{"id":2489,"date":"2012-04-05T20:00:59","date_gmt":"2012-04-05T18:00:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=2489"},"modified":"2012-04-05T20:00:59","modified_gmt":"2012-04-05T18:00:59","slug":"le-temps-scelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=2489","title":{"rendered":"Le Temps Scell\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 Internationale | <a href=\"http:\/\/www.parisetudiant.com\/etudiant\/sortie\/le-temps-scelle-nacera-belaza-paris-14-2.html\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><strong><a href=\"#cl\u00e9ment\">La critique de Cl\u00e9ment Fran\u00e7ois<\/a><\/strong><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><strong><a href=\"#th\u00e9a\">La critique de Thea G\u00f6hring<\/a><\/strong><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><strong><a href=\"#vincent\">La critique de Vincent Moracchini <\/a><\/strong><\/span><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><a name=\"cl\u00e9ment\"><\/a>Le temps d\u2019un soir, au cr\u00e9puscule, j\u2019ai assist\u00e9 au <em>Temps scell\u00e9<\/em> au Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 Internationale, pour vivre une pi\u00e8ce de danse contemporaine<em>. <\/em>L\u00e0, j\u2019y vais sans \u00e0 priori, sans connaissance de cause, seulement avec un certains plaisir de venir appr\u00e9cier une repr\u00e9sentation dans une salle \u00e0 taille humaine, \u00e0 la marge des grandes sc\u00e8nes parisiennes.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">La salle est sombre, avec comme seul d\u00e9cor la pr\u00e9sence d\u2019enceintes dispos\u00e9es de sorte que le plateau soit encercl\u00e9 par le son. C\u2019est un gospel qui va monter petit \u00e0 petit dans la salle, de plus en plus fort jusqu\u2019\u00e0 l\u2019hypnose avec la m\u00eame boucle, obs\u00e9dant, tr\u00e8s agr\u00e9able, me donnant presque l\u2019impression de vivre une performance d\u2019un musicien. Par-dessus ce son envoutant, une danseuse, dans une tenue XL, va se mouvoir telle une esquisse, dans des gestes doux, lancinant, en vivant le rythme de la musique. C\u2019est un solo, d\u2019une danseuse libre, que je ne saurais classer dans aucun type de danse.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">La lumi\u00e8re s\u2019affaiblit, et revient lentement, avec une danseuse, l\u00e0 je ne sais plus si c\u2019est la m\u00eame ou une autre, c\u2019est de la magie, j\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir r\u00eav\u00e9. La boucle sonore change, et va crescendo vers une autre transe, accompagn\u00e9e de la gestuelle fluide, enivrante, naturel. La derni\u00e8re s\u00e9quence est la rencontre des deux \u00eatres, sur le m\u00e9lange des deux boucles sonores, il n\u2019y a que par alternance la rencontre des corps par les gestes qui toujours dansent d\u2019une fa\u00e7on d\u00e9sordonn\u00e9. La fin est une apoth\u00e9ose de puissance, de l\u2019\u00e9nergie transmise par la musique et les danseuses.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">Dans la sc\u00e9nographie inexistante, pur, j\u2019ai pu me fondre dans le mouvement, vivre un moment de contemplation avec un fond sonore qui m\u2019a transport\u00e9 loin de ma r\u00e9alit\u00e9. &#8211; <strong>Cl\u00e9ment Fran\u00e7ois<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><a name=\"th\u00e9a\"><\/a>\u00ab\u00a0Plus on se vide, plus on se remplit, on se sent plein. Se concentrer, c&rsquo;est s&rsquo;ouvrir et non se fermer.\u00a0\u00bb C&rsquo;est avec ces mots que Nacera Belaza d\u00e9crit la philosophie qui accompagne sa danse et qui indique une relation exceptionnelle entre le danseur et le public.Je fus t\u00e9moin de cette exp\u00e9rience le 5 avril 2012 au th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 Internationale o\u00f9 le duo invita le public \u00e0 compartir ce sentiment. La chor\u00e9graphe Nacera Belaza dansa d&rsquo;abord toute seule, puis dansa Dalila Belaza, avant que les deux danseuses se r\u00e9unissent enfin dans une danse commune. La pr\u00e9sentation de quelques quarante minutes tr\u00e8s intenses fut suivie par une rencontre lors de laquelle les deux danseuses r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent quelques-uns de leurs secrets au public afin que celui-l\u00e0 comprenne mieux l&rsquo;attitude des danseuses ainsi que sa propre r\u00e9action \u00e0 cette exceptionnelle mani\u00e8re de danser.