{"id":3242,"date":"2012-10-25T20:00:48","date_gmt":"2012-10-25T18:00:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=3242"},"modified":"2012-10-25T20:00:48","modified_gmt":"2012-10-25T18:00:48","slug":"modeles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=3242","title":{"rendered":"Mod\u00e8les"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | <a href=\"https:\/\/www.theatredurondpoint.fr\/spectacle\/modeles\/\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong><em>Mod\u00e8les<\/em>, \u00e9criture collective, mise en sc\u00e8ne Pauline Bureau au <a href=\"http:\/\/2012-2013.theatredurondpoint.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point<\/a>. <\/strong><\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify\"><a href=\"#Chotteau\">une critique anonyme<\/a><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><a href=\"#Cauvillac\">La critique de Samantha Cauvillac<\/a><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><a href=\"#Gutierrez\">La critique de Marine Coulloud<\/a><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><a href=\"#Dennebouy\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">La critique de Cl\u00e9mence Dennebouy<\/a><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><a href=\"#Gutierrez\">La critique de Yolanda Guti\u00e9rrez<\/a><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><a href=\"#harel\">La critique de Coline Harel<\/a><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><a href=\"#Maillet\">La critique d&rsquo;Anne-Louise Maillet<\/a><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><a href=\"#Serres\">La critique de Valentine Serres<\/a><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><a href=\"#Urrego\">La critique de Maria-Stella Urrego <\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Chotteau\"><\/a>Personnes\u00a0? Personnages\u00a0? La fronti\u00e8re se trouble d\u2019embl\u00e9e quand ces quatre femmes se campent en rang devant nous, devant ce public majoritairement f\u00e9minin venu assister ce soir-l\u00e0 \u00e0 la repr\u00e9sentation de <em>Mod\u00e8les<\/em>, dans la petite salle Jean Tardieu, pourvue de seulement 170 si\u00e8ges. Une connexion, une collusion entre elle et nous se produit dans l\u2019intimit\u00e9 de la salle, propice aux confidences. Elles parlent de leur pass\u00e9, de leur pr\u00e9sent, et, \u00e0 travers elles, s\u2019incarnent mille destins de femmes. C\u2019est \u00e0 travers ces prises de parole successives, face au spectateur, que Pauline Bureau, metteur en sc\u00e8ne de cette pi\u00e8ce, parvient \u00e0 \u00e9viter l\u2019\u00e9cueil des st\u00e9r\u00e9otypes auxquels elle cherche justement \u00e0 s\u2019attaquer. Mais ils permettent aussi de montrer ces \u00ab\u00a0mod\u00e8les\u00a0\u00bb, ces id\u00e9aux auxquels les femmes semblent vouloir s\u2019accrocher.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Ces prises de parole, que l\u2019on pourrait qualifier de \u00ab\u00a0monologue \u00e0 plusieurs voix \u00bb &#8211; tant elles sont toutes mur\u00e9es dans leur solitude, et ce malgr\u00e9 le jeu des regards entre elles &#8211; , sont entrecoup\u00e9es par des chansons que les com\u00e9diennes, tour \u00e0 tour, interpr\u00e8tent, dans des registres diff\u00e9rents, faisant songer aux <em>8 femmes <\/em>de Fran\u00e7ois Ozon. Ils sont \u00e9galement interrompus par la repr\u00e9sentation d\u2019entretiens avec de grands noms qui ont servi \u00e0 leur mani\u00e8re la cause du f\u00e9minisme\u00a0: Pierre Bourdieu (interpr\u00e9t\u00e9 par une femme, comme un pied de nez \u00e0 ce th\u00e9\u00e2tre qui, jusqu\u2019au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00e9tait ferm\u00e9 aux femmes, ces derni\u00e8res \u00e9tant jou\u00e9es par des hommes), Simone de Beauvoir, Virginie Despentes. Leurs mots \u00e9clairent les confidences des com\u00e9diennes qui se livrent sur des sujets tels que les premi\u00e8res r\u00e8gles, le viol, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 hommes-femmes v\u00e9cue au quotidien \u00e0 travers des anecdotes tour \u00e0 tour dr\u00f4les et tragiques.