{"id":3457,"date":"2012-10-06T20:00:53","date_gmt":"2012-10-06T18:00:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=3457"},"modified":"2012-10-06T20:00:53","modified_gmt":"2012-10-06T18:00:53","slug":"la-barque-le-soir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=3457","title":{"rendered":"La Barque le soir"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | <a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/2012-2013\/spectacles\/la-barque-le-soir\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><strong><em>La Barque le soir<\/em>, texte de Tarjei Vesaas mis en sc\u00e8ne par Claude R\u00e9gy au <a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on<\/a>. <\/strong><\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Belouneh\">La critique de Marie-Nour Belouneh<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Codis\">La critique de Manon Codis<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Paratte\">La critique de Thibault Jacquot-Paratte<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Rozannes\">La critique de Sabrina Rozanes<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#To\">La critique de Minh-Nhut To <\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Veni\">La critique de Michel Veni<\/a><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Belouneh\"><\/a>La repr\u00e9sentation a eu lieu au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on dans la salle des ateliers Berthier. Claude R\u00e9gy s\u2019est ici int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la mise en sc\u00e8ne d\u2019un extrait de La barque le soir, l\u2019un des derniers \u00e9crits de l\u2019auteur norv\u00e9gien Tarjei Vesaas pour un r\u00e9sultat des plus r\u00e9ussis !<br \/>\nMais tout d\u2019abord, quelques mots sur l\u2019\u0153uvre. Divis\u00e9e en chapitre, celui qui nous int\u00e9resse ici est le cinqui\u00e8me ; il s\u2019intitule <em>Voguer parmi les miroirs<\/em> et se situe \u00e0 la moiti\u00e9 du roman. Il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9flexion po\u00e9tique o\u00f9 la nature est omnipr\u00e9sente ; les th\u00e8mes de la barque et de l\u2019eau y sont r\u00e9currents.<br \/>\nClaude R\u00e9gy a grandement particip\u00e9 \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique du th\u00e9\u00e2tre contemporain. Avec lui, pas de fioritures, de paroles ou de d\u00e9cors inutiles. Au total, trois personnages dont deux muets que nous ne verrons v\u00e9ritablement qu\u2019\u00e0 la fin de la pi\u00e8ce. Un personnage principal donc. Il est seul, au centre de la sc\u00e8ne ou plut\u00f4t d\u2019une estrade au- devant d\u2019elle et n\u2019en bougera que tr\u00e8s peu tout au long de la repr\u00e9sentation. Au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, il nous appara\u00eet petit \u00e0 petit, son visage en dernier telle une ombre fantomatique. Tout est dans la parole et les gestes. Il s\u2019exprime lentement de fa\u00e7on \u00e0 ce que le spectateur ait le temps de s\u2019impr\u00e9gner du texte. Les s\u00e9quences sont longues et \u00e9tir\u00e9es, laissant ainsi place \u00e0 notre imaginaire. La lenteur et la solitude sont des th\u00e8mes r\u00e9currents dans les pi\u00e8ces de R\u00e9gy. On per\u00e7oit une mise en valeur du jeu d\u2019acteur qui surpasse l\u2019intrigue.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Si l\u2019on \u00e9tudie le d\u00e9cor, il est minimaliste, \u00e9pur\u00e9 au maximum. Il y a un rideau, oui, mais il ne se l\u00e8vera jamais. Nous verrons seulement une \u00e9vocation de la for\u00eat et d\u2019un cours d\u2019eau que nous devrons deviner \u00e0 travers lui. Les deux personnages muets appara\u00eetront par intermittence derri\u00e8re ce rideau transparent soulignant l\u2019ambiance myst\u00e9rieuse de l\u2019histoire.<br \/>\nLa lumi\u00e8re quant \u00e0 elle joue un r\u00f4le primordial, non seulement par un jeu de clair-obscur mais \u00e9galement par ses diff\u00e9rentes couleurs rythmant le monologue de l\u2019acteur principal. Parlons justement de ce dernier : endossant un r\u00f4le anonyme, c\u2019est avec force et brio qu\u2019il porte le texte de Vesaas : son d\u00e9bit tout comme ses gestes sont soigneusement \u00e9tudi\u00e9s et sa voix nous guide tout au long de la repr\u00e9sentation.