{"id":3509,"date":"2012-11-22T20:00:09","date_gmt":"2012-11-22T19:00:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=3509"},"modified":"2012-11-22T20:00:09","modified_gmt":"2012-11-22T19:00:09","slug":"nouveau-roman","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=3509","title":{"rendered":"Nouveau Roman"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de la Colline | <a href=\"http:\/\/www.colline.fr\/fr\/spectacle\/nouveau-roman\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><strong><em>Nouveau Roman<\/em>, texte et mise en sc\u00e8ne de Christophe Honor\u00e9, le 22 novembre 2012 au <a href=\"http:\/\/www.colline.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Th\u00e9\u00e2tre de la Colline<\/a>. <\/strong><\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#coulloud\">La critique de Marine Coulloud<\/a><\/span><\/li>\n<li><a href=\"#dubois\"><span style=\"font-size: 12px\">La critique d&rsquo;Astrid Dubos <\/span><\/a><\/li>\n<li><a href=\"#Leroy\"><span style=\"font-size: 12px\">La critique de Mathilde Leroy <\/span><\/a><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Morel\">La critique de St\u00e9phanie Morel<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#dobretsberger\">La critique de Verena Dobretsberger <\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#nabavian\">une critique anonyme<\/a><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"coulloud\"><\/a>\u00ab Que repr\u00e9sente le Nouveau Roman aujourd&rsquo;hui? Une acad\u00e9mie.\u00bb C&rsquo;est \u00e0 partir de ce constat que Christophe Honor\u00e9 a d\u00e9cid\u00e9 de mettre en sc\u00e8ne les figures d&rsquo;un mouvement litt\u00e9raire \u00ab enseign\u00e9, mais peu lu \u00bb, en explorant toutes les ressources du spectacle vivant. Car en m\u00eame temps que les personnages-auteurs sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s, et surgissent devant nous dans leur individualit\u00e9, c&rsquo;est tout le voile de la distanciation qui est lev\u00e9; ainsi paraissent Sarraute et Simon, Duras et Robbe-Grillet, que le spectateur sera d&rsquo;ailleurs amen\u00e9 \u00e0 interroger au cours de la pi\u00e8ce, dans un dialogue troublant entre le r\u00e9el et la repr\u00e9sentation, le pr\u00e9sent et le pass\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Pour autant, il ne s&rsquo;agit jamais pour les acteurs d&rsquo;imiter ou de se faire les porte-voix de leur auteur &#8211; d&rsquo;ailleurs le choix de Brigitte Catillon en Michel Butor ou de Benjamin Wangerm\u00e9e en Sagan brise d&#8217;embl\u00e9e l&rsquo;illusion th\u00e9\u00e2trale &#8211; mais bien de conserver cette ambivalance d&rsquo;\u00e9nonciation, entre ce que furent ces figures litt\u00e9raires, et ce que l&rsquo;on peut aujourd&rsquo;hui s&rsquo;approprier de leur vie et de leurs oeuvres. Dans sa mise en sc\u00e8ne, Christophe Honor\u00e9 a ainsi eu l&rsquo;intelligence d&rsquo;allier \u00e0 un d\u00e9licieux d\u00e9cor ann\u00e9es 50 des personnages \u00e0 l&rsquo;apparence tout \u00e0 fait contemporaine, tout en m\u00e9nageant une place importante au Temps, avec les immenses horloges align\u00e9es dans le fond.