{"id":3836,"date":"2012-12-04T20:00:43","date_gmt":"2012-12-04T19:00:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=3836"},"modified":"2012-12-04T20:00:43","modified_gmt":"2012-12-04T19:00:43","slug":"carmen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=3836","title":{"rendered":"Carmen"},"content":{"rendered":"<p>Op\u00e9ra | Op\u00e9ra national de Paris | <a href=\"https:\/\/culturebox.francetvinfo.fr\/opera-classique\/opera\/carmen-en-vamp-peroxydee-a-l-opera-bastille-128959\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><strong><em>Carmen<\/em>, musique de Georges Bizet, direction musicale de Philippe Jordan et mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Yves Beaunesne \u00e0 l<a href=\"http:\/\/www.operadeparis.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">&lsquo;Op\u00e9ra national de Paris<\/a> (Bastille). <\/strong><\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#alix\">La critique d&rsquo;Adrien Alix<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#belouneh\">La critique de Marie-Nour Belouneh<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#bouyssarie\">La critique de Marianne Bouyssarie<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#debacq\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">La critique d&rsquo;Eric Debacq<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#pigache\">La critique de Caroline Pigache<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#cesar\">La critique de C\u00e9sar Valenzuela<\/a><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"alix\"><\/a>Pourquoi aller \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Bastille entendre Carmen ? Il y a ceux, d\u2019autant plus nombreux qu\u2019il s\u2019agit, ce mardi 4 d\u00e9cembre, d\u2019une nouvelle production, qui ne voudraient \u00e0 aucun prix manquer une transposition absurdement moderne du c\u00e9l\u00e9brissime chef-d\u2019oeuvre de Bizet. Il y a ceux \u2013 peut-\u00eatre les m\u00eames \u2013 qui, profitant de ce qu\u2019ils savent siffler l\u2019air de la Habanera, de la Garde montante, ou du Tor\u00e9ador, viennent accabler les chanteurs et les spectateurs voisins de leurs jugements \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce. J\u2019ai bien peur que ces spectateurs-l\u00e0 aient \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us. Ce soir, ni mise en sc\u00e8ne r\u00e9volutionnaire, ni pr\u00e9sence extraordinaire dans les r\u00f4les principaux. Faut-il pour autant, avec Berlioz (Les soir\u00e9es de l\u2019orchestre), \u00e9crire : \u00ab <em>on joue un op\u00e9ra fran\u00e7ais moderne tr\u00e8s-plat<\/em> \u00bb ? Non. Yves Beaunesne a eu l\u2019audace de la nuance.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Il serait vain en effet de pr\u00e9tendre renouveler compl\u00e8tement ce qui est aujourd\u2019hui un best-seller de l\u2019art lyrique. La mise en sc\u00e8ne prend le parti de la modernit\u00e9 en choisissant pour cadre du drame l\u2019Espagne de la transition d\u00e9mocratique ; mais rien n\u2019est outr\u00e9 et ne s\u2019impose \u00e0 l\u2019imaginaire. Le d\u00e9cor unique, un mur nu perc\u00e9 de fen\u00eatres en arcade \u00e0 la mani\u00e8re de Giorgio de Chirico, est cabaret, place du village ou entrep\u00f4t, selon l\u2019\u00e9clairage. Sous la charpente m\u00e9tallique apparente prennent place deux \u00e9pisodes de liesse populaire, la cour des miracles des zingaros, et l\u2019ar\u00e8ne de S\u00e9ville, v\u00e9ritables f\u00eates visuelles o\u00f9 se m\u00ealent les circassiens, les chariots de Carnaval et la ronde bigarr\u00e9e des enfants.<br \/>\nMais ce grotesque sublim\u00e9 ne se retrouve pas enti\u00e8rement dans la direction de Philippe Jordan, au demeurant pr\u00e9cise et \u00e9l\u00e9gante. L\u2019Orchestre de l\u2019Op\u00e9ra National de Paris, tour-\u00e0-tour tragique, entra\u00eenant et myst\u00e9rieux, est irr\u00e9prochable ; peut-\u00eatre trop pour les accents v\u00e9ritablement populaires de la partition la plus c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019op\u00e9ra fran\u00e7ais.