 totalement r\u00e9ussi. L&rsquo;\u0153uvre \u00e9tait totalement unique dans son ouverture et \u00e0 inclut une large gamme de personnages, des fois amusants, des fois \u00e9mouvants. De cette mani\u00e8re, c&rsquo;\u00e9tait un ballet qui, d\u00e8s l&rsquo;ouverture, a vraiment encourag\u00e9 l&rsquo;audience \u00e0 regarder, pas juste pour le plaisir, mais d&rsquo;une fa\u00e7on plus consciente. La progression de la pi\u00e8ce, de cette ouverture unique \u00e0 une performance beaucoup plus classique \u00e9tait impressionnant. La progression \u00e9tait aussi impressionnante dans le sens qu&rsquo;elle encourageait l&rsquo;audience \u00e0 consid\u00e9rer la pi\u00e8ce pas juste comme une belle \u0153uvre mais comme une expression culturelle, r\u00e9v\u00e9lant comment le ballet peut influencer tous genres de gens dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La progression de la pi\u00e8ce \u00e9tait aussi impressionnante dans le sens qu&rsquo;elle a permit une grande diversit\u00e9 de style de ballet. Les aspects plus modernes ont contrast\u00e9es avec les aspects plus classiques et la musique a assur\u00e9 que la pi\u00e8ce soit tr\u00e8s diverse et \u00c9mouvante. Des aspects plus intimes, aux sc\u00e8nes plus vivaces, se fut un ballet impressionnant et \u00e9mouvant qui, \u00e0 la fois divertissant, et int\u00e9ressant m&rsquo;a inspir\u00e9 \u00e0 regarder la danse comme beaucoup plus qu&rsquo;un spectacle, mais une v\u00e9ritable expression culturelle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Philippa Sheperd<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 9 f\u00e9vrier, j\u2019ai eu la chance d\u2019assister au spectacle Bel\/Millepied\/Robbins \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Garnier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re partie \u00e9tait une cr\u00e9ation tr\u00e8s originale de J\u00e9r\u00f4me Bel intitul\u00e9e \u00ab Tombe \u00bb. Fid\u00e8le \u00e0 son \u00ab approche sociologique \u00bb de la danse, il avait choisi de mettre en sc\u00e8ne trois duos improbables illustrant chacun \u00e0 sa fa\u00e7on le th\u00e8me de la diff\u00e9rence. Le premier duo, \u00e9tait compos\u00e9 de Gr\u00e9gory Gaillard, danseur dans le corps de ballet et d\u2019Henda Traor\u00e9, baby-sitter et novice de l\u2019op\u00e9ra. Rendant hommage \u00e0 tout le personnel technique, Gr\u00e9gory Gaillard pr\u00e9sente l\u2019op\u00e9ra \u00e0 Henda au milieu du d\u00e9cor l\u2019acte II de Giselle. Le second duo \u00e9tait compos\u00e9 de S\u00e9bastien Bertaud et Sandra Escud\u00e9, danseuse en fauteuil roulant. Cette seconde performance m\u2019a prouv\u00e9 qu\u2019handicap et gr\u00e2ce n\u2019\u00e9taient pas incompatibles. Benjamin Pech s\u2019est ensuite pr\u00e9sent\u00e9 seul sur sc\u00e8ne pour projeter les images de sa derni\u00e8re s\u00e9ance de travail avec Sylviane Milley, spectatrice \u00e2g\u00e9e de 84 ans qui devait monter sur sc\u00e8ne avec lui. Si cette cr\u00e9ation a suscit\u00e9 de vives protestations chez certains spectateurs, je crois qu\u2019elle \u00e9tait au moins int\u00e9ressante pour les questions qu\u2019elle pose \u00e0 notre vision canonique de la danse classique. J\u00e9r\u00f4me Bel d\u00e9clarait ainsi \u00ab\u00a0Mon travail propose juste une autre mani\u00e8re d\u2019envisager la danse, mais il n\u2019est pas contre elle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La seconde partie du spectacle \u00e9tait une pi\u00e8ce de Benjamin Millepied intitul\u00e9e \u00ab