{"id":3828,"date":"2012-11-29T20:00:27","date_gmt":"2012-11-29T19:00:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=3828"},"modified":"2012-11-29T20:00:27","modified_gmt":"2012-11-29T19:00:27","slug":"le-roi-lear","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=3828","title":{"rendered":"Le Roi Lear &#8211; Prologue"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Le Monfort | <a href=\"http:\/\/www.lemonfort.fr\/espace-pro\/revue-de-presse\/le-roi-lear--prologue\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><strong><em>Le Roi Lear &#8211; Prologue<\/em>, d&rsquo;apr\u00e8s Shaskespeare, mise en sc\u00e8ne de Vlad Troitskyi au <a href=\"http:\/\/www.lemonfort.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Th\u00e9\u00e2tre Monfort<\/a>. <\/strong><\/span><\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#\">La critique d&rsquo;Irena <\/a><a href=\"#Irena\">Derzhko<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#lefebvre\">La critique d&rsquo;Alexandre Lefebvre<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#piednoel\">La critique d&rsquo;Ombeline Piednoel <\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#renauld\">La critique de Sophie Renauld<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#martinez\">La critique de Raquel Martinez<\/a><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a id=\"Irena\" name=\"Irena\"><\/a>L&rsquo;ambiance m\u00eame du lieu avec ses espaces irr\u00e9guliers, sa forte descente qui agrandit davantage la spacieuse pyramide du b\u00e2timent et son esprit d\u00e9mocratique et multicolore \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur semblent correspondre parfaitement \u00e0 l&rsquo;axe cr\u00e9atif de la troupe et de son metteur en sc\u00e8ne. Vlad\u00e9slav Tro\u00eftsk\u00e9y, un des formateurs et r\u00e9formateurs du th\u00e9\u00e2tre contemporain ukrainien s&rsquo;est bas\u00e9 dans la capitale, K\u00e9yiv, o\u00f9 il cr\u00e9e en 1994 le Centre d&rsquo;art contemporain (Th\u00e9\u00e2tre \u00ab\u00a0Dakh\u00a0\u00bb) et lance par la suite un festival pluridisciplinaire des cr\u00e9ations d&rsquo;aujourd&rsquo;hui (\u00ab\u00a0GogolFest\u00a0\u00bb). Apr\u00e8s avoir accumul\u00e9 une riche exp\u00e9rience personnelle, le metteur en sc\u00e8ne expose son point de vue th\u00e9\u00e2tral aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;acteurs qu&rsquo;il forme. Il s&rsquo;enrichit fr\u00e9quemment de la source traditionnelle ukrainienne pour ses cr\u00e9ations, ce qui cr\u00e9e un style particulier de son \u0153uvre. Pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne pour l&rsquo;accompagnement musical du spectacle, le collectif musical \u00ab\u00a0DakhaBrakha\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0ethno-chaos band\u00a0\u00bb, est \u00e9galement attach\u00e9 \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 de Vlad\u00e9slav Tro\u00eftsk\u00e9y comme une de ses r\u00e9alisations entre le traditionnel et le contemporain.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">\u00ab\u00a0Le Roi Lear &#8211; Prologue\u00a0\u00bb, cr\u00e9e en 2006, s&rsquo;inscrit dans le projet \u00ab\u00a0L&rsquo;Ukraine mystique\u00a0\u00bb du cycle de spectacles sur les textes de Shakespeare. D&rsquo;autres pi\u00e8ces sont \u00ab\u00a0Macbeth &#8211; Prologue\u00a0\u00bb (2004) et \u00ab\u00a0Richard III &#8211; Prologue\u00a0\u00bb (2005). Dans les trois pi\u00e8ces le metteur en sc\u00e8ne ne choisit que des prologues de ces fameuses trag\u00e9dies. Un contenu dense et propice \u00e0 la dramaturgie qui peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9 en une phrase, semble \u00eatre un pr\u00e9texte parfait pour la cr\u00e9ation donnant libre cours \u00e0 l&rsquo;imagination du cr\u00e9ateur th\u00e9\u00e2tral. Ainsi les \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9ploient jusqu&rsquo;\u00e0 leur origine imagin\u00e9e, se transforment en ampleur et se convergent avec une \u00e9nergie puissante vers ce qui devait \u00eatre le d\u00e9but de la pi\u00e8ce et ce qui est dans cette vision l&rsquo;ach\u00e8vement de la repr\u00e9sentation. Une telle mani\u00e8re de construire le spectacle laisse un fort accent \u00e0 la fin qui exige une r\u00e9solution et c&rsquo;est cette pesante solution dramatique qui impressionne et ensorc\u00e8le le spectateur par une force non dissoute frappant tous ses sens et laissant un effet prolong\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Ayant d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;occasion de voir \u00ab\u00a0Macbeth &#8211; Prologue\u00a0\u00bb durant un ethno-festival en Ukraine en 2007, je me rappelle tr\u00e8s bien de cette ambiance mystique et mythique d&rsquo;une petite salle de repr\u00e9sentation du club du village. Les spectateurs se mettaient l&rsquo;un \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;autre, on \u00e9tait au moins deux fois plus que cet espace pouvait accepter et on a pass\u00e9 un temps inoubliable, envout\u00e9s dans la musique et l&rsquo;image envoy\u00e9es par les artistes (toujours \u00ab\u00a0DakhaBrakha\u00a0\u00bb pour la partie ethnochaotique). Pas de texte au service des acteurs, que des images et des symboles parlants, des costumes traditionnels, des masques et des accessoires avec un accompagnement acoustique tourbillonnaire. L&rsquo;effet fort garantie \u00e0 la sortie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Et voici une nouvelle rencontre, \u00e0 1500 km de la pr\u00e9c\u00e9dente, en France cette fois-ci. Le premier acte s&rsquo;ouvre d&rsquo;une mani\u00e8re \u00e9clectique sur de nouvelles propositions et r\u00e9solutions dramatiques de Vlad Tro\u00eftsk\u00e9y, qui att\u00e9nuent la conceptualisation et la concentration de sa proposition dramatique d&rsquo;autrefois. D&rsquo;un autre point de vue, l&rsquo;auteur porte plus de r\u00e9flexion sur la mise en sc\u00e8ne et cherche d&rsquo;autres voies de l&rsquo;expression th\u00e9\u00e2trale. La musique, qui par d\u00e9faut ici remplace la ponctuation mise en place par le texte, fait les phras\u00e9s du jeu th\u00e9\u00e2tral et lance souvent un rythme ostinato dans lequel l&rsquo;action s&rsquo;installe. Le jeu th\u00e9\u00e2tral de la lumi\u00e8re avec la musque permet de mettre en valeur les d\u00e9tails, les arr\u00eats et les accents, ainsi qu&rsquo;introduire la lumi\u00e8re comme un acteur sur sc\u00e8ne. Une sensation d&rsquo;un prologue, d&rsquo;un d\u00e9but, d&rsquo;un n\u0153ud de contradiction r\u00e8gne sur sc\u00e8ne.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Deuxi\u00e8me acte \u00e9loigne toute les h\u00e9sitations et les essaies et se poignarde directement dans le noyau m\u00eame de Tro\u00eftsk\u00e9y-dramaturge. Des transformations du personnage, de l&rsquo;image et de la forme m\u00eame, des m\u00e9tamorphoses des figures sc\u00e9niques ensemble avec le transe et l&rsquo;exploration des profondeurs de la musique ukrainienne cr\u00e9ent des renvoies symboliques aux deux forces: la terre et la guerre. Pour s&rsquo;\u00e9loigner de soi-m\u00eame dans ce jeu complexe, un emploie des masques ouvre sur une certaine objectivit\u00e9 et justesse des jeux d&rsquo;acteurs.