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Depuis la cr\u00e9ation de Carmen en 1875, l\u2019ann\u00e9e de la mort du compositeur, les plus grandes voix se sont essay\u00e9es \u00e0 incarner l\u2019h\u00e9ro\u00efne de la nouvelle de Prosper M\u00e9rim\u00e9e, femme fatale diabolique, ou bien \u00e9g\u00e9rie de la libert\u00e9. Entre ces deux extr\u00eames, Anna Caterina Antonacci ne tranche pas et se montre fid\u00e8le avant tout \u00e0 la musique. Certes, elle tend aux gamins fascin\u00e9s une pomme \u00e0 croquer ; mais, \u00e0 la fin de l\u2019acte trois, seule en sc\u00e8ne, elle contemple en silence le gouffre de son destin tragique : \u00ab <em>Jamais Carmen ne c\u00e8dera, Libre elle est n\u00e9e Et libre elle mourra<\/em>. \u00bb<br \/>\nSemblable aux actrices du cin\u00e9ma de Pedro Almod\u00f3var, dont elle porte la perruque blonde platine, cette Carmen laisse donc au spectateur le choix de l\u2019interpr\u00e9tation ; c\u2019est \u00e9galement le m\u00e9rite principal des partis-pris de mise en sc\u00e8ne. Si cette production est parfois un peu terne, \u00e0 l\u2019image du Don Jos\u00e9 faiblard de Nikolai Schukoff, les personnages de second plan offrent en revanche de belles \u00e9motions. Ainsi la douce Micaela (Genia K\u00fchmeier) s\u00e9duit-elle, envelopp\u00e9e dans son imperm\u00e9able bleu ciel ; et, plus loin, le trio de Carmen, Mercedes et Frasquita r\u00e9v\u00e8le l\u2019ironie cruelle du livret de Meilhac et Hal\u00e9vy. &#8211; <strong>Adrien Alix <\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"belouneh\"><\/a>Apr\u00e8s 10 ans d&rsquo;absence, l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille retrouvait le 4 d\u00e9cembre pour sa premi\u00e8re, ce chef d&rsquo;\u0153uvre lyrique et composition majeure de George Bizet inspir\u00e9e d&rsquo;une nouvelle de Prosper M\u00e9rim\u00e9e qu&rsquo;est <em>Carmen<\/em>, l&rsquo;op\u00e9ra fran\u00e7ais le plus jou\u00e9 \u00e0 travers le monde. L&rsquo;enjeu de sa r\u00e9invention \u00e9tait de taille et la pression grande face au public de Bastille pour cette nouvelle pr\u00e9sentation que l&rsquo;\u00e9quipe artistique avait voulu annoncer comme \u00ab\u00a0contemporaine\u00a0\u00bb. De fait, d\u00e8s les premi\u00e8res minutes, le parti pris d&rsquo;Yves Beaunesne, le metteur en sc\u00e8ne appara\u00eet clair\u00a0: donner \u00e0 cette intrigue du XIXe si\u00e8cle une atmosph\u00e8re d&rsquo;une tonalit\u00e9 particuli\u00e8rement moderne, celle de la Movida, ce mouvement culturel cr\u00e9atif haut en couleur de l&rsquo;Espagne post-franquiste.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">C&rsquo;est une Carmen blonde aux allures de Marilyn, incarn\u00e9e par l&rsquo;italienne Anna Caterina Antonnaci qui, maintes fois d\u00e9j\u00e0, a interpr\u00e9t\u00e9 le r\u00f4le-type, qui nous est pr\u00e9sent\u00e9e. Loin de l&rsquo;image traditionnelle et fantasm\u00e9e de la boh\u00e9mienne andalouse rebelle, brune \u00e0 la peau sombre, elle n&rsquo;en campe pas moins une <em>zingara<\/em> intelligemment r\u00e9volt\u00e9e et sensuelle. En fait preuve le sadisme manipulateur avec lequel elle accuse Jos\u00e9 de ne pas l\u2019aimer alors qu\u2019il vient de lui faire la plus d\u00e9sarmante des d\u00e9clarations. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, tout ce qui \u00ab\u00a0sent trop l&rsquo;imagerie espagnole\u00a0\u00bb a ici entendu \u00eatre syst\u00e9matiquement \u00e9vacu\u00e9, comme l&rsquo;avait pr\u00e9venu Y. Beaunesne en pr\u00e9ambule. Des figurants travestis aux couleurs criardes, une faune bigarr\u00e9e et ubuesque r\u00e9unie dans le dernier acte pour c\u00e9l\u00e9brer la feria dont le point de mire est le torero Escamillo, dernier ravisseur du c\u0153ur de la belle, \u00e9voquent l&rsquo;univers rocambolesque d&rsquo;un Pedro Almod\u00f3var, figure de proue de cette Movida.<br \/>\nParall\u00e8lement, on a voulu pour <em>Carmen<\/em> une version \u00e9pur\u00e9e, sobre, l\u00e9g\u00e8re, sans les r\u00e9citatifs instrument\u00e9s, au plus pr\u00e8s de la sveltesse qui va \u00e0 M\u00e9rim\u00e9e et voulue par Bizet, avec son ex\u00e9cution instrumentale sous l&rsquo;orchestration de Philippe Jordan quasi irr\u00e9prochable, magique (!).