La nuit s\u2019ach\u00e8ve \u00bb. C\u2019est sur la Sonate 23 op. 57 que trois duos de danseurs se sont illustr\u00e9s. Jouant d\u2019abord avec les couleurs primaires, B. Millepied se sert des costumes pour cr\u00e9er une harmonie qui pourrait \u00e9voquer les tableaux d\u2019Edward Hopper. Amandine Albisson et Herv\u00e9 Moreau, tout de blancs v\u00eatus proposent ensuite un duo tr\u00e8s sensuel. Ils sont ensuite rejoints par deux autres duos de danseurs aux costumes noirs. En toute simplicit\u00e9, B. Millepied a su s\u2019appuyer sur le talent des danseurs pour produite un spectacle envoutant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La troisi\u00e8me partie, tr\u00e8s attendue, \u00e9tait une composition de J\u00e9r\u00f4me Robbins autour des variations de Goldberg. Dans une premi\u00e8re partie, les danseurs encha\u00eenent pirouettes et cabrioles rappelant les plaisirs de l\u2019enfance. S\u2019en suit l\u2019arriv\u00e9e spectaculaire d\u2019une trentaine de danseurs qui par des danses en groupes rappellent la cour de Louis XIV. Une derni\u00e8re partie tr\u00e8s impressionnante !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle magnifique soir\u00e9e \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Garnier !<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Romane Morichon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette soir\u00e9e \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra pr\u00e9sentait un triptyque chor\u00e9graphique pour le moins d\u00e9tonant, essayant de concilier des forces diff\u00e9rentes et des travaux de qualit\u00e9 variable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Tombe \u00bb de J\u00e9r\u00f4me Bel ouvre le bal, si l&rsquo;on peut dire ainsi, et le titre un brin provocant pour un d\u00e9but d&rsquo;une soir\u00e9e qui s&rsquo;annonce fastueuse est en r\u00e9alit\u00e9 un clin d\u2019\u0153il au ballet <em>Giselle<\/em> puisque cette premi\u00e8re pi\u00e8ce propose une r\u00e9flexion sur la pi\u00e8ce classique qu&rsquo;on ne pr\u00e9sente plus. Ce prologue dans\u00e9 est compos\u00e9 en trois temps et part d&rsquo;un th\u00e8me central, celui de r\u00e9unir un danseur et une personne n&rsquo;ayant pas d&rsquo;affinit\u00e9s particuli\u00e8res avec l&rsquo;effort physique que constitue la pratique de la danse. Bel se propose donc d&rsquo;amener sur sc\u00e8ne une nounou, ancienne caissi\u00e8re de supermarch\u00e9 d\u00e9couverte par un danseur du corps de ballet de l&rsquo;op\u00e9ra, une jeune femme \u00e0 la jambe amput\u00e9e et enfin une vieille dame de plus de quatre-vingts ans qui assiste depuis plus de soixante ans \u00e0 la majeure partie des spectacles propos\u00e9s au Palais Garnier. La d\u00e9marche a priori puissante et subversive (surtout dans une telle institution o\u00f9 les ballets de factures classiques s&rsquo;encha\u00eenent) tend \u00e0 interroger le spectateur vis-\u00e0-vis de ses propres attentes et de ce qui sur passe sur sc\u00e8ne. Bel esp\u00e8re pouvoir montrer que la place de la danse n&rsquo;est pas uniquement dans cette sur-esth\u00e9tisation de la performance parfaite mais que danser est avant tout affaire d&rsquo;histoire personnelle, tout \u00eatre pouvant chor\u00e9graphier sa vie, mettre en sc\u00e8ne ses accidents et d\u00e9sespoirs autant que son origine ou ses mimiques toutes personnelles. Mais ce pr\u00e9suppos\u00e9 se transforme rapidement en provocation na\u00efve \u2013 la salle ne se lassant pas de commentaires condescendants