{"id":232,"date":"2016-02-12T20:30:16","date_gmt":"2016-02-12T19:30:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=232"},"modified":"2016-02-12T20:30:16","modified_gmt":"2016-02-12T19:30:16","slug":"bettencourt-boulevard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=232","title":{"rendered":"Bettencourt Boulevard"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national La Colline | <a href=\"http:\/\/www.colline.fr\/fr\/spectacle\/bettencourt-boulevard\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Bettencourt boulevard<\/em> ou une histoire de France est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Michel Vinaver. Elle est mise en sc\u00e8ne par Christian Schiaretti au th\u00e9\u00e2tre national de la Colline. Cette pi\u00e8ce pr\u00e9sente la famille Bettencourt de l&rsquo;origine de sa fortune jusqu&rsquo;\u00e0 ses d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec la justice. Tout le g\u00e9nie de la mise en sc\u00e8ne consiste \u00e0 faire de cette histoire particuli\u00e8re une le\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale sur argent et pouvoir. L&rsquo;histoire telle qu&rsquo;elle est pr\u00e9sent\u00e9e ne s&rsquo;organise pas de fa\u00e7on chronologique mais plut\u00f4t de fa\u00e7on chrono-th\u00e9matique. Cependant la mani\u00e8re de d\u00e9couper l&rsquo;espace de la sc\u00e8ne permet bien au spectateur de rep\u00e9rer les changements chronologiques. Le temps de la pi\u00e8ce concerne plusieurs g\u00e9n\u00e9rations bien que l&rsquo;accent soit mis sur la personne de Liliane Bettencourt et de sa vie. En effet, le paroxysme de cette famille est atteint avec la fille d&rsquo;Eug\u00e8ne Schueller.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9, l&rsquo;importance de ce personnage central, c&rsquo;est au travers de personnages secondaires que nous r\u00e9ussissons \u00e0 mieux saisir toute la complexit\u00e9 du personnage qui devient un arch\u00e9type. Toute la trame autour du personnage de Liliane Bettencourt interroge le spectateur sur un monde qui reste cach\u00e9 la plupart du temps et que nous voyons resurgir \u00e0 l\u2019occasion de proc\u00e8s pour abus de faiblesse, corruption et \u00e9vasion fiscale. Un monde que nous avons souvent tendance \u00e0 condamner sans essayer de le comprendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De ce point de vue la musique accompagnant le jeu des acteurs permet au spectateur d&rsquo;\u00eatre compl\u00e8tement absorb\u00e9 dans l&rsquo;univers pr\u00e9sent\u00e9. La musique permet \u00e9galement \u00e0 cette pi\u00e8ce de garder le spectateur dans un \u00e9tat d&rsquo;attention propice \u00e0 la r\u00e9flexion. Sans cette musique, le spectateur aurait \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 de consid\u00e9rer cette pi\u00e8ce comme une pi\u00e8ce comique au vu de certaines mimiques, tics accentu\u00e9s, comique de gestes et comique de paroles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus la fa\u00e7on dont le metteur en sc\u00e8ne montre la relation entre le monde des petits et des grands qui se c\u00f4toient au quotidien est propice \u00e0 la r\u00e9flexion sur notre propre vie, la mani\u00e8re dont nous agissons et dont nous construisons nos mod\u00e8les. Car la critique d&rsquo;un monde corrompu, de profiteurs et d&rsquo;escrocs est facile. Mais qui n&rsquo;a jamais r\u00eav\u00e9 de se constituer une fortune et de dominer le monde\u00a0? Peut \u00eatre qu&rsquo;au del\u00e0 du cas Bettencourt cette pi\u00e8ce interroge sur une soci\u00e9t\u00e9 qui construit ses mod\u00e8les sur le niveau de fortune, le patrimoine, le pouvoir au d\u00e9triment du bien-\u00eatre et du bonheur de ses individus.