{"id":2508,"date":"2012-04-13T20:00:42","date_gmt":"2012-04-13T18:00:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=2508"},"modified":"2012-04-13T20:00:42","modified_gmt":"2012-04-13T18:00:42","slug":"la-muette-de-portici","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=2508","title":{"rendered":"La Muette de Portici"},"content":{"rendered":"<p>Op\u00e9ra | Op\u00e9ra comique | <a href=\"https:\/\/www.opera-comique.com\/fr\/saisons\/saison-2011-2012\/avril\/muette-portici\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<ul>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Couillec\">La critique de Samantha Couillec<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Giraud\">La critique de Fran\u00e7ois Giraud<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Pena\">La critique de Sabino Pena<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Tiralarc\">La critique de L\u00e9a Tirard<\/a><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Couillec\"><\/a>Dans cette version de <em>La Muette de Portici<\/em>, Patrick Davin s\u2019est charg\u00e9 de la direction musicale et Emma Dante, de la mise en sc\u00e8ne. Cet op\u00e9ra en cinq actes compos\u00e9 par Daniel-Fran\u00e7ois-Esprit Auber sur un livret de Germain Delavigne et Eug\u00e8ne Scribe, se pr\u00e9sente comme un op\u00e9ra r\u00e9volutionnaire. Cr\u00e9\u00e9 le 29 f\u00e9vrier 1828 \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris, il s\u2019inspire d&rsquo;un fait historique, l\u2019ind\u00e9pendance de la Belgique.<br \/>\nL\u2019histoire de l\u2019op\u00e9ra se d\u00e9roule en 1647 dans le royaume de Naples, alors gouvern\u00e9 par un vice-roi espagnol. Une jeune fille du peuple, muette, nomm\u00e9e Fenella, a \u00e9t\u00e9 s\u00e9duite par un noble espagnol, Alphonse d\u2019Arcos. Mais il doit \u00e9pouser la princesse Elvire, arriv\u00e9e d\u2019Espagne. L\u2019op\u00e9ra d\u00e9bute le jour des noces. Le peuple se r\u00e9jouit du mariage mais Alphonse, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, se lamente sur son sort. Le fr\u00e8re de Fenella, Masaniello, un p\u00eacheur de Portici, apprenant que sa s\u0153ur a \u00e9t\u00e9 s\u00e9duite et emprisonn\u00e9e pour \u00e9viter un scandale, jure de la venger et organise une r\u00e9volte contre le pouvoir royal. A partir de l\u00e0, les motifs tragiques s&rsquo;encha\u00eenent, entra\u00eenant les personnage dans des situations complexes et inextricables.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">La mise en sc\u00e8ne de <em>La Muette de Portici<\/em> appara\u00eet plut\u00f4t contemporaine notamment gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019originalit\u00e9 des d\u00e9cors (portes en bois coulissent sur sc\u00e8ne), la particularit\u00e9 des costumes (robes amples des femmes prennent la forme de lanternes \u00e9clair\u00e9es de couleurs vives), la pr\u00e9sence de mannequins f\u00e9minins sur sc\u00e8ne avec lesquelles les invit\u00e9s dansent, la vivacit\u00e9 des couleurs et des contrastes, les chor\u00e9graphies effectu\u00e9es par les danseurs au rythme de la musique et la forte expressivit\u00e9 de la Muette \u00e0 travers son corps, ses mouvements, sa danse.<br \/>\nDans cette mise en sc\u00e8ne, les bouleversements, les moments de tension et de rel\u00e2chement correspondent \u00e0 la musique de l&rsquo;op\u00e9ra. Un personnage, Elvire par exemple, effectue sur sc\u00e8ne son chant solitaire et lyrique. Elle exprime l&rsquo;amour qu&rsquo;elle porte \u00e0 Alphonse d&rsquo;Arcos, fils de l&rsquo;autoritaire Vice-roi qu&rsquo;elle s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 \u00e9pouser, Son chant, accompagn\u00e9 de musique suscite une vive \u00e9motion chez le spectateur. A ces moments de rel\u00e2chement, d&rsquo;expression personnelle, suivent des moments de tension o\u00f9 les personnages se rassemblent ; par exemple, quand le peuple se r\u00e9volte contre les soldats et le pouvoir du roi (la musique s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re, devient plus intense \u00e0 mesure que les affrontements se multiplient et que les bless\u00e9es s&rsquo;accumulent).