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Au sein du groupe, chaque auteur aura un temps d&rsquo;expression privil\u00e9gi\u00e9, et on peut d&rsquo;ailleurs relever la performance remarquable de S\u00e9bastien Pouderoux en Claude Simon, d\u00e9peignant la guerre dans son aspect le plus terrible et le plus mis\u00e9rable. Autour de ce petit groupe, l&rsquo;\u00e9diteur Lindon se charge de faire corps, en liant les auteurs dans une esth\u00e9tique commune. Entre les forces centrip\u00e8tes (Robbe-Grillet hilarant en chef scout) et ceux qui se d\u00e9chirent, il y a \u00e9galement tous les personnages fant\u00f4mes, que l&rsquo;on \u00e9voque souvent mais que l&rsquo;on ne repr\u00e9sente jamais. Ainsi Beckett, dont on voit l&rsquo;image au revers d&rsquo;une porte, s&rsquo;apparente \u00e0 un absent bienveillant. De m\u00eame pour Sartre et Roland Barthes, report\u00e9s dans le hors-sc\u00e8ne.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">\u00c0 ces diff\u00e9rents degr\u00e9s de pr\u00e9sence correspondent diff\u00e9rentes temporalit\u00e9s: la pi\u00e8ce nous embarque quelque part entre le pass\u00e9 historique (nombreuses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la seconde guerre mondiale, puis \u00e0 la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie) et l&rsquo;interrogation sur la post\u00e9rit\u00e9. Les t\u00e9moignages d&rsquo;auteurs contemporains finissent par \u00e9voquer cette question centrale: que reste-t-il du Nouveau Roman aujourd&rsquo;hui? Il appara\u00eet que de cette communaut\u00e9, n\u00e9e d&rsquo;un auto-da-f\u00e9, l&rsquo;onsoit effectivement en peine de suivre l&rsquo;h\u00e9ritage. Ce faisant, on ne peut que saluer la d\u00e9termination de cette troupe enthousiaste et alerte, qui nous plonge, trois heures durant, dans l&rsquo;\u00e9poque encore vivante de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre et de son engagement litt\u00e9raire. Engagement qui semble aujourd&rsquo;hui si difficile \u00e0 p\u00e9renniser, mais que les com\u00e9diens font rena\u00eetre de la plus belle des mani\u00e8res. &#8211; <strong>Marine Coulloud<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"dubois\"><\/a><em>Nouveau roman<\/em> est une pi\u00e8ce mise en sc\u00e8ne par Christophe Honor\u00e9 et qui traite du mouvement litt\u00e9raire appel\u00e9 Nouveau Roman, constitu\u00e9 par un certain nombre d&rsquo;\u00e9crivains de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle.<br \/>\nAu c\u0153ur des Editions de minuit, dans le bureau de J\u00e9r\u00f4me Lindon, se d\u00e9roule, sur un mode burlesque, certains des moments clefs de cette p\u00e9riode s&rsquo;\u00e9talant sur une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es. Malgr\u00e9 quelques longueurs, la pi\u00e8ce durant presque trois heures, certains moments sont d&rsquo;une grande intensit\u00e9. Les com\u00e9diens sont dynamiques et investis dans leurs personnages. Anais Demoustier campe une Marguerite Duras tout en finesse et en caract\u00e8re. Les adaptations de certains traits des personnages (changement de sexe entre autre) qui auraient pu perdre le public ne g\u00eanent pas.<br \/>\nLa mise en sc\u00e8ne correspond tout \u00e0 fait au ton et \u00e0 la nouveaut\u00e9 qu&rsquo;a constitu\u00e9 ce mouvement et \u00e0 cette r\u00e9invention de l&rsquo;\u00e9criture. Sur le ton de la com\u00e9die, on vit et on fait vivre le Nouveau Roman. On y aborde les questions fondamentales de ce genre qui, comme la pi\u00e8ce, scinde\u00a0: on aime ou on d\u00e9teste, mais impossible d&rsquo;y \u00eatre indiff\u00e9rent. &#8211; <strong>Astrid Dubos <\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Leroy\"><\/a>Oui, j\u2019ai eu l\u2019impression d\u2019\u00eatre plong\u00e9e dans le QG de ce groupe litt\u00e9raire avant-gardiste