{"id":230,"date":"2016-02-11T19:30:26","date_gmt":"2016-02-11T18:30:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=230"},"modified":"2016-02-11T19:30:26","modified_gmt":"2016-02-11T18:30:26","slug":"double-vision","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=230","title":{"rendered":"Double vision"},"content":{"rendered":"<p>Danse | Th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot | <a href=\"http:\/\/theatre-chaillot.fr\/danse\/double-vision\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce jeudi 11 f\u00e9vrier 2016, au th\u00e9\u00e2tre de Chaillot, Carolyn Carlson pr\u00e9sente une chor\u00e9graphie de danse :<em> ELECTRONIC SHADOW <\/em>ou<em> DOUBLE VISION<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le titre anglais correspond davantage \u00e0 son \u0153uvre, les deux d\u00e9nominations se compl\u00e8tent ou plus exactement compl\u00e8tent les sens de ce spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9cors, les projections, la gestuelle, la musique et les bruitages d\u00e9concertants imitant la respiration humaine, la psalmodie de quelque parole fondue dans la surprise du spectateur, les jeux de mots entre <em>nowhere <\/em>et<em> now here<\/em> ! Tous ces \u00e9l\u00e9ments participent \u00e0 happer le spectateur dans ce monde que Carolyn Carlson imagine. \u00ab <em>The world I imagine<\/em> \u00bb ach\u00e8ve la repr\u00e9sentation et d\u00e9livre la clef de cette danse en solo. S\u2019y glisse aussi une critique du train de vie effr\u00e9n\u00e9 et ali\u00e9nant du monde citadin o\u00f9 l\u2019\u00eatre humain se r\u00e9ifie pour devenir une ombre de jeux vid\u00e9o et la marionnette de ses tentations. Le costume noir du danseur traduit bien cette image d\u2019une silhouette sans visage. La personne ne peut s\u2019accomplir que d\u00e9voil\u00e9e dans un monde o\u00f9 les rep\u00e8res se fondent dans la danse des couleurs et des paysages, symboles de voyage\u2026dans ce monde o\u00f9 l\u2019imagination est le ma\u00eetre et l\u2019\u00eatre humain son associ\u00e9\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00ealant absurde et charme, le spectacle n\u2019est pas sans s\u00e9duction\u2026n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 la r\u00e9f\u00e9rence sempiternelle \u00e0 la vie et culture new-yorkaises qui r\u00e9duit un peu la port\u00e9e de ce message dans\u00e9 en renvoyant toujours \u00e0 la puissance am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins <em>DOUBLE VISION<\/em> s\u2019adresse \u00e0 toute personne de toutes villes et \u00e0 son imagination.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Camille Maleval<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">On fait une repr\u00e9sentation bient\u00f4t ce 11 f\u00e9vrier dans le grand espace du Th\u00e9\u00e2tre de Chaillot.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle aura lieu \u00e0 19h30. La salle est noire, simple et pratique. La pente des si\u00e8ges, qui m\u00e8ne \u00e0 la sc\u00e8ne, est raide. Le spectateur surplombe le tout : une danseuse \u2014 Carolyn Carlson \u2014 est emp\u00eatr\u00e9e dans un drap de la taille d\u2019un appartement : \u00e0 la fois tissu qui continue la robe qu\u2019elle porte et \u00e9cran mouvant d\u2019un cin\u00e9ma horizontal. Cette surface mouvante creuse l\u2019espace d\u2019une nature harmonieuse. Plusieurs miroirs d\u00e9formants sont install\u00e9s au-dessus de la sc\u00e8ne, ce qui cr\u00e9e la \u00ab Double Vision \u00bb, mais grossissante, onirique, comme un r\u00eave d\u2019opium. La danseuse, solitaire, est lov\u00e9e dans l\u2019image qui la baigne ainsi que dans celle qui la r\u00e9fl\u00e9chit, toujours en osmose avec les saisons, caress\u00e9e par le soleil et la neige. Son corps est un corps naturel. Il est bouture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019installation sc\u00e9nique explique le titre de \u00ab Double Vision \u00bb, mais aussi le r\u00e9cit. Car l\u2019osmose avec la nature est remplac\u00e9e par le chaos de la ville, o\u00f9 l\u2019homme \u2014 on a chang\u00e9 Carolyn Carlson par Juha Marsalo, en r\u00e9sidence en France \u2014 n\u2019est plus qu\u2019une ombre chinoise, silhouette masqu\u00e9e, v\u00eatue de noire, qui r\u00e9p\u00e8te jusqu\u2019\u00e0 \u00e9puisement les m\u00eames gestes saccad\u00e9s, comme le mythique ouvrier de la machine-horloge dans M\u00e9tropolis. Une tension tragi-comique s\u2019installe pendant ce chapitre, que l\u2019on sent de transition. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019installation d\u2019Electric Shadow \u2014 Naziha Mestaoui et Yacine A\u00eft Kaci \u2014, qui \u00e9tait po\u00e9tique dans la premi\u00e8re partie, flanche un peu dans le conventionnel, voire le clich\u00e9. Les lumi\u00e8res hallucin\u00e9es, cens\u00e9es repr\u00e9senter la ville oppressante, d\u00e9filent sur quatre panneaux entre lesquels le danseur funambule, image fant\u00f4me d\u2019un homme asservi, titube, s\u2019agite fr\u00e9n\u00e9tiquement, s\u2019affale, se rel\u00e8ve d\u2019une d\u00e9tente, jusqu\u2019au malaise, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde. On attend une chute, comme dans une dissertation de lyc\u00e9en : th\u00e8se-antith\u00e8se-synth\u00e8se\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et effectivement le spectacle se termine en apoth\u00e9ose, vision tierce et optimiste d\u2019une femme \u2014 de nouveau Carolyn Carlson \u2014 dans un environnement futuriste, comme l\u2019int\u00e9rieur Louis XV r\u00e9tro\u00e9clair\u00e9 \u00e0 la fin de <em>2001, L\u2019Odyss\u00e9e de l\u2019espace<\/em>. Les mouvements sont fluides, l\u2019espace est tel les courbures de votre MacBook, lisses et min\u00e9rales ; la musique s\u2019adoucit, s\u2019estompe, comme la lumi\u00e8re, cr\u00e9puscule d\u2019un r\u00e8gne humain harmonieux.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Eric Debacq<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Double vision<\/em> est une chor\u00e9graphie de Carolyn Carlson qui m\u00eale danse moderne et des cr\u00e9ations visuels d&rsquo;<em>Electronic Shadow<\/em>. Ce spectacle, pr\u00e9sent\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre national Chaillot, est produit par Carolyn Carlson Company.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La spectacle se d\u00e9roule en trois parties. Dans un premier temps, la danseuse se meut en harmonie avec des effets visuels projet\u00e9s sur le sol. Sol qui est d&rsquo;ailleurs sa robe et qui recouvre toute la surface de la sc\u00e8ne. Le corps de Carolyn Carlson semble n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une excroissance de la terre et son corps ne fait qu&rsquo;un avec les couleurs projet\u00e9es, sans cesse en mouvement, et qui sont compl\u00e9t\u00e9es par les mouvements artificielles du drap qui recouvre le sol. La danseuse devient successivement flamme, neige, mer&#8230; et d&rsquo;incroyables impressions optiques apparaissent. Une impression surr\u00e9aliste s&rsquo;impose, impression enrichie par le miroir au-dessus de la sc\u00e8ne qui montre une image totalement nouvelle de ce qui se passe sur la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un deuxi\u00e8me temps, le danseur n&rsquo;est plus uni \u00e0 la sc\u00e8ne, mais il est toujours en accord avec le d\u00e9cor. Les draps se sont lev\u00e9s pour former quatre pans verticaux o\u00f9 sont projet\u00e9s des images color\u00e9es qui ne sont plus des couleurs qui rappellent la nature, mais des images, des vid\u00e9os de paysage urbain. Le danseur bouge de fa\u00e7on plus saccad\u00e9e, il est le monde qu&rsquo;il cr\u00e9\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment visuel est au c\u0153ur du spectacle pour presque en devenir le v\u00e9ritable sujet, au d\u00e9triment du danseur qui ne fait que compl\u00e9ter un paysage de couleurs qui se suffit en lui-m\u00eame. Une projection visuelle, peut-elle \u00eatre un spectacle \u00e0 elle toute seule\u00a0? L&rsquo;envo\u00fbtement produit chez le spectateur est