{"id":2514,"date":"2012-04-13T20:00:52","date_gmt":"2012-04-13T18:00:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=2514"},"modified":"2012-04-13T20:00:52","modified_gmt":"2012-04-13T18:00:52","slug":"quatrevingt-treize","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=2514","title":{"rendered":"Quatrevingt-treize"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Maison de la po\u00e9sie | <a href=\"http:\/\/www.lestroiscoups.com\/article-quatrevingt-treize-de-victor-hugo-critique-de-laura-plas-maison-de-la-poesie-a-paris-103188502.html\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<ul>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Amiel\">La critique de Maxence Amiel <\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Lagneau\">La critique de Barth\u00e9l\u00e9my Lagneau<\/a><\/span><\/li>\n<li><a href=\"#Lavoisier\"><span style=\"font-size: 12px\">La critique d&rsquo;Oph\u00e9lie Lavoisier <\/span><\/a><\/li>\n<li><a href=\"#Malgras\">La critique de Cl\u00e9mentine Malgras<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Amiel\"><\/a>Avant d\u2019entamer la r\u00e9daction de son dernier roman, Victor Hugo s\u2019est interrog\u00e9, dit-on\u00a0: Pourquoi ne pas en faire une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre\u00a0? La r\u00e9ponse est simple\u00a0: parce que <em>Quatrevingt-treize<\/em> n\u2019\u00e9tait pas destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, par ce que, comme Claudel l\u2019a fait quelques dizaines d\u2019ann\u00e9es plus tard en \u00e9crivant une seconde version de <em>la Ville<\/em>, Hugo s\u2019\u00e9tait sans doute rendu compte que la R\u00e9volution, la puissance de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise, ne pouvait \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e sur une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre. Non pas parce que cette sc\u00e8ne soit limit\u00e9e, mais, au contraire, parce que les possibilit\u00e9s qu\u2019elle offre sont quasi infinies, et que l\u2019infini m\u00e8ne, par la force des choses, sans doute, \u00e0 une saturation de l\u2019esprit humain. Or ce refus d\u2019Hugo de faire de son histoire une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, Godefroy S\u00e9gal n\u2019a pas voulu l\u2019outrepasser, et au contraire \u2013et forte heureusement- on observe qu\u2019il l\u2019a tr\u00e8s bien compris. Et l\u2019ayant compris il n\u2019a pas tent\u00e9 de faire de son spectacle une <em>Pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre<\/em> au sens o\u00f9 nous l\u2019entendons\u00a0: c\u2019est une <em>pi\u00e8ce<\/em> de th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est un <em>morceau<\/em> de th\u00e9\u00e2tre, avec un morceau d\u2019<em>autre chose<\/em>. Une <em>autre chose<\/em> dont Godefroy S\u00e9gal a trouv\u00e9 le filon, et qu\u2019il a remarquablement exploit\u00e9. Non, le <em>Quatrevingt-treize<\/em> de Godefroy S\u00e9gal n\u2019est pas une <em>pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre<\/em> \u00e0 mon sens\u00a0: c\u2019est <em>du<\/em> th\u00e9\u00e2tre, et c\u2019est ce que nous, spectateurs, attendons.