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">Pourquoi est-elle tellement exceptionnelle, cette danse\u00a0? Jamais je n&rsquo;avais vu une danse tellement naturelle qui imite \u00e0 la fois les mouvements naturels du corps humain et les mouvements \u00e9ternels de ph\u00e9nom\u00e8nes naturels tels que la mer et le vent. C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je vis des danseurs qui ne concevaient pas la sc\u00e8ne comme lieu de spectacle, d&rsquo;exhibition et de revendication o\u00f9 le danseur pr\u00e9sente son corps. Non, au contraire, pour Nacera Belaza la sc\u00e8ne est un lieu de l\u00e2cher prise, o\u00f9 le danseur cr\u00e9e une ouverture dans laquelle le spectateur peut entrer.<br \/>\nMais la danseuse comment arrive-t-elle \u00e0 cr\u00e9er cette ouverture\u00a0? D&rsquo;abord, par le caract\u00e8re naturel de la danse qui s&rsquo;exprime \u00e0 la fois par les mouvements ondulants, doux, spontan\u00e9s et fluides et par les costumes. Les danseuses port\u00e8rent leur tenue de travail dans laquelle elles se sentent \u00e0 l&rsquo;aise, qui ne laisse pas apercevoir les formes pr\u00e9cises de leurs corps qui permettraient de reconna\u00eetre les danseuses. Ces tenues grises et larges invitent le spectateur \u00e0 se laisser aspirer par le mouvement. Ensuite, les danseuses pratiquent une philosophie de l\u00e2cher prise ce qui signifie que leur danse est un art non-figuratif qui ne cherche pas \u00e0 transmettre une action ou un sujet mais un sentiment. Les danseuses y arrivent en se lib\u00e9rant des certitudes du corps et du cerveau, en consid\u00e9rant leur corps comme une enti\u00e8ret\u00e9 o\u00f9 le visage et la t\u00eate ne jouent pas de r\u00f4le sup\u00e9rieur au reste du corps. Ceci les m\u00e8ne \u00e0 un \u00e9tat d&rsquo;\u00e9quilibre o\u00f9 elles se d\u00e9lib\u00e8rent d&rsquo;elles-m\u00eames. On est soi et on se quitte d&rsquo;un seul coup. C&rsquo;est une forme de catharsis. Ici intervient un troisi\u00e8me principe qui consiste en une symbiose entre la musique, la lumi\u00e8re et la danse. Ce principe est particuli\u00e8rement dominant au d\u00e9but de la pi\u00e8ce o\u00f9 l&rsquo;obscurit\u00e9 s&rsquo;\u00e9claircit prudemment, similaire au moment de l&rsquo;aube. Des sons \u00e0 peine audibles s&rsquo;accroissent peu \u00e0 peu et la danseuse se r\u00e9veille avec les mouvements d&rsquo;une somnambule. Au fil du temps, les mouvements deviennent plus rapides et accentu\u00e9s ce qui correspond au volume croissant de la musique. N\u00e9anmoins, la danseuse n&rsquo;a pas de relation affective ni \u00e0 la musique ni \u00e0 l&rsquo;autre danseuse, elle \u00e9volue en parall\u00e8le avec son propre souffle. Le corps danse gospel, une complainte de la condition humaine. Les trois principes atteignent leur apog\u00e9e dans l&rsquo;interaction de la danseuse avec l&rsquo;espace. La danseuse devient l&rsquo;espace et le son, l&rsquo;espace-m\u00eame est le premier partenaire de la danseuse qui ne danse jamais seule, mais avec l&rsquo;espace et la musique. M\u00eame la deuxi\u00e8me danseuse ne sera incluse que dans la perception sans \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e. Le tout m\u00e8ne \u00e0 une dilatation du temps, une perte du sens de l&rsquo;heure, une recherche de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Cet effet pourrait peut-\u00eatre expliquer le titre de la chor\u00e9graphie\u00a0: <em>Le Temps scell\u00e9<\/em>.<br \/>\nTous ces \u00e9l\u00e9ments rendent possible le l\u00e2cher prise et la symbiose entre les danseuses et les spectateurs. Tous disparaissent dans la musique et l&rsquo;espace.