<br \/>\nEn conclusion, Vlad Tro\u00eftsk\u00e9y ne d\u00e9\u00e7oit pas. Il \u00e9volue dans sa cr\u00e9ation et en m\u00eame temps ma\u00eetrise ses atouts \u00e0 la perfection. C&rsquo;est tout de m\u00eame un d\u00e9fit que de pr\u00e9senter une pi\u00e8ce du th\u00e9\u00e2tre ukrainien \u00e0 Paris. Mais les spectateurs semblent \u00eatre charm\u00e9s et captiv\u00e9s par la magie et la force de l&rsquo;esprit ukrainien vu et interpr\u00e9t\u00e9 par l&rsquo;\u0153il expert de Tro\u00eftsk\u00e9y. &#8211; <strong>Irena Derzhko<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a id=\"lefebvre\" name=\"lefebvre\"><\/a>Vlad Troitskyi propose au th\u00e9\u00e2tre Monfort, une repr\u00e9sentation du prologue du<em> Roi Lear<\/em> de Shakespeare. Mais bien plus qu\u2019une simple mise en sc\u00e8ne, c\u2019est une r\u00e9\u00e9criture, voire une r\u00e9invention sur sc\u00e8ne qu\u2019il nous pr\u00e9sente. On ne pourrait qualifier cette repr\u00e9sentation de \u00abpi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre\u00bb \u00e0 proprement parl\u00e9, la ou elle apparait \u00eatre un v\u00e9ritable spectacle. Servi par une troupe Ukrainienne, Vlad Troisky m\u00eale \u00e0 l\u2019univers shakespearien, un imaginaire Urkrainien : Il faut usage des personnages et du fond de la pi\u00e8ce, mais il substitue au texte original, des musiques et des chants ukrainiens. Une connaissance de la pi\u00e8ce ni de l\u2019ukrainien n\u2019est n\u00e9cessaire car c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le but du metteur en sc\u00e8ne : jouer avec le spectateur, le d\u00e9stabiliser et perturber ce qu\u2019il croit tenir pour connu. Il en reviendra alors au spectateur, soit d\u2019entreprendre un travail interpr\u00e9tatif des diff\u00e9rentes esth\u00e9tiques mise en jeu ou de s\u2019abandonner aux diverses sensations, tant visuelles qu\u2019auditives, offertes par cette fable musicale d\u00e9lirante.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Cette pi\u00e8ce qui rel\u00e8ve d\u2019une repr\u00e9sentation proprement spectaculaire, semble \u00eatre le produit de diverses esth\u00e9tiques entrem\u00eal\u00e9es sur sc\u00e8ne. On d\u00e9note une esth\u00e9tique de la lumi\u00e8re et des couleurs qui vient appuyer le jeu et la danse des acteurs, m\u00eal\u00e9e \u00e0 une esth\u00e9tique du rythme offerte par la puissance des instruments et des voix p\u00e9n\u00e9trantes. Et il se produit un effet de gradation, tant musicale que sonore ou la repr\u00e9sentation gagne en puissance et en intensit\u00e9 \u00e0 mesure qu\u2019elle progresse et que les acteurs d\u00e9livre ce spectacle \u00absons et lumi\u00e8res\u00bb. Tout ceci participe d\u2019une atmosph\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale qui confine au myst\u00e8re et au d\u00e9lire dans un premier temps du spectacle pour \u00e9voluer, dans la deuxi\u00e8me partie, en une angoisse pure. Mais cette atmosph\u00e8re est conditionn\u00e9e tant par les artifices dramatiques que par les acteurs et leurs corps. La disparition du texte laisse pleine place au corps des acteurs, tant\u00f4t libres de toutes contingences dramatiques tant\u00f4t tous en rythme, entre harmonie et dissension. On pourrait ainsi comprendre que les acteurs ici ne jouent pas mais viennent signifier le texte dans toutes son ambigu\u00eft\u00e9 et sa complexit\u00e9. Ainsi, la mise en sc\u00e8ne\u00a0 d\u2019une grande modernit\u00e9 donne \u00e0 voir les relations entre personnages et le texte n\u2019est finalement qu\u2019un point de d\u00e9part, un pr\u00e9texte \u00e0 la pi\u00e8ce.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Finalement, cette pi\u00e8ce tend plus \u00e0 la repr\u00e9sentation spectaculaire qu\u2019\u00e0 la repr\u00e9sentation dramatique. Elle semble vouloir faire feu de tout bois, m\u00ealer les univers et les imaginaires a priori oppos\u00e9s, la danse et la musique, les effets de lumi\u00e8res et de surprise pour pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9sar\u00e7onner le spectateur, le laisser sans rep\u00e8res. M\u00eame le texte qui pourrait apparaitre comme une r\u00e9f\u00e9rence connue n\u2019est pas repr\u00e9sent\u00e9 et les simulacres pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne sont d\u00e9tourn\u00e9s et r\u00e9-exploit\u00e9s par le metteur en sc\u00e8ne, pour leur donner une toute autre dimension. Ce spectacle peut surprend par son originalit\u00e9. Mais c\u2019est une exp\u00e9rience des sens avant que d\u2019\u00eatre une exp\u00e9rience proprement th\u00e9\u00e2trale. Il faut alors s\u2019attendre \u00e0 \u00eatre surpris, mis en \u00e9chec pour pouvoir s\u2019abandonner \u00e0 cette esth\u00e9tisme de la sensation, au demeurant singulier, mais tout \u00e0 fait plaisant. &#8211; <strong>Alexandre Lefebvre<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"piednoel\"><\/a>Vlad Troitskyi reprend librement le prologue du <em>Roi Lear<\/em> de Shakespeare. Cette trag\u00e9die relate comment le Roi Lear, voulant partager son royaume entre ses trois filles, d\u00e9cide que la plus grande part du royaume ira \u00e0 celle qui lui montrera son amour. Sa fille pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e lui avouera alors qu\u2019elle l\u2019aimera autant qu\u2019elle aimera son futur mari. Piqu\u00e9 dans son orgueil, le roi la d\u00e9sh\u00e9rite.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Vlad Troistkyi met en sc\u00e8ne habilement ce d\u00e9shonneur \u00e0 travers une Ukraine moderne, dans laquelle le roi s\u2019amourache de la drogue et partage cet amour perfide \u00e0 son entourage. Se joue alors une pi\u00e8ce miroir d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en d\u00e9route et dont la d\u00e9ch\u00e9ance passe inaper\u00e7ue aupr\u00e8s d&rsquo;un monde qui ne veut pas voir. Le metteur en sc\u00e8ne se montre alors cruel en for\u00e7ant le spectateur \u00e0 regarder ce qu\u2019il ne veut pas admettre, nous obligeant \u00e0 regarder dans les yeux les personnages marionnettes de leur d\u00e9pendance s\u2019autod\u00e9truire jusqu&rsquo;au n\u00e9ant.<br \/>\nD\u2019autant plus, que Troitskyi n\u2019\u00e9pargne en rien son public en lui imposant la pr\u00e9sence du groupe DakhaBrakha qui accompagne les com\u00e9diens par une musique angoissante \u00e0 l\u2019image des personnages. C\u2019est ainsi, gr\u00e2ce \u00e0 cette atmosph\u00e8re \u00e9touffante, que le spectateur se voit pris dans cette \u00e9trange danse saccad\u00e9e avec pour envie d\u2019en faire partie; r\u00e9v\u00e9lant par cette occasion la nature noire de l\u2019\u00eatre humain et son penchant masochiste \u00e0 la violence aussi bien physique que spirituelle.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Entracte. Deuxi\u00e8me partie. Angoisse montante, m\u00eame si paradoxalement le spectateur sait maintenant \u00e0 quoi s\u2019en tenir. Pourtant, le mutisme des protagonistes dont seuls les masques t\u00e9moignent d&rsquo;une expression absente, enlevant ainsi une potentielle vie, saisi encore plus le public qui ne sait plus quoi penser de ce qu\u2019il voit, du d\u00e9shonneur, des meurtres. Tout au long de cette pi\u00e8ce, le spectateur est un voyeur qui, avec un regard pervers, assiste \u00e0 l\u2019an\u00e9antissement d\u2019une famille, d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, sans possibilit\u00e9 d\u2019agir, d\u2019aider. Parall\u00e8le avec une soci\u00e9t\u00e9 qui se complet dans le regard de soi et non pas d\u2019autrui. &#8211; <strong>Ombeline Piednoel<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"renauld\"><\/a>Comment peut-on en quelques lignes r\u00e9sumer la pi\u00e8ce de Vlad Troiskyi ? La d\u00e9finir n\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas une mince affaire. Certes, le titre indique \u00e0 premi\u00e8re vue \u00a0qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une adaptation de l\u2019une des pi\u00e8ces les plus c\u00e9l\u00e8bres du monde litt\u00e9raire. Certes\u00a0 il est m\u00eame indiqu\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un