<br \/>\nLa progression de l&rsquo;action est boulevers\u00e9e par des moments de surprise, de suspens, de tensions, de pr\u00e9cipitations des \u00e9v\u00e9nements et de conflits. Ainsi, \u00e0 l&rsquo;Acte I, lors du mariage entre Elvire et Alphonse, Fenella reconna\u00eet le mari\u00e9, qui l&rsquo;a autrefois s\u00e9duite. Puis, \u00e0 l&rsquo;Acte III, le peuple affronte les soldats, tente de les emp\u00eacher de capturer Fenella, et pour sauver sa s\u0153ur, Masaniello furieux poignarde un soldat. L&rsquo;Acte IV marque un moment de suspens, o\u00f9 Elvire et Alphonse tentent d&rsquo;\u00e9chapper\u00a0 au peuple r\u00e9volt\u00e9 men\u00e9 par Pietro, Ils sont dans l&rsquo;incertitude, implorent la cl\u00e9mence et l&rsquo;hospitalit\u00e9 de Masaniello, qui accepte. Et l&rsquo;Acte V est marqu\u00e9 par des moments de tensions, d&rsquo;affrontements o\u00f9 Alphonse a r\u00e9unit ses partisans et s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 combattre Pietro et le peuple ayant renvers\u00e9 la tyrannie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Les personnages occupent la sc\u00e8ne dans sa totalit\u00e9. Ils s\u2019imposent sur sc\u00e8ne, imposent leurs corps, ont une pr\u00e9sence gr\u00e2ce \u00e0 leurs chants, leurs mouvements, leurs actions et leurs chor\u00e9graphies. Fenella se jette \u00e0 terre, en proie \u00e0 de fortes \u00e9motions, danseurs effectuent des chor\u00e9graphies. Ils sont soit dans un mouvement collectif, synchronis\u00e9 (sc\u00e8ne de danses, de chor\u00e9graphie), soit dans un mouvement unique et singulier (Fenella en proie \u00e0 des sentiments de d\u00e9sesp\u00e9rance). L\u2019on peut relever des moments de complicit\u00e9 (amour entre Elvire et Alphonse, fraternit\u00e9 de Masaniello envers sa s\u0153ur), et de rivalit\u00e9, de duels (Fenella contre les gardes qui tentent de l\u2019arr\u00eater, les p\u00eacheurs contre les gardes, Pietro et ses partisans contre les gardes du roi,\u2026).<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12px\">La chanteuse interpr\u00e9tant Elvire a fait preuve d\u2019une v\u00e9ritable performance. Le public \u00e9tait boulevers\u00e9 par ses chants lyriques et \u00e9mouvants, son talent dans l\u2019expression de ses sentiments amoureux. Le chanteur interpr\u00e9tant le r\u00f4le de Masaniello, a fait \u00e9galement grande impression. L\u2019expression de son attachement sinc\u00e8re et profond envers sa s\u0153ur Fenella a particuli\u00e8rement touch\u00e9 le public. Et le personnage de la Muette nous a impressionn\u00e9 par ses danses, ses chor\u00e9graphies, la violence et la rapidit\u00e9 de ses mouvements, l\u2019expression de ses sentiments qui ne passent pas par la parole mais par le corps. Elle est le seul personnage sur sc\u00e8ne qui ne chante pas.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">La repr\u00e9sentation de <em>La Muette de Portici<\/em> a permis de nous faire red\u00e9couvrir cet op\u00e9ra \u00e0 travers un orchestre et une mise en sc\u00e8ne en parfait accord, harmonie. Les chanteurs et acteurs\/danseurs ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 leur performance, leur talent. Cet op\u00e9ra m\u00e9lange des th\u00e8mes oppos\u00e9s\u00a0: l\u2019amour et la mort, l\u2019union et la confrontation, le calme et la violence. Deux mondes s\u2019affrontent, celui de la richesse et celui de la pauvret\u00e9. L\u2019on assiste \u00e0 des bouleversements \u00e0 la fois, sur le plan personnel\/ amoureux et collectif\/ politique. La volont\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir le pouvoir, de dominer, peut rendre fou et monter les personnages les uns contre les autres, aboutissant au d\u00e9sordre et \u00e0 la mort. &#8211; <strong>Samantha Couillec<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/LaMuettedePortici_SamanthaCouillec.pdf\">&gt;&gt; Lire le compte-rendu complet<\/a><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Giraud\"><\/a>C\u2019est avec un certain scepticisme teint\u00e9 de curiosit\u00e9 que l\u2019on assiste \u00e0 la repr\u00e9sentation de <em>La Muette de Portici<\/em>, op\u00e9ra qui malgr\u00e9 son immense succ\u00e8s au XIXe si\u00e8cle n\u2019a pas r\u00e9sist\u00e9 aux affres de l\u2019oubli. Scepticisme, car il existe sans doute de bonnes raisons au fait que cet op\u00e9ra n\u2019ait plus \u00e9t\u00e9 jou\u00e9 depuis pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle et demi -d\u00e9su\u00e9tude du sujet et de la partition\u00a0?