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Audrey Brument<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Bettencourt boulevard<\/em> est une pi\u00e8ce de Michel Vinaver mise en sc\u00e8ne par Christian Schiaretti. Soustitr\u00e9e <em>Une histoire de France<\/em>, elle met en relief la r\u00e9cente affaire en remontant la g\u00e9n\u00e9alogie des Bettencourt jusqu&rsquo;\u00e0 la Seconde Guerre Mondiale. En guise d&rsquo;<em>incipit<\/em>, deux figures oppos\u00e9es de grand-p\u00e8re, l&rsquo;un rabbin gaz\u00e9 \u00e0 Auschwitz, l&rsquo;autre collaborateur du r\u00e9gime de Vichy et futur fondateur de L&rsquo;Or\u00e9al, font r\u00e9sonner l&rsquo;histoire de leur jeunesse, qui d\u00e9terminera celle de leur descendance. L&rsquo;histoire de cette famille se veut donc un \u00e9pitom\u00e9 \u00e0 valeur de <em>memorandum<\/em> de tous les blanchiments d&rsquo;opportunistes qui ont eu lieu au nom de l&rsquo;unit\u00e9 nationale apr\u00e8s 1945. Les descendants en portent-ils les stigmates sous la forme d&rsquo;une taraudante mauvaise conscience ? Globalement non, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 domine, et s&rsquo;il s&rsquo;agit de bien pr\u00e9ciser qu&rsquo;il faut payer la note de \u00ab\u00a0Gaz &#8230; de France\u00a0\u00bb, on ne s&rsquo;encombre pas de souvenirs. Autour de l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re s\u00e9nescente, il n&rsquo;y a gu\u00e8re de conseiller en \u00e9thique pour s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 sa m\u00e9moire, seulement des experts psychiatres charg\u00e9s de d\u00e9terminer si les vautours qui l&rsquo;entouraient ont us\u00e9 de son amiti\u00e9 ou abus\u00e9 de sa faiblesse. Le seul personnage qui semble payer un lourd tribut n\u00e9vrotique \u00e0 cet h\u00e9ritage moralement douteux, c&rsquo;est Fran\u00e7oise Bettencourt, fille d\u00e9daign\u00e9e de Liliane, toujours de noir v\u00eatue, qui cherche des r\u00e9ponses dans la mythologie. Dans son livre <em>Les dieux grecs<\/em>, elle rappelle aux souvenirs oublieux de l&rsquo;histoire litt\u00e9raire le h\u00e9ros Palam\u00e8de, innocent mis \u00e0 mort en cons\u00e9quence d&rsquo;une perfidie d&rsquo;Ulysse qui se vengeait ainsi de son seul rival en intelligence qui l&rsquo;avait d\u00e9nonc\u00e9 lorsqu&rsquo;il feignait la d\u00e9mence pour \u00e9chapper \u00e0 son devoir et \u00e9viter la guerre de Troie et qui avait r\u00e9ussi \u00e0 ramener des vivres de Thrace apr\u00e8s que lui-m\u00eame avait \u00e9chou\u00e9. L&rsquo;histoire retient le malin Ulysse et oublie le probe Palam\u00e8de tout comme l&rsquo;Histoire a oubli\u00e9 le grand-p\u00e8re d\u00e9port\u00e9 mais consacr\u00e9 le cagoulard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ulysse trompe son monde en \u00e9tant un sophiste hors pair, tout comme Eug\u00e8ne Schueller rallie \u00e0 sa cause le sien en \u00e9tant un habile publicitaire promouvant (et c&rsquo;est tout de m\u00eame cocasse) l&rsquo;industrie du para\u00eetre, du maquillage (de la v\u00e9rit\u00e9) ! On apprend d&rsquo;ailleurs que M. L&rsquo;Or\u00e9al, en souvenir d&rsquo;une amiti\u00e9 forg\u00e9e au temps de la collaboration, a confi\u00e9 la direction du magazine <em>Votre beaut\u00e9<\/em> \u00e0 un autre dialecticien aux dents longues : Fran\u00e7ois Mitterrand . . . Si le sc\u00e9nario avait donc un potentiel r\u00e9flexif non n\u00e9gligeable, la mise en sc\u00e8ne le dessert. Le d\u00e9cor, tout en design orthogonal aseptis\u00e9 et en suspensions \u00e9voquant l&rsquo;art contemporain, s&rsquo;il r\u00e9sonne parfaitement avec les go\u00fbts des personnages, me para\u00eet superf\u00e9tatoire. Les personnages sont quasiment tous caricaturaux et le niveau des intrigues et des dialogues gu\u00e8re stimulant. Quant aux quelques tentatives d&rsquo;audace dans la mise en sc\u00e8ne, trop conceptuelles, elles tombent \u00e0 plat, comme lors de ce final rat\u00e9 qui regroupe sur le plateau tous les personnages qui d\u00e9clament chacun \u00e0 leur tour leurs r\u00e9pliques les plus saillantes tout en effeuillant leur texte. C&rsquo;est froid, la recombinaison des r\u00e9pliques ne cr\u00e9e si sens nouveau ni humour, on comprend qu&rsquo;il faudrait trouver \u00e7a brillant, mais n&rsquo;\u00e9tant pas transcend\u00e9, on est juste g\u00ean\u00e9. La pi\u00e8ce se termine ironiquement sur ces derniers mots du coryph\u00e9e, que nous reprenons en en \u00f4tant h\u00e9las le second degr\u00e9 : \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que le th\u00e9\u00e2tre vient faire dans cette histoire ? Telle est la question.