{"id":4099,"date":"2013-12-12T20:00:21","date_gmt":"2013-12-12T19:00:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=4099"},"modified":"2013-12-12T20:00:21","modified_gmt":"2013-12-12T19:00:21","slug":"meine-faire-dame","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=4099","title":{"rendered":"Meine Faire Dame"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | <a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/2012-2013\/spectacles\/meine-faire-dame-ein-sprachlabor\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une explosion de joie r\u00e9sonne. Une onde magique se propage dans la salle des Ateliers Berthiers. A quoi venons-nous d&rsquo;assister ? A un \u00e9trange ballet de voix dans un \u00e9trange espace, mi-salle de classe avec laboratoire de langue, mi-petit conservatoire de musique. Nous sommes chez le suisse Christoph Marthaler, sa fid\u00e8le sc\u00e9nographe Anna Viebrock a cr\u00e9\u00e9 comme toujours un espace hybride o\u00f9 plusieurs lieux cohabitent parfaitement. Une bo\u00eete \u00e0 r\u00eaves. Moins d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments que d&rsquo;habitude, le r\u00e9cit devrait donc \u00eatre plus clair. Un th\u00e8me brumeux, et un spectacle de Marthaler se transforme en festival de silences abscons. Un fond lisible, et l\u2019\u00e9motion jaillit superbement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette fois-ci, cinq personnes sont r\u00e9unies pour une le\u00e7on de langue, sous l&rsquo;\u00e9gide d&rsquo;un professeur, qui n&rsquo;est autre que ce bon professeur Higgins, que cin\u00e9philes et amateurs de com\u00e9die musicale connaissent par c\u0153ur. Dans My fair Lady, le classique de George Cukor, il est interpr\u00e9t\u00e9 par l\u2019oscaris\u00e9 Rex Harrison, et il a pour mission d&rsquo;enseigner \u00e0 une fille de la rue jolie comme Audrey Hepburn le beau langage. Il semble bien fatigu\u00e9 ici, notre Professeur Higgins. La le\u00e7on commence, il s&rsquo;\u00e9nerve, et, image sublime, une cr\u00e9ature de Frankenstein entre sur sc\u00e8ne par la gauche et vient s&rsquo;installer sur un petit orgue. \u00ab\u00a0I&rsquo;ve done it !\u00a0\u00bb s&rsquo;exclame Higgins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les symboles de sa d\u00e9ch\u00e9ance vont \u00eatre l\u00e9gion au cours du spectacle. Chute dans les escaliers, trio de chanteurs fredonnant le \u00ab\u00a0Poor professor Higgins\u00a0\u00bb du film, alcool, chants fun\u00e8bres classiques\u2026 Il va \u00eatre la victime de petites sc\u00e8nes burlesques. Au final, il sera r\u00e9duit \u00e0 la qualit\u00e9 de personne \u00e2g\u00e9e, puis perdra la vue. Devant nous, son langage l\u2019abandonne, et partant sa raison d\u2019\u00eatre.<br \/>\nMais com\u00e9die musicale oblige, il les perd en musique. Le spectacle compte bien plus de chant que de texte parl\u00e9. Et comme il n\u2019est pas question de pleurer pendant deux heures, les marches de Mozart ou de Maurice Ravel cohabitent ainsi par exemple avec un titre de Bryan Adams. Irritant\u00a0? Anachronique\u00a0? Incompr\u00e9hensible ? Que nenni. Euphorisant.<br \/>\nLes com\u00e9diens sont dou\u00e9s de voix exceptionnelles. Certains sont des chanteurs lyriques ou m\u00eame pop-rock, comme Michael von der Heide. D\u2019autre part, tous ont une pr\u00e9sence renversante, le \u00ab\u00a0poor professor Higgins\u00a0\u00bb Graham F. Valentine en t\u00eate. Complice de longue date du metteur en sc\u00e8ne, il compose une figure marquante. Il n\u2019y a pas jusqu\u2019au pianiste qui les accompagne, le magnifique Bendix Dethleffsen, qui ne puisse se montrer \u00e0 la fois virtuose et burlesque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et l\u2019intrigue dans tout \u00e7a\u00a0? Et les personnages\u00a0? Ils s\u2019\u00e9vaporent, peu \u00e0 peu. Le \u00ab\u00a0professor\u00a0\u00bb est occup\u00e9 \u00e0 chercher la solution d\u2019une \u00e9nigme que lui a pos\u00e9e une myst\u00e9rieuse \u00ab\u00a0faire Dame\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qui est d\u2019abord de l\u2019air pur, puis une ombre qui chantonne, puis une douleur, puis un souvenir\u00a0?