ind\u00e9niable, mais un certain vide se cr\u00e9\u00e9. Le corps du danseur se fait sentir par son manque de pr\u00e9sence. Cela s&rsquo;est traduit par un nombre excessif d&rsquo;\u00e9crans de t\u00e9l\u00e9phones qui se sont \u00e9veill\u00e9s lors de s\u00e9ance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle se termine par une implication du spectateur\u00a0: des phrases, en anglais, sont projet\u00e9es pour inviter le spectateur \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le spectacle. \u00ab\u00a0It is not what it seems to be\u00a0\u00bb. Qu&rsquo;est-ce que le spectateur a r\u00e9ellement vu\u00a0? \u00ab\u00a0The world I make\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0The world I imagine\u00a0\u00bb. Le spectateur n&rsquo;est-il pas aussi cr\u00e9ateur de l&rsquo;\u0153uvre puisse qu&rsquo;il l&rsquo;imagine. Cette danse n&rsquo;\u00e9tait-elle pas une proposition pour amener le spectateur \u00e0 laisser aller ses sens et son imagination et pour qu&rsquo;une <em>Double vision<\/em>, celle de la r\u00e9alit\u00e9 et celle de son imagination apparaisse\u00a0?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">L\u00e9na Piveteau<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Carolyn Carlson est invit\u00e9e pour deux saisons en r\u00e9sidence d&rsquo;artiste au Palais de Chaillot et y a repr\u00e9sent\u00e9 du 10 au 12 f\u00e9vrier le solo <em>Double Vision<\/em>, cr\u00e9\u00e9 en 2006 avec l&rsquo;aide du duo d&rsquo;artistes Electronic Shadow. L&rsquo;architecte belge Naziha Mestaoui et le r\u00e9alisateur fran\u00e7ais Yacine Ait Kaci ont particip\u00e9 \u00e0 \u00e9laborer une ambiance originale sur la sc\u00e8ne gr\u00e2ce \u00e0 des projections lumineuses qui tant\u00f4t d\u00e9corent l&rsquo;espace de couleurs abstraites, tant\u00f4t nous font voir des paysages urbains qui d\u00e9filent sans jamais s&rsquo;arr\u00eater. Dans ce d\u00e9cor, surplomb\u00e9 de miroirs qui nous donnent \u00e0 voir la danse \u00e0 l&rsquo;envers de notre point de vue habituel, Carolyn Carlson bouge avec gr\u00e2ce, dans des mouvements qui rappellent \u00e0 la fois la pantomime et la danse joyeuse d&rsquo;un enfant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle est construit en trois parties, dont on ne sent pas n\u00e9cessairement la logique d&rsquo;ensemble mais qui s&rsquo;encha\u00eenent avec fluidit\u00e9.<br \/>\nTout d&rsquo;abord, au moment o\u00f9 la sc\u00e8ne s&rsquo;illumine, appara\u00eet la danseuse prise jusqu&rsquo;\u00e0 la taille dans un grand tapis ressemblant \u00e0 une b\u00e2che en plastique, qui se gonfle et se d\u00e9gonfle po\u00e9tiquement selon la musique et la danse. Les jeux de lumi\u00e8res mettent en valeur le corps d&rsquo;une souplesse incroyable de Carolyn Carlson, qui du haut de son corps a l&rsquo;air parfaitement libre, m\u00eame si les jambes sont invisibles au spectateur et entrav\u00e9es par le rev\u00eatement de plastique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite, des panneaux blancs se d\u00e9roulent du plafond et permettent la projection d&rsquo;images d&rsquo;une m\u00e9galopole dans laquelle on a l&rsquo;impression de se d\u00e9placer, en voiture ou en train, sans jamais s&rsquo;arr\u00eater. Pendant que d\u00e9file devant nous ce court-m\u00e9trage contemplatif, vient sur sc\u00e8ne un danseur, ou une danseuse (comment savoir, puisque la personne est habill\u00e9e de noir des pieds \u00e0 la t\u00eate, avec une cagoule qui \u00e9voque, au choix, un cambrioleur ou un ninja ?). La danse contemporaine n&rsquo;exclut pas n\u00e9cessairement l&rsquo;humour, comme nous le montrent les jeux de ce personnage qui se cache derri\u00e8re les panneaux, fait des gestes qui nous invitent \u00e0 sourire, et, au fond, se comporte avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et libert\u00e9. Cette l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 n&#8217;emp\u00eache pas les cr\u00e9ateurs du spectacle de nous inviter \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, avec