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Florine Le Bris<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout le monde conna\u00eet, plus ou moins bien, l&rsquo;histoire Bettencourt, les proc\u00e8s \u00e0 foison et les scandales politiques correspondants. Que vient faire le th\u00e9\u00e2tre l\u00e0-dedans\u00a0?, se demande le Chroniqueur, personnage de la pi\u00e8ce de Vinaver, inspir\u00e9, mais d\u00e9cal\u00e9, et enrichi, de \u00ab\u00a0l&rsquo;affaire Bettencourt\u00a0\u00bb. Cette question, c&rsquo;est \u00e0 la fin qu&rsquo;on se la pose\u00a0; et pourtant, le spectacle qui vient alors de se d\u00e9rouler devant nos yeux semble avoir prouv\u00e9 que le th\u00e9\u00e2tre, l&rsquo;incarnation, fait mieux qu&rsquo;une chronique journalistique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ambition de la pi\u00e8ce est de lier le fait divers \u00e0 l&rsquo;Histoire de France\u00a0: ici \u00e0 la collaboration, \u00e0 l&rsquo;histoire de la bourgeoisie, \u00e0 la corruption politique, notamment \u00e0 travers le personnage d&rsquo;Eug\u00e8ne Schueller, p\u00e8re de Lilianne. A travers trente courts tableaux, Vinaver tisse une intrigue entrecrois\u00e9e, valse entre les \u00e9poques et les retournements de l&rsquo;affaire, fait intervenir politiques (E. Woerth, N. Sarkozy), Fran\u00e7ois-Marie Banier, Fran\u00e7ois Meyers,\u2026 \u00e0 la mani\u00e8re de son d\u00e9cor (si\u00e8ges design blancs en quinconce sur g\u00e9ant plateau noir avec monochromes jaune, rouge, bleu, gris qui descendent des cintres ou y remontent), moderne, mais sobre, et qui fait ressortir toute l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance chrom\u00e9e, polie, des personnages, l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;y a que manipulation, complots, d\u00e9chirements familiaux, d\u00e9chirement de l&rsquo;histoire (familiale) et de l&rsquo;Histoire (de France).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une telle entreprise apporte de la vigueur au th\u00e9\u00e2tre\u00a0: Vinaver dynamise une chronique journalistique en cr\u00e9ant une pi\u00e8ce tour \u00e0 tour dr\u00f4le, tragique, intelligente. Entreprise ambitieuse toutefois, et l&rsquo;on peut reprocher certains traits de personnages un peu en-dessous d&rsquo;autres, un peu moins trait\u00e9s, dans la foule des acteurs sur sc\u00e8ne\u00a0: notamment les domestiques, esquiss\u00e9es mais frustrantes, tant leur r\u00f4le aurait pu mettre en relief toujours plus celui de Lilianne (Francine Berg\u00e9) d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s convaincante, ou un Fran\u00e7ois-Marie Banier un peu fade par endroits, en contraste avec une Fran\u00e7oise (Christine Gagnieux) elle-aussi tr\u00e8s r\u00e9ussie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi le th\u00e9\u00e2tre alors\u00a0? Parce qu&rsquo;il lie les diff\u00e9rents moments dans le temps, montre avec dr\u00f4lerie, burlesque ou violence des mots la complexit\u00e9 d&rsquo;une situation et met en perspective, par jeux de lumi\u00e8res, de sons (la voix enregistr\u00e9e des grands-p\u00e8res, comme l\u00e9g\u00e8rement gr\u00e9sillante), de mouvements (les discrets danseurs, toutefois bien pr\u00e9sents), le quotidien, le banal, avec la \u00ab\u00a0grande Histoire\u00a0\u00bb, avec des questions bien plus difficiles \u00e0 r\u00e9soudre, sur le destin, sur la politique (au sens non tant politicien que \u00ab\u00a0d&rsquo;art politique\u00a0\u00bb, d&rsquo;art de vivre avec les autres). <em>Bettencourt boulevard<\/em> est une histoire qui enrichit, autant qu&rsquo;elle est enrichie en retour, l&rsquo;Histoire de France. Une r\u00e9flexivit\u00e9 qui accomplit ce que fait de mieux le th\u00e9\u00e2tre\u00a0: nous faire nous interroger sur le spectacle du monde, questionner les r\u00f4les de chacun dans son histoire propre et dans l&rsquo;autre, la grande, celle de tous.