- , et curiosit\u00e9, car malgr\u00e9 toute son audace, l\u2019Op\u00e9ra Comique ne prendrait pas le risque de mettre en sc\u00e8ne une \u0153uvre ne correspondant pas aux attentes d\u2019un public contemporain.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">En effet, alors qu\u2019une \u00e9ni\u00e8me trag\u00e9die amoureuse en cinq actes \u00e9tait \u00e0 craindre, Auber et Eug\u00e8ne Scribe, auteur du livret, prennent les spectateurs d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui \u00e0 contre-pied, en faisant d\u2019une r\u00e9volte politique le c\u0153ur de cette \u0153uvre. La deuxi\u00e8me originalit\u00e9 de cet op\u00e9ra est d\u2019avoir confi\u00e9 \u00e0 une danseuse, muette qui plus est, le r\u00f4le principal. Figure transgressive, elle\u00a0 bouscule non seulement les conventions de l\u2019op\u00e9ra mais aussi l\u2019ordre \u00e9tabli d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 bipartite, avec d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la Cour et de l\u2019autre le petit peuple, repr\u00e9sent\u00e9 par les p\u00eacheurs de Portici.<br \/>\nPour une \u0153uvre finalement peu conventionnelle, il \u00e9tait l\u00e9gitime d\u2019attendre une mise en sc\u00e8ne tout aussi audacieuse. Emma Dante a la lourde et enthousiasmante t\u00e2che d\u2019avoir \u00e0 tout r\u00e9inventer, en ayant pour seule contrainte de correspondre aux attentes du public d\u2019aujourd\u2019hui, qui veut de la cr\u00e9ation et de la modernit\u00e9, sans pour autant trahir l\u2019esprit du compositeur. Deux choix s\u2019offraient \u00e0 Emma Dante\u00a0: extraire la dimension universelle et atemporelle de cette insurrection populaire en offrant un spectacle fonci\u00e8rement contemporain, ou plonger le spectateur dans le Naples du XVIIe si\u00e8cle. De mani\u00e8re consensuelle, elle opte pour un entre-deux, le faste et le d\u00e9tail des costumes d\u2019\u00e9poque, parfois fantaisistes, contrastant avec un d\u00e9cor assez abstrait, fait de portes mouvantes,\u00a0 de tableaux massifs descendant du plafond, de tapis rouge, et surtout de vide. Emma Dante joue alors sur des jeux de lumi\u00e8re, pour sugg\u00e9rer l\u2019int\u00e9rieur \u00e9touffant des palais napolitains et les ext\u00e9rieurs tr\u00e8s lumineux du port de Portici.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Le spectacle est ponctu\u00e9 de trouvailles int\u00e9ressantes, par exemple, ces mannequins de courtisanes agit\u00e9s par des pr\u00e9tendants anonymes, d\u00e9voilant un monde d\u2019apparat que bouleverse la vive et spontan\u00e9e Fenella. Emma Dante sait aussi nous surprendre par des choix \u00e9tonnants qui pr\u00eatent \u00e0 sourire, notamment le brusque d\u00e9shabillement des gardes pour sugg\u00e9rer leur immolation suite \u00e0 des affrontements avec le peuple. Ce qui est cens\u00e9 \u00eatre un point culminant de la r\u00e9volution se transforme en striptease grotesque.\u00a0 Si les sc\u00e8nes de foule parfaitement chor\u00e9graphi\u00e9es emportent l\u2019adh\u00e9sion, les\u00a0 passages plus intimistes manquent quelque peu d\u2019\u00e9motion, le seul talent des chanteurs ne pouvant combler le vide de la mise en sc\u00e8ne. A force de jouer en des eaux trop ti\u00e8des, Emma Dante ne prend pas un parti suffisamment radical et ne\u00a0 souligne pas assez toute la vari\u00e9t\u00e9 et la puissance d\u2019une partition color\u00e9e, parfaitement ex\u00e9cut\u00e9e par le chef d\u2019orchestre Patrick Davin, qui convainc le public d\u00e8s la remarquable ouverture.