les mots et la chor\u00e9graphie. En particulier lorsque, apr\u00e8s les images de la ville, est projet\u00e9 le mot <em>Nowhere<\/em> : le paysage de ce que Saskia Sassen appelle la \u00ab <em>global city <\/em>\u00bb n&rsquo;est en fait nulle part, quoique la coupure du mot, projet\u00e9 sur deux panneaux diff\u00e9rents, nous fait aussi lire <em>Now Here<\/em> ; la danse a lieu ici et maintenant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin revient Carolyn Carlson, chang\u00e9e \u00e0 la fois dans sa tenue et sa coiffure, qui nous donne une performance o\u00f9 l&rsquo;on sent tout le plaisir qu&rsquo;il y a \u00e0 danser librement seul en sc\u00e8ne. Le d\u00e9cor se fait plus sobre, moins scintillant, et laisse de plus en plus de place aux mots choisis par la danseuse et po\u00e9tesse, aphorismes projet\u00e9s \u00e0 l&rsquo;envers sur le sol et \u00e0 lisibles \u00e0 l&rsquo;endroit dans le miroir, en anglais, puis lus par la danseuse elle-m\u00eame en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ressortant de la salle, on se demande un peu ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 pendant cette heure qui a paru \u00e0 la fois tr\u00e8s longue et a pourtant fil\u00e9 sans qu&rsquo;on s&rsquo;en rende compte. Voir une danseuse mythique aussi souriante et heureuse sous les applaudissements nous fait quitter les lieux le c\u0153ur l\u00e9ger et satisfait, m\u00eame si de ce spectacle ce n&rsquo;est pas forc\u00e9ment la performance chor\u00e9graphique que l&rsquo;on attendait.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marie Huber<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Carolyn Carlson, dont les chanceux auront suivi un cycle ambitieux cet hiver (de <em>Seeds<\/em> \u00e0 <em>Pneuma<\/em>), au th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot, exauce le r\u00eave d&rsquo;une alliance entre les plus anciennes qu\u00eates de la danse humaine (ne faire qu&rsquo;un avec les forces du monde, du cosmos, danser au rythme des \u00e9l\u00e9ments, des puissances souterraines ou volatiles) et des recherches visuelles on ne peut plus innovantes. Le r\u00e9sultat est proprement hypnotique, comme nous aurons l&rsquo;occasion de le montrer dans cet article.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9gnant sur la sc\u00e8ne qu&rsquo;elle partage avec un homme tout de noir v\u00eatu jusqu&rsquo;aux applaudissements finaux, elle \u00e9volue sur une sc\u00e8ne relativement \u00e9troite, articul\u00e9e \u00e0 un miroir tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9formant, le tout formant un \u00e9crin ou une coquille o\u00f9, tableau apr\u00e8s tableau, sont projet\u00e9s des environnements fluctuants, erratiques, jamais compl\u00e8tement r\u00e9alistes, jamais tout \u00e0 fait d\u00e9lirants, un m\u00e9tro dont le d\u00e9cor se dissipe, devient virtuel, se reconstitue, un arbre parcouru par d&rsquo;\u00e9normes fourmis rouges semblables parfois \u00e0 des globules rouges. On doit reconna\u00eetre l&rsquo;exceptionnel parti-pris de ne jamais d\u00e9coller du sol, de toujours repr\u00e9senter au contraire, si libre que soit l&rsquo;\u00e9volution de la danseuse (ou du danseur) son incrustation, son enracinement dans chaque d\u00e9cor, qui est \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 bien plus qu&rsquo;un d\u00e9cor. La musique, qui combine une oppressante r\u00e9p\u00e9titivit\u00e9 des motifs et une certaine l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de ton, entre en harmonie subtile avec ces d\u00e9cors \u00e0 plusieurs dimensions, comme diff\u00e9rents plans mentaux de l&rsquo;existence, sugg\u00e9rant les co\u00efncidences riches de sens de notre quotidien (tableau remarquable, o\u00f9 sur une musique aux accents de photocopieuse sans r\u00e9pit, des \u00e9crans verticaux, noirs et blancs descendent verticalement vers la sc\u00e8ne, cr\u00e9ant un troisi\u00e8me plan, entre lesquels se faufile le danseur en noir et sur lesquelles sont projet\u00e9es&#8230; des passages clout\u00e9s, dans un entrem\u00ealement de dimensions et d&rsquo;univers banals et surr\u00e9alistes \u00e0 la fois), et tout particuli\u00e8rement les r\u00e9sonances entre les gestes et rythmes humains, et ceux du monde (le premier tableau d\u00e9bute par une projection informe, rouge sang, avec une sorte de respirateur artificiel \u00e0 la fois inqui\u00e9tant et \u00e9tourdissant).