{"id":4104,"date":"2013-01-10T20:00:24","date_gmt":"2013-01-10T19:00:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=4104"},"modified":"2013-01-10T20:00:24","modified_gmt":"2013-01-10T19:00:24","slug":"ballet-prejlocaj","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=4104","title":{"rendered":"Ballet Preljocaj"},"content":{"rendered":"<p>Ballet | Op\u00e9ra garnier | <a href=\"http:\/\/www.preljocaj.org\/menu.php?m=1&amp;a=1\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><strong>Ballet Preljocaj<\/strong>, chor\u00e9graphie Angelin Preljocaj \u00e0 l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.operadeparis.fr\">Op\u00e9ra Garnier<\/a>.<\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#coulloud\">La critique de Marine Coulloud<\/a><\/span><\/li>\n<li><a href=\"#Irena\"><span style=\"font-size: 12px\">La critique d&rsquo;Irena <\/span>Derzhko<\/a><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#luo\">La critique de Luo Hua<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Royer\">La critique de Ma\u00ebvane Royer<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#pastrana\">une critique anonyme<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#urrego\">La critique de Maria Stella Urrego<\/a><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\"><span style=\"font-size: 12px\"><a id=\"coulloud\" name=\"coulloud\"><\/a>La troupe invit\u00e9e \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra de Paris, originaire du Val de Marne, a donn\u00e9 une repr\u00e9sentation comportant deux courtes pi\u00e8ces, de 35 et 40 minutes chacune. La premi\u00e8re, <em>Helikopter<\/em>, est une sorte de ballet recr\u00e9ant le mouvement, le bruit et la forme de l&rsquo;engin volant. Le spectacle d\u00e9bute et se cl\u00f4t dans un long silence, lequel encadre vingt minutes assez p\u00e9nibles d&rsquo;un bruit tr\u00e8s fort et tr\u00e8s d\u00e9sagr\u00e9able, semblable \u00e0 un gros bourdonnement m\u00e9canique. Les jeux de lumi\u00e8re, en revanche, \u00e9taient particuli\u00e8rement int\u00e9ressants. La plupart du temps, seul le parterre \u00e9tait \u00e9clair\u00e9 de stries bleues, alors que la sc\u00e8ne elle-m\u00eame \u00e9tait plong\u00e9e dans l&rsquo;obscurit\u00e9. Les danseurs \u00e9voluaient alors sur une onde tr\u00e8s large, qui se brouillait \u00e0 mesure qu&rsquo;eux-m\u00eames dansaient \u00e0 sa surface. Puis les lumi\u00e8res se m\u00e9tamorphosaient pour devenir des ailes d&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re et suivaient chaque danseur, se superposaient parfois et se d\u00e9doublaient pour dispara\u00eetre enfin. La chor\u00e9graphie, quant \u00e0 elle, mimait le mouvement de l&rsquo;engin, fond\u00e9e essentiellement sur la rotation et la m\u00e9canique qui \u00e9vacuaient parfois l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance des danseurs.<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\"><span style=\"font-size: 12px\">La seconde pi\u00e8ce, <em>Eldorado<\/em> <em>(Sonntags Abschied)<\/em> \u00e9tait tout \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de la premi\u00e8re\u00a0: la musique contemporaine restait assez d\u00e9licate, et l&rsquo;exposition remarquable de sensibilit\u00e9. Chaque danseur, dispos\u00e9 devant un pan de mur tout autour de la sc\u00e8ne, s&rsquo;avan\u00e7ait vers le centre pour rencontrer sa moiti\u00e9 et amorcer avec elle le d\u00e9but d&rsquo;une rencontre, d&rsquo;une union en synchronie puis d&rsquo;une s\u00e9paration. Apr\u00e8s ce premier plan, plusieurs groupes de danseurs se formaient \u00e0 deux, trois ou quatre, dans un tr\u00e8s beau