<br \/>\nLa mise en sc\u00e8ne est peu commune, une figuration et des ch\u0153urs d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment voyants, un dispositif d\u00e9coratif quasi unique\u00a0; la place d&rsquo;un petit village espagnol sans identit\u00e9 pr\u00e9cise, reconverti rapidement en une gare d\u00e9saffect\u00e9e \u00e0 la fronti\u00e8re. Jusqu&rsquo;\u00e0 la sc\u00e8ne finale de l&rsquo;assassinat de Carmen par Don Jos\u00e9, suppos\u00e9e se d\u00e9rouler derri\u00e8re les ar\u00e8nes d&rsquo;o\u00f9 monte la clameur accompagnant le triomphe d&rsquo;Escamillo, le cadre se veut assaini, limit\u00e9 ici \u00e0 une mise en lumi\u00e8re t\u00e9nue des deux protagonistes face \u00e0 la sc\u00e8ne, \u00e0 leur destin tragique. Certains \u00e9pisodes et dialogues ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s pour \u00eatre remplac\u00e9s par d&rsquo;autres, comme la sc\u00e8ne des contrebandiers, \u00e0 laquelle se substitue le sublime solo de la jeune Micaela, amoureuse \u00e9plor\u00e9e de Jos\u00e9 et figure dramaturgique de la femme d\u00e9vou\u00e9e, interpr\u00e9t\u00e9e par Genia K\u00fchmeier, qui r\u00e9v\u00e8le ici une nature d&rsquo;une dimension toute nouvelle\u00a0: celle d&rsquo;une femme courageuse au fort caract\u00e8re. Don Jos\u00e9 aussi n&rsquo;est pas en reste qui acquiert sous l&rsquo;influence de Beaunesne, l&rsquo;\u00e9toffe d&rsquo;un personnage plus complexe, plus noble et farouche \u00e0 la fois, que dans la composition de Bizet.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Plac\u00e9e sous le signe de l&rsquo;audace, cette nouvelle repr\u00e9sentation de Carmen aura &#8211; c&rsquo;est le moins que l&rsquo;on puisse dire &#8211; suscit\u00e9 le d\u00e9bat et des r\u00e9actions tr\u00e8s mitig\u00e9es au sein du public\u00a0: surprise et admiration chez les uns, indignation et r\u00e9volte chez les autres. L&rsquo;essence de l&rsquo;\u0153uvre aura pourtant \u00e9t\u00e9 ind\u00e9niablement rendue\u00a0: celle d&rsquo;un face \u00e0 face \u00e9rotique et mortif\u00e8re entre une boh\u00e9mienne sulfureuse et affranchie et son malheureux amant, et le sentiment que, comme l&rsquo;a \u00e9crit Nietzsche, \u00a0\u00ab\u00a0L&rsquo;aveugle destin p\u00e8se sur Carmen\u00a0\u00bb, que \u00ab\u00a0son bonheur est bref, soudain, sans merci\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0qu&rsquo;enfin l\u2019amour, l\u2019amour re-transpos\u00e9 dans la nature originelle ! L\u2019amour con\u00e7u comme un fatum, une fatalit\u00e9, l\u2019amour cynique, innocent, cruel ! L\u2019amour, dans ses moyens la guerre, dans son principe la haine mortelle des sexes\u00a0\u00bb s&rsquo;impose.<br \/>\nLes grands moments de l&rsquo;\u0153uvre ont \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9s : le ch\u0153ur des enfants <em>Dans la garde montante<\/em> assur\u00e9 par les enfants de la Ma\u00eetrise, celui des cigari\u00e8res<em> Dans l&rsquo;air, nous suivons des yeux<\/em>, <em>L&rsquo;amour est un oiseau rebelle <\/em>d\u00e9roule sa chromatique descente,\u00a0 la s\u00e9guedille<em> Pr\u00e8s des remparts de S\u00e9ville, <\/em>la chanson boh\u00e8me de l&rsquo;acte II, le cri de libert\u00e9 magnifique du Danca\u00efre, le d\u00e9licieux pr\u00e9lude de l&rsquo;acte III, duo \u00e9vocateur pour fl\u00fbte et harpe, le trio des cartes, ou encore le <em>\u00ab\u00a0Si tu m&rsquo;aimes Carmen\u00a0\u00bb<\/em> d&rsquo;Escamillo, beau \u00e0 en pleurer. N&rsquo;en d\u00e9plaise \u00e0 certains, la Carmen d&rsquo;Yves Beaunesne est une invitation au risque et au r\u00eave dans une soci\u00e9t\u00e9 qui ne parle que de peurs. &#8211; <strong>Marie-Nour Belouneh<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"bouyssarie\"><\/a>Premi\u00e8re du plus fameux op\u00e9ra de toute l&rsquo;histoire de la musique avec la mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Yves Beaunesne : n&rsquo;ayant jamais assist\u00e9 auparavant \u00e0 une repr\u00e9sentation de cette oeuvre c\u00e9l\u00e9brissime, je ne peux que m&rsquo;enthousiasmer d&rsquo;avance, et avec raison. L&rsquo;ouverture suffit \u00e0 susciter l&rsquo;enchantement, ces quelques minutes de musique orchestrale, pure merveille artistique sous la direction de Philippe Jordan, valent \u00e0 elles seules le d\u00e9placement. Et c&rsquo;est cette qualit\u00e9 que l&rsquo;on retrouve et qui nous guide tout au long de la repr\u00e9sentation, pour le plus grand bonheur des oreilles.