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut avouer que l&rsquo;hypnose procur\u00e9e par l&rsquo;atmosph\u00e8re de chaque tableau, qui est un succ\u00e8s total, a un revers. On perd parfois de vue la danseuse et le danseur, mais il serait faux d&rsquo;en tirer l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un \u00e9chec. Au contraire, ce n&rsquo;est jamais qu&rsquo;un effacement, temporaire, alternatif, qui renforce cette hypnose, cette possibilit\u00e9 d&rsquo;incursion et d&rsquo;incorporation du spectateur dans ces tableaux absorbants. Remarquable est la facilit\u00e9 d&rsquo;harmonie, souvent touchante de simplicit\u00e9, des danseurs avec leur fragment d&rsquo;univers (mental, mais toujours plus ou moins d\u00e9riv\u00e9, rappelons-le, d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments concrets du quotidien, buildings, vent agitant une nappe d&rsquo;eau, etc.), poignante est aussi leur tentative de se d\u00e9battre avec ces univers parfois effrayants (comme l&rsquo;errance du danseur, tr\u00e9buchant et s&rsquo;effondrant sans cesse, tombant sur la t\u00eate dans de troublantes contorsions).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le plus beau succ\u00e8s de ce court spectacle est \u00e0 coup s\u00fbr l&rsquo;extraordinaire plasticit\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9cor d&rsquo;une nudit\u00e9 pourtant confondante. Nul instrument : tout est m\u00fb par les danseurs, comme une magnifique robe reliant Carolyn Carlson au sol, qui la retient comme si elle \u00e9voluait enti\u00e8rement en-dessous. Le tableau volcanique effare par un magma plus vrai que nature, comme le premier tableau, organique, o\u00f9 l&rsquo;on a l&rsquo;impression que le sol tout entier n&rsquo;est qu&rsquo;un grouillement de danseurs allong\u00e9s et gesticulant. Quant au seul point un tantinet plus faible du spectacle \u2013 le regard un peu conventionnel sur la ville, empire de la pr\u00e9cipitation et de la vitesse \u00e9clipsant l&rsquo;humanit\u00e9 des gestes et des rythmes \u2013 il est largement compens\u00e9 par une reconfiguration du d\u00e9cor, parfaitement orthogonal, et surtout, par un passage splendide o\u00f9 le danseur en noir, dont l&rsquo;ombre est projet\u00e9e sur des \u00e9crans derri\u00e8re lui, est comme d\u00e9calqu\u00e9 par un double qui suivrait chacun de ses mouvements, dans une coordination absolue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne saurait donc trop louer le r\u00e9sultat d&rsquo;une brillante collaboration entre arts visuels, plastiques, sonores, et saluer la performance envo\u00fbtante de Carolyn Carlson dans cet \u00e9patante \u00ab\u00a0Double vision\u00a0\u00bb, vision \u00e0 laquelle on peine \u00e0 s&rsquo;arracher au terme du spectacle, quand revient la vision \u00ab\u00a0simple\u00a0\u00bb du quotidien. Reste toujours \u00e0 m\u00e9diter les derniers mots projet\u00e9s sur sc\u00e8ne pour rejouer encore ce grand jeu de l&rsquo;existence et d\u00e9cloisonner nos univers familiers : \u00ab\u00a0<em>The world I see \/ the world I make \/ the world I imagine<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Martin Chevallier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Double Vision<\/em> est un solo de danse chor\u00e9graphi\u00e9 et r\u00e9alis\u00e9 par Carolyn Carlson. Cette derni\u00e8re est assist\u00e9e du danseur Juha Marsalo. Le duo <em>Electronic Shadows<\/em> (compos\u00e9 de l\u2019architecte Naziha Mestaoui et du r\u00e9alisateur Yacine Ait Kaci) est \u00e0 l\u2019origine de la sc\u00e9nographie et des projections.