jeu de parall\u00e8les, de suites et de r\u00e9p\u00e9titions, semblable \u00e0 un motif de fugue en musique. Cette pi\u00e8ce sur l&rsquo;amour \u00e9tait tr\u00e8s bien servie par une lumi\u00e8re douce et tamis\u00e9e, \u00e9manant des soleils dans les murs, comme autant de doubles bienveillants des danseurs. Angelin Preljocaj a alors d\u00e9ploy\u00e9 dans sa chor\u00e9graphie toute une palette de situations, allant du d\u00e9chirement \u00e0 l&rsquo;\u00e9rotisme, sans oublier les instants d&rsquo;\u00e9l\u00e9gance qui ont fait d&rsquo;<em>Eldorado<\/em> une magnifique pi\u00e8ce sur le rapport \u00e0 l&rsquo;Autre. &#8211; <strong>Marine Coulloud<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a id=\"Irena\" name=\"Irena\"><\/a>Le 10 janvier 2013 l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris au Palais Garnier invite pour le sixi\u00e8me et dernier jour la compagnie d&rsquo;Angelin Preljocaj \u00e0 monter sur sc\u00e8ne sur la musique de Karlheinz Stockhausen.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Avant que les lumi\u00e8res ne s&rsquo;\u00e9teignent et tout au long de leur douce dissipation, on plonge dans l&rsquo;ambiance sonore de l&rsquo;<em>Helikopter<\/em> avec le bruit des pales de quatre h\u00e9licopt\u00e8res et un quatuor \u00e0 cordes les accompagnant. L&rsquo;illumination se transforme \u00e9galement dans cette atmosph\u00e8re \u00e9lectroacoustique, en perdant toute attache avec la salle \u00e0 l&rsquo;italienne du XIX\u00e8me si\u00e8cle, et nous transporte \u00e0 l&rsquo;\u00e8re technog\u00e8ne de lignes droites des a\u00e9ropistes et de couleurs simples et pr\u00e9cises, pures et froides. Un continuo du bruit des turbines avec les cordes amplifi\u00e9es dans une musique r\u00e9p\u00e9titive, \u00e9volutive et statique en m\u00eame temps (l&rsquo;appareil ne semble jamais d\u00e9coller de la terre) \u00e9voque l&rsquo;analogie avec un c\u0153ur, un c\u0153ur froid d&rsquo;une composition et d\u00e9composition m\u00e9canique de l&rsquo;esp\u00e8ce <em>Homo Faber<\/em>. On ne sent pas ici une v\u00e9ritable <em>direction artistique<\/em> de la chor\u00e9graphie &#8211; le mouvement semble \u00eatre n\u00e9 de lui-m\u00eame et en lui-m\u00eame dans une exploitation technique et inconsciente perp\u00e9tuelle du corps humain. Le rassemblement et le \u00ab\u00a0<em>dessemblement<\/em>\u00a0\u00bb des d\u00e9tails d&rsquo;une machine dans une parfaite liaison entre les appuis, la m\u00e9tamorphose de figures complexes effectu\u00e9e en l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 extr\u00eame et avec une technicit\u00e9 exemplaire, l&rsquo;efficacit\u00e9 et la pr\u00e9cision du mouvement, son acuit\u00e9, tout aussi comme la coh\u00e9sion des danseurs et leur compl\u00e9mentarit\u00e9 en font une courageuse exp\u00e9rience de la mise en mouvement de cette musique de Stockhausen. Comme s&rsquo;exprime Angelin lui-m\u00eame sur ce sujet, \u00ab\u00a0la radicalit\u00e9 de la musique [extr\u00eamement puissante, mais pas faite pour danser] oblige \u00e0 aller \u00e0 l&rsquo;essentiel, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;os du mouvement&rsquo;\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Et si pour le chor\u00e9graphe, la ressemblance des deux pi\u00e8ces de la soir\u00e9e tient \u00e0 une alt\u00e9ration sur son travail, la deuxi\u00e8me partie du programme montre un autre visage de Janus. <em>Eldorado (Sonntags Abschied)<\/em> rend une v\u00e9ritable chaleur du corps humain soulign\u00e9e par le jeu de la lumi\u00e8re avec son c\u00f4t\u00e9 <em>chair<\/em> de couleurs chaudes et son c\u00f4t\u00e9 <em>lune<\/em> de couleurs froides. Le \u00ab\u00a0mysticisme\u00a0\u00bb d&rsquo;un ballet \u00ab\u00a0intimiste et sensuel\u00a0\u00bb est rempli d&rsquo;images d&rsquo;apparence \u00e0 la fois biblique et bouddhique. Une partie de la pi\u00e8ce est chor\u00e9graphi\u00e9e sur la silence avec les duos de danseurs entour\u00e9s en demi-cercle par les statues du reste de la troupe fig\u00e9 en divinit\u00e9s avec des aur\u00e9oles illumin\u00e9es. La musique entra\u00eene ensuite les danseurs dans une alliance des corps masculins et f\u00e9minins, une symbiose, en cr\u00e9ant une masse de chair unique, qui \u00e9met des pulsations et vibre de l&rsquo;int\u00e9rieur. Le mouvement, comme dans la pi\u00e8ce pr\u00e9c\u00e9dente, est organique, li\u00e9 et d\u00e9coule de soi. Il peut tout de m\u00eame manquer d&rsquo;arr\u00eat, d&rsquo;une r\u00e9flexion sur le geste, qui donnera une ampleur \u00e0 l&rsquo;acte. La musique est souvent mim\u00e9e dans la danse avec les sorties des danseurs et les gestes synchronis\u00e9s aux intonations musicales.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Une soir\u00e9e d\u00e9couverte de possibles unions entre la chor\u00e9graphie contemporaine dans sa recherche de la r\u00e9sistance et de la pluriimplication de la danse et la musique savante contemporaine dans sa r\u00e9flexion charni\u00e8re. \u00c0 songer et \u00e0 sentir. &#8211; <strong>Irena\u00a0<\/strong><\/span><strong>Derzhko<\/strong><span style=\"font-size: 12px\"><strong><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/strong>\u00a0\u00a0<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a id=\"luo\" name=\"luo\"><\/a>Je suis arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Garnier pouss\u00e9e par beaucoup de curiosit\u00e9 pour ce ballet, mais en suis sortie avec un peu de d\u00e9sesp\u00e9rane, bien que le public l&rsquo;ait appr\u00e9ci\u00e9.<br \/>\nLe travail du chor\u00e9graphe Angelin Preljocaj est entr\u00e9 au r\u00e9pertoire du Ballet National de Paris au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. \u00ab Il est consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des chor\u00e9graphes les plus importants alliant fr\u00e9quemment des recherches formelles originales et des collaborations avec de nombreux autres artistes contemporains de tout horizon sans totalement s&rsquo;\u00e9loigner de la tradition du ballet classique.\u00bb<br \/>\nAvec tous ces compliments, je le respecte et l&rsquo;admire beaucoup, ce qui m&rsquo;a donn\u00e9 envie d\u2019aller voir son travail. Peut-\u00eatre je n\u2019ai pas encore vu assez de ses oeuvres pour saisir l\u2019esprit de sa cr\u00e9ation. Mais, en ce qui concerne ces deux pi\u00e8ces con\u00e7ues sur des cr\u00e9ations musicales de Karlheinz Stockhausen, je ne suis admiratrice ni de la danse ni de la musique, surtout pour le premi\u00e8re, Helikopter.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><em>Helikopter<\/em> a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 2001, je trouve que l\u2019id\u00e9e qu\u2019il \u00ab d\u00e9cline le mouvement des h\u00e9lices, multipliant les \u00e9lancements \u00bb, avec la d\u00e9coration de la sc\u00e8ne, surtout gr\u00e2ce \u00e0 la lumi\u00e8re qui fait \u00e9merger l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re, tout cela est assez cr\u00e9atif, int\u00e9ressant. Pourtant, la musique est extra contemporaine, r\u00e9p\u00e9titive, ne se pr\u00e9sente pas comme d\u00e9finie par le programme (\u00ab lumineuse et c\u00e9leste \u00bb) mais au contraire tr\u00e8s bruyante, parfois insupportable. Les mouvements de rotations des corps et des