<br \/>\nMais entrent en sc\u00e8ne les premiers personnages dans un d\u00e9cor qui ne peut que d\u00e9router \u00e0 premi\u00e8re vue : quelle nudit\u00e9, quel d\u00e9pouillement ! Telle modernit\u00e9 du d\u00e9cor et des costumes, car assur\u00e9ment on est loin du cadre d\u00e9crit dans la nouvelle de Prosper M\u00e9rim\u00e9e, r\u00e9sulte \u00e0 n&rsquo;en pas douter d&rsquo;un souci de concentrer l&rsquo;attention sur la musique en soi et c&rsquo;est r\u00e9ussi. En effet, l&rsquo;oeil n&rsquo;est distrait ni par des accessoires superflus ni d\u00e9bauch\u00e9 par des effets sc\u00e9niques outranciers. Certes cette simplicit\u00e9 ne semble pas plaire \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9, mais n&rsquo;est-ce pas la musique avant tout qui doit primer \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra, bien plus que le divertissement, propre \u00e0 n&rsquo;\u00e9blouir que les faux amateurs ? Voil\u00e0 en tout cas l&rsquo;opinion de Nietzsche, qui dans <i>Le Cas Wagner <\/i>s&rsquo;insurgeait contre l&rsquo;exc\u00e8s du spectaculaire chez le compositeur allemand et rappelait la pr\u00e9valence de l&rsquo;artistique sur le sensationnel.\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<div style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Car ici c&rsquo;est bien la passion de Carmen qui nous m\u00e8ne du d\u00e9but jusqu&rsquo;\u00e0 la fin et ce, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;envo\u00fbtante interpr\u00e9tation d&rsquo;Anna Caterina Antonacci, qui nous livre une voix et un jeu parfaits. \u00c0 en juger par les hu\u00e9es et sifflets finaux, tout le monde ne partage pas cet avis : la voix est-elle trop faible, le son trop bas ? Reconnaissons qu&rsquo;il faut parfois tendre l&rsquo;oreille pour saisir toutes les subtiles nuances et modulations du chant de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne ; oui, mais cela en vaut la peine et jamais sentiments ne se sont exprim\u00e9s avec autant de ferveur et sur un accent si vrai, lors donc les percevoir demande un effort d&rsquo;\u00e9coute particulier mais dont on est infiniment mieux r\u00e9compens\u00e9 qu&rsquo;en ce qui concerne la Micaela de Genia K\u00fchmeier : voix puissante et sans demi-mesure ni d\u00e9faillance, comme il convient \u00e0 ce personnage pragmatique et bien ancr\u00e9 dans les r\u00e9alit\u00e9s terrestres.<br \/>\nCe talent est sans conteste salu\u00e9 pour son infaillibilit\u00e9 et sa constance presque parfaite, mais qu&rsquo;a-t-il de commun avec la sensibilit\u00e9 charmante de Carmen, r\u00f4le passionn\u00e9 et \u00e9pris, o\u00f9 pr\u00e9dominent la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 \u00e0 tout prix, l&rsquo;\u00e9motion dans ses caprices et ses revers incessants ? Malgr\u00e9 la provocante chevelure blonde, le spectateur averti ne se laisse pas d\u00e9contenancer, et l&rsquo;accent hispanique et sensuel, bien pr\u00e9sent, nous enveloppe ; l&rsquo;inconstance du caract\u00e8re de la protagoniste se ressent dans les touchantes inflexions de son chant qui nous r\u00e9v\u00e8le \u00ab\u00a0les mouvements lyriques de l&rsquo;\u00e2me\u00a0\u00bb, ainsi que le dirait Baudelaire. Qu&rsquo;y a-t-il de plus po\u00e9tique que cette boh\u00e9mienne qui nous offre le contenu de son coeur, au bord de ses l\u00e8vres ?<br \/>\nLa vie de Carmen ne tient qu&rsquo;\u00e0 un fil, celui de ses passions et c&rsquo;est ce qui donne \u00e0 sa voix tant de vibrations et de profondeur. Au contraire, le jeu de Nikolai Schukoff en Don Jos\u00e9, plat et sans relief (mais peut-\u00eatre \u00e0 dessein, Beaunesne voulant laisser la part belle \u00e0 sa partenaire), laisse froid, tout autant que sa performance vocale non irr\u00e9prochable, sinon d\u00e9cevante au regard des autres chanteurs. Mails il ne faut pas oublier que la personnalit\u00e9 mesquine du personnage requiert par nature cette inf\u00e9riorit\u00e9 et notamment face \u00e0 la splendeur magnifique du tor\u00e9ador que joue Ludovic T\u00e9zier, dont on regrette que la part soit d&rsquo;une si courte dur\u00e9e !