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Les discours sont parfois quelque peu convenus, \u00e9cul\u00e9s, m\u00eame s\u2019ils ne sont jamais assez r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Pauline Bureau en a certainement parfaitement conscience, et ce sont en fait ses choix de mise en sc\u00e8ne qui conf\u00e8rent de la profondeur \u00e0 ce qui est dit\u00a0: elle, est pr\u00e9sente sans \u00eatre vraiment l\u00e0, son visage est projet\u00e9 sur grand \u00e9cran, elle intervient parfois, \u00e0 voix basse, elle est comme \u00e0 demi-morte d\u2019\u00eatre n\u00e9e femme. De m\u00eame, les rappels des dates qui jalonnent l\u2019histoire du f\u00e9minisme, et, dans une certaine mesure aussi, les sc\u00e8nes d\u2019entretien avec les personnages, sont un peu trop scolaires et nous font sortir parfois de la magie de la sc\u00e8ne. Peut-\u00eatre permettent-ils d\u2019ancrer cette pi\u00e8ce dans une r\u00e9alit\u00e9 dont elle ne veut pas se d\u00e9faire.<br \/>\nUne pi\u00e8ce int\u00e9ressante, dr\u00f4le, parfois \u00e9mouvante, qui en tout cas sonne juste. Laure Calamy est particuli\u00e8rement lumineuse et nous \u00e9tonne par son \u00e9nergie et son coffre\u00a0! <\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Cauvillac\"><\/a>La pi\u00e8ce <em>Mod\u00e8les<\/em> a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-point, dans la salle Jean Tardieu, le jeudi 25 octobre \u00e0 21h. La mise en sc\u00e8ne est sign\u00e9e par Pauline Bureau, artiste associ\u00e9e \u00e0 la compagnie La Part des Anges. Ont particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture Sabrina Baldassarra, Beno\u00eete Bureau,\u00a0Laure Calamy,\u00a0Sonia Floire,\u00a0Ga\u00eblle Hausermann,\u00a0Sophie Neveux, Marie Nicolle,\u00a0Emmanuelle Roy et\u00a0Alice Touvet. Vincent Hulot s\u2019est occup\u00e9 de la musique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">La pi\u00e8ce reprend des fragments de textes de Pierre Bourdieu, Marie Darrieussecq, Virginie Despentes, Marguerite Duras, Catherine Millet, Virginia Woolf, pour amener \u00e0 une r\u00e9flexion sur la femme, sa place dans la soci\u00e9t\u00e9 et sa place face aux hommes. Dans cette pi\u00e8ce, cinq personnages f\u00e9minins (quatre sur sc\u00e8ne, un autre appara\u00eet sur un \u00e9cran) nous d\u00e9voilent au fur et \u00e0 mesure leur vie, \u00e0 travers des anecdotes, des souvenirs, des exp\u00e9riences. Elles expriment leurs sentiments, leurs d\u00e9sespoirs, leurs attentes. Elles retracent leur vie, nous confient des secrets. Ces femmes, au caract\u00e8re singulier, alternent anecdotes personnelles, danse, musique, chants, interview et t\u00e9moignages personnels. Cette pi\u00e8ce est \u00e0 la fois une pi\u00e8ce intime, un manifeste, une performance, un concert, une recherche document\u00e9e et historique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">La pi\u00e8ce <em>Mod\u00e8les<\/em> est int\u00e9ressante en raison des r\u00e9f\u00e9rences aux textes de Pierre Bourdieu, de Marguerite Duras, de Virginie Despentes. Un personnage incarne cet auteur et r\u00e9pond aux questions d\u2019un journaliste incarn\u00e9 par un autre personnage. Ces r\u00e9f\u00e9rences permettent de mener une r\u00e9flexion sur la place de la femme dans la soci\u00e9t\u00e9, l\u2019\u00e9volution ou non des mentalit\u00e9s. Le spectateur se trouve \u00e9mu de ces r\u00e9cits de vie, des exp\u00e9riences marquantes comme l\u2019avortement. Il est touch\u00e9 par ces diff\u00e9rentes vies de femmes. Elles ont chacune une personnalit\u00e9, ont chacune v\u00e9cu des choses. Cette pi\u00e8ce m\u00eale des projections filmiques, de la musique (piano, guitare, batterie, tambours), de la danse, des t\u00e9moignages singuliers. Le spectateur peut se reconna\u00eetre, s\u2019identifier \u00e0 ces personnages f\u00e9minins. On n\u2019a pas le temps de s\u2019ennuyer, on a envie que cela continue, on a envie de\u00a0 revoir cette pi\u00e8ce. On rit, on pleure, on s\u2019\u00e9tonne. C\u2019est une pi\u00e8ce \u00e0 voir et \u00e0 revoir.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Il aurait peut-\u00eatre fallu que la pi\u00e8ce \u00e9voque Simone Weil et Simone Veil, qui sont des mod\u00e8les de femmes ayant permis de donner une autre image de la femme, une image de femmes fortes et battantes. Cette pi\u00e8ce souligne le fait que la soci\u00e9t\u00e9 a tendance \u00e0 consid\u00e9rer la femme comme inf\u00e9rieure, plus faible que l\u2019homme. La soci\u00e9t\u00e9 a tendance \u00e0 conditionner la femme, a leur assigner une place dans la soci\u00e9t\u00e9, mais c\u2019est aussi la mani\u00e8re dont on pense qui nous conditionne. Les femmes n\u2019ont pas \u00e0 se penser faibles face aux hommes, mais \u00e9gales \u00e0 eux. Cela \u00e9tant, il existe de nombreux