prologue et on en n\u2019attend pas moins d\u2019un metteur en sc\u00e8ne r\u00e9put\u00e9 en Ukraine et ailleurs pour \u00eatre le fondateur du Th\u00e9\u00e2tre Dakh et d\u2019un groupe de musicien, DakhaBrakha, \u00e9galement pr\u00e9sent ici sur sc\u00e8ne. Cependant \u00e0 peine les trois premi\u00e8re notes entonn\u00e9es par cet\u00a0 \u2018\u2018l\u2019Ethno-chaos band\u2019\u2019 accompagnant les impulsions fr\u00e9n\u00e9tique des acteurs, chacun pourrait douter un instant que cette pi\u00e8ce puise r\u00e9ellement son inspiration du drame Shakespearien.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Comment saisir dans ce carnaval d\u2019\u00e9v\u00e9nements nerveux, dispers\u00e9s et sordides, l\u2019histoire d\u2019un roi vaniteux\u00a0 pr\u00eat \u00e0 an\u00e9antir son royaume en \u00e9change de vaines flatteries de ces trois filles?\u00a0 Comment reconnaitre dans le d\u00e9sordre ambiant o\u00f9 le d\u00e9cor ne s\u2019alimente que de palettes de bois, vieux pneus, mat\u00e9riel de r\u00e9cup\u00e9ration et de terre battu, le royaume de Grande-Bretagne? Comment reconnaitre, dissimul\u00e9es sous leurs masques en papier m\u00e2ch\u00e9, Cord\u00e9lia, Gorneril ou R\u00e9gane qui jonglent incessamment entre robes de mari\u00e9es et tenues traditionnelles ukrainiennes? Comment entendre les complots, la malveillance, les peines et la d\u00e9ch\u00e9ance des protagonistes sans un seul dialogue\u00a0? Pouvons-nous d\u00e9celer dans ces chants\u00a0 lancinants rythm\u00e9s par des percussions mystiques le sens v\u00e9ritable du r\u00e9cit ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Cette pi\u00e8ce soul\u00e8ve en effet de nombreux questionnements. Cela r\u00e9v\u00e8le \u00e0 quel point elle est innovante, audacieuse et surprenante. \u00c0 travers jeux de fum\u00e9e et de lumi\u00e8re technicolor en harmonie parfaite avec la musique, Vlad Troitskyi ne nous plonge pas seulement dans les m\u00e9andres d\u2019une trag\u00e9die classique ou dans un conte folklorique ukrainien, mais laisse aux spectateurs le choix de b\u00e2tir leur propre interpr\u00e9tation de l\u2019histoire et les renvoie \u00e0 leur propre fantaisie. Nous pouvons ainsi affirmer que Vlad Troitskyi marche bien sur les traces du maitre de la trag\u00e9die en alliant avec subtilit\u00e9 l&rsquo;onirisme \u00e0 l\u2019universalit\u00e9 du drame, nous renvoiyant ainsi \u00e0 notre propre vie. &#8211; <strong>Sophie Renauld<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"martinez\"><\/a>J\u2019avais vraiment envie d\u2019\u00e9couter le texte de Shakespeare, ce roi trahi par ses deux enfants, abandonn\u00e9 dans le d\u00e9sert avec la seule compagnie de son Buffon. \u00a0Ce fou du roi, qui chante et dance la folie tragique de son propre ma\u00eetre. En plus c\u2019est une compagnie slave\u00a0! Alors l\u00e0 je n\u2019en pouvais plus, tout mon imaginaire th\u00e9\u00e2tral s\u2019est mis en route\u00a0: Tchekhov, Stanislavski, Vassiliev\u00a0! C\u2019est vrai, j\u2019avais trop d\u2019expectatives. Il ne faut pas. Il ne faut pas avoir des expectatives quand on va au th\u00e9\u00e2tre, parce qu\u2019apr\u00e8s, on est d\u00e9\u00e7u. Et pourtant, ils n\u2019ont pas mal commenc\u00e9. Le d\u00e9but promettait\u00a0: la sc\u00e8ne \u00e9tait \u00e0 poil. Et je dis \u00e0 poil parce qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas nue, elle \u00e9tait \u00e0 poil, c\u2019est-\u00e0-dire, qu\u2019on voyait tout\u00a0: le cr\u00e9pis du mur du fond, les projecteurs, le plafond, les entr\u00e9es, les sorties, la machinerie\u2026 Toute la tripaille th\u00e9\u00e2trale l\u00e0, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. J\u2019aime bien les sc\u00e8nes \u00e0 poil, elles sont plus faciles \u00e0 oublier\u2026 sauf celle-ci.