\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">L\u2019Op\u00e9ra Comique a r\u00e9ussi son pari en faisant salle comble avec cet op\u00e9ra m\u00e9connu, in\u00e9gal rival de l\u2019ind\u00e9modable <em>Don Giovanni <\/em>actuellement jou\u00e9 \u00e0 Paris. C\u2019est avec un certain panache que les chanteurs et musiciens nous ont fait d\u00e9couvrir cet op\u00e9ra, m\u00eame si tous les interpr\u00e8tes sont loin d\u2019avoir\u00a0 re\u00e7u \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 les faveurs des publics. Si Michael Spyres, le fr\u00e8re vengeur de Fenella, et Laurent Alvara, l\u2019un des chefs de la r\u00e9volte, ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 \u00e0 raison des acclamations des spectateurs, Eglise Gutierrez, interpr\u00e8te d\u2019Elvire, a quant \u00e0 elle eu droit \u00e0 des applaudissements moins nourris. Mais celle qui a remport\u00e9 tous les suffrages est incontestablement Enela Borgogni, interpr\u00e8te de la muette, qui par sa fra\u00eecheur et son \u00e9nergie \u00e9bouriffante, a su attiser toutes les passions sur sc\u00e8ne et dans la majestueuse salle Favart de l\u2019Op\u00e9ra Comique. &#8211; <strong>Fran\u00e7ois Giraud<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><em><a name=\"Pena\"><\/a>La Muette de Portici op\u00e9ra en 5 actes, musique de Daniel Auber, livret de Scribe et Delavigne, sous la direction de Patrick Davin avec l&rsquo;Orchestre et Ch\u0153ur du Th\u00e9\u00e2tre Royale de la Monnaie \/ De Munt et mise en sc\u00e8ne par Emma Dante \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Comique.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Daniel Fran\u00e7ois Esprit Auber (1782 \u2013 1871) fut \u00e9l\u00e8ve de Cherubini et successivement directeur des concerts de la cour sous Louis-Philippe, du Conservatoire et de la Chapelle imp\u00e9riale sous Napol\u00e9on III. Compositeur de musique de chambre et surtout des ouvrages lyriques, il fut \u00e0 la fois un des derniers grands repr\u00e9sentants de l&rsquo;op\u00e9ra comique et le p\u00e8re du grand op\u00e9ra romantique fran\u00e7ais. Si sa musique \u00e9voque plut\u00f4t le souvenir d&rsquo;Haydn plus que le trouble romantique d&rsquo;un Schumann passionn\u00e9, l&rsquo;importance et pertinence de son \u0153uvre lyrique au XIXe si\u00e8cle est incontestable. Son premier grand op\u00e9ra <em>La Muette de Portici <\/em>(1828) a profond\u00e9ment marqu\u00e9 le jeune Wagner et a \u00e9galement inspir\u00e9 l&rsquo;ind\u00e9pendance de la Belgique ; en 1882 l&rsquo;\u0153uvre a sa 400e repr\u00e9sentation en France!<br \/>\nPourtant, le genre (oubli\u00e9) du grand op\u00e9ra et les sp\u00e9cificit\u00e9s de sa musique, trouvent des difficult\u00e9s a rebondir et \u00e9mouvoir le public contemporain. Heureusement, l&rsquo;Op\u00e9ra Comique, en coproduction avec le fabuleux Th\u00e9\u00e2tre Royale de la Monnaie \/ De Munt, a eu l&rsquo;id\u00e9e visionnaire de faire une reprise de cet op\u00e9ra apr\u00e8s un hiatus de plus de 100 ans, et ainsi montrer l&rsquo;originalit\u00e9 de sa conception, la beaut\u00e9 de ses pages, la profondeur de son drame et l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 tragique de son histoire qui est toujours d&rsquo;actualit\u00e9 presque 200 apr\u00e8s sa cr\u00e9ation.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Le drame s&rsquo;inspire d&rsquo;un sujet r\u00e9volutionnaire, le moment de l&rsquo;histoire de Naples (en 1647) o\u00f9 le peuple s&rsquo;\u00e9tait insurg\u00e9 contre les oppresseurs espagnols, mais il se concentre sur les passions romantiques de ses personnages, y compris (et surtout!) le peuple m\u00eame. Ici, Fenella, s\u0153ur muette de Masaniello, est s\u00e9duite et l\u00e2ch\u00e9e par Alphonse, fils du vice-roi espagnol de Naples, puis mise en prison pour \u00eatre finalement prot\u00e9g\u00e9e par Elvire, Princesse Espagnole et nouvelle femme d&rsquo;Alphonse. Masaniello lib\u00e8re Naples \u00e9ventuellement mais il est empoisonn\u00e9, devient fou, et meurt essayant de sauver Elvire de la fureur populaire. Alphonse \u00e9crase la r\u00e9volte et Fenella se tue en se jetant dans la lave du V\u00e9suve. Si Masaniello est le h\u00e9ros de la pi\u00e8ce, les v\u00e9ritables protagonistes sont Fenella (r\u00f4le dans\u00e9) et le ch\u0153ur (dans ses diff\u00e9rentes expressions du peuple). Le tr\u00e8s dynamique livret des plumes de Scribe et de Delavigne, r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er et maintenir une haute tension dramatique au cours des cinq actes. La mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Emma Dante est d&rsquo;une ing\u00e9niosit\u00e9 \u00e9clatante tr\u00e8s efficace. Elle r\u00e9ussi avec astuce et avec humour \u00e0 transformer les