d\u2019apr\u00e8s guerre plus commun\u00e9ment appel\u00e9 Nouveau Roman. Et sur ce point, tant mieux (quel d\u00e9lice quand le th\u00e9\u00e2tre fait corps avec la vie\u00a0!). Les interviews des membres r\u00e9els du groupe port\u00e9s sur les t\u00e9l\u00e9viseurs y \u00e9taient sans doute pour quelque chose. Mais pas seulement. \u00a0Si chaque acteur incarnait l\u2019individualit\u00e9 d\u2019une Nathalie Sarraute ou d\u2019un Claude Simon, l\u2019id\u00e9e de communaut\u00e9 litt\u00e9raire \u00e0 part enti\u00e8re crevait tout autant les yeux. Des personnages toujours \u00e9clair\u00e9s avec la m\u00eame intensit\u00e9 lumineuse, fumant cigarettes, croquant biscuits, \u00e9laborant des th\u00e9ories litt\u00e9raires, d\u00e9battant de litt\u00e9rature sous l\u2019aile bienveillante de leur \u00e9diteur des \u00e9ditions de Minuit. D\u00e8s le d\u00e9but de la pi\u00e8ce, l\u2019atmosph\u00e8re Nouveau Roman est camp\u00e9e. Contraintes de cette nouvelle forme essentielle \u00e0 l\u2019\u00e9criture, engagement politique litt\u00e9raire, n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une vie personnelle stable et rang\u00e9e pour oser en litt\u00e9rature, rivalit\u00e9 pour le prix Goncourt\u2026\u00a0: les probl\u00e9matiques concernant ce mouvement fusent.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Elles fusent, arrivent \u00e0 nos oreilles de spectateurs (et pas que litt\u00e9rateurs\u00a0!) du XXI\u00e8me si\u00e8cle, s\u2019enregistrent dans nos cerveaux attentifs, et\u2026 repartent aussit\u00f4t, \u00e9ject\u00e9es par de nouvelles. Au bout de 2h, \u00e9clate une impression de trop plein de Nouveau Roman, \u00e9tant donn\u00e9 l\u2019\u00e9tendue de ce panorama de probl\u00e9matiques. Intrigu\u00e9e, je suis int\u00e9ress\u00e9e pendant la premi\u00e8re heure, puis assomm\u00e9e par ce syst\u00e9matisme de la qu\u00eate d\u2019une nouvelle forme de neutralit\u00e9 litt\u00e9raire.\u00a0 Peut-\u00eatre aurait-il fallu oser ne choisir d\u2019\u00e9clairer que quelques aspects du Nouveau Roman pour les approfondir afin de trouver une v\u00e9ritable r\u00e9sonnance chez le spectateur\u00a0? La longueur de la pi\u00e8ce nuisait donc au contenu, pourtant digne d\u2019int\u00e9r\u00eat si on y songe. Les fac\u00e9ties de Christophe Honor\u00e9, nous montrant ses nouveaux romanciers dansant maladroitement sur du disco, installant des lettres illumin\u00e9es \u00ab\u00a0 M I N U I T\u00a0\u00bb et exhibant le corps musculeux de l\u2019acteur jouant Robert Pinget (en signe de son homosexualit\u00e9), paraissent avoir \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues \u00ab\u00a0gratuitement\u00a0\u00bb, pour divertir le spectateur plut\u00f4t que pour apporter du sens \u00e0 la qu\u00eate ultime du Nouveau Roman. Il en est de m\u00eame concernant la pause litt\u00e9raire consistant en une interaction directe public\/\u00e9crivains incarn\u00e9s par les acteurs. Nous proposant un \u00e9change litt\u00e9raire sous forme de questions-r\u00e9ponses, les nouveaux romanciers ne nous ont laiss\u00e9s poser que quelques questions cinq minutes durant, nous laissant ainsi sur notre fin&#8230; Pourtant, ce sont pendant ces cinq minutes pr\u00e9cises que les com\u00e9diens incarnaient le mieux les \u00e9crivains\u2026 &#8211; <strong>Mathilde Leroy<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Morel\"><\/a>Jeudi 22 novembre, le th\u00e9\u00e2tre de la Colline o\u00f9 se jouait <em>Nouveau Roman<\/em>, pi\u00e8ce mise en sc\u00e8ne par Christophe Honor\u00e9, faisait salle comble.