<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Somme toute, fabuleuse prestation de l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris que cette interpr\u00e9tation de <i>Carmen<\/i>, avec mention toute particuli\u00e8re pour Philippe Jordan et son orchestre qui nous transportent pendant toute la repr\u00e9sentation, et bien s\u00fbr pour Anna Caterina Antonacci dont la performance, par son pouvoir de s\u00e9duction, ne d\u00e9savoue nullement le nom de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, bien au contraire. Mais encore des remerciements au metteur en sc\u00e8ne pour sa simplicit\u00e9, la plus \u00e0 m\u00eame de nous faire appr\u00e9cier un grand op\u00e9ra, qui a d&rsquo;abord pour fonction de se laisser \u00e9couter et d&rsquo;\u00eatre \u00e9prouv\u00e9 dans ses dimensions artistique et po\u00e9tique, avant que d&rsquo;\u00eatre vu. &#8211; <strong>Marianne Bouyssarie<\/strong><\/span><\/div>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><a name=\"debacq\"><\/a>Mardi 4 d\u00e9cembre 2012. Date fatidique pour l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris! On joue un mythe national : <i style=\"font-size: 10pt\">Carmen<\/i> de Georges Bizet. On fait appel \u00e0 une star des planches lyriques : Maria Caterina Antonacci, qui conna\u00eet son r\u00f4le-titre sur le bout des doigts. On cr\u00e9e de nouveaux d\u00e9cors et accessoires, un jeune premier (Yves Beaunesne) se charge de la mise en sc\u00e8ne, un autre (Philippe Jordan) dirige l&rsquo;orchestre. Ce savant m\u00e9lange de vedettes aguerries et de nouveaux talents doit assurer le spectacle. Et patatra. Le rideau tombe, apr\u00e8s deux heures et demie de repr\u00e9sentation (on ne compte pas l&rsquo;entracte), une partie du public siffle et hue, l&rsquo;autre, tir\u00e9e brusquement du sommeil, applaudit sans conviction.<br \/>\nLorsque Maria Caterina Antonacci et Nikolai Schukoff (jouant Dom Jos\u00e9) saluent le public, le m\u00e9contentement monte d&rsquo;un ton. Lorsque le metteur de sc\u00e8ne montre le bout de son nez, l&rsquo;hostilit\u00e9 est \u00e0 son comble, partout, du premier au dernier rang et d&rsquo;un balcon \u00e0 l&rsquo;autre, retentit une clameur, un mugissement plaintif, une vomissure d&rsquo;arp\u00e8ges. Les chanteurs, au milieu de cette temp\u00eate extraordinaire, se regardent, perdus. La grande Antonacci, jadis adul\u00e9e au Met et \u00e0 Covent Garden, \u00e9clate en sanglots. Beaunesne, droit comme un piquet, pique un fard. Dans la pr\u00e9cipitation, pour \u00e9touffer le scandale, on baisse le rideau alors que les chanteurs, dans un sursaut de combativit\u00e9, amorcent un deuxi\u00e8me salut, rires et sifflets dans la salle, les lumi\u00e8res \u00e9clairent une foule qui se presse vers les sorties, soulag\u00e9e d&rsquo;avoir puni les auteurs d&rsquo;un massacre.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">C&rsquo;\u00e9tait effectivement une Carmen rat\u00e9e :<i> <\/i>d\u00e9bauch\u00e9e (de moyens) et pauvre (d&rsquo;effets). Beaunesne, \u00e7a cr\u00e8ve les yeux, a voulu choquer le bourgeois en donnant un s\u00e9rieux coup de lifting \u00e0 l&rsquo;oeuvre plus que centenaire de Georges Bizet. Alors, on d\u00e9cide que Carmen porte une perruque blonde p\u00e9roxyd\u00e9e et une robe d&rsquo;\u00e9t\u00e9 blanche, comme si la pauvre cigari\u00e8re sortait d&rsquo;une soir\u00e9e VIP \u00e0 bord du yacht Bollor\u00e9, alors on plante le d\u00e9cor dans l&rsquo;Espagne de la <i>movida <\/i>avec drag queens et patte d&rsquo;\u00e9ph&rsquo;, rendant les enjeux moraux de l&rsquo;histoire l\u00e9g\u00e8rement bancals. Mais pourquoi tout \u00e7a? Myst\u00e8re&#8230;<br \/>\nDans un r\u00f4le qu&rsquo;elle a sublim\u00e9 \u00e0 Covent Garden en 2006, Maria Caterina Antonacci n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur cette fois-ci. Affubl\u00e9e de sa perruque, la gitane \u00e0 l&rsquo;esprit railleur \u00e9tait perdue dans une foule de figurants et sa petite voix \u00e9tait souvent couverte par l&rsquo;orchestre. Elle qui devait charmer et envo\u00fbter le droit Dom Jos\u00e9 ainsi que toute la salle, la Carmen tour \u00e0 tour gouailleuse, mutine, fi\u00e8re, triste, exalt\u00e9e mais toujours solaire et un peu sorci\u00e8re restait statique, comme fatigu\u00e9e d&rsquo;\u00eatre Carmen. Nikolai Schukoff, fade lui aussi, peinait \u00e0 interpr\u00e9ter un homme tiraill\u00e9 entre amour et devoir. \u00c0 eux deux, ils formaient un couple bizarre et fortuit, comme le fruit d&rsquo;un mariage organis\u00e9, alors que \u00e7a doit \u00eatre tout le contraire.