\u00a0\u00bb Cherche-t-il ou boit-il\u00a0dans son coin\u00a0? Pendant qu\u2019il est occup\u00e9, une secte adepte des pommes c\u00e9l\u00e8bre le mariage de deux jeunes\u2026\u00a0 Tout ce d\u00e9sordre, pour Daniel Loayza, a un triste go\u00fbt d\u2019humanit\u00e9\u2026 A quoi sert-il alors \u00e0 celle-ci de se remplir de langues \u00e9trang\u00e8res\u00a0?<br \/>\nNous, spectateurs, avons la r\u00e9ponse\u00a0: \u00e0 nous faire rire, pleurer et voyager. Il ne restait plus d\u00e8s lors qu\u2019\u00e0 faire un triomphe \u00e0 cette tr\u00e8s belle et tr\u00e8s r\u00e9jouissante \u0153uvre.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">anonyme<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Loin de la com\u00e9die musicale traditionnelle, Christoph Marthaler propose \u00e0 travers son spectacle Meine faire Dame, cr\u00e9\u00e9 en 2010 au Theater Basel de B\u00e2le, de revisiter certains aspects d&rsquo;un genre souvent per\u00e7u comme \u00e9tant construit par des clich\u00e9s. C&rsquo;est en effet la musique, \u00e0 travers les sept com\u00e9diens et les deux musiciens, sans cesse pr\u00e9sents sur le plateau derri\u00e8re un piano et un orgue, qui semble habiter pleinement l&rsquo;espace de la sc\u00e8ne et motiver le mouvement m\u00eame des personnages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9butant par un petit moment de piano, la cr\u00e9ation de Christoph Marthaler explore la musicalit\u00e9 de la langue, des langues : c&rsquo;est en effet une classe de langues \u00e9trang\u00e8res qui se trouve au c\u0153ur de la pi\u00e8ce. Les personnages habill\u00e9s de v\u00eatements d\u00e9mod\u00e9s, qu&rsquo;on per\u00e7oit plus nettement au fur et \u00e0 mesure que le temps avance, se croisent et se fr\u00e9quentent dans le cadre de ces le\u00e7ons de langues \u00e9trang\u00e8res donn\u00e9es par le professeur Karpathy. Les \u00e9l\u00e8ves commencent par r\u00e9p\u00e9ter consciencieusement les mots prononc\u00e9s par le professeur ; puis, la classe se disperse pour laisser place \u00e0 un encha\u00eenement de sayn\u00e8tes. Si l&rsquo;on peut d&rsquo;abord s&rsquo;attendre \u00e0 voir se d\u00e9rouler devant nos yeux une histoire assez r\u00e9aliste, \u00e0 l&rsquo;image des d\u00e9cors comprenant de nombreux d\u00e9tails, on se retrouve au contraire devant plusieurs instantan\u00e9s de la vie des personnages, qui ne semblent a priori pas avoir de r\u00e9els liens entre eux. On assiste \u00e0 des num\u00e9ros, qu&rsquo;on peut parfois rapprocher du clown : une des \u00e9l\u00e8ves, ayant le bras cass\u00e9, \u00e9prouve mille difficult\u00e9s \u00e0 descendre les escaliers, la rampe de celui-ci se trouvant du c\u00f4t\u00e9 de son bras invalide ; puis c&rsquo;est un duo de chanteur qui interpr\u00e8te, avec force de mimiques comiques et parfois un peu d\u00e9plac\u00e9es, la c\u00e9l\u00e8bre chanson Silent Night ; et c&rsquo;est \u00e0 nouveau la jeune fille au bras cass\u00e9 qui tente de descendre les escaliers&#8230; Les moments, toujours en musique, qui s&rsquo;encha\u00eenent rapidement touchent \u00e0 la fois au music hall, au clown et au th\u00e9\u00e2tre, et cela toujours avec une touche de d\u00e9rision et d&rsquo;absurdit\u00e9 comique. Les personnages qui se dressent face \u00e0 nous renvoient une r\u00e9alit\u00e9 du quotidien palpable qui prend, d&rsquo;une mani\u00e8re presque paradoxale, sa naissance dans un univers absurde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jouant avec les multiples possibilit\u00e9s des pi\u00e8ces repr\u00e9sent\u00e9es de mani\u00e8re frontale sur la sc\u00e8ne, les acteurs cr\u00e9ent un rapport ludique avec le plateau, lui m\u00eame jouissif pour le spectateur. Certains espaces rev\u00eatent une importance particuli\u00e8re par rapport aux autres : le piano, qui se trouve dans l&rsquo;espace de l&rsquo;escalier, repr\u00e9sente peut-\u00eatre \u00e0 lui seul un espace. Le pianiste, assis derri\u00e8re son instrument tout le long de la