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Gr\u00e2ce aux talents des acteurs et \u00e0 sa mise en sc\u00e8ne \u00e9pur\u00e9e, Claude R\u00e9gy a r\u00e9ussi le pari de nous faire p\u00e9n\u00e9trer dans l\u2019univers po\u00e9tique de Vesaas. \u2014 <strong>Marie-Nour Belouneh<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Codis\"><\/a>Vendredi 26 octobre nous avons \u00e9t\u00e9 convi\u00e9s \u00e0 admirer la nouvelle mise en sc\u00e8ne de Claude R\u00e9gy, <em>La Barque le soir<\/em>. Avec l&rsquo;adaptation de ce dernier livre en prose de l&rsquo;auteur norv\u00e9gien Tarjei Vesaas, Claude R\u00e9gy continue d&rsquo;explorer cette litt\u00e9rature \u00e9tonnante et la po\u00e9sie de la langue Nynorsk. Ayant d\u00e9j\u00e0 lu des oeuvres de cet auteur et connaissant son univers glacial et empli de symboles, cela promettait une belle soir\u00e9e. Claude R\u00e9gy a fait le choix de mettre en sc\u00e8ne qu&rsquo;une courte partie, le cinqui\u00e8me chapitre qui s&rsquo;intitule <em>Voguer parmi les miroirs<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Sortant tout juste de l&rsquo;assourdissant m\u00e9tro parisien, on nous demande le silence \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e des Ateliers Berthier. Nous voil\u00e0 plong\u00e9s dans le noir, le ton est donn\u00e9. Nous attendons sagement, sans dire un mot, lorsque les \u00e9clairages de R\u00e9mi Godfroy nous invitent \u00e0 d\u00e9couvrir la sc\u00e8ne, froide, bien plus qu&rsquo;\u00e9pur\u00e9e, elle est vide. Les diff\u00e9rentes lumi\u00e8res projet\u00e9es sur un imposant et vertigineux rideau donne de la profondeur \u00e0 la pi\u00e8ce. Les tons changent, se refroidissent, se r\u00e9chauffent, nous nous sommes envol\u00e9s pour la Norv\u00e8ge et arrivons face \u00e0 une dense for\u00eat subissant les diff\u00e9rentes saisons.<br \/>\nUn personnage apparait lentement comme dans la brume, au milieu de la sc\u00e8ne. Nous ne le quitterons plus. Les deux autres com\u00e9diens interviendront, fantomatiques, que quelques minutes avant la fin du spectacle. C&rsquo;est un long monologue que nous livre le com\u00e9dien Yann Boudaud, mais un \u00e9change \u00e9tonnant avec le silence et le public. Il communique avec nous, et le chuchotement des mots, coup\u00e9s par de longs silences interpelle notre esprit, notre imagination. On pourrait se perdre dans ce qu&rsquo;il est dit mais la puissance du texte et du jeu d&rsquo;acteur nous transportent dans un monde entre ciel et terre.<br \/>\nComme sacr\u00e9, nous contemplons ses gestes et buvons sa parole. On meurt, on rena\u00eet avec lui, impuissant. Tel un instant suspendu, avec la volontaire lenteur, nous sommes en intimit\u00e9 avec lui, hors du temps.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Cette mise en sc\u00e8ne ne d\u00e9roge pas \u00e0 la r\u00e8gle et au style de Claude R\u00e9gy. Le silence occupe une place primordiale, comme dans la plupart de ses mises en sc\u00e8ne. Il est certain que les oeuvres de Tarjei Vesaas, d&rsquo;une po\u00e9sie grandiose, sont faites pour lui, comme celles de Jon Fosse l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9. Les quelques sonorit\u00e9s travaill\u00e9s par Philippe Cachia rythment brillamment la pi\u00e8ce. Le silence nous en apprend bien plus que les mots.<br \/>\nClaude R\u00e9gy nous invite \u00e0 porter un regard critique sur notre rapport au temps qui s&rsquo;est modifi\u00e9, un rapport tendu dans notre soci\u00e9t\u00e9 contemporaine. Tout va plus vite, nous subissons une course contre la montre. La notion de \u00ab\u00a0prendre son temps\u00a0\u00bb prend tout son sens dans cette adaptation. Je souhaite tirer mon chapeau \u00e0 Claude R\u00e9gy ainsi qu&rsquo;au prodigieux et captivant Yann Boudaud.