difficult\u00e9s techniques inh\u00e9rentes aux grands op\u00e9ras du XIXe si\u00e8cle (la place du ballet, les effets sc\u00e9niques spectaculaires, etc.) en morceaux de force caract\u00e9ristiques et pertinents, et hausse subtilement le niveau d&rsquo;intensit\u00e9 de cet \u0153uvre dont la musique est \u00e9l\u00e9gante et claire mais pas tr\u00e8s profonde. Les d\u00e9cors et costumes de Vanessa Sannino sont d&rsquo;inspiration historique avec une touche moderne tr\u00e8s originale. Elle r\u00e9ussi \u00e0 mettre en valeur certains aspects narratifs et dramatiques avec habilet\u00e9, malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9conomie des moyens (en comparaison avec les somptueuses productions d&rsquo;antan), et ce sans compromettre sa sinc\u00e9rit\u00e9 et respect vis-\u00e0-vis au ph\u00e9nom\u00e8ne historique repr\u00e9sent\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">La direction de l&rsquo;orchestre de Patrick Davin a \u00e9t\u00e9 impeccable. Son b\u00e2ton fut sensible et nuanc\u00e9. L&rsquo;orchestre a jou\u00e9 avec une ma\u00eetrise tonique des contrastes, parfois h\u00e9ro\u00efque et color\u00e9, parfois passionn\u00e9 et \u00e9l\u00e9giaque. Un heureux m\u00e9lange de sensibilit\u00e9 et t\u00e9nacit\u00e9. Le talent m\u00e9lodique d&rsquo;Auber est mis en \u00e9vidence d\u00e8s l&rsquo;ouverture aux allures mozartiennes et rossiniennes (les percussions et le piccolo rappellent l\u00e9g\u00e8rement l&rsquo;Enl\u00e8vement au S\u00e9rail de Mozart). Les vents en particulier, surtout la flute, ont eu une candeur d&rsquo;une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et vivacit\u00e9 rossinienne. Le ch\u0153ur s&rsquo;est mari\u00e9 parfaitement avec l&rsquo;orchestre , et celui-ci a accompagn\u00e9 le ballet de fa\u00e7on anim\u00e9e et pr\u00e9cise. Elena Borgogni dans le r\u00f4le de Fenella fut une v\u00e9ritable \u00e9toile. Toutes ses interventions ont eu un fort impact dramatique, et ce m\u00eame aux moments comiques. Le ballet qui intervenait autant que Fenella, voir plus, fut l&rsquo;autre protagoniste de l&rsquo;op\u00e9ra (avec le ch\u0153ur). Il est tr\u00e8s pr\u00e9sent depuis tr\u00e8s t\u00f4t et les chor\u00e9graphies contemporaines ont \u00e9t\u00e9 tout-\u00e0-fait divertissantes et agr\u00e9ables, cependant pendant longtemps au premier acte le ballet semblait un peu d\u00e9plac\u00e9 et d\u00e9coratif, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que son importance fut int\u00e9gr\u00e9 organiquement au sein du drame. Comme l&rsquo;orchestre, les danseurs ont repr\u00e9sent\u00e9 en mouvements une grande diversit\u00e9 des sentiments avec la plus grande sensibilit\u00e9. Le ballet des soldats d&rsquo;une grande virtuosit\u00e9 athl\u00e9tique, le ballets des p\u00eacheurs d&rsquo;une sensualit\u00e9 rustique et d\u00e9contract\u00e9e, les \u00e9changes entre Fenella et le ballet toujours d&rsquo;une intensit\u00e9 \u00e9crasante et irr\u00e9sistible. La massacre des soldats au IIIe acte fut, dans tous les sens, un des moments les plus touchants de la soir\u00e9e; en ce qui concerne les danseurs et acteurs, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et la mort m\u00eame ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9es avec leur nudit\u00e9 transcendante et un ing\u00e9nieux jeux de lumi\u00e8res.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Quant au ch\u0153ur, il est pr\u00e9pond\u00e9rant et il a une palette des sentiments m\u00eame plus large que celle du ballet (ch\u0153ur du march\u00e9, de la r\u00e9volte, de la pri\u00e8re, etc.). Si la prosodie ne semble pas toujours naturelle, l&rsquo;\u00e9criture vocale et orchestrale des passages du ch\u0153ur est la meilleure de la part d&rsquo;Auber. M\u00eame quand il accompagne un duo lyrique (souvent le cas), il garde son caract\u00e8re tr\u00e8s sp\u00e9cial. L&rsquo;harmonie en est toujours sobre et soign\u00e9e, l&rsquo;effet sonore et brillant, l&rsquo;unisson rar\u00e9fi\u00e9. Le ch\u0153ur des p\u00eacheurs \u00e0 la fin du IIe acte a \u00e9t\u00e9 magnifique dans toute son expression et en parfaite harmonie avec la couleur orchestrale et ses timbres astucieux. Le ch\u0153ur du peuple suite \u00e0 la massacre des soldats (le seul moment <em>a capella<\/em> de l&rsquo;op\u00e9ra) fut une r\u00e9ussite totale du point de vue du drame humain, les voix seules dans leur chant tragique ont perc\u00e9 les c\u0153urs du public.