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Dans les locaux des \u00c9ditions de Minuit, le c\u00e9nacle du nouveau roman est au grand complet : Michel Butor, Alain Robbe-Grillet, Marguerite Duras, Claude Mauriac, J\u00e9r\u00f4me Lindon, Claude Simon, Nathalie Sarraute, Robert Pinget et Claude Ollier se livrent \u00e0 une joute oratoire sans merci ayant pour toile de fond la question sartrienne : qu\u2019est-ce que la litt\u00e9rature ? \u00ab L\u2019aventure d\u2019une \u00e9criture plut\u00f4t que l\u2019\u00e9criture d\u2019une aventure \u00bb voil\u00e0 un \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9finition du nouveau roman sur lequel les condisciples semblent s\u2019accorder. Malgr\u00e9 de multiples diff\u00e9rends, le collectif de solitudes a n\u00e9anmoins un adversaire commun : Balzac, ce \u00ab tr\u00e8s bon ennemi \u00bb, et avec lui, le roman traditionnel et ses r\u00e8gles s\u00e9culaires.<br \/>\nLe spectacle rec\u00e8le des paradoxes charmants. \u00ab On a tous besoin d\u2019\u00eatre le meilleur \u00e9crivain pour \u00e9crire \u00bb d\u00e9clame-t-on. Sur ce point Nietzsche \u00e9crit : \u00ab l\u2019homme ne saurait cr\u00e9er qu\u2019en amour ; abrit\u00e9 par l\u2019illusion de l\u2019amour. \u00bb Mais l\u00e0 o\u00f9 le nouveau roman s\u2019aventure un peu plus loin, c\u2019est lorsqu\u2019il envoie le personnage romanesque \u00e0 la guillotine, et que l\u2019auteur croit non seulement \u00e9crire la plus remarquable des oeuvres, mais aussi poser tout bonnement le point final de la litt\u00e9rature. \u00ab Je crois que la litt\u00e9rature n\u2019existe plus \u00bb ajoute-t-on. Et de ce point final, on va vers des choses moins contestables, plus g\u00e9om\u00e9triques. Mais s\u2019agit-il de d\u00e9sint\u00e9grer le roman ou seulement d\u2019en modifier la d\u00e9finition ? Combien de philosophes ont cru ass\u00e9ner le coup de gr\u00e2ce \u00e0 la philosophie ? Sans doute en rit-elle encore, du rire bienveillant que d\u00e9clenche un enfant en promettant l\u2019impossible. Et notre \u00e9crivain lucide, vaillant, sempiternellement tourn\u00e9 vers l\u2019ailleurs est en m\u00eame temps celui qui s\u2019illusionne en faisant de l\u2019hier la pr\u00e9face de l\u2019aujourd\u2019hui. Car le nouveau roman s\u2019\u00e9crit au pr\u00e9sent et il ravale, il sape, il scrute.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Il y a devant nous une poign\u00e9e d\u2019auteurs sinc\u00e8res, persuad\u00e9s qu\u2019il est grand temps d\u2019inaugurer le second tome. Et cette foi, ils nous la transmettent presque. On se pla\u00eet aussi \u00e0 les croire plus m\u00e9morables que leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Les voil\u00e0 couronn\u00e9s, on leur d\u00e9cerne des prix litt\u00e9raires, des rues, quelques impasses. L\u2019air de rien, ils rentrent dans le rang, la frise, le premier volume. Ils se tiennent devant nous, et alors qu\u2019ils tapent fr\u00e9n\u00e9tiquement \u00e0 la machine, \u00e0 l\u2019unisson, ils semblent se fondre en un seul personnage romanesque, tragique, qui, aveugl\u00e9 par l\u2019apparente singularit\u00e9 de ce qui lui arrive ne distingue pas les fra\u00eeches empreintes qui jalonnent le chemin qu\u2019il s\u2019imagine tracer. Mais la vivacit\u00e9 de leur certitude nous convainc peu. Cinquante ans plus tard, le parfum du nouveau roman demeure capiteux. &#8211; <strong>St\u00e9phanie Morel.