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois grands moments rythment la chor\u00e9graphie, comme l\u2019a elle-m\u00eame affirm\u00e9 la danseuse : \u00ab <em>Double vision<\/em> [\u2026] rassemble la nature, la ville et l\u2019imaginaire. \u00bb. Le premier temps est donc celui des \u00e9l\u00e9ments primordiaux. Gr\u00e2ce aux projections lumineuses, la sc\u00e8ne est successivement envahie par la terre, le feu, l\u2019eau, puis l\u2019air. Dans une robe immense aux dimensions de la sc\u00e8ne, Carolyn Carlson se fond dans cette nature dont elle semble issue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le second moment est celui de la ville. La verticalit\u00e9 urbaine est sugg\u00e9r\u00e9e par cinq panneaux \u00e9troits sur lesquels sont projet\u00e9es des images d\u2019immeubles, de passages pi\u00e9tons, de routes. C\u2019est ici Juha Marsalo qui danse, rev\u00eatu de noir de la t\u00eate aux pieds, tel une ombre aveugle. La double vision peut bien avoir lieu : les yeux sont clos et l\u2019on entre dans un univers parall\u00e8le. Ce temps du spectacle est cependant le moins onirique. Une voix m\u00e9tallique \u00e9nonce des successions de nombres, refl\u00e9tant la foule des silhouettes blanches qui se d\u00e9place en ville. On sent peut-\u00eatre poindre ici une critique du mode de vie et de l\u2019individualisme citadin (le danseur fait plusieurs fois le geste de quelqu\u2019un qui se tirerait une balle dans la t\u00eate). Le troisi\u00e8me temps p\u00e9n\u00e8tre au c\u0153ur de l\u2019inspiration de Clara Carlson. Sa voix est tr\u00e8s pr\u00e9sente, racontant les infinies possibilit\u00e9s de la cr\u00e9ation. La danseuse tournoie au milieu d\u2019une spirale de mots puis elle semble \u00e9crire \u00e0 l\u2019encre de son sang le mot \u00ab r\u00e9flection \u00bb (dont l\u2019\u00e9quivocit\u00e9 est d\u2019ailleurs signifiante).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vision double, les jeux de reflet sont en effet au c\u0153ur de la sc\u00e9nographie. Une estrade incurv\u00e9e, ressemblant au dessin d\u2019une paupi\u00e8re, occupe le c\u00f4t\u00e9 gauche de la sc\u00e8ne. Des jeux de lumi\u00e8res dessinent la partie inf\u00e9rieure de l\u2019\u0153il. Lors de l\u2019incursion dans l\u2019imaginaire, Carolyn Carlson danse dans la pupille brillante de cet \u0153il semblable \u00e0 un soleil. Le regard du cr\u00e9ateur s\u2019ouvre sur un monde second, sur une multiplicit\u00e9 de mondes. Cette diffraction est aussi bien symbolis\u00e9e par le vaste miroir rectangulaire accroch\u00e9 au plafond. Compos\u00e9 d\u2019une multitude de carr\u00e9s distincts, l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9formants, ils offrent une vision plurielle de la r\u00e9alit\u00e9. Plus g\u00e9n\u00e9ralement cette fragmentation de la vision implique une perte des rep\u00e8res spatiaux, un m\u00e9lange des dimensions. Ainsi les passages pi\u00e9tons du second moment sont-ils figur\u00e9s \u00e0 la fois au sol et verticalement par les panneaux blancs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, l\u2019aspect contemplatif et onirique de la chor\u00e9graphie est coupl\u00e9 avec une certaine m\u00e9canicit\u00e9 du geste et de la parole. Les sons \u00e9lectroniques, tranch\u00e9s, sont tr\u00e8s pr\u00e9sents. La parole et les gestes de Carolyn Carlson sont hach\u00e9s. Cette rencontre de l\u2019homme et de la machine offrirait une r\u00e9flexion m\u00e9ta-chor\u00e9graphique sur l\u2019alliance de la danse et de la technologie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La beaut\u00e9 de ce spectacle r\u00e9side \u00e0 mes yeux dans les magnifiques jeux sonores et lumineux. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 un peu d\u00e9\u00e7ue par la chor\u00e9graphie. Les pas de la danseuse m\u2019ont sembl\u00e9 assez r\u00e9p\u00e9titifs et peu fluides (ce qui est peut-\u00eatre voulu). De plus les costumes (diff\u00e9rentes robes longues) paraissent limiter les d\u00e9placements de la danseuse et centrer la technicit\u00e9 sur les mouvements des bras.