<br \/>\nLa soprano Eglise Guti\u00e9rrez dans le r\u00f4le d&rsquo;Elvire a transport\u00e9 l&rsquo;audience avec sa virtuose colorature. Au premier acte elle montre \u00e0 quel point elle ma\u00eetrise son instrument avec l&rsquo;air \u00ab\u00a0Plaisir du rang supr\u00eame\u00a0\u00bb qui n&rsquo;est pas sans rappelerair \u00ab\u00a0Di tanti palpiti\u00a0\u00bb de l&rsquo;op\u00e9ra Tancr\u00e8de de Rossini (il s&rsquo;ag\u00eet ici d&rsquo;une adaptation plus que d&rsquo;une citation). Sa musique est toujours virtuose. Au quatri\u00e8me acte elle ach\u00e8ve un sommet d&rsquo;\u00e9quilibre et sensibilit\u00e9 tr\u00e8s \u00e9mouvant. Ses duos avec le Prince Alphonse (jou\u00e9 par le t\u00e9nor Maxim Mironov) sont parmi les pages les plus belles de l&rsquo;op\u00e9ra.<br \/>\nLe t\u00e9nor Michael Spyres dans le r\u00f4le de Masaniello fut tr\u00e8s pr\u00e9sent en sc\u00e8ne tout au long de la soir\u00e9e. Le moment plus m\u00e9morable de son excellente interpr\u00e9tation fut certainement au quatri\u00e8me acte avec son air plaintif et passionn\u00e9 \u00ab\u00a0Spectacle affreux!\u00a0\u00bb, la clart\u00e9 de sa diction s&rsquo;est harmonis\u00e9 sensiblement avec une orchestre \u00e9l\u00e9giaque et romantique. Il a montr\u00e9 avec verve son sens du drame et sa performance fut tr\u00e8s agr\u00e9able et profonde, m\u00eame si la musique d&rsquo;Auber n&rsquo;arrivait pas toujours au m\u00eame niveau de profondeur. Il a \u00e9t\u00e9 tout-\u00e0-fait correcte pendant le c\u00e9l\u00e8bre duo du deuxi\u00e8me acte \u00ab\u00a0Amour sacr\u00e9 de la patrie\u00a0\u00bb (celui-ci \u00e9tant le chant choisi des insurg\u00e9s \u00e0 Bruxelles en 1830 pour r\u00e9clamer leur ind\u00e9pendance) avec le baryton Laurent Alvaro dans le r\u00f4le de Pietro. L&rsquo;interpr\u00e9tation de ce dernier a \u00e9t\u00e9 tout simplement exquise. Sa musique pleine de brio et de caract\u00e8re, sa voix de baryton forte et s\u00e9duisante,\u00a0 sa performance claire et sinc\u00e8re ; malgr\u00e9 son r\u00f4le secondaire il envahissait la salle avec chacune de ses interventions. Plein d&rsquo;humour et camaraderie au deuxi\u00e8me acte, profond au quatri\u00e8me, inclassable au cinqui\u00e8me, il ne cessa jamais de convaincre le public de la v\u00e9racit\u00e9 de ses propos.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><em>La Muette de Portici <\/em>d&rsquo;Auber avec son \u00e9vidente facilit\u00e9 m\u00e9lodique, ses airs brillants, la diversit\u00e9 et l&rsquo;entrain de ses sc\u00e8nes a ouvert d&rsquo;une certaine fa\u00e7on une nouvelle voie qu&#8217;emprunteront aussit\u00f4t Rossini et Meyerbeer, surtout le dernier, v\u00e9ritable ic\u00f4ne du Grand Op\u00e9ra. L&rsquo;\u00e9l\u00e9gance, la mesure, la clart\u00e9 et l&rsquo;esprit de sa musique qui peut sembler superflue et pas tr\u00e8s originale \u00e0 nos oreilles du XXIe si\u00e8cle, s&rsquo;est vue ressuscit\u00e9e comme elle le m\u00e9rite dans cette production et mise en sc\u00e8ne de l&rsquo;Op\u00e9ra Comique et Emma Dante. Faisons un \u00e9cho reconnaissant esp\u00e9rant que les prochaines productions de cette salle historique soient \u00e0 la hauteur de leur Muette 2012 ; Bravo! Bravissimo! &#8211; <strong>Sabino Pena<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Tiralarc\"><\/a><em>La Muette de Portici<\/em> s\u2019est fait entendre vendredi 13 avril \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Comique de Paris par une salle \u00e0 bien des \u00e9gards combl\u00e9e. C\u2019est un op\u00e9ra d\u2019une richesse et d\u2019une \u00e9nergie qui repaissent : \u00e9paisseur du sc\u00e9nario (autrement dit <em>livret<\/em>), multitude de figurants, dix solistes chanteurs, autant d\u2019acteurs-danseurs, et ceux-l\u00e0 mus par la puissance de passions r\u00e9vuls\u00e9es &#8211; un op\u00e9ra romantique, par ailleurs cr\u00e9\u00e9 en 1828. L\u2019intrigue se noue \u00e0 Naples : Elvire, aristocrate, se prend de compassion pour une autre jeune femme, Fenella, muette, qui tout juste \u00e9chapp\u00e9e