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Louis Tisserand<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <em>Bettencourt Boulevard<\/em>, la r\u00e9alit\u00e9 s&rsquo;invite sur sc\u00e8ne. Les volets judiciaires qui ont ponctu\u00e9 l&rsquo;affaire Bettencourt servent de trame \u00e0 cette pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Michel Vinaver. Et comme le dit si bien le commentateur Cl\u00e9ment Carab\u00e9dian \u2013 qui tient tr\u00e8s bien son r\u00f4le \u2013 l&rsquo;affaire Bettencourt poss\u00e8de tous les ingr\u00e9dients du mythe antique : \u00e9motions et rapports antith\u00e9tiques, amour et haine, jalousie et corruption, argent et pouvoir, association de protagonistes venant de milieux sociaux diff\u00e9rents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les noms des protagonistes n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 chang\u00e9s. C&rsquo;est donc logiquement qu&rsquo;on retrouve sur sc\u00e8ne les acteurs de ce long feuilleton judiciaire de 2009 : Liliane Bettencourt, richissime nonag\u00e9naire, Fran\u00e7ois-Marie Banier le photographe exub\u00e9rant, Fran\u00e7oise Bettencourt Meyers, fille de Liliane, le couple Woerth, le gestionnaire financier Patrice de Maistre, la comptable Claire Thibout et Nicolas Sarkozy. Mais \u00e9galement, le majordome Pascal Bonnefoy qui a jou\u00e9 un r\u00f4le crucial.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien souvent, le spectateur rit de ces personnages de vaudeville. Il rit devant l&rsquo;ing\u00e9nuit\u00e9 de Liliane Bettencourt (Francine Berg\u00e9) sensible au bagout du photographe Fran\u00e7ois-Marie Banier (Didier Flamand). On se tord devant le jeu d&rsquo;acteur de J\u00e9r\u00f4me Deschamps qui campe un sublime Patrice de Maistre, en charge de la fortune de l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re de L&rsquo;Or\u00e9al.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette fable contemporaine ne se contente pourtant pas de r\u00e9sumer sagement l&rsquo;imbroglio qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;affaire Bettencourt. L&rsquo;\u00e9criture sc\u00e9naristique se veut profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans l&rsquo;histoire. Il n&rsquo;est pas anodin que la pi\u00e8ce s&rsquo;ouvre sur le r\u00e9cit biographique des deux arri\u00e8re-grands-p\u00e8res des fils de Fran\u00e7oise Bettencourt Meyers : Eug\u00e8ne Schueller, acteur de la R\u00e9sistance et fondateur de L&rsquo;Or\u00e9al, et Robert Meyers, d\u00e9port\u00e9 et mort \u00e0 Auschwitz.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la pi\u00e8ce de Michel Vinaver, on est finalement bien loin du jargon politique et judiciaire qui peut rendre cette affaire opaque pour le spectateur. Au contraire, le dramaturge r\u00e9alise une plong\u00e9e intimiste dans le microcosme Bettencourt. L&rsquo;auditoire, au c\u0153ur de la vie priv\u00e9e, d\u00e9couvre les divers rapports de force : la relation ambigu\u00eb et la jalousie qu&rsquo;entretient Fran\u00e7oise Bettencourt Meyers \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de sa m\u00e8re, la lente descente aux enfers de Liliane Bettencourt en m\u00eame temps que s&rsquo;accentue sa maladie, ses pertes de m\u00e9moire, les petits calculs politiques des uns et des autres. Michel Vinaver nous donne \u00e9galement \u00e0 voir des acteurs jusqu&rsquo;alors insoup\u00e7onn\u00e9s : le r\u00f4le des m\u00e9dias, de certains experts, neuropsychiatres en tout genre venus analyser la situation mentale de la ma\u00eetresse de maison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un mythe contemporain ma\u00eetris\u00e9 de bout en bout, ayant pour d\u00e9cor un orchestre de chaises blanches simples et pour borner les espaces, des pans de diff\u00e9rentes couleurs \u2013 rouge, jaune, bleu, blanc \u2013 une mise en sc\u00e8ne dans laquelle chacun des personnages a sa place.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lydia Qu\u00e9rin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le titre complet de la pi\u00e8ce jou\u00e9e ce soir au th\u00e9\u00e2tre de la Colline, sans conteste assez ronflant, promettait beaucoup : \u00ab\u00a0Bettencourt boulevard ou une histoire de France\u00a0\u00bb. Ces deux larges \u00ab\u00a0perspectives\u00a0\u00bb naissent d\u00e8s les premi\u00e8res minutes du spectacle, quand deux-arri\u00e8res grands-parents des petits-enfants de la vieille h\u00e9riti\u00e8re fortun\u00e9e de l&rsquo;Or\u00e9al, \u00e9gr\u00e8nent quelques fragments de leur vie aux antipodes, l&rsquo;un \u00e9tant rabbin, l&rsquo;autre proche de la