<br \/>\nDe toute beaut\u00e9. \u2014 <strong>Manon Codis<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Paratte\"><\/a>Il est vrai que <em>La Barque le Soir<\/em>, roman de Tarjei Vesaas, est un texte tr\u00e8s difficile \u00e0 transf\u00e9rer au th\u00e9\u00e2tre. La mise en sc\u00e8ne faite par Claude R\u00e9gis, pr\u00e9sent\u00e9e aux ateliers Berthier du Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on \u00e0 Paris, consiste essentiellement en un acteur debout, ne bougeant que vaguement ses mains et son torse pendent une heure et demie, r\u00e9citant le texte sur un ton monotone et saccad\u00e9.<br \/>\nLes d\u00e9cors \u00e9taient tr\u00e8s beaux, quoique nous ne pouvions pas vraiment les voir. La disposition de la sc\u00e8ne \u00e9tait faite de fa\u00e7on \u00e0 ce qu&rsquo;ils soient en arri\u00e8re-plan, dans le noir, ils auraient tr\u00e8s bien pu ne pas \u00eatre l\u00e0. L&rsquo;acteur \u00e9tait bon. Il connaissait \u00e9videment tr\u00e8s bien son texte, et pendant quelques secondes vers la fin de la pi\u00e8ce, o\u00f9 il devait imiter les aboiements d&rsquo;un chien, il avait un tr\u00e8s bon jeu. Il est toutefois difficile de juger le jeu d&rsquo;un acteur lorsque son r\u00f4le consiste plus ou moins \u00e0 \u00eatre debout sur place et \u00e0 r\u00e9citer un texte comme si un \u00e9l\u00e8ve de cours \u00e9l\u00e9mentaire le lisait \u00e0 voix haute pour la premi\u00e8re fois.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Pour moi, une des grandes difficult\u00e9s avec cette pi\u00e8ce \u00e9tait que tou-t-\u00e9-tait-sta-ca-to-et-que-les-mots-\u00e9-taien-t \u00e9tir\u00e9s au maximum. Pour que l&rsquo;on p\u00fbt comprendre quoi que ce soit, il fallait d\u00e9j\u00e0 s&rsquo;accoutumer \u00e0 la longueur des phrases car, comme me l&rsquo;a confirm\u00e9 une femme avec qui j&rsquo;ai parl\u00e9, elles tra\u00eenaient tellement et elles \u00e9taient tellement staccato au sens propre du terme que l&rsquo;on pouvait oublier le d\u00e9but de la phrase avant sa fin. Il m&rsquo;est impossible de concevoir, de tous les points de vue que je puisse adopter, pourquoi le metteur en sc\u00e8ne aurait choisi une diction aussi d\u00e9sagr\u00e9able. Il y avait tout au long de la pi\u00e8ce diff\u00e9rent bruitages (des sons tr\u00e8s a\u00e9riens et larges, des sortes de bourdonnements lointains et m\u00e9ditatifs agr\u00e9able), il y avait \u00e9galement des changements d&rsquo;\u00e9clairages\u00a0; sur ce point-l\u00e0 tout \u00e9tait bien cadr\u00e9 et provoquait des effets visuels r\u00e9ussis. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">En revanche, la question qui se pose tout au long de cette pi\u00e8ce, outre les effets visuels parfois int\u00e9ressants, est celle de l&rsquo;impression produite. Je sais pour ma part que le seul moment o\u00f9 j&rsquo;ai ressenti quelque chose pendant cette pi\u00e8ce \u00e9tait lorsque l&rsquo;acteur imita les aboiements. C&rsquo;\u00e9tait le seul moment o\u00f9 la lassitude du ton monotone, d\u00e9saccord\u00e9 (car les notes produites par sa voix n&rsquo;allaient pas toujours bien ensemble et ce n&rsquo;\u00e9tait de toute \u00e9vidence pas par accident) et staccato se brisa, pour montrer une quelconque \u00e9motion.<br \/>\nUne opinion oppos\u00e9e \u00e0 la mienne dirait que la production est moderniste. Je ne suis pas d&rsquo;accord, au contraire je trouve qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;exception du staccato du ton, la diction pouvait rappeler l&rsquo;ancienne diction des trag\u00e9dies classiques, dans lesquels on \u00e9tirait les phrases. Sur ce je dirai tout simplement que cette diction a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e pour une bonne raison. Je suis en d\u00e9saccord avec le terme moderniste ici car qu&rsquo;apporte ce ton de nouveau ou de moderne\u00a0? Pour \u00eatre moderne doit-on \u00eatre d\u00e9pourvu de sens et d&rsquo;\u00e9motion\u00a0?