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Servi par cinq acteurs dont on ne saurait nier le talent \u2013 et je ne peux m\u2019emp\u00eacher de citer particuli\u00e8rement Boris Rehlinger, dont le travail ici est remarquable- le spectacle alterne entre narrations bien intentionn\u00e9es, de la part des deux com\u00e9diennes, et mise en sc\u00e8ne des passages clefs du roman de Hugo, sans qu\u2019aucun des cinq acteurs pr\u00e9sents sur la sc\u00e8ne n\u2019en sorte, durant toute la dur\u00e9e du spectacle. C\u2019est un travail tr\u00e8s intelligent que nous livre Godefroy S\u00e9gal\u00a0: il a compris les limites que sugg\u00e9rait l\u2019adaptation du roman hugolien sur la sc\u00e8ne, et, chose trop rare aujourd\u2019hui au th\u00e9\u00e2tre, il les a accept\u00e9es. De cela ressort toute la sinc\u00e9rit\u00e9 du spectacle. C\u2019est une pi\u00e8ce \u2013 d\u00e9signons ce spectacle ainsi pour plus de commodit\u00e9- qui se prend pour ce qu\u2019elle est, c&rsquo;est-\u00e0-dire l\u2019adaptation d\u2019un roman foisonnant sur une sc\u00e8ne de 20 m2, et qui, donc, accepte les limites spatiales de cette sc\u00e8ne sans tenter de les d\u00e9passer par des proc\u00e9d\u00e9s flous ou m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2traux, susceptibles de perdre le spectateur. Des points faibles\u00a0? S\u2019il fallait en trouver un, ce serait pour moi le regrettable retrait des deux com\u00e9diennes par rapport \u00e0 leurs homologues masculins. Et\u00a0 encore\u00a0! Dans l\u2019adaptation d\u2019un roman dont les protagonistes sont majoritairement masculins, le metteur en sc\u00e8ne a, encore tr\u00e8s intelligemment, tent\u00e9 de contrebalancer ce d\u00e9s\u00e9quilibre en distribuant les passages narratifs entre ses deux com\u00e9diennes, qui d\u2019ailleurs s\u2019acquittent tr\u00e8s bien de ces r\u00f4les.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">C\u2019est donc une adaptation tr\u00e8s agr\u00e9able \u00e0 voir et \u00e0 entendre, dans des proportions fort bien reparties, que nous livrent Godefroy S\u00e9gal et ses com\u00e9diens. Le spectateur est venu pour qu\u2019on lui raconte une histoire, et le spectacle tient son pari, et je dirai qu\u2019il le tient fermement, sans mensonges, et il n\u2019est pas difficile d\u2019imaginer que chacun en ressortira la R\u00e9volution dans la t\u00eate, et dans les yeux l\u2019envie, si ce n\u2019est d\u00e9j\u00e0 fait, de (re)lire ce spectaculaire \u2013 et pour cause- roman qu\u2019est <em>Quatrevingt- treize<\/em>. &#8211; <strong>Maxence Amiel<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Lagneau\"><\/a>Dans le d\u00e9dale des ruelles du quartier de Beaubourg, \u00e0 deux pas du Centre Georges Pompidou, la Po\u00e9sie a sa maison, toute v\u00eatue de mauve et de verri\u00e8res. On acc\u00e8de \u00e0 ses salles de spectacle par l\u2019avenant et bien nomm\u00e9 \u00abpassage Moli\u00e8re\u00bb. Mais ne vous y trompez pas, la programmation est d\u00e9nu\u00e9e de toute mi\u00e8vrerie. La direction, messieurs Guerre et Braconnier (\u00e7a ne s\u2019invente pas), nous y propose des spectacles d\u2019une po\u00e9sie autrement plus violente. Certains, comme les <em>Onze Mille Verges<\/em> d\u2019Apollinaire, mont\u00e9 par Godefroy Segal, sont interdits au moins de 18 ans.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Ce vendredi 13 avril, il s\u2019y jouait <em>Quatrevingt-treize<\/em>. Aucun lien avec le d\u00e9partement, il s\u2019agit de l\u2019adaptation au th\u00e9\u00e2tre<em>,<\/em> par le m\u00eame Godefroy Segal, du dernier roman de Victor Hugo, qui d\u00e9peint la guerre des r\u00e9publicains contre les contre-r\u00e9volutionnaires royalistes en Vend\u00e9e en 1793. En entrant, le public, mass\u00e9 dans la salle qui n\u2019est grande que de nom, d\u00e9couvre une sc\u00e8ne obscure, jonch\u00e9e de feuilles mortes, surmont\u00e9e par deux grands \u00e9crans plats jumeaux. Le d\u00e9cor n\u2019est pas minimaliste, il est inexistant, et les costumes sont tout aussi sobres. Et pour cause, le pari de la mise en sc\u00e8ne est de faire reposer sur les cinq com\u00e9diens \u00e0 la fois les personnages, d\u00e9j\u00e0 nombreux, mais aussi les d\u00e9cors de la fresque hugolienne. Leur seul appui \u00e9tant, sur les \u00e9crans, une succession de 75 tableaux des sc\u00e8nes, r\u00e9alis\u00e9s en noir et blanc, \u00e0 la craie, par Jean-Michel Hannecart.