bras, qui durent tout au long de cette pi\u00e8ce, nous montrent \u00ab des corps parfaits dans un paradis perdu \u00bb, mais ils semblerait plut\u00f4t qu\u2019ils aient perdu l\u2019esprit\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">\u00ab<em>Eldorado<\/em>, cr\u00e9\u00e9e en 2007, est un ballet intimiste et sensuel dans lequel les danseurs, travers\u00e9s par la musique, \u00e9pousent les rythmes de la partition. Deux oeuvres-phares de l\u2019un des artistes incontournables du paysage chor\u00e9graphique actuel pour qui la danse est un socle d\u2019inspiration in\u00e9puisable.\u00bb En comparaison avec la pi\u00e8ce pr\u00e9c\u00e9dente, cette deuxi\u00e8me pi\u00e8ce me pla\u00eet davantage, non seulement j\u2019en appr\u00e9cie la conception, mais aussi la danse qui ouvre sur une r\u00e9flexion imaginaire. C\u2019est aussi l\u00e0 que survient la difficult\u00e9 de communication entre le spectateur et le chor\u00e9graphe. &#8211; <strong>Luo Hua<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Royer\"><\/a>Jeudi 10 Janvier, \u00e0 19h30, dans la salle mythique de l\u2019Op\u00e9ra Garnier, c\u2019est naturellement par un bruit d\u2019h\u00e9lices, lan\u00e7ant la premi\u00e8re note de la musique de Karlheinz Stockhausen, que commence le ballet chor\u00e9graphi\u00e9 par Angelin Preljocaj\u00a0: <em>Helikopter.<\/em> C\u2019est sur l\u2019une des lignes bleues horizontalement projet\u00e9es au sol, que, tel un \u00e9quilibriste, un premier danseur fait son entr\u00e9e en sc\u00e8ne, modifiant de ses pas le trac\u00e9 des stries. D\u2019autres danseurs le rejoignent, venant de gauche, de droite, seuls ou \u00e0 plusieurs, allant et venant au fil de l\u2019eau. La prouesse des danseurs frappe d\u2019embl\u00e9e\u00a0: leurs pas co\u00efncident exactement avec les images projet\u00e9es au sol \u2013h\u00e9lices autour de leurs pieds, damiers brouill\u00e9s, nu\u00e9es entourant leur corps-, au point que l\u2019on croirait que c\u2019est le parquet qui est tactile et se trouble au contact de leurs pas, et non les pas eux-m\u00eames qui tombent \u00e0 l\u2019endroit exact o\u00f9 sont projet\u00e9es les lumi\u00e8res.<br \/>\nLa musique,\u00a0 quasi stridente \u00e0 certains moments, ajoute un c\u00f4t\u00e9 intrigant au ballet, et renforce sa puissance.\u00a0 Ce sont finalement trois danseurs et trois danseuses qui, ensemble, m\u00e8nent une chor\u00e9graphie faite de mouvements torsad\u00e9s et de jeux de bras puissants, dans une \u00e9nergie fr\u00e9n\u00e9tique. Les m\u00eames pas sont repris dans des directions diff\u00e9rentes, et les moments les plus intenses sont ceux o\u00f9 tous les danseurs se m\u00ealent avec des jeux de poids\/contrepoids magnifiques qui donnent au ballet une puissance incroyable. A la fin, le son per\u00e7ant s\u2019arr\u00eate pour laisser s\u2019installer le silence, au sein duquel une danseuse loge ses derniers sauts et enjamb\u00e9es, avant de quitter la sc\u00e8ne le long d\u2019un des fils bleus r\u00e9apparus.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Apr\u00e8s un entracte de trente minutes, le second ballet du chor\u00e9graphe, <em>Eldorado (Sonntags Abschied), <\/em><em>d\u00e9bute sur un tableau aux allures mystiques<\/em>. Douze murs encadrent la sc\u00e8ne, sur lesquels se d\u00e9tachent douze silhouettes aux coiffes flamboyantes. La lumi\u00e8re s\u2019allume et laisse voir douze danseurs, six hommes et six femmes, chacun immobilis\u00e9 sur son mur respectif. Dans le silence, les corps s\u2019avancent tour \u00e0 tour au centre de la sc\u00e8ne, deux par deux, et s\u2019entrem\u00ealent. La musique s\u2019\u00e9l\u00e8ve