cas d\u2019in\u00e9galit\u00e9s, de harc\u00e8lement,\u2026<br \/>\nDans la pi\u00e8ce, ces femmes ont chacune leur histoire et nous font partager un bout de leur vie. Elles instaurent un lien intime avec le public. Elles esquissent diff\u00e9rents mod\u00e8les de la femme, \u00e0 notre tour d\u2019\u00eatre un mod\u00e8le de femme. &#8211; <strong>Samantha Cauvillac<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Coulloud\"><\/a><em>Mod\u00e8les<\/em> est une pi\u00e8ce mise en sc\u00e8ne par Pauline Bureau. La compagnie \u00ab\u00a0La part des Anges\u00a0\u00bb nous propose ici une pi\u00e8ce contemporaine sur le statut de la femme dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. De l&rsquo;aveu de la metteuse en sc\u00e8ne, il s&rsquo;agit \u00e0 la fois d&rsquo;une \u00ab pi\u00e8ce intime, d&rsquo;un manifeste, d&rsquo;une performance et d&rsquo;un concert \u00bb. L&rsquo;\u00e9clectisme ou, plus exactement, le travail des contrastes, est effectivement au c\u0153ur de la repr\u00e9sentation, o\u00f9 tous les moyens sont utilis\u00e9s pour exposer et d\u00e9noncer le clivage homme\/femme. La gestion de l&rsquo;espace sc\u00e9nique t\u00e9moigne aussi de cette volont\u00e9 de laisser une place \u00e0 chacun : le th\u00e9\u00e2tre et la danse pour le centre, les extr\u00e9mit\u00e9s pour le chant et la musique, mais aussi le mur du fond pour les vid\u00e9os et l&rsquo;\u00e9tage sup\u00e9rieur pour les interviews avec des \u00e9crivains (Despentes, Duras) et chercheurs (Bourdieu). Le temps aussi est r\u00e9parti entre t\u00e9moignages et interm\u00e8des musicaux, souvent jou\u00e9s par les actrices elles-m\u00eames. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Dans ce jeu de contrastes, Pauline Bureau tire un grand profit des correspondances entre ses personnages, quatre femmes pour quatre r\u00e9cits qui vont de l&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, du commencement de la domination masculine \u00e0 la r\u00e9volte. Chaque histoire est diff\u00e9rente, pr\u00e9sente un arch\u00e9type bien pr\u00e9cis (le gar\u00e7on manqu\u00e9, la femme soumise) mais trouve un \u00e9cho chez les autres, \u00e9cho qui va d&rsquo;un d\u00e9tail de la misogynie ambiante jusqu&rsquo;au crime sexuel. A ce titre, l&rsquo;intervention des trois personnages tut\u00e9laires permet de d\u00e9multiplier une nouvelle fois les sources de parole, et l&rsquo;on peut saluer l&rsquo;id\u00e9e brillante d&rsquo;avoir fait repr\u00e9senter Bourdieu par une femme. C&rsquo;est l\u00e0 aussi une deuxi\u00e8me qualit\u00e9 de la pi\u00e8ce, qui ne se contente pas de mettre au jour les clivages, mais les interroge et parfois les met en question, notamment au travers de la transformation de la fille en homme au d\u00e9but de la pi\u00e8ce. On se consacre alors davantage \u00e0 la notion de genre, passant de l&rsquo;homme \u00e0 la virilit\u00e9, de la femme \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">A ce propos, on peut regretter que cette interrogation, subtile, n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 relay\u00e9e tout au long de la pi\u00e8ce, laissant parfois la place \u00e0 quelques clich\u00e9s (les poup\u00e9es de petites filles, la m\u00e9nag\u00e8re d\u00e9bord\u00e9e, sc\u00e8ne heureusement sauv\u00e9e par l&rsquo;humour contagieux de Laure Calamy). Par ailleurs, le m\u00e9rite de La Part des Anges quant \u00e0 l&rsquo;expression de sujets rarement \u00e9voqu\u00e9s comme les r\u00e8gles, la masturbation ou les agressions sexuelles tombe parfois dans le glauque, et m\u00eame l&rsquo;insupportable avec un long r\u00e9cit d&rsquo;avortement rat\u00e9. On regrettera enfin que l&rsquo;homme, souvent \u00e9voqu\u00e9, ne soit jamais pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne, contribuant malheureusement \u00e0 faire de ce spectacle un t\u00e9moignage de femme, pour les femmes. &#8211; <strong>Marine Coulloud<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Dennebouy\"><\/a>\u00ab\u00a0On ne nait pas femme, on le devient, mais de quelle mani\u00e8re\u00a0?\u00a0\u00bb Pauline Bureau, en mettant en sc\u00e8ne <em>Mod\u00e8le<\/em>, interroge la c\u00e9l\u00e8bre affirmation de Simone de Beauvoir, visage symbolique du f\u00e9minisme. Quatre figures de femmes se succ\u00e8dent devant les yeux des spectateurs, elles reviennent tour \u00e0 tour en entrem\u00ealant leurs monologues sur leur identit\u00e9, leur \u00e9volution et l\u2019importance des influences ext\u00e9rieures sur ce qu\u2019elles sont aujourd\u2019hui.