<br \/>\nLe r\u00e9sultat est \u00e9tonnant. A l\u2019avant-sc\u00e8ne, sous l\u2019unique ampoule \u00e0 laquelle se r\u00e9sume l\u2019\u00e9clairage, les com\u00e9diens incarnent les personnages et le narrateur, jonglant avec brio avec trois, quatre, cinq r\u00f4les pour certains. Exercice difficile, comme le montre cette sc\u00e8ne, \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce, qui confronte deux personnages jou\u00e9s par le m\u00eame Fran\u00e7ois Delaive, mais dont ils s\u2019acquittent avec talent.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">L\u2019autre spectacle a lieu au fond de la sc\u00e8ne, o\u00f9 ceux dont les personnages ne sont pas en sc\u00e8ne invoquent, dos au public, un univers sonore qui tient lieu de d\u00e9cor. Le cris des oiseaux et le sifflement du vent font pousser autour de nous les for\u00eats bretonnes, d\u2019un tambour jaillit un r\u00e9giment. Il leur suffit de quelques pierres sur une peau tendue pour nous donner le mal de mer et de quelques p\u00e9tards \u00abclaque-doigt\u00bb pour qu\u2019\u00e9clate le fracas d\u2019un bataille de mousquets.<br \/>\nCe relais minutieusement chor\u00e9graphi\u00e9, servi par la langue d\u2019Hugo d\u00e9j\u00e0 \u00e9minemment \u00e9vocatrice r\u00e9ussit la prouesse d\u2019emmener le spectateur dans les p\u00e9rip\u00e9ties de la fresque \u00e9pique, des clubs parisiens aux corvettes anglaises, avec un m\u00e9pris des r\u00e8gles d\u2019unit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre classique qui n\u2019auraient pas d\u00e9plu \u00e0 l\u2019auteur d\u2019<em>Hernani<\/em>. N\u00e9anmoins, la fresque est lourde et foisonne de d\u00e9tails. Certains passages secondaires du roman ont d\u00fb \u00eatre \u00e9cart\u00e9s et, dans certaines sc\u00e8nes, on se r\u00e9jouit d\u2019avoir le support visuel des tableaux sur les \u00e9crans (qui par ailleurs sont assez neutres pour ne pas d\u00e9tourner l\u2019attention des com\u00e9diens, on leur en sait gr\u00e9).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Pour r\u00e9sumer, si vous \u00eates un amoureux fanatique du roman, vous le trouverez appauvri. Mais si vous aimez le th\u00e9\u00e2tre et sa puissance \u00e9vocatrice, je vous promets un beau spectacle, vous avez du 2 au 20 mai. &#8211; <strong>Barth\u00e9l\u00e9my Lagneau<\/strong> \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Lavoisier\"><\/a>Victor Hugo a romanc\u00e9 l\u2019Histoire de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise et de la Terreur de 1793, Godefroy S\u00e9gal en adapte l\u2018histoire -petit h cette fois- au th\u00e9\u00e2tre. Cela donne de longs monologues narratifs adress\u00e9s au public. La complicit\u00e9 narrative des deux com\u00e9diennes qui assurent ce r\u00f4le am\u00e9liore la r\u00e9ception de ces lourdeurs sc\u00e9niques, et de bruyants effets ponctuent la monotonie. Un effet de foule se d\u00e9gage du fond de la sc\u00e8ne o\u00f9 quatre com\u00e9diens s\u2019agitent pour cr\u00e9er la cacophonie et mimer le soul\u00e8vement du peuple, qui contraste avec l\u2019impassible narratrice : comme le dit Lantenac \u00ab\u00a0il faut \u00eatre un ou mille\u00a0\u00bb. L\u2019adaptation du roman au th\u00e9\u00e2tre passe aussi par la diffusion des illustrations\u00a0 r\u00e9ussies de Jean Michel Hannecart, d\u00e9gageant l\u2019ambiance propre au r\u00e9cit sur sc\u00e8ne.