{"id":2687,"date":"2012-05-13T20:00:29","date_gmt":"2012-05-13T18:00:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=2687"},"modified":"2012-05-13T20:00:29","modified_gmt":"2012-05-13T18:00:29","slug":"andalucia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=2687","title":{"rendered":"Andalucia"},"content":{"rendered":"<p>Concert symphonique | Salle Pleyel | <a href=\"https:\/\/www.classictic.com\/fr\/enrique_mazzola_et_alexandre_tharaud___andaluc%C3%ADa\/17882\/\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<ul>\n<li><a href=\"#Elkaim\">La critique d&rsquo;Alicia Elkaim<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#Le Testu\">La critique de Lola Le Testu <\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"Elkaim\"><\/a>Les instruments s\u2019accordent, les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent, les retardataires prennent place. Enrique Mazzola entre d\u2019un pas \u00e9nergique, sous les applaudissements du public.<br \/>\nCet apr\u00e8s-midi, plac\u00e9 sous le signe espagnol, s\u2019envole d\u00e8s les premi\u00e8res harmonies. Le chef d\u2019orchestre s\u2019emballe, en se tordant, s\u2019\u00e9lan\u00e7ant vers son ensemble. Les archets dansent avec vigueur, sous les consignes de cette baguette, qui semble tout diriger et n\u2019oublier personne.<br \/>\nC\u2019est par <em>Iberia<\/em> de Claude Debussy que les festivit\u00e9s commencent. Je m\u2019habitue progressivement au m\u00e9lange de parfums des vieilles dames qui m\u2019entourent pour \u00e9couter <em>Les parfums de la nuit<\/em>, excellemment dirig\u00e9 par Mazzola. Il impressionne par sa gestuelle, sa d\u00e9licatesse mais aussi son engouement. Nous ne voyons que son cr\u00e2ne d\u2019o\u00f9 nous sommes, mais nous imaginons rapidement \u00e0 quoi son visage peut ressembler, de pr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le jeune pianiste Alexandre Tharaud s\u2019installe pour interpr\u00e9ter Manuel De Falla. Eclair\u00e9 comme il se doit, la partition install\u00e9e, il est pr\u00eat. On attend avec impatience la douceur qui \u00e9mane de l\u2019instrument tant appr\u00e9ci\u00e9. Pourtant, nous avons du mal \u00e0 distinguer les moments o\u00f9 les doigts touchent le clavier. Les violons, percussions et instruments \u00e0 vents semblent avaler le piano, et l\u2019homme avec. Sa main droite parcourt le clavier sur toute sa longueur, sa main gauche, quant \u00e0 elle, effectue \u00e0 plusieurs reprises des sauts dans les airs, plus spectaculaires qu\u2019utiles. Tr\u00e8s acclam\u00e9 par l\u2019assembl\u00e9e, Tharaud revient sur sc\u00e8ne, et prononce \u00e0 haute voix \u00ab\u00a0Scarlatti\u00a0\u00bb, avec un accent italien des plus convaincants, qui fait rire le public. L\u2019orchestre alors se tait, et c\u2019est un morceau de quelques minutes qu\u2019il effectuera, avec une agilit\u00e9 parfaite. Nous sommes imm\u00e9diatement r\u00e9concili\u00e9s avec le son de cet instrument, si plaisant lorsqu\u2019il est seul \u00e0 s\u2019exprimer. &#8211; <strong>Alicia Elkaim <\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"Le Testu\"><\/a>Durant le mois de Mai, la salle Pleyel nous offre le plaisir d&rsquo;\u00e9couter l&rsquo;Orchestre National d&rsquo;Ile-de-France, dirig\u00e9 par Enrique Mazzola, r\u00e9unit autour d&rsquo;une nouvelle th\u00e9matique, <em>Andalucia<\/em>. En effet, si ce concert symphonique m\u00eale des r\u00e9f\u00e9rences musicales fran\u00e7aise et espagnole, il s&rsquo;agit plus particuli\u00e8rement d&rsquo;un tendre hommage \u00e0 cette r\u00e9gion situ\u00e9e tout au Sud de l&rsquo;Espagne : l&rsquo;Andalousie, qui se caract\u00e9rise par sa musique sombre, sensuelle et fascinante. Cette suavit\u00e9 musicale s&rsquo;explique sans nul doute par ses origines, v\u00e9ritable m\u00e9lange de diff\u00e9rentes influences, puisant \u00e0 la fois dans la musique populaire espagnole, la musique gitane et le style Al-Andalucia, h\u00e9ritier de la tradition mauresque.