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">Ce qui rendit cette soir\u00e9e extraordinaire et magnifique ne fut pas seulement le spectacle (qui n&rsquo;en \u00e9tait pas un) mais aussi la rencontre qui le suivit, la conversation avec les danseuses. Les observations des spectateurs faisaient preuve d&rsquo;une stup\u00e9faction qui r\u00e9sulte du l\u00e2cher prise. Parfois, les spectateurs disaient qu&rsquo;ils ne comprenaient m\u00eame pas leur r\u00e9action \u00e9motionnelle, qu&rsquo;ils n&rsquo;auraient jamais pens\u00e9 que la danse puisse avoir cet effet pareil \u00e0 un voyage hypnotique. Les danseuses avaient donc atteint leur but et nous sommes tous sortis de la salle comme ensorcel\u00e9s, \u00e0 la fois reconduits \u00e0 nos racines et en m\u00eame temps lib\u00e9r\u00e9s. &#8211; <strong>Thea G\u00f6hring<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><a name=\"vincent\"><\/a>En ce d\u00e9but d&rsquo;avril, je me suis rendu au Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 Internationale. Je ne m&rsquo;attendais \u00e0 rien ; je n&rsquo;avais pas lu le descriptif. Trois quart d&rsquo;heure apr\u00e8s, je suis sorti en ayant admir\u00e9 les mouvements de torse, de bras et de t\u00eate formant une abstraction dynamique. Compos\u00e9 de trois s\u00e9quences, deux solos et un duo, Nacera Belaza et sa s\u0153ur Dalila se fondent dans l\u2019espace sonore et visuel o\u00f9 elles tendent \u00e0 dispara\u00eetre. Cette rencontre fortuite d\u00e9bute dans la p\u00e9nombre. Une silhouette m\u00e9connaissable passe de la transparence \u00e0 l&rsquo;opacit\u00e9 lentement sous un fond de gospel. Les lumi\u00e8res sont glaciales, le tableau pr\u00e9sente un spectre. Celui-ci s&rsquo;agite, de plus en plus vite. Il ralentit, dispara\u00eet, et laisse sa place au suivant. Durant cette repr\u00e9sentation, les variations de rythmes et leurs alternances progressives sont pr\u00e9dominantes. Les flux et reflux aux changements imperceptibles fascinent et nous troublent \u00e0 ne plus comprendre quand viendra la fin. Le temps se confond et nous emportent dans une brise en disparition, o\u00f9 la musique s\u2019amplifie dans ma t\u00eate \u00e0 l\u2019infini. Le d\u00e9cor est vide, ce sont les deux corps et la musique qui s&#8217;emparent de la sc\u00e8ne. Les gestes sont amples et le son tr\u00e8s puissant. La lumi\u00e8re vise et \u00e9claircit ces deux silhouettes qui s&rsquo;\u00e9chappent ainsi de ce noir qui englobe tout l&rsquo;espace. Les v\u00eatements sont amples et dissimulent le corps afin de saisir l&rsquo;essence des mouvements. Nous sommes pris dans un vide \u00e0 la fois remplit, o\u00f9 plus aucune limite n&rsquo;est \u00e0 saisir. Les mouvements sonores et corporels sont tout, et l&rsquo;on s&rsquo;y perd.<br \/>\nLes gestes semblent insens\u00e9s. La performance est radicale. Nous sommes face \u00e0 une transe contr\u00f4l\u00e9e, c&rsquo;est cela que le temps scelle. La musique devient folle, le temps n&rsquo;a pas de mesure, les corps se ressemblent et s&rsquo;assemblent, le noir n&rsquo;a pas<br \/>\nde place.<\/span><\/span><\/p>\n<p>Dans <em>Le temps scell\u00e9<\/em> , nous sommes enferm\u00e9s dans un infini, Le temps a pu sembler long en quarante cinq minutes, mais j&rsquo;ai appr\u00e9ci\u00e9 l&rsquo;exp\u00e9rience envo\u00fbtante de l&rsquo;abstrait et l&rsquo;exploit chor\u00e9graphique. &#8211; <strong>Vincent Moracchini<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Danse | Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 Internationale | En savoir plus La critique de Cl\u00e9ment Fran\u00e7ois La critique de Thea G\u00f6hring La critique de Vincent Moracchini Le temps d\u2019un soir, au cr\u00e9puscule, j\u2019ai assist\u00e9 au Temps scell\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 Internationale, pour vivre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":10592,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6,32],"tags":[],"class_list":["post-2489","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-danse","category-theatre-de-la-cite-internationale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2489","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2489"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2489\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2489"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2489"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2489"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}