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">La salle Jean Tardieu, presque exclusivement f\u00e9minine ce soir-l\u00e0, n\u2019a pu que s\u2019identifier, non pas tant \u00e0 ces personnages, tr\u00e8s individualis\u00e9s, mais tr\u00e8s certainement \u00e0 plusieurs des nombreuses anecdotes \u00e9grain\u00e9es tout au long de la pi\u00e8ce. Des anecdotes v\u00e9ridiques, rapport\u00e9es par les divers intervenants au moment de l\u2019\u00e9criture. Une compilation de faits, du gar\u00e7on manqu\u00e9 qui se force \u00e0 devenir petite princesse pour faire plaisir aux adultes \u00e0 la femme qui pense que les douleurs qu\u2019elle ressent lors de ses rapports sexuels sont dues \u00e0 son stress et non \u00e0 la brutalit\u00e9 de son partenaire, qui nous font prendre conscience de l\u2019incroyable force de coh\u00e9ritions d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 chaque sexe doit rentrer dans un moule d\u00e9fini. Et quand on croit que la femme se lib\u00e8re, qu\u2019enfin elle s\u2019\u00e9mancipe et acc\u00e8de \u00e0 la reconnaissance sociale, la com\u00e9dienne Laure Calamy nous montre dans des sc\u00e8nes d\u00e9sopilantes par leur v\u00e9rit\u00e9, que ce nouveau crit\u00e8re de valorisation par \u00ab\u00a0l\u2019ind\u00e9pendance\u00a0\u00bb ne se substitue pas mais s\u2019ajoute aux crit\u00e8res faisant de la femme une bonne maitresse de maison.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">En ajoutant \u00e0 ces morceaux de vies, ces anecdotes intimes les mots de Duras, Despentes ou Bourdieu, Pauline Bureau guide la r\u00e9flexion\u00a0; on ne se contente pas d\u2019\u00e9mouvoir et choquer, on analyse la situation\u00a0: quelle-est-elle\u00a0? Pourquoi\u00a0? A-t-elle \u00e9volu\u00e9 depuis ces interviews\u00a0? Comment va-t-elle ou peut-elle \u00e9voluer\u00a0? Les questions restent en suspens, la pi\u00e8ce t\u00e9moigne, mais ne donne pas de solution, la solution est \u00e0 trouver dans la prise de conscience. La pi\u00e8ce semble vouloir dresser un \u00e9tat des lieux, libre \u00e0 chacun des 170 occupants des si\u00e8ges de la salle, femmes comme hommes, de s\u2019attaquer aux st\u00e9r\u00e9otypes, aux r\u00e9actions sexistes, aux pr\u00e9jug\u00e9s qui sont en nous tous depuis des d\u00e9cennies.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">La mise en sc\u00e8ne stylis\u00e9e et po\u00e9tique, entrecoup\u00e9e de passages musicaux ou d\u2019interventions de Pauline Bureau par projection sur un \u00e9cran, n\u2019est jamais lourde malgr\u00e9 l\u2019intensit\u00e9 de certains t\u00e9moignages. Le ton simple, \u00e9pur\u00e9, sans sur-jeu permet de mettre en valeur l\u2019anecdote sans tomber dans le racoleur, on pense notamment \u00e0 la narration d\u2019un avortement par l\u2019une des com\u00e9diennes qui pourrait virer au pathos mais reste touchant, sans en faire trop.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Ainsi, on peut dire que <em>Mod\u00e8le<\/em> est une r\u00e9ussite, m\u00eame si \u00e9videmment, certains arguments sont quelque peu d\u00e9j\u00e0-vus pour les personnes s\u2019int\u00e9ressant d\u00e9j\u00e0 au probl\u00e8me, le propos n\u2019est pas de faire du sensationnel. La pi\u00e8ce de Pauline Bureau a probablement pour but de faire r\u00e9agir ceux et celles qui n\u2019auraient peut-\u00eatre pas encore conscience de l\u2019ampleur du probl\u00e8me et est \u00e0 voir en particulier par les plus jeunes, ceux qui vont prendre le relai dans le combat antisexiste. Car si les \u00ab\u00a0mod\u00e8les\u00a0\u00bb utilis\u00e9s dans cette pi\u00e8ce sont f\u00e9minins, on voit apparaitre en n\u00e9gatif des mod\u00e8les masculins, eux aussi dans des st\u00e9r\u00e9otypes qui les enferment, ce qui prouve que le changement ne doit pas se faire uniquement par le combat des femmes, mais aussi par la prise de conscience des hommes, d\u00e9cid\u00e9ment trop peux pr\u00e9sents parmi les spectateurs\u2026 &#8211; <strong>Cl\u00e9mence Dennebouy <\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Gutierrez\"><\/a>Le moment d\u2019attente avant de commencer le spectacle devient toujours un moment d\u2019impatience. Dans ce cas l\u00e0, l\u2019expectative, la surprise et la curiosit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sentes pendant toute la dur\u00e9e de la repr\u00e9sentation. Le rythme, la tension, la progression de l\u2019action ne sont pas tomb\u00e9s dans une heure et quarante cinq minutes de jeu.