et m\u00e9prisants pendant le spectacle -, cette prop\u00e9deutique que devait \u00eatre \u00ab Tombe \u00bb \u00e0 des bouleversements chor\u00e9graphiques certains se d\u00e9savoue par son apparente facilit\u00e9, et se vautre dans une d\u00e9monstration malhabile de r\u00e9ponses peu convaincantes. La dimension parthique de tout spectacle \u00e9tant \u00e9videmment soulign\u00e9e met mal \u00e0 l&rsquo;aise, partag\u00e9e entre piti\u00e9 et raison le spectateur est troubl\u00e9 ; ne sachant plus d\u00e8s lors si c&rsquo;est l&rsquo;imperfection de l&rsquo;ensemble qui le touche ou si l&rsquo;\u00e9motion fonctionne comme le moyen affreux de justifier une imperfection chor\u00e9graphique et th\u00e9orique ; mais \u00ab Tombe \u00bb aura au moins la qualit\u00e9 de poser de telles questions, ce n&rsquo;est qui n&rsquo;est pas le cas de la pi\u00e8ce de Millepied. Sans saveur, \u00ab La Nuit s&rsquo;ach\u00e8ve \u00bb reprend des \u00e9l\u00e9ments de ballet classique, l&rsquo;harmonie et la performance sont ainsi valoris\u00e9es. Mais la modernit\u00e9 trop peureuse et peu efficiente a du mal \u00e0 s&rsquo;introduire dans ce champ chor\u00e9graphique, m\u00eame si \u00e0 certains instants des perc\u00e9es esth\u00e9tiques ravissent tout et un chacun, des corps tra\u00een\u00e9s, tract\u00e9s apportent une densit\u00e9 \u00e0 ce qui n&rsquo;est qu&rsquo;une pi\u00e8ce p\u00e2lotte ; et ni la sc\u00e9nographie ni les costumes ne proposent un mat\u00e9riau de r\u00e9flexion plus int\u00e9ressant. A la rigueur, c&rsquo;est peut-\u00eatre la dissonance et les effets de contrastes entre \u00ab l&rsquo;Appassionata \u00bb de Beethoven et \u00ab La nuit s&rsquo;ach\u00e8ve \u00bb qui donnent le plus \u00e0 penser. \u0152uvre un brin d\u00e9magogique, la pi\u00e8ce enjoint le lecteur \u00e0 la passivit\u00e9 intellectuelle la plus totale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les Variations Goldberg<\/em> constituent sans aucun doute la grande r\u00e9ussite de cette soir\u00e9e, pi\u00e8ce exigeante pour les danseurs de l&rsquo;op\u00e9ra, elle offre le charme d\u00e9suet des grands ballets en conciliant n\u00e9anmoins des passages absolument virtuoses tant par leur technique, que par leur pertinence et m\u00eame leur comique. Cette derni\u00e8re partie n&rsquo;est ainsi pas d\u00e9nu\u00e9e d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments grotesques (roulades ou positions narquoises) qui s&rsquo;accordent \u00e0 merveille avec des s\u00e9quences v\u00e9ritablement sublimes. Robbins nous offre une exp\u00e9rimentation <em>in progress<\/em> de toutes les formes dansantes : solo, duo, trio etc. et d\u00e9cline \u00e0 l&rsquo;infini les possibilit\u00e9s de jeu dans le cadre acad\u00e9mique. D\u00e9clinaison et variation, deux principes exploit\u00e9s si intelligemment qu&rsquo;au sortir de cette soir\u00e9e, la transe dans laquelle nous avait fait glisser Robbins subsiste encore dans le m\u00e9tro.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Timoth\u00e9e Gaydon<\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Ballet | Op\u00e9ra national de Paris | En savoir plus Une programmation \u00e9tonnante qui r\u00e9unit trois univers diff\u00e9rents. L&rsquo;acte premier s&rsquo;ouvre sur la cr\u00e9ation de J\u00e9r\u00f4me Bel \u00ab\u00a0Tombe\u00a0\u00bb, projet d\u00e9routant mont\u00e9 autour du ballet de Giselle, qui m\u00eale danseurs professionnels et non professionnels. 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