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\">Cette repr\u00e9sentation exasp\u00e9rante a \u00e9t\u00e9 quelque peu sauv\u00e9e de la noyade par les excellents seconds r\u00f4les, notamment celui de Ludovic T\u00e9zier qui, quoique sadiquement d\u00e9guis\u00e9 en Elvis Presley (mais pourquoi?&#8230;), campe parfaitement le tor\u00e9ador Escamillo. Son air, l&rsquo;un des plus connus de l&rsquo;op\u00e9ra, rec\u00e8le un enseignement \u00e0 tirer de cette premi\u00e8re cataclysmique. Si on change quelques mots \u00e7a devient : <em>\u00ab<\/em>\u00a0<em>Tor\u00e9ador! En garde, tor\u00e9ador! Et songe bien, oui, songe en chantant qu&rsquo;un oeil noir te regarde et que le public t&rsquo;attend&#8230;\u00a0\u00bb<\/em> &#8211; <strong>Eric Debacq<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"pigache\"><\/a>Mardi 4 d\u00e9cembre 2012 avait lieu \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Bastille la premi\u00e8re repr\u00e9sentation de la nouvelle production de Carmen par l\u2019Op\u00e9ra de Paris mise en sc\u00e8ne par Yves Beaunesne. Copieusement hu\u00e9e par un public exigeant, cette version \u00e9tait la troisi\u00e8me propos\u00e9e \u00e0 la Bastille. Aucune des trois n\u2019a v\u00e9ritablement convaincu. Mais contrairement \u00e0 ce qu\u2019en disent de nombreux commentaires assassins, ce spectacle nous a r\u00e9serv\u00e9 de belles surprises.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><strong>L\u2019Espagne de la Movida\u00a0: un parti pris audacieux et int\u00e9ressant<\/strong><br \/>\nYves Beaunesne situe l\u2019action dans l\u2019Espagne tout juste r\u00e9veill\u00e9e de Franco, dans un d\u00e9cor unique d\u2019usine d\u00e9saffect\u00e9e. Cet audacieux parti pris fonctionne \u00e0 merveille. Les personnages \u00e9mancip\u00e9s aux tenues d\u00e9lirantes et color\u00e9es (Escamillo en Elvis Presley) contrastent avec ceux plus conventionnels de Don Jos\u00e9 et Micaela et dynamisent la mise en sc\u00e8ne. L\u2019acte I est particuli\u00e8rement r\u00e9ussi avec des mouvements recherch\u00e9s comme la chor\u00e9graphie des enfants ou l\u2019arriv\u00e9e de Micaela \u00e0 v\u00e9lo qui semble dessiner les m\u00e9andres de l\u2019action \u00e0 venir. Ce choix fonctionne moins bien aux actes II et III, o\u00f9 les boh\u00e9miens disparaissent au profit d\u2019une sorte de Gay Pride d\u00e9lur\u00e9e, mais laisse place lors de la sc\u00e8ne finale \u00e0 une belle trouvaille pleine de sens\u00a0: Don Jos\u00e9 ne poignarde pas Carmen mais l\u2019\u00e9trangle avec la robe de mari\u00e9e jaunie de sa m\u00e8re. Bref, de belles id\u00e9es qui nous am\u00e8neraient presque \u00e0 pardonner ce que le public a v\u00e9cu comme une injure\u00a0: Carmen est blonde. Le metteur en sc\u00e8ne voulait \u00ab\u00a0des sentiments, pas du folklore\u00a0\u00bb. Le folklore a certes disparu, mais les sentiments aussi, et c\u2019est bien l\u00e0 le probl\u00e8me.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><strong>Des \u00e9motions trop peu pr\u00e9sentes<\/strong><br \/>\nNous avions ce soir-l\u00e0 des interpr\u00e8tes de choix, tr\u00e8s attendus\u00a0: Anna Caterina Antonacci avait d\u00e9j\u00e0 interpr\u00e9t\u00e9 le r\u00f4le de la belle cigari\u00e8re au Capitole de Toulouse, \u00e0 <em>Covent Garden<\/em> et \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Comique avec beaucoup de succ\u00e8s, tandis que Nikola\u00ef Schukoff avait assur\u00e9 toute la promo de l\u2019op\u00e9ra. Pourtant, leur interpr\u00e9tation a d\u00e9\u00e7ue. Vocalement, on esp\u00e9rait beaucoup mieux (Nikola\u00ef Schukoff lui-m\u00eame semblait d\u00e9sol\u00e9 de sa prestation lors des saluts), la voix de Carmen n\u2019\u00e9tait pas assez g\u00e9n\u00e9reuse. R\u00e9sultat\u00a0: les r\u00f4les secondaires (Ludovic T\u00e9zier en Escamillo, un peu trop statique, mais surtout