<br \/>\n\u00c0 partir des textes tant provocants que sinc\u00e8res, les actrices jouent leurs divers r\u00f4les avec lesquels les femmes peuvent se voir r\u00e9fl\u00e9chies d\u2019une certaine mani\u00e8re. Cependant leur attitude et leur esprit est de plainte plus que de lutte. Elles sont d\u00e9\u00e7ues avec le r\u00f4le d\u00e9velopp\u00e9 par la femme dans l\u2019histoire. Les faux espoirs sur les droits de la femme et l\u2019\u00e9galit\u00e9 avec les hommes que la soci\u00e9t\u00e9, la politique et les propres femmes ont invent\u00e9 et imagin\u00e9 toute au long de l\u2019histoire, sont maintenant remis en question. Cette mise en question est expos\u00e9e quelques fois depuis la col\u00e8re, quelque fois depuis l\u2019ignorance ou la tendresse. Chacune des actrices joue son r\u00f4le avec polyvalence. Cette polyvalence devient plus r\u00e9elle avec les moments des interviews aux diff\u00e9rents intellectuels, on pourrait presque dire que ces sc\u00e8nes se rapprochent du genre documentaire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">Il ne faut pas oublier la richesse de la sc\u00e9nographie avec tous les changements qu\u2019on voit au fur et \u00e0 mesure que la pi\u00e8ce se d\u00e9veloppe, ainsi que l\u2019utilisation du multim\u00e9dia, tr\u00e8s bien int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la mise en sc\u00e8ne. L\u2019autre grand r\u00f4le principal est tenu par la musique interpr\u00e9t\u00e9e par Vincent Hulot en direct. Tout le reste de l\u2019\u00e9quipe nous donne une le\u00e7on de savoir-faire. &#8211; <strong>Yolanda Guti\u00e9rrez<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<div>\n<p><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><a name=\"harel\"><\/a>Cette pi\u00e8ce est une p\u00e9n\u00e9tration f\u00e9ministe dans une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle la femme croit se tailler une place \u00e9gale \u00e0 celle que l&rsquo;homme veut bien lui concevoir sans pour autant virer dans la pathos. L&rsquo;homme n&rsquo;y est pas attaqu\u00e9, c&rsquo;est la soci\u00e9t\u00e9 le cordon qui retient mentalement la femme, les formules et volont\u00e9s d&rsquo;\u00e9galit\u00e9s sont aussi inutiles que si l&rsquo;on freinait et acc\u00e9l\u00e9rait en m\u00eame temps. Selon les auteurs de la pi\u00e8ce, elle ne fournit pas une place plus d\u00e9sirable \u00e0 la femme, elle lui \u00ab\u00a0offre\u00a0\u00bb juste gracieusement la possibilit\u00e9 de l&rsquo;illusion de poss\u00e9der une place dite masculine tout en la renfermant dans ce carcan social et soci\u00e9taire de la femme, dans l&rsquo;intimit\u00e9 de sa maison, de l&rsquo;espace priv\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">Le projet est original quant a ses mani\u00e8res d&rsquo;explorer la sc\u00e8ne, d&rsquo;investir le terrain du th\u00e9\u00e2tre contemporain avec une id\u00e9e, une volont\u00e9 de transparence de la place de la femme dans la soci\u00e9t\u00e9. Les quatre com\u00e9diennes pr\u00e9sentent la femme sous tous les angles, toutes les coutures, tous les trous, tous les liquides, la sueur, le sang et l&rsquo;eau. La femme qui pue, qui p\u00eate, qui aime, qui baise, qui joue, qui en a marre, qui pleure, qui se bat, qui n&rsquo;ose pas frapper un homme, qui s&rsquo;en veut de s&rsquo;\u00eatre fait battre, pas par culpabilit\u00e9 mais par faiblesse de n&rsquo;avoir pas pu crier : \u00ab\u00a0MOI FEMME je t&#8217;emmerde, va t&rsquo;en, d\u00e9gage, tu ne me fais pas peur.\u00a0\u00bb Peut \u00eatre est il dommage de n&rsquo;avoir pas eu une voix plus masculine, un point de vue de m\u00e2le. &#8211; <span style=\"font-size: 12px\"><strong>Coline Harel <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<div style=\"margin: 0px;font-family: Helvetica;font-style: normal;font-variant: normal;font-weight: normal;font-size: 12px;line-height: normal\">\n<hr \/>\n<\/div>\n<\/div>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Maillet\"><\/a>Vue par une femme.