<br \/>\nCette th\u00e9matique choisie avec justesse par Enrique Mazzola r\u00e9sonne en quatre parties distinctes, d\u00e9butant par <em>Iberia<\/em> de Claude Debussy, puis <em>Nuits dans les Jardins d&rsquo;Espagne<\/em> de Manuel De Falla, se poursuivant par <em>Trois \u00e9tudes de Debussy <\/em>orchestr\u00e9 par Michael Jarrell, et se terminant par <em>Sinfonia sevillana <\/em>de Joaquin Turina.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lorsque la lumi\u00e8re d\u00e9cro\u00eet et plonge la salle Pleyel dans l&rsquo;ombre, dans le bruissement des corps contre les fauteuils et les derniers murmures des spectateurs, les premi\u00e8res notes tranchent l&rsquo;atmosph\u00e8re, vives et crues, c&rsquo;est la premi\u00e8re partie d&rsquo;<em><span id=\"cke_bm_353S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_357S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_365S\">\u00a0<\/span>Iberia<span id=\"cke_bm_365E\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_357E\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_353E\">\u00a0<\/span><\/em>, <em>Par les rues et les chemins.<\/em> Le rythme est saccad\u00e9, presque brusque, et paradoxalement les diff\u00e9rents temps s&rsquo;encha\u00eenent avec douceur<em>. <\/em>C&rsquo;est, peut-\u00eatre, l&rsquo;une des plus intenses parties du concert. <span id=\"cke_bm_366S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_358S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_354S\">\u00a0<\/span><em>Iberia<span id=\"cke_bm_366E\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_358E\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_354E\">\u00a0<\/span> <\/em>est une pi\u00e8ce centrale de Debussy, ce grand compositeur fran\u00e7ais qui a boulevers\u00e9 le langage musical du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Il accorda beaucoup de temps et de travail \u00e0 cette pi\u00e8ce, et l&rsquo;orchestration d&rsquo;Enrique Mazzola en est assur\u00e9ment \u00e0 la hauteur.<br \/>\nA la fr\u00e9n\u00e9sie d&rsquo;<em><span id=\"cke_bm_355S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_359S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_367S\">\u00a0<\/span>Iberia<span id=\"cke_bm_367E\">\u00a0<\/span>\u00a0<span id=\"cke_bm_368E\">\u00a0<\/span>\u00a0<span id=\"cke_bm_368S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_359E\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_360E\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_360S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_355E\">\u00a0<\/span> <span id=\"cke_bm_356E\">\u00a0<\/span><\/em>succ\u00e8de <em><span id=\"cke_bm_361S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_369S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_376S\">\u00a0<\/span>Nuits dans les Jardins d&rsquo;Espagne<span id=\"cke_bm_376E\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_369E\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_361E\">\u00a0<\/span><\/em> de Manuel De Falla, et malheureusement, la transition n&rsquo;est pas heureuse. La partie d\u00e9bute par <em>En la Generalife <\/em>o\u00f9 s&rsquo;ins\u00e8re avec gaucherie le piano d&rsquo;Alexandre Tharaud qui, durant tout le morceau, demeurera <em>\u00e0 c\u00f4t\u00e9<\/em>. Sa retenue, m\u00eal\u00e9e \u00e0 une sorte de pr\u00e9ciosit\u00e9, trouble la langueur myst\u00e9rieuse de l&rsquo;orchestre qui exalte un rythme fluide, constitu\u00e9 de boucles caressantes. Cette dissonance est pourtant \u00e0 d\u00e9plorer, car par la suite le jeune pianiste nous fait