Cagoule, les deux ayant travers\u00e9, aux deux extr\u00e9mit\u00e9s du spectre des destins possibles, le deuxi\u00e8me conflit mondial. C&rsquo;est ensuite que se rejoue l&rsquo;affaire \u2013 ou les affaires, mais elle n&rsquo;ont au fond qu&rsquo;un seul n\u0153ud \u2013 Bettencourt, cette veuve entich\u00e9e d&rsquo;un jeune photographe \u00ab\u00a0artiste\u00a0\u00bb, beau parleur mais surtout flambeur, d\u00e9laissant et d\u00e9laiss\u00e9e par sa fille, dont la pi\u00e8ce \u00e9tudie aussi les relations avec ses employ\u00e9s, ses amiti\u00e9s politiques, ses conseillers, etc., \u00e0 travers une succession de trente tableaux, de dur\u00e9e tr\u00e8s variable (le spectacle durant en tout environ deux heures).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Arr\u00eatons-nous d&rsquo;abord sur le d\u00e9cor. En arrivant dans les gradins, rien de d\u00e9plaisant, un peu d&rsquo;enthousiasme m\u00eame, \u00e0 la vue de ces fauteuils blancs qui quadrillent la sc\u00e8ne, tourn\u00e9s vers les quatre points cardinaux, et \u00e0 celle de grands panneaux color\u00e9s, bleu, blanc, rouge, qui structurent l&rsquo;espace vertical de la sc\u00e8ne. Bref, un d\u00e9cor \u00e0 la fois tr\u00e8s abstrait et bigarr\u00e9, mais il y a un gros hic : on imagine bien que le mouvement de ces panneaux est cens\u00e9 refl\u00e9ter la plasticit\u00e9 de l&rsquo;espace, qui se redessine sans cesse en de nouveaux lieux de rendez-vous, de rencontres furtives, de lieux de passages&#8230; Mais non seulement, la mise en sc\u00e8ne manque sur ce point de clart\u00e9 avec des mouvements un peu herm\u00e9tiques et finalement lassants, mais le probl\u00e8me des fauteuils est encore plus pr\u00e9gnant : par moments, certains fauteuils sont occup\u00e9s, par moment presque tous, le personnage \u00ab\u00a0en jeu\u00a0\u00bb est sous les projecteurs, parfois d&rsquo;autres sont en retrait, parfois non. Il y a h\u00e9las comme une sensation d&rsquo;arbitraire, sinon d&rsquo;herm\u00e9tisme dans ces choix qui n&rsquo;apportent rien de pr\u00e9cis \u00e0 la compr\u00e9hension du spectacle. Que personne ne puisse \u00eatre seul sur sc\u00e8ne \u00e9tait d&rsquo;ailleurs une amputation s\u00e9v\u00e8re aux possibilit\u00e9s sc\u00e9nographiques des confidences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite, le choix d&rsquo;une composition en trente tableaux, fort ambitieuse, laisse sur sa faim. Certains \u00e9tant insignifiants, jou\u00e9es d&rsquo;ailleurs (comme) avec pr\u00e9cipitation (en particulier les sc\u00e8nes avec les domestiques), mais surtout, ce format procure un sentiment d&rsquo;\u00e9clatement, de profusion de th\u00e8mes et de tranches de vie ou de caract\u00e8res, qu&rsquo;il est difficile souvent, parfois impossible de relier entre elles, ou d&rsquo;ins\u00e9rer dans cette histoire de France. De fait, un tableau longuet d\u00e9peint l&rsquo;intimit\u00e9 du couple Woerth, deux tableaux (un seul aurait suffit) \u00e9voquent les publications certes subliminales de la fille de la milliardaire, alors qu&rsquo;aucun tableau, absolument aucun, malgr\u00e9 le parti-pris d&rsquo;encadrer Liliane Bettencourt par deux anc\u00eatres et deux petits-fils, ne prend pour objet ces deux derniers, qu&rsquo;on a juste le loisir de voir sautiller et faire des entrechats sur la sc\u00e8ne en fin de parcours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y avait pourtant des id\u00e9es f\u00e9condes \u00e0 l&rsquo;oeuvre dans l&rsquo;\u00e9criture de la pi\u00e8ce, avec un \u00ab\u00a0chroniqueur\u00a0\u00bb (l&rsquo;affaire \u00e9tant d&rsquo;abord m\u00e9diatique) qui assure une voix-off parfois inutile mais pr\u00e9cieuse au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, qui s&rsquo;improvise journaliste insistant aupr\u00e8s de la fille Bettencourt, et, ce que nous estimons \u00eatre le meilleur de la pi\u00e8ce, les interventions des deux a\u00efeuls, en particulier leur faux dialogue final.