<br \/>\nUne pi\u00e8ce intense qui nous propose de d\u00e9couvrir et d&rsquo;interroger les nombreux sens qui peuvent \u00eatre donn\u00e9s au mot f\u00e9minisme au travers des t\u00e9moignages simples et sinc\u00e8res de cinq femmes. Fillettes, ados, m\u00e8res ou \u00e9pouses, amoureuses, ind\u00e9pendantes, ou isol\u00e9es, \u00e9gar\u00e9es, convaincues ou indiff\u00e9rentes, engag\u00e9es, r\u00e9sign\u00e9es ou en col\u00e8re, elles ont chacune leur histoire \u00e0 raconter. Le jeu des quatre actrices est puissant et permet de donner \u00e0 un texte tant\u00f4t difficile, tant\u00f4t lourd et tant\u00f4t l\u00e9ger une profondeur qui le rend \u00e0 la fois dr\u00f4le et tr\u00e8s \u00e9mouvant. Une mise en sc\u00e8ne vive, originale, quelquefois os\u00e9e et efficace donne du rythme et du corps \u00e0 ce qui aurait pu \u00eatre une simple succession de textes un peu reberbative.<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">On s&rsquo;attache \u00e0 ces f\u00e9minit\u00e9s complexes qui se d\u00e9voilent devant nous. On se laisse porter, on s&rsquo;\u00e9tonne, on s&rsquo;\u00e9meut. Peut-\u00eatre est-ce parce qu&rsquo;une petite part de nous se reconna\u00eet dans ces t\u00e9moignages, pourtant durs, qui montrent que, malgr\u00e9 tous les progr\u00e8s qui ont pu \u00eatre faits, il peut encore \u00eatre difficile d&rsquo;\u00eatre une femme aujourd&rsquo;hui. Et les gar\u00e7ons alors? &#8211; <strong>Anne-Louise Maillet<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Serres\"><\/a>La pi\u00e8ce s\u2019ouvre sur une sc\u00e8ne vide plong\u00e9e dans le noir\u00a0; seul brille un objet phosphorescent\u00a0: un balai.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><em>\u00ab\u00a0Des histoires de bonnes femmes\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Plus qu\u2019une pi\u00e8ce, c\u2019est un t\u00e9moignage percutant, un pamphlet contre une soci\u00e9t\u00e9 genr\u00e9e, une soci\u00e9t\u00e9 qui encore en 2012, entretient le sexisme, terme non pas entendu comme un m\u00e9pris \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes, mais bien comme le fait de diviser syst\u00e9matiquement les r\u00f4les, les caract\u00e9ristiques et les comportements de chacun des deux sexes.<br \/>\nElles sont cinq com\u00e9diennes, cinq femmes avec chacune ses propres exp\u00e9riences, parfois communes, parfois si diff\u00e9rentes. Elles font partie de la compagnie La Part des Anges, \u00ab\u00a0cette portion \u00e9ph\u00e9m\u00e8re d\u2019alcool vieillissant qui s\u2019\u00e9vapore\u00a0\u00bb. C\u2019est avec la contribution de la quinzaine de talents qui la composent que Pauline Bureau, accompagn\u00e9e de la dramaturge Beno\u00eete Bureau, a mis sur pied cette pi\u00e8ce, \u00e0 la fois d\u00e9sopilante et dramatique, qui pousse \u00e0 la r\u00e9flexion. Ces cinq femmes ont \u00e9t\u00e9 petites filles dans les ann\u00e9es 80 et abordent aujourd\u2019hui la question de la place de la femme dans notre soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 travers un large \u00e9ventail de th\u00e9matiques au c\u0153ur de nos d\u00e9bats contemporains\u00a0: identit\u00e9 sexuelle, amour, travail, famille, sexe.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">M\u00ealant vid\u00e9o, musique, danse, chant, elles parlent d\u2019elles simplement, \u00e9voquant leur environnement de vie d\u2019un \u0153il critique. Face aux spectateurs, elles d\u00e9livrent un constat path\u00e9tique de la soci\u00e9t\u00e9, si ridicule, m\u00eame, qu\u2019il fait souvent \u00e9clater la salle d\u2019un rire franc, mais jaune. Puis le silence retombe, de plomb. Elles tentent de contenir la rage froide qui les anime, de la cacher derri\u00e8re un charmant sourire de fa\u00e7ade, mais la tension est palpable. Sans pudeur, tous les sujets sont abord\u00e9s, m\u00eame les plus d\u00e9licats\u00a0: architecture du sexe f\u00e9minin, r\u00e8gles, avortement\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><em>\u00ab\u00a0Je n\u2019ai jamais vu mon p\u00e8re d\u00e9barrasser la table\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Si je ne peux vous cacher que l\u2019homme n\u2019est ici pas \u00e9pargn\u00e9, il faut n\u00e9anmoins souligner qu\u2019elles ont choisi de traiter ce sujet br\u00fblant avec douceur, et non pas avec la hargne que l\u2019on a coutume d\u2019attribuer aux f\u00e9ministes. Sans \u00e9mettre aucun jugement, elles ne font que relater des faits, et c\u2019est ce qui donne de la force \u00e0 leur discours. Citant le sociologue Pierre Bourdieu (<em>La Domination Masculine<\/em>) et les \u00e9crivaines Virginie Despentes (<em>Baise-moi<\/em>) et Marguerite Duras, elles \u00e9voquent m\u00eame avec d\u00e9solation un vice bien plus profond\u00a0: cette tendance malsaine, perverse, qu\u2019ont les femmes de se diminuer spontan\u00e9ment, d\u2019\u00eatre <em>complices<\/em> des clivages entretenus par la soci\u00e9t\u00e9. H\u00e9riti\u00e8res du lourd poids des traditions, elles fustigent l\u2019industrie du jouet, les manuels scolaires, l\u2019ic\u00f4ne glamour Marylin Monroe, tous collaborateurs de cette soci\u00e9t\u00e9 genr\u00e9e.