des ge\u00f4les royales fait irruption lors de ses noces et implore sa protection. Or \u00e0 ce moment Fenella reconna\u00eet et d\u00e9nonce publiquement le mari\u00e9, Alphonse, qui autrefois l\u2019avait s\u00e9duite et abandonn\u00e9e. La jeune femme s\u2019enfuit. Son fr\u00e8re Masaniello la retrouve, et encourage le peuple \u00e0 se mobiliser contre cet abus de pouvoir. Mais le peuple, que le feu de la r\u00e9volte embrase comme un tas de f\u00e9tus, s\u2019emporte et men\u00e9 par Pietro se retourne contre Masaniello, qui est puni par ses fr\u00e8res pour avoir fait preuve de cl\u00e9mence et aid\u00e9 le couple princier \u00e0 s\u2019\u00e9chapper. Masaniello et Fenella tombent dans la bataille finale sous la fureur populaire qui se repend comme toujours, trop tard.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Les cr\u00e9ateurs de ce spectacle sont parvenus \u00e0 mettre en sc\u00e8ne cette histoire luxuriante en un ensemble \u00e0 la fois tr\u00e8s lisible, o\u00f9 l\u2019unit\u00e9 visuelle pr\u00e9valait toujours, et stimulant sur le plan esth\u00e9tique autant qu\u2019\u00e9motionnel : deux qualit\u00e9s n\u00e9cessaires \u00e0 une pi\u00e8ce de trois heures donn\u00e9e face \u00e0 un public certes non captif, mais prompt \u00e0 l\u2019inattention et \u00e0 l\u2019ennui (quoique nous ne l\u2019avouions pas toujours), comme tout bon public amateur de classiques. Cet op\u00e9ra \u00e9tait diff\u00e9rent de tous ceux que j\u2019ai pu voir, car anim\u00e9 par la danse. Le programme appelait \u201cacteurs\u201d ceux que tout spectateur aurait spontan\u00e9ment nomm\u00e9s \u201cdanseurs\u201d. On retient pourtant le nom d\u2019un \u201cchor\u00e9graphe\u201d : Sandro Maria Campagna.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">A la premi\u00e8re apparition d\u2019Elvire, le spectacle s\u2019annon\u00e7ait assez virtuose et ennuyeux. Classique. Elvire pompait bien ses vocalises par ailleurs techniquement p\u00e9rilleuses, et d\u00e9roulant leurs m\u00e9lismes au milieu de phrases dont la longueur aurait mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve le souffle de bien des professionnels. Aucun chanteur ne semblait vivre, \u00e0 la remarquable exception de Laurent Alvaro dans le r\u00f4le de Pietro, dont la voix en trois dimensions emplit tous les volumes de vibrations chaudes en enveloppantes. J\u2019entendais les prouesses d\u2019Elvire menton au poing, la gorge serr\u00e9e d\u2019Alphonse, et plus tard le timbre sans velours de Masaniello, quand survint la danseuse muette : Elena Borgogni, ou Fenella<em>. <\/em>La muette, dont l\u2019apparition fit soudain entendre aux nerfs cet adage de philosophe \u00e0 la mode,<em> le silence a l\u2019\u00e9loquence de la vie m\u00eame (!) <\/em>&#8211; certainement pas quand tu l\u2019ouvres, blablateur, mais certainement quand elle, Fenella, se d\u00e9bat en silence. Imaginez la silhouette tr\u00e8s fine, tenue au poignets par un garde-danseur post\u00e9 derri\u00e8re elle, r\u00e9vuls\u00e9e de tout son long comme une diagonale de nerfs au faci\u00e8s agrandi par l\u2019\u00e9motion de la peur furieuse : voici Fenella dans l&rsquo;une de ses postures r\u00e9currentes et m\u00e9morables, symbole de romantisme et de r\u00e9volte. Son irruption sur sc\u00e8ne face \u00e0 Elvire inaugure le v\u00e9ritable commencement de cet op\u00e9ra, qui d\u00e8s lors sera continuellement tendu entre classicisme et romantisme, deux contraires incarn\u00e9s par les couples aristocratie\/peuple, Elvire\/Fenella, Alphonse\/Masaniello \u00e0 leurs tour symbolis\u00e9s par des oppositions de couleur, bleu contre rouge, voire m\u00eame de discipline artistique, car souvent le chant sobre et d\u00e9sincarn\u00e9 semble s\u2019opposer \u00e0 la danse puissamment expressive. Cette derni\u00e8re opposition se ressent d\u2019autant plus qu\u2019elle est clairement concretis\u00e9e en Fenella, tache rouge \u00e9nergis\u00e9e, embl\u00e8me romantique de la danse, et Elvire, droite colonne d\u2019air bleue ciel, embl\u00e8me du chant lyrique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">L\u2019attention de tous est capt\u00e9e par la danse. Nous sommes dans un th\u00e9\u00e2tre italien, et les spectateurs privil\u00e9gi\u00e9s