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Outre l&rsquo;\u00e9clatement des tableaux, se pose le probl\u00e8me du ton de la pi\u00e8ce, qui penche vers un franc comique d\u00e8s que l&rsquo;in\u00e9narrable Patrice de Maistre (le meilleur sur sc\u00e8ne, jou\u00e9 par J\u00e9r\u00f4me Deschamps) assure le spectacle avec son indolence et ses mimiques, qui est une sorte de drame qui n&rsquo;atteint en tout cas jamais \u00e0 la trag\u00e9die malgr\u00e9 l&rsquo;insistance sur les publications mythologiques de la fille, malgr\u00e9 la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de la richissime h\u00e9riti\u00e8re de l&rsquo;Or\u00e9al et le harc\u00e8lement continuel de celle-ci par des vautours qui la pillent g\u00e9n\u00e9ralement avec un large sourire (et elle aussi). On aura certes eu l&rsquo;impression de parcourir quelques unes de journaux, quelques t\u00e9moignages, entretiens et confidences, p\u00eale-m\u00eale, de quelques acteurs et t\u00e9moins du probl\u00e8me Bettencourt : mais les derniers mots du spectacle, consternant de banalit\u00e9, semblent mariner dans la m\u00eame confusion que nous : \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que le th\u00e9\u00e2tre a \u00e0 voir l\u00e0-dedans ? (bras qui retombent lelong du corps, perplexit\u00e9 faciale) Telle est la question\u00a0\u00bb. Et le path\u00e9tique n&rsquo;aura jamais pris durant le spectacle, m\u00eame \u00e0 la vue des victimes les plus silencieuses (les domestiques). Et surtout, on regrettera de ne jamais voir seul sur sc\u00e8ne la principale int\u00e9ress\u00e9e, Liliane Bettencourt, pourtant remarquablement interpr\u00e9t\u00e9e par Francine Berg\u00e9. Tous les tons ou presque y sont, mais sans que prenne la symphonie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui est, \u00e0 tout prendre, une \u0153uvre confuse dans sa mise en sc\u00e8ne, il est d&rsquo;autant plus difficile d&rsquo;oublier le jeu maladroit de certains ou certaines que le principal d\u00e9faut de Bettencourt bouvelard est l&rsquo;\u00e9criture. Lourde, ampoul\u00e9e&#8230; un verbiage ch\u00e2ti\u00e9, \u00e9maill\u00e9 de mots d&rsquo;esprit, qui convient \u00e0 la rigueur pour les entretiens spirituels de Banier et de Liliane Bettencourt, mais qui s&rsquo;av\u00e8re ridicule lors des discussions entre domestiques, ou pis, dans l&rsquo;intimit\u00e9 des Woerth. Pour le dire rapidement, c&rsquo;est une pi\u00e8ce bavarde (combien d&rsquo;occurrence du mot \u00ab\u00a0subodorer\u00a0\u00bb ! Combien de paroles trop allusives dans un flot de d\u00e9tails po\u00e9tiques, po\u00e9sie souvent malvenue comme celle du ministre Woerth dans la for\u00eat de Compi\u00e8gne) qui, en l&rsquo;espace de deux heures, raconte de mani\u00e8re l\u00e2che la g\u00e9n\u00e9alogie de l&rsquo;affaire Bettencourt en en d\u00e9laissant la partie la plus actuelle (les derniers venus), en manquant de relier des d\u00e9tails au fort potentiel de dramaticit\u00e9 (la mort de l&rsquo;\u00e9poux Andr\u00e9, les examens psycho-neurologiques, la duplicit\u00e9 finalement peu creus\u00e9e de Banier), pour offrir au spectateur relativement inform\u00e9 de l&rsquo;affaire une v\u00e9ritable interpr\u00e9tation, sans pathos superficiel, sans apitoiement. Michel Vinaver parle de cette pi\u00e8ce (ou de l&rsquo;affaire) comme d&rsquo;une \u00ab\u00a0trou\u00e9e\u00a0\u00bb : encore aurait-il fallu s&rsquo;y engager r\u00e9solument, pour offrir \u00e0 l&rsquo;affaire un caract\u00e8re mythique qu&rsquo;elle n&rsquo;atteindra m\u00eame pas dans l&rsquo;avant-derni\u00e8re sc\u00e8ne assez r\u00e9ussie o\u00f9 le chaos l&#8217;emporte sur tout ordre, avec des mots de la pi\u00e8ce jet\u00e9s au hasard par les com\u00e9diens r\u00e9unis sur sc\u00e8ne. Le noeud de l&rsquo;affaire (l&rsquo;argent ? Le pouvoir ? L&rsquo;ambition ? La<em> libido dominandi<\/em> ?) reste intact, une fois le rideau tomb\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Martin Chevallier<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet hiver, le Th\u00e9\u00e2tre de la Colline a programm\u00e9 la pi\u00e8ce <em>Bettencourt Boulevard<\/em> ou <em>une histoire de France<\/em> \u00e9crit par Michel Vinaver. Mis en sc\u00e8ne par Christian Schiaretti, ce spectacle a pour but de nous raconter l\u2019affaire \u2013 encore fra\u00eeche dans nos m\u00e9moires \u2013 de Liliane Bettencourt qui avait fait le jour sur les financements ill\u00e9gaux de campagnes de certains politiques fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On conna\u00eet bien les personnages sur sc\u00e8ne. Leurs noms r\u00e9sonnent dans notre m\u00e9moire : Lilian Bettencourt, Fran\u00e7oise Mayers, Fran\u00e7ois-Marie Banier, Patrice de Maistre, Nicolas Sarkozy\u2026 Pas de fard, pas de d\u00e9tour. Complots, tensions, manipulations sont au rendez-vous. Le potentiel dramatique des \u00ab personnages \u00bb de l\u2019affaire Bettencourt a de quoi \u00e9tonner. Associer th\u00e9\u00e2tre et politique ne date pas d\u2019hier mais Michel Vinaver nous offre ici un texte particuli\u00e8rement saillant qui fait rire \u2013 parfois d\u2019un rire sardonique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e9nographie de Christian Schiaretti et Thibaut Welchin est simple et efficace. Au sol, un plateau o\u00f9 est dispos\u00e9e une bonne vingtaine de fauteuils blancs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En l\u2019air, suspendus au grill, des rectangles de couleur plus ou moins transparents, qui ne sont pas sans nous rappeler les tableaux de Piet Mondrian, et qui peuvent \u00eatre abaiss\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la sc\u00e8ne par des m\u00e9canismes de poulies. C\u2019est dans ce tableau de ma\u00eetre qui permet de d\u00e9couper l\u2019espace sc\u00e9nique, de cr\u00e9er des micros espaces dans l\u2019immense for\u00eat de fauteuils, que vont \u00e9voluer les acteurs. Pour aider le spectateur \u00e0 s\u2019y retrouver, toujours, en avant-sc\u00e8ne, se trouve la figure presque rassurante du \u00ab chroniqueur \u00bb. Le chroniqueur est un personnage \u00e0 part dans le texte de Michel Vinaver. Il est celui qui n\u2019a pas de nom, celui qu\u2019on ne conna\u00eet pas<em> a priori<\/em>, mais dont la fonction est fondamentale : il pose les questions, parfois celles auxquelles les personnages ne veulent pas r\u00e9pondre \u00e9videmment. Situ\u00e9 \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne tout le long de la repr\u00e9sentation, il permet de raccrocher les wagons, de baliser les \u00e9v\u00e8nements, et de faire le point sur ce qu\u2019il se passe sur sc\u00e8ne. Le fait qu\u2019il soit toujours pr\u00e9sent au premier plan de l\u2019action permet aussi d\u2019\u00e9viter de naturaliser ce \u00e0 quoi on assiste. Si le spectacle est tr\u00e8s largement inspir\u00e9 par l\u2019affaire Bettencourt \u2013 et son terrible effet de connivence th\u00e9\u00e2trale \u2013 on assiste bien \u00e0 un spectacle et non un documentaire.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Pauline Brouard<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La famille Bettencourt, c&rsquo;est une France \u00e0 elle toute seule, avec ses contradictions, ses tiraillements, et ses petits arrangements avec elle-m\u00eame : ces petites retouches, l\u00e9g\u00e8res, mais qui rendent le pass\u00e9 infiniment plus digeste. Le rabbin Robert Meyers, arri\u00e8re-grand-p\u00e8re de Jean-Victor et Nicolas Meyers, est mort \u00e0 Auschwitz. Il aurait pu s&rsquo;enfuir, partir en Suisse, comme les autres, mais il ne pouvait se faire \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;abandonner sa communaut\u00e9. Eug\u00e8ne Schueller est un autre de leurs arri\u00e8re-grands-p\u00e8res. Il est \u00e9galement le p\u00e8re de Liliane Bettencourt et a fond\u00e9 L&rsquo;Or\u00e9al. A la fin de la guerre, il est accus\u00e9 de collaboration. Il sera relax\u00e9, car il lui serait aussi arriv\u00e9 d&rsquo;aider des Juifs. Un homme d&rsquo;affaires sait en effet qu&rsquo;il n&rsquo;est pas bon de mettre tous ses \u0153ufs dans le m\u00eame panier. Son gendre, Andr\u00e9 Bettencourt, est all\u00e9 \u00e0 bonne \u00e9cole : il a tenu des propos ouvertement antis\u00e9mites dans <em>La Terre fran\u00e7aise<\/em>, et affirme par ailleurs avoir particip\u00e9 \u00e0 la R\u00e9sistance. Il s&rsquo;en explique ainsi : il avait des amis des deux c\u00f4t\u00e9s, c&rsquo;\u00e9tait donc pour lui une sorte de double appartenance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Bettencourt Boulevard<\/em> est cependant une pi\u00e8ce qui nous parle avant tout de la vie quotidienne de Liliane Bettencourt, personnage tant\u00f4t