entendre toute sa virtuosit\u00e9 le temps d&rsquo;un <em>bis<\/em> gracieusement accord\u00e9 au public. Il choisit d&rsquo;interpr\u00e9ter une <em><span id=\"cke_bm_362S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_370S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_375S\">\u00a0<\/span>Sonate en r\u00e9 mineur<span id=\"cke_bm_375E\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_370E\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_362E\">\u00a0<\/span> <\/em>de Domenico Scarlatti, et la gr\u00e2ce du piano seul retentit alors dans l&rsquo;air, bouleversante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s un court entracte, le concert se poursuit avec <em><span id=\"cke_bm_363S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_371S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_374S\">\u00a0<\/span>Trois \u00e9tudes de Debussy<span id=\"cke_bm_374E\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_371E\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_373E\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_372E\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_373S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_372S\">\u00a0<\/span><span id=\"cke_bm_363E\">\u00a0<\/span> <span id=\"cke_bm_364E\">\u00a0<\/span><\/em>orchestr\u00e9es par Michael Jarrell. C&rsquo;est en 1992 que le compositeur suisse a repris ces \u00e9tudes au piano de Claude Debussy, que ce dernier avait compos\u00e9 lors de la Premi\u00e8re Guerre Mondiale. Bien loin de la tendance impressionniste souvent attribu\u00e9e \u00e0 Debussy, ces \u00e9tudes ont une \u00e9criture nette, presque pointue, exacerb\u00e9e par la r\u00e9\u00e9criture de Michael Jarrell. L&rsquo;orchestre dirig\u00e9 par Enrique Mazzola en saisi toutes les nuances, et en rend chacun des d\u00e9tails sans pour autant tomber dans le mani\u00e9risme. Un plaisir.<br \/>\nC&rsquo;est avec la forme plus libre propre \u00e0 <em>Sinfonia sevillana <\/em>de Joaquin Turina que se cl\u00f4t le concert. Compos\u00e9e en 1920, l&rsquo;orchestration de Turina est ici marqu\u00e9e par une influence po\u00e9tique que l&rsquo;on retrouve d&rsquo;ailleurs dans les titres de ces diff\u00e9rentes parties. Quand <em>Panorama <\/em>ouvre les perspectives visuelles avec clart\u00e9, <em>Por el rio Guadalquivir <\/em>est proprement envo\u00fbtant de d\u00e9licatesse et <em>Fiesta en San Juan de Aznalfarache <\/em>surprend par un \u00e9clatement de rythmes et de couleurs dans un final ardent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi Enrique Mazolla nous ravit le temps d&rsquo;un concert enti\u00e8rement tourn\u00e9 vers la vision d&rsquo;une Espagne inspiratrice, en nous enveloppant de sa chaleur gr\u00e2ce \u00e0 la musique. Le choix des compositeurs est pertinent, les espagnols De Falla et Turina succ\u00e9dant \u00e0 chaque fois \u00e0 Debussy. Par ailleurs, si ce dernier s&rsquo;est illustr\u00e9 par sa capacit\u00e9 \u00e0 rendre perceptible la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique par del\u00e0 la musique, il n&rsquo;a de son vivant jamais mis le pied en Espagne, nous rappelant ainsi avec ironie l\u2019une de ses citations c\u00e9l\u00e8bre :\u00a0 <em>\u00a0\u00bb L&rsquo;art est le plus beau des mensonges \u00ab\u00a0<\/em> (Claude Debussy). &#8211; <strong>Lola Le Testu<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Concert symphonique | Salle Pleyel | En savoir plus La critique d&rsquo;Alicia Elkaim La critique de Lola Le Testu Les instruments s\u2019accordent, les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent, les retardataires prennent place. Enrique Mazzola entre d\u2019un pas \u00e9nergique, sous les applaudissements du public. 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