<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"dobretsberger\"><\/a>En entrant dans le Th\u00e9\u00e2tre de La Colline, on aper\u00e7oit d\u00e9j\u00e0 la sc\u00e8ne qui rappelle soit une salle de s\u00e9ance du S\u00e9nat ou de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale (\u00e0 cause du grand secr\u00e9taire devant lequel se trouve, \u00e0 un niveau plus bas, une table comme celle-l\u00e0 des huissiers), soit un amphith\u00e9\u00e2tre (\u00e0 cause des marches qui descendaient en direction du public). De plus, il y a un kiosque au fond, des pieds de microphone partout et quatre \u00e9crans.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teint et les com\u00e9diens entrent en courant par la porte au milieu comme dans un stade. Julien Honor\u00e9 (<em>Claude Mauriac<\/em>) \u2013 qui est le fr\u00e8re de l\u2019auteur et metteur en sc\u00e8ne (Christophe Honor\u00e9) \u2013 introduit la pi\u00e8ce au public, ainsi que les autres com\u00e9diens\u00a0: Brigitte Catillon (<em>Michel Butor, Delphine Seyrig<\/em>), Jean-Charles Clichet (<em>Alain Robbe-Grillet<\/em>), Ana\u00efs Demoustier (<em>Marguerite Duras<\/em>), Annie Mercier (<em>J\u00e9r\u00f4me Lindon<\/em>), S\u00e9bastiern Pouderoux (<em>Claude Simon<\/em>), M\u00e9lodie Richard (<em>Catherine Robbe-Grillet<\/em>), Ludivine Sagnier (<em>Nathalie Sarraute<\/em>), Mathurin Voltz (<em>Robert Pinget<\/em>), et Benjamin Wangerm\u00e9e (<em>Claude Ollier, Fran\u00e7oise Sagan<\/em>). Comme l&rsquo;annonc\u00e9 le r\u00e9sum\u00e9 du spectacle sur le site Internet, les com\u00e9diens sont sens\u00e9s \u00ab\u00a0s\u2019approprier leurs personnages sans un sou de ressemblance physique\u00a0\u00bb, et l&rsquo;on d\u00e9couvre que le manque de ressemblance touche m\u00eame la distribution selon les sexes (voir Michel Butor, J\u00e9r\u00f4me Lindon et Fran\u00e7oise Sagan). Cependant, cela n&rsquo;est gu\u00e8re g\u00eanant.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Le quatri\u00e8me mur donc d\u00e9truit, les com\u00e9diens jouent de mani\u00e8re d\u00e9contract\u00e9e et leur discours semble v\u00e9ritablement spontan\u00e9.<br \/>\nAu fur et \u00e0 mesure, la symbolisation du d\u00e9cor devient \u00e9vidente\u00a0: les auteurs du Nouveau Roman sont rassembl\u00e9s pour juger la litt\u00e9rature. Apr\u00e8s avoir br\u00fbl\u00e9 plusieurs livres (\u00e0 l\u2019exception de Sartre car Butor tenait bon), ils se montrent solidaires (et jaloux) les uns des autres face \u00e0 la remise de plusieurs prix litt\u00e9raires\u00a0: Prix Goncourt, Prix Nobel, etc. Souvent, leurs discussions sont relay\u00e9es dans des chansons ou dans un extrait d\u2019une interview diffus\u00e9 sur les quatre \u00e9crans. Lors d&rsquo;un \u00ab\u00a0moment interactif\u00a0\u00bb les com\u00e9diens invitent m\u00eame le public \u00e0 poser des questions aux \u00e9crivains (ce soir l\u00e0, les spectateurs s\u2019int\u00e9ressaient surtout \u00e0 Nathalie Sarraute).