Genia K\u00fchmeier en Micaela, \u00e0 la voix sublime et l\u00e9g\u00e8re), qui ont assum\u00e9 leur statut de chanteurs d\u2019op\u00e9ra, ont fait appara\u00eetre les r\u00f4les de Don Jos\u00e9 et Carmen presque fades. Ce n\u2019est pas qu\u2019un probl\u00e8me vocal, entendons-nous bien\u00a0: malgr\u00e9 de bons choix de mise en sc\u00e8ne, jamais nous n\u2019avons senti l\u2019\u00e9motion\u00a0: lorsque de la sc\u00e8ne de s\u00e9duction de Carmen captive, tout para\u00eet feint et artificiel, les contacts visuels sont bien trop rares. La sc\u00e8ne finale, si pleine de ressource, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e par une tension progressive de la part des chanteurs dans les minutes pr\u00e9c\u00e9dentes. Et c\u2019est g\u00e2ch\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><strong>Un public trop exigeant<\/strong><br \/>\nMais cet op\u00e9ra ne m\u00e9ritait pas d\u2019\u00eatre hu\u00e9. Une premi\u00e8re est toujours \u00e9prouvante pour les artistes, et l\u2019on peut leur souhaiter d\u2019\u00eatre au meilleur de leur forme pour les repr\u00e9sentations suivantes. On peut aussi attendre avec impatience l\u2019interpr\u00e9tation de Karine Deshaye qui interpr\u00e8te Carmen en alternance avec Anna Caterina Antonacci. Nous avons d\u00e9couvert dans cet op\u00e9ra deux merveilles\u00a0: la voix splendide de Genia K\u00fchmeier qu\u2019on n\u2019attendait pas et la somptueuse interpr\u00e9tation de l\u2019ouverture par l\u2019orchestre dirig\u00e9 par Philippe Jordan. Nous avons d\u00e9couvert aussi une triste r\u00e9alit\u00e9\u00a0: le public parisien vient aux premi\u00e8res pour juger. Nous pr\u00e9f\u00e9rons venir aux premi\u00e8res pour \u00eatre surpris et s\u2019\u00e9merveiller du travail r\u00e9alis\u00e9, de l\u2019investissement partag\u00e9. &#8211; <strong>Caroline Pigache<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"cesar\"><\/a>\u00ab <em>L\u2019amour est un oiseau rebelle<\/em> \u00bb. Cette phrase de la habanera de Carmen,\u00a0 le chef d\u2019\u0153uvre de Georges Bizet jou\u00e9e cette fois \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Bastille, est probablement connue par c\u0153ur par la plupart du public du 4 d\u00e9cembre dernier. Apr\u00e8s sa premi\u00e8re en 1875 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Comique de Paris, Carmen est devenu la pi\u00e8ce du r\u00e9pertoire fran\u00e7ais qui compte le plus grand nombre des repr\u00e9sentations au monde.<br \/>\nCette pi\u00e8ce est une trag\u00e9die en quatre actes, d\u2019o\u00f9 les allusions \u00e0 l\u2019inexorabilit\u00e9 du destin des personnages pendant l\u2019\u0153uvre. Carmen, une boh\u00e9mienne, arrive \u00e0 une manufacture de tabac en Seville et blesse l\u2019un des soldats de garde. Don Jos\u00e9, un brigadier dont une jeune fille appel\u00e9e Mica\u00ebla est amoureuse, prend charge de Carmen mais d\u00e8s qu\u2019ils restent seuls la passion surgit. Il la laisse s\u2019\u00e9chapper non sans avoir fix\u00e9 rendez-vous pour se retrouver encore une fois. Deux mois apr\u00e8s, dans une taverne, Carmen fait connaissance du torero Escamillo qui essaie de la s\u00e9duire. L\u00e0, elle retrouve Don Jos\u00e9 et s\u2019enfuit avec lui et les contrebandiers. Mais Don Jos\u00e9 regrettera d\u2019avoir tout abandonn\u00e9 pour Carmen. Il la quitte d\u00e8s qu\u2019il est mis au courant par Mica\u00ebla de la mort imminente de sa m\u00e8re. Le jour de la corrida d\u2019Escamillo, Don Jos\u00e9 et Carmen se revoient. Elle le rejette en disant que son vrai amour est le torero et en jetant la bague que Don Jos\u00e9 lui avait offerte. Furieux, il finit par la tuer.