flamboyant, tant\u00f4t \u00e9vanescent, dont se saisit admirablement Francine Berg\u00e9. Liliane Bettencourt a des pertes de m\u00e9moire, elle ne sait plus tr\u00e8s bien o\u00f9 elle est. Elle se sent aussi particuli\u00e8rement seule. Comment faire confiance \u00e0 qui que ce soit, dans sa situation ? Autour d&rsquo;elle, s&rsquo;affairent des domestiques, dont, dans le meilleur des cas, elle ne se m\u00e9fie qu&rsquo;occasionnellement. Avec sa fille, elle entretient des relations glaciales, bien que celle-ci cherche \u00e0 prot\u00e9ger sa m\u00e8re. Fran\u00e7oise Bettencourt Meyers est passionn\u00e9e de mythologie, et notamment par la figure de Palam\u00e8de, qu&rsquo;Ulysse a conduit \u00e0 la lapidation en toute impunit\u00e9. Alors que Palam\u00e8de est en r\u00e9alit\u00e9 un \u00eatre sup\u00e9rieur \u00e0 Ulysse, c&rsquo;est de ce dernier que nous nous souvenons. Fran\u00e7oise, pourrait-on dire, c&rsquo;est un peu Palam\u00e8de. Et deux hommes se disputent le r\u00f4le d&rsquo;Ulysse. Patrice de Maistre, gestionnaire de fortune de Liliane, veille \u00e0 \u00eatre r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 grassement par celle-ci. Comme la plupart des personnages de la pi\u00e8ce, c&rsquo;est un homme qui se d\u00e9double : il distingue la sph\u00e8re intime de la sph\u00e8re sociale. Le ruban rouge de la l\u00e9gion d&rsquo;honneur, dit-il, c&rsquo;est pour la sph\u00e8re sociale. Sortir sans elle, ce serait comme sortir sans son pantalon. Et puis, il y a sa passion pour le bateau : \u00e7a, \u00e7a rel\u00e8ve de la sph\u00e8re intime. J\u00e9r\u00f4me Deschamps, dans le r\u00f4le de Patrice de Maistre, nous r\u00e9jouit par sa bonhomie, ses gesticulations et sa diction mesur\u00e9e, qui rendent le personnage particuli\u00e8rement dr\u00f4le. Mais, le plus rus\u00e9 des deux, c&rsquo;est sans doute Fran\u00e7ois-Marie Banier, qui charme Liliane et sait se faire couvrir de millions et de tableaux de ma\u00eetres. Ce dernier s&rsquo;est m\u00eame fait offrir une \u00eele, situ\u00e9e aux Seychelles. Liliane et lui fr\u00e9quentent, aussi clandestinement que possible et plusieurs fois par an, cette \u00eele d&rsquo;Arros, dont le nom n&rsquo;est pas sans \u00e9veiller un imaginaire mythologique. Fort heureusement, Fran\u00e7oise b\u00e9n\u00e9ficie du secours inesp\u00e9r\u00e9 d&rsquo;un<em> deus ex machina<\/em>, le dieu Ajem, pour appareil de justice et expertise m\u00e9dicale, qui admet la d\u00e9mence de Liliane, au grand malheur de nos deux Ulysse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il convient de remarquer le caract\u00e8re \u00e9tonnant de la mise en sc\u00e8ne propos\u00e9e par Chistian Schiaretti. Les sc\u00e8nes s&rsquo;encha\u00eenent \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9. La sc\u00e9nographie permet aux acteurs de s&rsquo;effacer en s&rsquo;asseyant sur des fauteuils, d\u00e8s qu&rsquo;ils ont fini de jouer une sc\u00e8ne. Parler de sc\u00e8ne est d&rsquo;ailleurs impropre. Ce sont plut\u00f4t des moments, des \u00e9pisodes brefs et juxtapos\u00e9s, des fragments de vie, dont la chronologie \u00e9chappe assez largement et qui pourtant s&rsquo;imbriquent \u00e0 la perfection. En ce sens, la mise en sc\u00e8ne est fid\u00e8le au th\u00e9\u00e2tre de Vinaver, qui sait se passer d&rsquo;arri\u00e8re-mondes et donc de coulisse. Sur la sc\u00e8ne, une multitude de fauteuils blancs et anguleux sont regroup\u00e9s en petits \u00eelots. Le comble du mauvais go\u00fbt et de la pr\u00e9tention, pour reprendre les termes de Liliane. On se croirait dans un hall de gare aseptis\u00e9, ou peut-\u00eatre bien dans la salle d&rsquo;attente d&rsquo;un immense salon de coiffure.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">St\u00e9phanie Morel<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Elisabeth Carecchio<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre national La Colline | En savoir plus Bettencourt boulevard ou une histoire de France est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Michel Vinaver. Elle est mise en sc\u00e8ne par Christian Schiaretti au th\u00e9\u00e2tre national de la Colline. 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