pi\u00e8ce, r\u00e9unit souvent autour de lui les acteurs le temps d&rsquo;une chanson. Derri\u00e8re l&rsquo;orgue, c\u00f4t\u00e9 jardin, se tient un Frankenstein qui parfois fait des excursions parmi le public, signifiant clairement que les spectateurs font partie enti\u00e8re du num\u00e9ro jou\u00e9, comme de son absurdit\u00e9. La musique est un espace qui devient aussi important, si ce n&rsquo;est parfois plus, que celui bien concret de la sc\u00e8ne. Elle est le lieu, l&rsquo;excuse et la motivation du jeu des acteurs ; on la reconna\u00eet parfois, \u00e0 travers des morceaux tr\u00e8s connus tels que Silent night ou La Fl\u00fbte enchant\u00e9e, et\u00a0 d\u00e9mod\u00e9s comme ceux de Bryan Adams. Elle s&rsquo;exprime aussi plus simplement \u00e0 travers la r\u00e9p\u00e9tition de mots lors des cours, o\u00f9 le sens s&rsquo;efface au profit de la sonorit\u00e9 de la langue.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Alice Neurohr<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, Meine Faire Dame, un laboratoire de langue offre une nouvelle mise en sc\u00e8ne par Christoph Marthaler de la c\u00e9l\u00e8bre com\u00e9die musicale am\u00e9ricaine de Lerner et Loewe, My Fair Lady. Ayant revu le film la veille et connaissant les m\u00e9lodies par c\u0153ur, la soir\u00e9e promet d\u2019\u00eatre belle.<br \/>\nChristoph Marthaler plante le d\u00e9cor dans un laboratoire de langues, avec des petites cabines individuelles, casques et magn\u00e9tophones. Jusqu\u2019ici rien d\u2019anormal. Le cadre des ann\u00e9es 70 donne d\u00e9j\u00e0 un ton contemporain \u00e0 l\u2019adaptation de la com\u00e9die musicale. En fait, le metteur en sc\u00e8ne suisse-allemand s\u2019int\u00e9resse surtout au bon usage des mots en allemand, en anglais, chant\u00e9, parl\u00e9, muet &#8230;etc. Il retient pour son \u0153uvre la relation du Professeur Higging mettant en pratique ses th\u00e9ories linguistiques sur Elisa Doolittle, la vendeuse de fleurs issue des milieux populaires. Dans My Fair Lady, Elisa apprend \u00e0 parler un anglais parfait pour devenir une femme distingu\u00e9e. L\u2019id\u00e9al est d\u2019atteindre une communication parfaite, par le biais du langage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur sc\u00e8ne, trois hommes et trois femmes forment au fil de la pi\u00e8ce des couples, avec trois professeurs Higging et trois Elisa Doolittle\u00a0; sans oublier le pianiste qui accompagne les chants pendant toute la pi\u00e8ce. Mais quelque chose d\u00e9range dans ce d\u00e9cor r\u00e9tro. Est-ce Frankenstein qui se met au piano\u00a0? Ou bien ces personnages emperruqu\u00e9s et habill\u00e9s de pull nylon et costumes ridicules ? Ou encore, l\u2019\u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision qui capte soudainement des publicit\u00e9s. Ces flashes visuels inattendus refl\u00e8tent-ils les pens\u00e9es des personnages\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019y a pas de fil conducteur\u00a0; on se sent perdu, comme les personnages face \u00e0 l\u2019incompr\u00e9hension d\u2019autrui. Les trois couples d\u00e9voilent l\u2019impossibilit\u00e9 durable du couple, d\u00fb \u00e0 aux difficult\u00e9s de communication. Alors ils chantent des airs de My Fair Lady, mais aussi de la Fl\u00fbte enchant\u00e9e. Ils r\u00e9interpr\u00e8tent m\u00eame\u00a0 des chansons r\u00e9centes de Byan Adams et du groupe WHAM\u00a0!<br \/>\nLe metteur en sc\u00e8ne suisse-allemand exerce ici son art du d\u00e9calage, o\u00f9 le comique de r\u00e9p\u00e9tition y est pesant. J\u2019ai toutefois appr\u00e9ci\u00e9 les s\u00e9quences musicales, mais malgr\u00e9 le talent de la troupe, la pi\u00e8ce de Christoph Marthaler peine \u00e0 tenir sur la dur\u00e9e.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Dara Phitthayaphone<\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on | En savoir plus Une explosion de joie r\u00e9sonne. Une onde magique se propage dans la salle des Ateliers Berthiers. A quoi venons-nous d&rsquo;assister ? 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