alors pour laisser place \u00e0 un jeu d\u2019entr\u00e9es et de sorties derri\u00e8re les murs, d\u2019alternance d\u2019unissons et de pas individuels. La pr\u00e9cision des gestes est d\u2019autant plus visible que les danseurs ex\u00e9cutent les m\u00eames pas au m\u00eame moment, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te ou \u00e0 des endroits diff\u00e9rents de la sc\u00e8ne. Le chor\u00e9graphe joue sur les combinaisons homme\/femme, la sym\u00e9trie et la dissym\u00e9trie. La tenue, beige et blanche, diff\u00e9rente pour chacun mais sur lequel on retrouve toujours un m\u00eame motif solaire -qui se trouve \u00e9galement sur les murs qui encadrent la sc\u00e8ne- contribue \u00e0 \u00e9voquer les \u00e9treintes charnelles, ainsi que le jeu des duos entre danseurs et danseuses. Cette chor\u00e9graphie a quelque chose de plus intimiste et sensuel que la pr\u00e9c\u00e9dente. Le regard est sans cesse appel\u00e9, on ne sait plus o\u00f9 fixer son attention tant la beaut\u00e9 s\u2019immisce partout et l\u2019on ne retient plus que le mouvement g\u00e9n\u00e9ral, chaque corps ne s\u2019inscrivant plus que dans un tout harmonieux et \u00e9tonnant.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Si l\u2019on retrouve dans les deux ballets une m\u00eame \u00ab\u00a0patte\u00a0\u00bb Preljocaj, avec ses mouvements de bras si particuliers et son \u00e9nergie incroyable, j\u2019ai pour ma part pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le second, pour sa puret\u00e9, sa sensualit\u00e9 et sa simplicit\u00e9, qui n\u2019entravent en rien sa puissance \u00e9vocatrice.\u00a0 &#8211; <strong>Ma\u00ebvane Royer<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"pastrana\"><\/a>Le Ballet Prejlocaj est une compagnie invit\u00e9e dirig\u00e9e par le chor\u00e9graphe Angelin Prejlocaj. Les deux pi\u00e8ces repr\u00e9sent\u00e9es, <em>Helikopter <\/em>et <em>Eldorado (Sonntags Abschied)<\/em> \u00e9taient inspir\u00e9es par des musiques du compositeur allemand contemporain Karlheinz Stockhausen. La premi\u00e8re est une pi\u00e8ce cr\u00e9\u00e9e en 2001 d\u2019une dur\u00e9e de 35 minutes\u00a0o\u00f9 six solistes (trois hommes et trois femmes) dansent autour des h\u00e9lices d\u2019h\u00e9licopt\u00e8res. Apr\u00e8s un entracte de 20 minutes, la deuxi\u00e8me partie comporte la chor\u00e9graphie <em>Eldorado (Sonntags abschied), <\/em>pi\u00e8ce de 40 minutes cr\u00e9\u00e9e en 2007 et jou\u00e9e par douze danseurs.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><em>Helikopter<\/em> est une pi\u00e8ce cr\u00e9\u00e9e sur la composition <em>Helikopter-Streichquartett<\/em>\u00a0(<em>Quatuor \u00e0 cordes h\u00e9licopt\u00e8re<\/em>) de\u00a0Karlheinz Stockhausen. L\u2019ouvrage de Stockhausen, cr\u00e9\u00e9 et enregistr\u00e9 en 1995, utilise un\u00a0quatuor \u00e0 cordes, quatre\u00a0h\u00e9licopt\u00e8res\u00a0et leur pilote et des \u00e9quipements d\u2019audio et vid\u00e9o. Dans sa pi\u00e8ce, Prejlocaj essaie de reproduire la sensation de mouvements des h\u00e9lices et leur interaction avec le quatuor gr\u00e2ce aux lumi\u00e8res mais aussi gr\u00e2ce \u00e0 la chor\u00e9graphie qui d\u00e9voile l\u2019\u00e9nergie de la musique \u00e0 travers les rotations des corps. Le r\u00f4le des lumi\u00e8res est tr\u00e8s important pour accompagner l\u2019interaction entre la musique et la danse produite dans ce ballet. Les lumi\u00e8res se refl\u00e9tent uniquement dans le sol, point de l\u2019espace sc\u00e9nique qui dans des repr\u00e9sentations plus traditionnelles reste sous silence. Cependant, le fait \u00ab\u00a0d\u2019illuminer\u00a0\u00bb le sol produit un effet tr\u00e8s agr\u00e9able depuis la place du spectateur\u00a0: comme si l\u2019on voyait depuis l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re vers le bas.