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Carmen est une histoire de libert\u00e9 qui montre comment l\u2019esprit boh\u00e9mien et amoureux ne peut pas \u00eatre contr\u00f4l\u00e9, il ne veut que s\u2019envoler. \u00ab La chose enivrante : la libert\u00e9 \u00bb, chante Carmen, jou\u00e9 par Anna Caterina Antonacci et la suit le ch\u0153ur de boh\u00e9miens et de contrebandiers \u00e0 la fin du deuxi\u00e8me acte, lorsque Don Jos\u00e9 (Nikolai Schukoff) accepte de les suivre dans la montagne. Toutefois, il semble que le metteur en sc\u00e8ne, Yves Beaunesne ne s\u2019est pas laiss\u00e9 enivrer par la libert\u00e9 inondant cette histoire. Il n\u2019y eut aucune surprise, la mise en sc\u00e8ne a surtout \u00e9vit\u00e9 les risques, sauf celui de pr\u00e9senter une Carmen presque contemporaine, \u00e0 la Marylin Monroe : blonde sensuelle portant des robes s\u00e9ductrices (dont le d\u00e9calage avec le reste des costumes et l\u2019ambiance de la sc\u00e8ne, plut\u00f4t adapt\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019histoire, \u00e9tait vaguement justifi\u00e9). Comme Monroe, elle rejoignait en soi la s\u00e9duction et la fragilit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">L\u2019utilisation des couleurs \u00e9tait cependant l\u2019une des cl\u00e9s de la mise en sc\u00e8ne. Carmen, par exemple, porte le signe de la fatalit\u00e9 : sa robe est noire lorsqu\u2019elle arrive \u00e0 la manufacture de tabac, ce qui annonce le destin qui l\u2019attend (r\u00e9affirm\u00e9 apr\u00e8s dans les pr\u00e9dictions de Mercedes et Fresquita), tandis que la vivacit\u00e9 des v\u00eatements des enfants, boh\u00e9miens, prostitu\u00e9es, marchands remplissent petit \u00e0 petit la sc\u00e8ne. Ils contribuent avec Carmen \u00e0 vivifier la vie grise des soldats, mais c\u2019est elle qui d\u00e9sormais marque les mouvements de la sc\u00e8ne, qui fixe ou fait bouger la lumi\u00e8re, aussi comme elle plie la volont\u00e9 de Don Jos\u00e9. Elle est la rebelle.<br \/>\nL\u2019innocence de Mica\u00ebla (Genia K\u00fchmeier) \u00e9tait symbolis\u00e9e par le blanc et le bleu. Ces couleurs repr\u00e9sentaient l\u2019espoir de la jeunesse, la vertu et l\u2019amour pur. La libert\u00e9 dans le cas de Mica\u00ebla n\u2019est pas celle de voyager sans destination, comme les boh\u00e9miens, mais celle de rester fid\u00e8le \u00e0 ses principes et ses sentiments. Sa \u00ab r\u00e9volte \u00bb est celle d\u2019aimer sans blesser les autres.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">K\u00fchmeier a \u00e9t\u00e9 applaudie avec de l\u2019enthousiasme. Le public a aussi bien re\u00e7u l\u2019orchestre, dirig\u00e9 par le suisse Phillipe Jordan. En revanche, les gestes pour Antonacci ont \u00e9t\u00e9 assez modestes m\u00eame si elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 hu\u00e9e comme son coll\u00e8gue Schukoff (il s\u2019est excus\u00e9 en signalant sa gorge). Mais le public a exprim\u00e9 avec encore plus de rage son m\u00e9content lorsque Beaunesne est sorti. Apparemment, ils s\u2019y attendaient. Le rideau est tomb\u00e9 d\u00e9finitivement en \u00e9vitant le traditionnel deuxi\u00e8me tour d\u2019applaudissements. Pour ma premi\u00e8re exp\u00e9rience de spectateur d\u2019op\u00e9ra parisien, j\u2019avoue avoir \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9 par la \u00ab sinc\u00e9rit\u00e9 \u00bb du public. J\u2019ai demand\u00e9 aux filles \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une \u00ab fa\u00e7on locale \u00bb\u00a0 d\u2019exprimer la satisfaction, mais la signification des hu\u00e9es est bien s\u00fbr universelle. Le public parisien lui aussi est un oiseau rebelle. &#8211; <strong>C\u00e9sar Valenzuela<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Op\u00e9ra | Op\u00e9ra national de Paris | En savoir plus &nbsp; Carmen, musique de Georges Bizet, direction musicale de Philippe Jordan et mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Yves Beaunesne \u00e0 l&lsquo;Op\u00e9ra national de Paris (Bastille). La critique d&rsquo;Adrien Alix La critique de Marie-Nour Belouneh La critique de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":10461,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,3],"tags":[],"class_list":["post-3836","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-opera","category-opera-national-de-paris"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3836","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3836"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3836\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3836"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3836"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3836"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}