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Trois personnages s&rsquo;affrontent dans la guerre civile de Vend\u00e9e : le marquis de Lantenac, dirigeant la r\u00e9volte royaliste contre son neveu Gauvain, jeune et enthousiasm\u00e9 par la r\u00e9volution et le pr\u00e9cepteur de ce dernier, Cimourdain. Un homme sombre dont la fermet\u00e9 des convictions n\u2018a d\u2019\u00e9gale sur la sc\u00e8ne. A l\u2019intrigue que d\u00e9veloppe la complexit\u00e9 de leurs relations dans le contexte historique se m\u00ealent les vies de civiles, qui ont leur importance.<br \/>\nHugo avait invent\u00e9 son propre th\u00e9\u00e2tre, le drame romantique, o\u00f9 de violentes passions s\u2018affrontent m\u00ealant grotesque et sublime. Il y a de \u00e7a dans <em>Quatrevingt-Treize <\/em>et dans l\u2019adaptation qu\u2019en fait Godefroy S\u00e9gal au th\u00e9\u00e2tre \u00e0 travers le touchant personnage d\u2019un mendiant par exemple.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Le manich\u00e9isme est d\u00e9pass\u00e9. Si l\u2019identit\u00e9 d\u2019un homme se fixe \u00e0 sa mort, sauver des flammes trois enfants, au p\u00e9ril de sa vie permet-il de racheter une vie de cruaut\u00e9 ? Victor Hugo se garde bien d\u2019y r\u00e9pondre. On nous montre que poids des actions ne se mesure pas par l\u2019intention en amont mais par les cons\u00e9quences : la morale pure semble \u00eatre un principe trop simple pour s\u2019appliquer \u00e0 un contexte si d\u00e9chir\u00e9. De la m\u00eame fa\u00e7on, S\u00e9gal nous montre l\u2019homme dans sa grandeur et pourtant si faible.<br \/>\nLes illustrations subliment la mise en sc\u00e8ne et le double jeu de certains com\u00e9diens accentuent les probl\u00e8mes donn\u00e9s par l\u2019intrigue. C\u2019 est suffisamment r\u00e9ussi pour qu\u2019on en sorte boulevers\u00e9 de la petite salle de la <em>Maison de la Po\u00e9sie <\/em>qui donne un air de familiarit\u00e9 \u00e0 cette pi\u00e8ce.<\/span> &#8211; <span style=\"font-size: 12px\"><strong>Oph\u00e9lie Lavoisier<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Malgras\"><\/a>Cette pi\u00e8ce, mise en sc\u00e8ne par Godefroy S\u00e9gal, se pr\u00e9sente comme une adaptation du dernier roman de Victor Hugo, <em>Quatrevingt-Treize<\/em>. Comment traduire, sur sc\u00e8ne et \u00e0 travers le jeu de cinq acteurs, l\u2019immensit\u00e9 de cette \u0153uvre\u00a0? Cet enjeu se d\u00e9ploie tout au long de la pi\u00e8ce, et les r\u00e9ponses apport\u00e9es par le metteur en sc\u00e8ne peuvent nous laisser perplexes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Dans un premier temps, la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre, d\u00e9pouill\u00e9e, tapiss\u00e9e de feuilles mortes qui \u00e9voquent d\u00e9j\u00e0 la noirceur du sujet. Deux \u00e9crans g\u00e9ants diffusent des dessins au fusain qui illustrent l\u2019avancement de l\u2019action, souvent des portraits. L\u2019esth\u00e9tique de la pi\u00e8ce est donc d\u00e9finitivement contemporaine\u00a0: pas de d\u00e9cor, pas de costumes, pas d\u2019univers de papier m\u00e2ch\u00e9 en somme, mais les voix et mimes des acteurs pour seule richesse.<br \/>\nAinsi, des affrontements, entre vend\u00e9ens et parisiens, royalistes et r\u00e9publicains, il ne reste que les bruits. Les tambours, les hurlements, les coups de feu s\u2019\u00e9vaporent dans des coups de p\u00e9tards mouill\u00e9s et des supplications enfantines. Des enfants qui jouent \u00e0 la guerre, en criant \u00ab\u00a0Vive la R\u00e9publique\u00a0\u00bb, de dos, dans une tentative avort\u00e9e de surprendre (et peut-\u00eatre de faire rire) le public ind\u00e9cis.