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Au d\u00e9but, le jeu\u00a0 \u00e9tait organique, marrant, intrigant. On avait envie d\u2019en savoir plus, de se laisser emporter. Un homme et deux femmes commencent la pi\u00e8ce d\u2019une fa\u00e7on assez juste, intelligente, avec de l\u2019humour. Malheureusement, ces gens-l\u00e0 n\u2019\u00e9taient pas les com\u00e9diens, ils \u00e9taient les musiciens.<br \/>\nAlors, une fois que les musiciens se sont install\u00e9s dans leur petit sc\u00e9nario roulant, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leurs instruments, d\u2019un coup, rien ne s\u2019est arrang\u00e9\u00a0: la Mort entrant par la sortie de secours, la faux \u00e0 la main. \u00c7a y est, le premier degr\u00e9 est servi. \u00a0Ensuite, \u00e7a n\u2019est all\u00e9 que de pire en pire.\u00a0 Le texte de Shakespeare, il n\u2019y en avait pas, disparu. C\u2019\u00e9tait du \u00ab\u00a0gestuel\u00a0\u00bb. Ah, d\u2019accord. La mise en sc\u00e8ne, compl\u00e8tement incoh\u00e9rente, pour ne pas dire compl\u00e8tement rat\u00e9e, se voulait elle tr\u00e8s contemporaine, tr\u00e8s artistique, tr\u00e8s risqu\u00e9e. \u00a0Seulement, mettre un com\u00e9dien \u00e0 hurler, jeter de la farine dans l\u2019air comme si c\u2019\u00e9tait de la coca\u00efne ou jouer sur le symbolisme de la couleur rouge, tout cela n\u2019a rien de contemporain de nos jours, ni d\u2019artistique, ni de risqu\u00e9. C\u2019est tout simplement du g\u00e2chis. D\u2019ailleurs on pouvait entendre des phrases type \u00ab\u00a0mais c\u2019est quoi \u00e7a\u00a0?\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce qu\u2019ils font maintenant\u00a0?\u00a0\u00bb ou \u00abah, non, \u00e7a non s\u2019il-vous-pla\u00eet\u00a0!\u00a0\u00bb. J\u2019ai vraiment eu piti\u00e9 des pauvres com\u00e9diens.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Bon, apr\u00e8s la pause, de vingt minutes, je me suis dit, allez, une deuxi\u00e8me opportunit\u00e9, tout le monde la m\u00e9rite. Mais, je me suis (\u00e0 nouveau) tromp\u00e9e. N\u2019en pouvant plus, j\u2019ai voulu partir mais\u2026 Zut\u00a0! Mon bonnet et mes gants sont tomb\u00e9s entre les si\u00e8ges et il m\u2019a fallu attendre \u00a0la fin du spectacle. \u00a0Alors j\u2019ai attendu, contre ma volont\u00e9. J\u2019avais l\u2019impression que \u00e7a n\u2019en finissait plus ! Quand \u00e7a a (enfin\u00a0!) fini de terminer, j\u2019ai vraiment \u00e9t\u00e9 surprise de voir que le public applaudissait avec furie et\u00a0 qu\u2019ils criaient des hurrahs \u00e0 tue-t\u00eate\u00a0! Peut-\u00eatre s\u2019agissait-il d\u2019ovations pour les musiciens car, en fin de compte, ce sont eux qui ont rendu ces deux heures moyennement supportables. Ou peut-\u00eatre que tous les go\u00fbts sont vraiment dans la nature\u2026 &#8211; <strong>Raquel Martinez<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Le Monfort | En savoir plus Le Roi Lear &#8211; Prologue, d&rsquo;apr\u00e8s Shaskespeare, mise en sc\u00e8ne de Vlad Troitskyi au Th\u00e9\u00e2tre Monfort. La critique d&rsquo;Irena Derzhko La critique d&rsquo;Alexandre Lefebvre La critique d&rsquo;Ombeline Piednoel La critique de Sophie Renauld La critique de Raquel [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":10464,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[38,4],"tags":[],"class_list":["post-3828","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-le-monfort","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3828","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3828"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3828\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3828"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3828"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3828"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}