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Morgane Schaeffer<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soli dans\u00e9s et vid\u00e9os interagissent pour cr\u00e9er une \u0153uvre visuelle spectaculaire dans<em> Double Vision<\/em> de Carolyn Carlson. D\u00e8s le d\u00e9but du spectacle, la musique exp\u00e9rimentale coupl\u00e9e avec la sc\u00e9nographie, nous plonge dans une atmosph\u00e8re singuli\u00e8re, hypnotique. La vid\u00e9o est projet\u00e9e sur le sol de la sc\u00e8ne recouvert d\u2019un immense tissu blanc, au sein duquel se meut la danseuse. Carolyn Carlson fait alors v\u00e9ritablement corps avec le d\u00e9cor, elle y semble presque incrust\u00e9e notamment par ses mouvements r\u00e9duits et saccad\u00e9s. Elle para\u00eet \u00e0 peine humaine, sa coiffure d\u00e9fie les lois de l\u2019abstraction en formant une pointe solide sur un c\u00f4t\u00e9 de sa t\u00eate. On suppose alors que cette premi\u00e8re partie repr\u00e9sente la puret\u00e9 de la nature par les sensations par lesquelles les projections et le jeu de lumi\u00e8re nous fait passer. La chaleur est rendue par la projection d\u2019un bouillonnement de couleurs chaudes, qui n\u2019est pas sans rappeler la lave en \u00e9bullition. Puis, progressivement, les projections nous am\u00e8nent \u00e0 voir le froid en sugg\u00e9rant une pluie de neige.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la femme mati\u00e8re de la premi\u00e8re partie, se substituent des soli dont la figure humaine est mise en exergue. Le deuxi\u00e8me solo montre un espace urbain caract\u00e9ris\u00e9 par la vitesse. Le danseur montre alors le sentiment de solitude qu\u2019il \u00e9prouve malgr\u00e9 la foule qui l\u2019entoure. Seul au milieu de ses semblables, il appara\u00eet en d\u00e9calage. Six \u00e9crans dispos\u00e9s en quinconce permettent des projections frontales et fragmentaires qui rompent totalement avec l\u2019univers cr\u00e9\u00e9 lors de la premi\u00e8re partie. Dans la derni\u00e8re Carolyn Carlson nous offre un solo o\u00f9 elle se d\u00e9signe comme cr\u00e9atrice. Ses gestes \u00e9voquent les tourments de son esprit lors de la cr\u00e9ation. La fin reste tr\u00e8s po\u00e9tique, mais est beaucoup plus th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e. On peut aussi entendre la voix de la danseuse donner le sens de son dernier solo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout au long de la trajectoire du spectacle, le th\u00e8me du double est pr\u00e9sent gr\u00e2ce \u00e0 la sc\u00e9nographie. Dans la premi\u00e8re partie, le miroir plac\u00e9 au-dessus de la sc\u00e8ne permet de donner un nouveau point de vue, qui modifie les perceptions des projections. Ici, le reflet n\u2019est pas un double fid\u00e8le, mais une force r\u00e9v\u00e9latrice. Par son pouvoir d\u2019inversion, il permet de d\u00e9livrer le message projet\u00e9 sur le sol lors de la derni\u00e8re partie. Dans la partie m\u00e9diane, le jeu avec le double est travaill\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la vid\u00e9o qui projette une silhouette similaire \u00e0 celle du danseur. Tous deux semblent \u00eatre des ombres interchangeables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les effets visuels produits par les vid\u00e9os sont magnifiques, ils \u00e9crasent un peu les danseurs. D\u2019ailleurs, la danse est un peu en retrait et malgr\u00e9 la grande pr\u00e9cision de la gestuelle, on regrette qu\u2019il n\u2019y ait pas de vrai moment d\u2019emphase et de prouesses techniques.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Pascale Mercier<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Electronic Shadow<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | Th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot | En savoir plus Ce jeudi 11 f\u00e9vrier 2016, au th\u00e9\u00e2tre de Chaillot, Carolyn Carlson pr\u00e9sente une chor\u00e9graphie de danse : ELECTRONIC SHADOW ou DOUBLE VISION. 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