\u00a0 Doit-on mener \u00e0 rien\u00a0? Je trouve aussi que la pi\u00e8ce ne repr\u00e9sentait aucunement l&rsquo;univers du roman, un univers qui pourrait \u00eatre compris par n&rsquo;importe qui se serait assis dans un champ enneig\u00e9 par temps de grand froid\u00a0; mais j&rsquo;accepte que les textes puissent avoir et ont diff\u00e9rentes interpr\u00e9tations. Il est rare que je voie une pi\u00e8ce et que je me dise \u00ab\u00a0j&rsquo;aurais pu mieux faire\u00a0\u00bb, aussi je donne une note de deux sur dix. \u2014 <strong>Thibault Jacquot-Paratte<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Rozannes\"><\/a>Du 27 septembre au 3 novembre un vent scandinave souffla sur les Ateliers Berthiers \u00e0 Paris, avec <em>La Barque le soir<\/em>, une adaptation th\u00e9\u00e2trale du roman du m\u00eame nom, \u00e9crit par l\u2019\u00e9crivain norv\u00e9gien Tarjei Vesaas en 1968. La mise en sc\u00e8ne est sign\u00e9e Claude R\u00e9gy et la pi\u00e8ce sera en tourn\u00e9e jusqu\u2019au 15 f\u00e9vrier 2013 dans les villes de Toulouse, Reims, Lorient et Orl\u00e9ans.<br \/>\nCe n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que Claude R\u00e9gy se confronte \u00e0 Tarjei Vesaas, puisqu\u2019il avait mis en sc\u00e8ne, il y a deux ans, <em>Brume de Dieu<\/em>, adaptation th\u00e9\u00e2trale de <em>Les Oiseaux<\/em> . Il est d\u2019ailleurs int\u00e9ressant de constater qu\u2019en 60 ans de carri\u00e8re, mis \u00e0 part une mise en sc\u00e8ne de <em>La Danse de Mort<\/em> d\u2019August Strindberg en 1969, ce n\u2019est que tard que Claude R\u00e9gy s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la Scandinavie et plus sp\u00e9cifiquement \u00e0 la Norv\u00e8ge puisque six de ses onze principales mises en sc\u00e8ne depuis 1999 concernent des textes d\u2019auteurs norv\u00e9giens, essentiellement Jon Fosse, mais aussi Tarjei Vesaas et Arne Lygre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">C\u2019est dans le noir et dans le silence que l&rsquo;on demande aux spectateurs de p\u00e9n\u00e9trer le lieu de la repr\u00e9sentation. Petit \u00e0 petit, une silhouette devient discernable, m\u00eame si la p\u00e9nombre dominera tout au long de la pi\u00e8ce. Il s\u2019agit du r\u00e9cit d\u2019un homme happ\u00e9 par son propre reflet dans l\u2019eau avant de se laisser porter par le courant. Le spectateur se trouve alors plong\u00e9 un instant hors du temps et loin du monde r\u00e9el, dans un endroit o\u00f9 l\u2019esprit \u00e0 nu, enseveli dans la vase de sa propre complexit\u00e9, navigue sur le fleuve de l\u2019inconscient.<br \/>\nClaude R\u00e9gy a pris le parti de donner \u00e0 l\u2019acteur principal de <em>La Barque le Soir<\/em>, Yann Boudaud, des mouvements et une diction d\u2019une lenteur sans pareille, peut-\u00eatre pour laisser les paroles p\u00e9n\u00e9trer profond\u00e9ment le spectateur ou pour d\u00e9crire l\u2019\u00e9tat l\u00e9thargique de l\u2019homme dans l\u2019eau, ankylos\u00e9 par le froid. Toujours est-il que ce choix est p\u00e9rilleux et peut d\u00e9plaire. Alors que l\u2019homme \u00e2nonne, il arrive effectivement que le d\u00e9but de la phrase soit oubli\u00e9 avant que la fin de celle-ci ne soit prononc\u00e9e. Cette interpr\u00e9tation tend \u00e0 conforter l&rsquo;image, proche du clich\u00e9, v\u00e9hicul\u00e9e en France concernant la litt\u00e9rature, le th\u00e9\u00e2tre et le cin\u00e9ma scandinave. Peut-\u00eatre aurait-elle gagn\u00e9 \u00e0 \u00eatre moins pesante.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">C\u2019est donc lentement que l\u2019homme vogue, accroch\u00e9 \u00e0 un tronc d\u2019arbre parmi le n\u00e9ant de ses pens\u00e9es, tandis que l\u2019acteur n\u2019aura pour seul partenaire, qu\u2019un jeu de lumi\u00e8res, faisant \u00e9cho au texte, aux sensations, aux pens\u00e9es d\u2019un homme semblant perdu. Mais alors que la pi\u00e8ce touche \u00e0 sa fin, deux hommes arrivent sur sc\u00e8ne, \u00e0 bord de \u00ab La Barque le Soir \u00bb, pour le sortir de l&rsquo;eau. \u2014 <strong>Jessica Rozannes<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"To\"><\/a>L\u2019immortalit\u00e9 du microcosme temporel ralentit le rythme du temps sur la p\u00e9riode du moment mourant\u2026.