<br \/>\nEt tandis qu\u2019elles d\u00e9ambulent v\u00eatues de robes d\u00e9licieusement d\u00e9su\u00e8tes, que leurs pieds nus semblent illustrer cette innocence fragile que l\u2019on veut attribuer au sexe faible, un homme \u2013 le seul sur sc\u00e8ne \u2013 se tient \u00e0 l\u2019\u00e9cart, dans un coin ombrag\u00e9. C\u2019est Vincent, le musicien, qui vient fr\u00e9quemment rythmer leurs performances artistiques et esth\u00e9tiques.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Les seuls accessoires interviendront au beau milieu de la pi\u00e8ce\u00a0: les ossements d\u2019une cuisine \u2013 \u00e9vier, placards, plan de travail \u2013 qui ne seront qu\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8res, laissant juste suffisamment de temps \u00e0 Laure Calamy pour se glisser dans la peau de la fameuse m\u00e9nag\u00e8re de moins de cinquante ans et nous livrer un sketch tordant, dont peu de spectateurs se remettront. La pi\u00e8ce se cl\u00f4t sur une phrase-clef, que je ne d\u00e9voilerai pas ici, mais qui d\u00e9finit avec exactitude ce qu\u2019assument \u00eatre ces femmes. Et apr\u00e8s une derni\u00e8re sc\u00e8ne\u00a0qui laisse pr\u00e9sager que l\u2019heure de la vengeance est proche, la salle se confond en applaudissement et bient\u00f4t on entend des femmes enhardies s\u2019exclamer \u00ab\u00a0Bravo\u00a0!\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Ouais\u00a0!\u00a0\u00bb. &#8211; <strong>Valentine Serres<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Urrego\"><\/a>Quel est le vrai r\u00f4le des femmes en tant que filles, m\u00e8res, \u00e9pouses, professionnelles ? Qui a donn\u00e9 le r\u00f4le ?&#8230;\u00a0 la soci\u00e9t\u00e9 ? \u2026 la famille ?\u00a0 \u2026elles m\u00eames ? Qui a pos\u00e9 le \u00ab mod\u00e8le \u00bb \u00e0 suivre ?<br \/>\nDe la soumission, de la tendresse, de la d\u00e9licatesse, de l\u2019innocence, tout devient une r\u00e9bellion, une incompr\u00e9hension, une grande frustration quand les sentiments des femmes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9prim\u00e9s pendant des jours, des ann\u00e9es, des si\u00e8cles. Cela c\u2019est le th\u00e8me de la compagnie \u00ab\u00a0La Part des\u00a0 Anges\u00a0\u00bb avec la mise en sc\u00e8ne de <em>Mod\u00e8les<\/em>, \u0153uvre de cr\u00e9ation collective pr\u00e9sent\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point.<br \/>\nBien que la r\u00e9flexion se pose sur la f\u00e9minit\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui, c&rsquo;est-\u00e0-dire, sur la femme contemporaine, et plus exactement sur la femme contemporaine d\u2019Occident, on ne peut pas oublier que la th\u00e9matique peut \u00eatre abord\u00e9e d\u00e8s le principe m\u00eame de la cr\u00e9ation.Dans <em>Mod\u00e8les,<\/em> en apparence on peut dire qu\u2019il n\u2019y a pas un argument lin\u00e9aire, mais toute une s\u00e9quence de sc\u00e8nes un peu d\u00e9tach\u00e9es les unes des autres, qui au final se retrouvent bien coordonn\u00e9es et abordent la probl\u00e9matique f\u00e9minine dans un ensemble bien organis\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Du d\u00e9but jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, tout est plein de symbolisme et des styles dans la mise en sc\u00e8ne : la musique marque chaque r\u00f4le et chaque sentiment, d&rsquo;une douceur si br\u00e8ve de sons \u00e0 la force finale des tambours, in crescendo : on peut les interpr\u00e9ter comme la furie f\u00e9minine qui un jour, peut-\u00eatre, explosera, dans la maison, dans les rues, dans les bureaux, dans les villes et dans les pays, et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;elles-m\u00eames, dans leurs esprits. Le symbole du corps tout nu face \u00e0 l\u2019autre, le corps qui est plein de v\u00eatements, comme si chaque tissu est un masque sur la peau de la femme. Des masques pour chaque jour, pour chaque situation, pour chaque \u00e2ge. Les gestes et la voix d\u2019une femme dans une vid\u00e9o sur grand \u00e9cran, comme l\u2019ombre de la conscience individuelle.\u00a0 En revanche, certaines situations de la vie quotidienne sont repr\u00e9sent\u00e9es de mani\u00e8re tr\u00e8s directe, mais amusante, comme celle d\u2019\u00eatre m\u00e8re, salari\u00e9e et \u00e9pouse au m\u00eame temps.