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Pour conclure, le spectacle est tr\u00e8s int\u00e9ressant et informatif car on voit ces grands \u00e9crivains sous un jour diff\u00e9rent. Malheureusement, il dure tr\u00e8s, tr\u00e8s longtemps (sans entracte) et laisse attendre avec impatience le rideau lib\u00e9rateur. &#8211; <strong>Verena Drobetsberger <\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"nabavian\"><\/a>Mise en sc\u00e8ne Christophe Honor\u00e9&#8230; L&rsquo;intitul\u00e9 faisait r\u00e9sonner au fond de nous un souvenir terrible de 2009, nomm\u00e9 <em>Angelo, tyran de Padoue<\/em>. Deux heures et demie d&rsquo;ennui mortel, un superbe texte de Victor Hugo r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant par des artifices de cin\u00e9ma, de brillantes actrices mais aucune \u00e9motion&#8230; \u00ab\u00a0Christophe Honor\u00e9 n&rsquo;est pas metteur en sc\u00e8ne\u00a0\u00bb, avait-on l\u00e2ch\u00e9 \u00e0 la sortie. Autant dire que, pour ce spectacle litt\u00e9raire, pr\u00e9sent\u00e9 au dernier festival d&rsquo;Avignon, on craignait le pire. Mais le pire n&rsquo;est pas toujours s\u00fbr. M\u00eame si le d\u00e9but a un c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0petits souliers\u00a0\u00bb, avec un discours du com\u00e9dien Julien Honor\u00e9* sur son fr\u00e8re Christophe et leur jeunesse commune, m\u00eame si le d\u00e9marrage, au micro, semble \u00eatre de mauvaise augure, tout s&rsquo;arrange vite.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Les premi\u00e8res sc\u00e8nes sont un peu d\u00e9monstratives : allumer un feu dans un baril pour y jeter des livres semble un effet th\u00e9\u00e2tral un peu attendu. N\u00e9anmoins, comment affirmer autrement de fa\u00e7on forte et simple \u00e0 la fois la volont\u00e9 de ces auteurs d&rsquo;\u00eatre en rupture ? Ce n&rsquo;est que le d\u00e9but, il y a un cadre \u00e0 poser, on pardonne. Puis la partie, le jeu, commence. Et quel jeu&#8230; On p\u00e9n\u00e8tre dans l&rsquo;intimit\u00e9 du groupe. Alain Robbe-Grillet y prend le pouvoir, et celui qui l&rsquo;interpr\u00e8te en fait autant. Il s&rsquo;appelle Jean-Charles Clichet, il est un ex-\u00e9l\u00e8ve du Th\u00e9\u00e2tre national de Strasbourg et un com\u00e9dien extr\u00eamement brillant. Sa carrure impressionne surtout, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elle est habit\u00e9e par une envie folle de jeu. Aucune ressemblance physique avec Alain Robbe-Grillet, et pourtant ce dernier est de retour sur sc\u00e8ne. Une performance d&rsquo;exception, qui, tout au long des 2h50, ne faiblit pas.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Dix com\u00e9diens en tout vont ainsi incarner dix personnalit\u00e9s r\u00e9elles afin de nous faire revivre, de mani\u00e8re concr\u00e8te, l&rsquo;odyss\u00e9e du Nouveau Roman. Au rythme des prix, des guerres d&rsquo;ego et des tentatives d&rsquo;intervention, on va pouvoir d\u00e9couvrir ou red\u00e9couvrir une dizaine d&rsquo;\u00e9crivains: Alain Robbe-Grillet, donc, meneur insatisfait, Michel Butor, plus pos\u00e9, Claude Simon le sensible -prix Nobel 1985- Nathalie Sarraute la discr\u00e8te aux id\u00e9es claires, Robert Pinget le tourment\u00e9, Claude Mauriac, Claude Ollier, et Marguerite Duras, la plus star de tous. Sans oublier J\u00e9r\u00f4me Lindon, leur \u00e9diteur. Tout se d\u00e9roule dans le d\u00e9cor des Editions de Minuit, o\u00f9 cohabitent des bureaux, une table pour d\u00e9jeuner, une tribune, une cabine d\u2019enregistrement, et m\u00eame des instruments de musique. Id\u00e9es simples, univers tr\u00e8s coh\u00e9rent, on voyage, on change de lieu sans agitation.