du quatri\u00e8me balcon jouissent d\u2019une vue a\u00e9rienne sur la g\u00e9om\u00e9trie mise en flux par les danseurs. On retient comme images m\u00e9morables, les tentatives de fuite de Fenella ; la captive se d\u00e9cha\u00eene au milieu du ceinturon de danseurs, le fend ponctuellement comme la foudre, est repouss\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, se d\u00e9cha\u00eene sans rel\u00e2che. Visuellement, ces sc\u00e8nes ne se d\u00e9roulent pas sans \u00e9voquer la chor\u00e9graphie reconstitu\u00e9e du sacrifice par Nijinski (sur la musique du Sacre du Printemps de Stravinski<a title=\"\" href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>), dont l\u2019esth\u00e9tique tr\u00e8s moderne et l\u2019\u00e9motion semblent ici r\u00e9actualis\u00e9es. La gestuelle de Fenella, quoique redondante, est simple et convaincante et a le m\u00e9rite de frapper la m\u00e9moire par son unit\u00e9 r\u00e9p\u00e9t\u00e9e au sein de la pi\u00e8ce, en plus de d\u00e9ployer une \u00e9nergie presque sexuelle qui capte tous les regards. Elena Borgogna sera par ailleurs salu\u00e9e avec un enthousiasme innacoutum\u00e9. A ses cot\u00e9s, la troupe de gardes-danseurs est excellente\u00a0:\u00a0 on croirait voir une bande de gars ameut\u00e9e pour le plaisir du spectacle, formant un groupe plein de connivence et d\u2019humour complice.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Aux costumes, les robes lumineuses \u00e9gayent l\u2019ensemble comme de plaisantes anecdotes mais l\u2019accessoire ne distrait pas de l\u2019essentiel. On remarque un jeu simple et efficace sur les couleurs\u00a0: bleu, rouge, jaune dominent, le rouge s\u2019opposant traditionnellement au bleu et envahissant peu \u00e0 peu le bain visuel au fur et a mesure des sc\u00e8nes, mais apparaissant aussi\u00a0 infiltr\u00e9 aux cot\u00e9s du pouvoir traditionnel, sous forme de tapis nuptial par exemple. Quelques sc\u00e8nes \u00e0 dominante jaune marquent un r\u00e9pit dans l\u2019intrigue\u00a0: sc\u00e8nes de march\u00e9 populaire et de ch\u0153urs joyeux.<br \/>\nEnfin, la disposition des ch\u0153urs sur sc\u00e8ne est toujours confortable \u00e0 l\u2019\u0153il\u00a0: groupes denses et dinstincts, qui structurent la sc\u00e8ne sans jamais parasiter la vision par ce caract\u00e8re trop souvent fourmillant des choristes \u00e9pars ou r\u00e9calcitrants au touche-touche. Emma Dante \u00e0 la mise en sc\u00e8ne, et Sandro Maria Campagna sont parvenus \u00e0 produire un de ces spectacles purs qui conf\u00e8rent au spectateur l\u2019aisance d\u2019une perception riche et canalis\u00e9e, et ainsi prompte \u00e0 sentir pleinement les passions sur sc\u00e8ne, sans pourtant perdre le nord pour la compr\u00e9hension des enjeux de la pi\u00e8ce. Une pi\u00e8ce un peu redondante donc, mais pour le moins efficace, et qui a le m\u00e9rite enfin de nous faire savoir qui se cache derri\u00e8re le nom de la station de m\u00e9tro AUBER\u00a0: Daniel-Fran\u00e7ois-Esprit Auber\u00a0! (entre autres compositeur de <em>La Muette de Portici<\/em>). &#8211;<strong> L\u00e9a Tirard<\/strong><\/span><\/p>\n<div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div id=\"ftn1\">\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Disponible sur youtube<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra | Op\u00e9ra comique | En savoir plus La critique de Samantha Couillec La critique de Fran\u00e7ois Giraud La critique de Sabino Pena La critique de L\u00e9a Tirard Dans cette version de La Muette de Portici, Patrick Davin s\u2019est charg\u00e9 de la direction musicale et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":10589,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,31],"tags":[],"class_list":["post-2508","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-opera","category-opera-comique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2508","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2508"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2508\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2508"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2508"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2508"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}