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">La pi\u00e8ce se d\u00e9compose en deux mouvements, ceux de la narration (\u00e9nonc\u00e9e par les deux actrices f\u00e9minines, de talent in\u00e9gal) et de l\u2019action (jou\u00e9e par les trois acteurs, eux aussi soumis \u00e0 une distribution maladroite des r\u00f4les). L\u2019un d\u2019eux tient la pi\u00e8ce \u00e0 bout de bras, \u00e0 coup d\u2019effets comiques de ton et d\u2019action. La b\u00eatise se joue malheureusement bien mieux que la grandeur. Par moment, la pi\u00e8ce atteint une tonalit\u00e9 savoureuse, notamment dans la description du Paris de la fin du XVIIIe si\u00e8cle. Mais de toute \u00e9vidence, les instants sombres sont noy\u00e9s dans une atmosph\u00e8re tragi-comique qui d\u00e9voile les ressorts compliqu\u00e9s de l\u2019adaptation d\u2019un roman. Le texte de Victor Hugo nous parvient en toute fid\u00e9lit\u00e9, mais il devient vite la trame superficielle d\u2019une action \u00e0 la limite du ridicule\u00a0: les mimes, les grimaces, les alternances de voix, tout indique une faiblesse, un manque, tant dans la mise en sc\u00e8ne que dans les moyens dont la pi\u00e8ce a pu jouir pour se r\u00e9aliser.<br \/>\nIl y a des jeux d\u2019avant et d\u2019arri\u00e8re-sc\u00e8ne qui rendent l\u2019action confuse, une cacophonie g\u00e9n\u00e9rale qui pr\u00eate \u00e0 sourire dans les sc\u00e8nes de combats, et un go\u00fbt particulier pour les mimes. L\u00e0, on \u00e9tale des objets sur une table, pour ne plus y toucher, ici, on d\u00e9plie une lettre grossi\u00e8rement pour la laisser s\u2019envoler au souffle d\u2019un acteur dissimul\u00e9. Le d\u00e9nouement, et son absence de jeux de sc\u00e8nes, est la meilleure partie de la pi\u00e8ce\u00a0; il est en osmose avec le plateau vide et noir, il s\u2019\u00e9toffe et gagne en grandeur \u00e0 mesure que les acteurs se d\u00e9tachent de leurs r\u00f4les et r\u00e9citent \u00e0 pleine voix la prose de Victor Hugo.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">C\u2019est sans nul doute un d\u00e9fi ambitieux que de s\u2019attaquer \u00e0 cette \u0153uvre si grin\u00e7ante, si pleine d\u2019id\u00e9aux et d\u2019histoire. Pour ceux qui ne connaissent pas l\u2019\u0153uvre (quand bien m\u00eame ils connaissent l\u2019homme), c\u2019est une belle d\u00e9couverte, et l\u2019action tr\u00e9pidante peut faire oublier certaines maladresses. Cependant, quand on a lu Quatrevingt-Treize, et qu\u2019on s\u2019attend \u00e0 voir la beaut\u00e9 d\u2019un combat entre deux pens\u00e9es, deux syst\u00e8mes de valeurs dans la brume vend\u00e9enne, l\u2019av\u00e8nement d\u2019un h\u00e9ros, Gauvain, qui se dresse contre tous les autres, on ne peut qu\u2019\u00eatre d\u00e9\u00e7u.<\/span> &#8211; <span style=\"font-size: 12px\"><strong>Cl\u00e9mentine Malgras<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Maison de la po\u00e9sie | En savoir plus La critique de Maxence Amiel La critique de Barth\u00e9l\u00e9my Lagneau La critique d&rsquo;Oph\u00e9lie Lavoisier La critique de Cl\u00e9mentine Malgras Avant d\u2019entamer la r\u00e9daction de son dernier roman, Victor Hugo s\u2019est interrog\u00e9, dit-on\u00a0: Pourquoi ne pas [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":10585,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[34,4],"tags":[],"class_list":["post-2514","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-maison-de-la-poesie","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2514","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2514"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2514\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2514"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2514"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2514"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}