<br \/>\nCe qui paraissait un simple fait se d\u00e9roula devant nous durant une heure trente. La mort et tous ses symboles s\u2019entrechoqu\u00e8rent avec ceux du vivant. Puis la stimulation de chaque sens au travers des \u00e9clairs pour les battements du c\u0153ur, la lumi\u00e8re des \u00e9toiles pour la vision sous-marine, la piq\u00fbre des corneilles pour l\u2019esprit charognard, les senteurs de la for\u00eat pour la force du v\u00e9cu ; interpell\u00e8rent le spectateur selon une mise en sc\u00e8ne minutieusement travaill\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Pendant le r\u00e9cit de Versaas et le jeu de mimes, son adaptation au th\u00e9\u00e2tre alterne souvent des silences et le r\u00e9cit accompagn\u00e9s respectivement de lentes gestuelles et d\u2019autres beaucoup plus expressives et ouvertes. Compos\u00e9 de simples lumi\u00e8res, l\u2019arri\u00e8re-plan conduit le spectateur \u00e0 la suggestion puis \u00e0 la r\u00e9flexion sur le sens de la mort offert par la vie et son exp\u00e9rience personnelle.<br \/>\nComment ne pas s\u2019interroger sur les d\u00e9finitions de la mort et de la vie tellement les symboles \u00e9taient perturb\u00e9s ? Par exemple, tr\u00e8s important pour les norv\u00e9giens l\u2019eau est ici le tombeau de la personne. Puis l\u2019air est un symbole de la vie qui par la repr\u00e9sentation de son manque appelle \u00e0 sa n\u00e9cessit\u00e9. Mais en contre-partie ce sont des airs qu\u2019apparurent les rapaces.<br \/>\nLe bouleversement constant des paradigmes de la vie et de la mort r\u00e9volutionne le fort int\u00e9rieur de chacun. Devant la pi\u00e8ce, le spectateur philosophe sur les questions existentielles. Puis le lent voyage donne du temps\u2026 Le temps de r\u00e9fl\u00e9chir sur le sens de ses actions.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Dans la pi\u00e8ce l\u2019alchimie de la vie et de la mort fusionne les principaux \u00e9l\u00e9ments : terre, feu, air, eau pour exciter nos sens. Puis la lenteur de la pi\u00e8ce est fortement compens\u00e9e par cette exp\u00e9rience alchimiste. C\u2019est cette attraction qui stimule le spectateur lors de cette tr\u00e8s lente pi\u00e8ce de presque une heure et trente minutes. Pour conclure, la grandeur de la pi\u00e8ce provient d\u2019une mise en sc\u00e8ne tr\u00e8s intelligente sur la lenteur du moment mourant et enfin d\u2019un jeu sur des mimes tr\u00e8s soutenus, lents et formidablement biens travaill\u00e9s. \u2014 <strong>Minh-Nhut To<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Veni\"><\/a>La pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Vesaas, <em>La Barque le soir<\/em> m\u2019a laiss\u00e9 une tr\u00e8s bonne impression.<br \/>\nL\u2019adaptation de l&rsquo;oeuvre \u00e9tait r\u00e9ussie. Sur le plan technique les jeux de lumi\u00e8re ainsi que les mises en sc\u00e8ne \u00e9pur\u00e9es nous aidaient d\u2019autant plus \u00e0 nous plonger dans l\u2019histoire, dans cet univers si particulier, qui nous donnait parfois l\u2019impression d\u2019\u00eatre dans un tout autre monde.<br \/>\nL\u2019acteur \u00e0 travers son jeu r\u00e9alise une performance, jouer aussi lentement durant deux heures rel\u00e8ve d\u2019une grande ma\u00eetrise de soi, cela m\u2019a donn\u00e9 l\u2019impression de voir une peinture se d\u00e9composer petit \u00e0 petit devant moi. Autre d\u00e9tail marquant, l\u2019imitation du chien qui fut excellente. A travers son jeu, il a r\u00e9ussi \u00e0 nous communiquer des \u00e9motions diverses et vari\u00e9es, et \u00e0 nous faire sentir les changements de \u2018mondes\u2019, d\u2019ambiances. <strong>\u2014 <\/strong><strong>Michel Veni <\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | En savoir plus La Barque le soir, texte de Tarjei Vesaas mis en sc\u00e8ne par Claude R\u00e9gy au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on. La critique de Marie-Nour Belouneh La critique de Manon Codis La critique de Thibault Jacquot-Paratte La critique de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":10495,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[16,4],"tags":[],"class_list":["post-3457","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre-de-lodeon","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3457","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3457"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3457\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3457"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3457"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3457"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}