<br \/>\nMais, comment r\u00e9fl\u00e9chir artistiquement sur le r\u00f4le ou les mod\u00e8les de la femme sans parler des grandes femmes et artistes qui ont particip\u00e9 \u00e0 cette r\u00e9flexion, \u00e0 un moment donn\u00e9 de leurs propres vies, des femmes telles que Marguerite Duras, Virginie Woolf, Virgine Despentes, Catherine Millet et tant d\u2019autres ?\u00a0 Tout comme les opinions de Bourdieu. Elles sont alors toutes pr\u00e9sentes dans l\u2019\u0153uvre, au\u00a0 travers de la dramatisation des entretiens, dans un plan surmont\u00e9 dans le scenario d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s cr\u00e9ative, comme la reprise du temps et la parole.<br \/>\nDe la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019est \u00e9voqu\u00e9e la double identit\u00e9 sexuelle inh\u00e9rente \u00e0 chacun, <em>Mod\u00e8les<\/em> aborde le th\u00e8me de la vie intime de la femme, de la f\u00e9minit\u00e9 et du lesbianisme sans aucune honte. La menstruation ou la masturbation sont pr\u00e9sent\u00e9es sans cachotteries, de mani\u00e8re directe et aussi provocatrice pour le public, ce public qui ne s&rsquo;attendait pas \u00e0 voir des bragues avec des taches de sang ou une femme en train de se masturber et \u00eatre coupable ou heureuse au m\u00eame temps.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">La mise en \u0153uvre de la globalit\u00e9 de la performance et de la formation des interpr\u00e8tes est \u00e9vidente : elles sont actrices, chanteuses, jouent des instruments, et cette globalit\u00e9 rejoint une autre, celle de la fusion des arts et de la technologie puisque l&rsquo;on trouve sur sc\u00e8ne, un guitariste, Vincent Hulot, une chanteuse et de la vid\u00e9o.<br \/>\nQuant au genre th\u00e9\u00e2tral, il est difficile de d\u00e9finir si l&rsquo;on assiste \u00e0 une com\u00e9die, ou bien \u00e0 une tragi-com\u00e9die. Il s&rsquo;agit du drame de la vie de beaucoup de femmes, prisonni\u00e8res de sch\u00e9mas sociaux depuis des si\u00e8cles, et qui les renforcent m\u00eame car incapables de les casser. Depuis tous temps, les femmes reproduisent ces sch\u00e9mas, en tous lieux et de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Cette pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre doit \u00eatre vue par tous, par les femmes pour qu\u2019elles y retrouvent certaines situations de la vie r\u00e9elle, et par les hommes, pour qu\u2019ils r\u00e9fl\u00e9chissent sur leur r\u00f4le en tant qu&rsquo;hommes, c&rsquo;est-\u00e0-dire, en\u00a0 tant que v\u00e9ritables hommes.<br \/>\nPour conclure, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la femme lesbienne, de la femme-enfant, de la femme douce, de la rebelle, de la riche ou de la pauvre, toutes sont repr\u00e9sent\u00e9es dans cette magnifique \u0153uvre d\u2019\u00e9criture collective. Sabrina Baldassarra, Pauline Bureau, Bureau, Sonia Floire, Ga\u00ealle Hausermann, Sophie Neveux, Marie Nicolle et Alice Touvet, jouent toutes leur r\u00f4le d\u2019une fa\u00e7on impeccable, et il faut remarquer aussi l\u2019interpr\u00e9tation magistrale de Laure Calamy par sa polyvalence, sa ma\u00eetrise sc\u00e9nique et toute sa performance. Une excellente pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre par des femmes, sur les femmes et pour tous. &#8211; <strong>Maria-Stella Urrego<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point | En savoir plus Mod\u00e8les, \u00e9criture collective, mise en sc\u00e8ne Pauline Bureau au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point. une critique anonyme La critique de Samantha Cauvillac La critique de Marine Coulloud La critique de Cl\u00e9mence Dennebouy La critique de Yolanda Guti\u00e9rrez La [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":10482,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,36],"tags":[],"class_list":["post-3242","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre","category-theatre-du-rond-point"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3242","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3242"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3242\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3242"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3242"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3242"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}