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">En contraste avec l\u2019\u00e9nergie de la premi\u00e8re pi\u00e8ce<em>, Eldorado (Sonntags abschied) <\/em>a un caract\u00e8re plus d\u00e9licat. Depuis le d\u00e9but de la pi\u00e8ce, caract\u00e9ris\u00e9 par le silence corporel et le silence visuel (des lumi\u00e8res), les mouvements des danseurs sont plus intimes et subtils. Les costumes, \u00ab\u00a0coll\u00e9s\u00a0\u00bb aux corps et d\u2019une couleur \u00ab\u00a0peau\u00a0\u00bb, produisent un effet de nudit\u00e9 qui met en exergue la sensualit\u00e9 de la chor\u00e9graphie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Ces deux chor\u00e9graphies me font penser au projet de Richard Wagner de cr\u00e9er une \u0153uvre d\u2019art totale (<em>Gesamtkunstwerk)<\/em> o\u00f9 plusieurs formes artistiques peuvent exister de mani\u00e8re simultan\u00e9e. Dans le cas de <em>Helikopter<\/em>, le paysage sc\u00e9nographique (lumi\u00e8res et sc\u00e9nographie) trouvent un endroit pour rendre lisible la relation entre musique et danse\u00a0: les danseurs sont des sujets et\/ou des objets des h\u00e9lices, des ondes produites par elles, des coups d\u2019archet du quatuor. La musique, spatiale en elle-m\u00eame, trouve dans les mouvements des danseurs un lieu pour bouger. Dans <em>Eldorado <\/em>aussi, un \u00e9l\u00e9ment de la mise en sc\u00e8ne, ici les costumes, est le lien\/compl\u00e9ment de la musique et la danse. Grande occasion de voir le mariage entre ces deux grands arts gr\u00e2ce \u00e0 la pi\u00e8ce de Prejlocaj qui rend hommage \u00e0 la musique de Stockhausen.<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"urrego\"><\/a>La plasticit\u00e9 des corps, le jeu de lumi\u00e8res, les synchronisations des mouvements, la musique et les sons, tout joue un grand r\u00f4le dans cette magnifique mise en sc\u00e8ne du Ballet Preljocaj pr\u00e9sent\u00e9e le jeudi 10 janvier dans l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre du Palais Garnier.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">On pourrait imaginer des histoires ou ne rien s\u2019imaginer. Tout est possible. On pourrait penser \u00e0 diff\u00e9rentes relations et situations entre les personnages ou les voir de mani\u00e8re isol\u00e9e. On peut imaginer une route d\u2019avion, des h\u00e9licopt\u00e8res, de l\u2019eau, le ciel et m\u00eame les \u00e9toiles. On peut supposer qu\u2019il y a des personnages fantastiques, comme des dieux ou comme des semi-humains.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Cette pr\u00e9sentation est le r\u00e9sultat d\u2019une longue pr\u00e9paration de professionnels de la danse contemporaine, qui offre au public des sensations tr\u00e8s diff\u00e9rents. Au final, on peut se demander qui sont ces hommes\u00a0? Ces corps en mouvements parfaits\u00a0? Est-ce qu\u2019on peut s\u2019identifier avec des situations fantastiques ou, parfois avec \u00a0diff\u00e9rents mouvements et des situations d\u2019amour, de violence, de solidarit\u00e9\u00a0? Depuis ma place de spectatrice, l\u2019illusion cr\u00e9e par les lumi\u00e8res dans ce spectacle a \u00e9t\u00e9 fantastique. &#8211; <strong>Maria Stella Urrego<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Ballet | Op\u00e9ra garnier | En savoir plus Ballet Preljocaj, chor\u00e9graphie Angelin Preljocaj \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Garnier. 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