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">On pouvait craindre de se trouver face \u00e0 une p\u00e9nible frise chronologique sans \u00e2me. Bonne nouvelle : le sc\u00e9nario est tr\u00e8s bien construit. Il est prenant, avec des moments intenses, car il est rythm\u00e9 par l&rsquo;annonce des prix obtenus par les auteurs, prix qui donnent lieu \u00e0 des sc\u00e8nes de rivalit\u00e9 savoureuses. Cependant il se concentre surtout sur l&rsquo;influence de la personnalit\u00e9 de chaque \u00e9crivain sur l&rsquo;\u00e9volution du mouvement. Il fallait donc que ces personnalit\u00e9s soient incarn\u00e9es. R\u00e9ellement. Qu&rsquo;on se rassure, Christophe Honor\u00e9 a tr\u00e8s bien choisi leurs interpr\u00e8tes. Outre Jean-Charles Clichet, on remarque son camarade d\u2019\u00e9cole, S\u00e9bastien Pouderoux, qui compose un Claude Simon tr\u00e8s humain ; Benjamin Wangerm\u00e9e, une technique et une personnalit\u00e9 fantastiques au service d&rsquo;un auteur peu connu, Claude Ollier, que l&rsquo;on d\u00e9couvre avec grand plaisir ; Mathurin Voltz, sorti du conservatoire de Paris il y a un peu plus d&rsquo;un an, qui dessine l&rsquo;un des plus beaux personnages, Robert Pinget, l&rsquo;homme en r\u00e9flexion constante, et l&rsquo;homosexuel du groupe, et qui nous offre le plus \u00e9mouvant moment du spectacle, celui&#8230;o\u00f9 il se d\u00e9shabille ! Les seniors ne sont pas en reste, la grande Brigitte Catillon incarne Michel Butor avec fougue, et la g\u00e9niale Annie Mercier pr\u00eate son talent et sa voix tr\u00e8s sp\u00e9ciale \u00e0 J\u00e9r\u00f4me Lindon, grand ordonnateur de l&rsquo;aventure.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Tout ceci progresse de mani\u00e8re assez lin\u00e9aire\u00a0: on voit l\u2019obtention du prix Renaudot par Michel Butor, et le discours t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 o\u00f9 il parle de son chien, l\u2019exclusion de Claude Ollier, le positionnement des auteurs lors de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u2026 Ces gens-l\u00e0 furent en rupture, mais celle-ci fut plut\u00f4t bien accept\u00e9e, en tout cas avec moins de disputes \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur que dans le groupe m\u00eame. Approche un peu trop scolaire, pourrait-on dire, mais qui se r\u00e9v\u00e8le au final \u00eatre une bonne id\u00e9e. Car au final, c\u2019est la mort qui s\u2019invite sur le plateau. Les dates de d\u00e9c\u00e8s sont \u00e9gren\u00e9es. Michel Butor et Claude Ollier sont les seuls survivants. Effet garanti. C\u2019est la derni\u00e8re vid\u00e9o diffus\u00e9e qui reste un peu trop attendue\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Un spectacle de grande qualit\u00e9, donc, que cette seconde cr\u00e9ation de Christophe Honor\u00e9. Pas trop de mots, pas de tournis, mais une approche \u00e0 la fois p\u00e9dagogique et prenante. Ludique, quoi. Du vrai th\u00e9\u00e2tre, qui n\u2019oublie pas les moments d\u2019\u00e9motions, et qui inclut les outils modernes \u2013 vid\u00e9os d\u2019\u00e9crivains actuels parlant de leur vision du Nouveau Roman, ou questions au public &#8211; de mani\u00e8re intelligente. \u00ab\u00a0Et Ludivine Sagnier et Ana\u00efs Demoustier\u00a0?\u00a0\u00bb vous demandera-t-on. Ce sont elles qui marquent\u2026le moins\u00a0! Pas assez d\u2019intensit\u00e9, d\u2019engagement dans leur jeu. Victoire sans appel pour les vrais com\u00e9diens de th\u00e9\u00e2tre. N\u2019y allez pas pour elles deux, allez-y pour le th\u00e9\u00e2tre\u00a0!!!<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de la Colline | En savoir plus Nouveau Roman, texte et mise en sc\u00e8ne de Christophe Honor\u00e9, le 22 novembre 2012 au Th\u00e9\u00e2tre de la Colline. 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