{"id":4148,"date":"2013-02-07T20:00:10","date_gmt":"2013-02-07T19:00:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=4148"},"modified":"2013-02-07T20:00:10","modified_gmt":"2013-02-07T19:00:10","slug":"lor-du-rhin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=4148","title":{"rendered":"L&rsquo;Or du Rhin"},"content":{"rendered":"<p>Concert | Op\u00e9ra Bastille | En savoir plus<\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><strong><em>L&rsquo;Or du Rhin,<\/em> musique et livret de Richard Wagner sous le direction musicale de Philippe Jordan \u00e0 l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.operadeparis.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Op\u00e9ra de Paris (Bastille)<\/a>. <\/strong><\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Belouneh\">La critique de Marie-Nour Belouneh<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Marianne Bouyssarie\">La critique de Marianne Bouyssarie<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#debacq\">La critique d&rsquo;Eric Debacq<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#dobrestberger\">La critique de Verena Dobretsberger<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#haumesser\">La critique de Marion Haumesser<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#villemagne\">La critique de B\u00e9reng\u00e8re Villemagne<\/a><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Belouneh\"><\/a>C\u2019est \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019ann\u00e9e du \u00ab\u00a0Ring\u00a0\u00bb que l\u2019Op\u00e9ra de Paris pr\u00e9sente pour la premi\u00e8re fois depuis plus de 60 ans les quatre parties de la t\u00e9tralogie de Richard Wagner\u00a0: <em>L\u2019Anneau du Nibelung<\/em>\u00a0(nain dans la mythologie germanique), sous la direction de Philippe Jordan, son directeur musical. \u0152uvre titanesque, repr\u00e9sentant plus de 15 heures de musique entam\u00e9e au milieu du XIXe si\u00e8cle, elle a \u00e9t\u00e9 le travail de presque trois d\u00e9cennies.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><em>L\u2019Or du Rhin<\/em> repr\u00e9sente la premi\u00e8re partie ou encore le prologue de ce cycle. Inspir\u00e9 des mythologies germanique et nordique, m\u00ealant dieux, nains et g\u00e9ants, il raconte en quatre sc\u00e8nes les origines du drame ; comment le nain Alberich vole l&rsquo;or aux filles du Rhin, gardiennes du m\u00e9tal pr\u00e9cieux et s&rsquo;en servira pour forger un anneau lui octroyant richesse et pouvoir illimit\u00e9s.<br \/>\nDe l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, Wotan, dieu tout puissant, est en dette avec les g\u00e9ants qui lui ont construit un nouveau ch\u00e2teau. Ne voulant pas leur livrer la d\u00e9esse Freia (sa belle-s\u0153ur qui \u00e9tait le salaire convenu au d\u00e9part), il leur propose \u00e0 la place de leur offrir l&rsquo;or d\u00e9rob\u00e9 par Alberich. S&rsquo;ensuit alors la qu\u00eate de Wotan en compagnie de Loge, dieu du feu et son fid\u00e8le conseiller.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">En terme de mise en sc\u00e8ne, G\u00fcnter Kr\u00e4mer a r\u00e9solument voulu bousculer les traditions en choisissant la modernit\u00e9. L&rsquo;ouverture nous surprend d\u00e9j\u00e0 avec les trois filles du Rhin s&rsquo;\u00e9lan\u00e7ant sur des balan\u00e7oires. Viennent ensuite leurs costumes suggestifs tout comme le faux torse de Wotan puis les d\u00e9cors notamment la mappemonde semi fluorescente servant de demeure aux dieux.<br \/>\nC\u00f4t\u00e9 lumi\u00e8re, Diego Leetz nous \u00ab\u00a0plonge dans les t\u00e9n\u00e8bres\u00a0\u00bb, contrastant avec l&rsquo;\u00e9norme boule dor\u00e9e (symbolisant l&rsquo;or du Rhin), omnipr\u00e9sente durant toute l&rsquo;histoire.<br \/>\nSeulement voil\u00e0, nous tombons dans le trop original et cette mise en sc\u00e8ne est en total d\u00e9calage avec ce drame r\u00e9solument mythologique. L&rsquo;allemand \u00e9tant plus difficile \u00e0 dig\u00e9rer que l&rsquo;italien des op\u00e9ras \u00ab\u00a0buffa\u00a0\u00bb de Mozart, cela nous donne une impression g\u00e9n\u00e9rale de lourdeur qui a du mal \u00e0 passer et, m\u00eame si les prestations des chanteurs lyrique sont exceptionnelles, elles peinent \u00e0 rattraper le tout. <strong>&#8211; Marie-Nour Belouneh<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<div dir=\"ltr\" style=\"text-align: justify\">\n<div dir=\"ltr\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Marianne Bouyssarie\"><\/a>Magnifique spectacle que ce <i>Rheingold<\/i>\u00a0wagn\u00e9rien. D\u00e9j\u00e0 excellent dans son orchestration de<i>\u00a0Carmen<\/i>\u00a0en d\u00e9cembre 2012, Philippe Jordan confirme sa <i>maestria <\/i>mais\u00a0dans une oeuvre tr\u00e8s diff\u00e9rente, une musique qui pour Nietzsche s&rsquo;oppose en tous termes \u00e0 celle de Bizet. Cette fois, c&rsquo;est un op\u00e9ra \u00e9poustouflant qui s&rsquo;offre \u00e0 la fois \u00e0 l&rsquo;oeil et \u00e0 l&rsquo;oreille du spectateur.<\/span><\/div>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">Avant toute apparition sc\u00e9nique, l&rsquo;orchestre interpr\u00e8te avec majest\u00e9 la monumentale ouverture de <i>L&rsquo;Or du Rhin<\/i>, de quoi introduire imm\u00e9diatement le spectateur dans l&rsquo;univers imposant et grave de la musique de Wagner. Une pure mont\u00e9e en puissance brillamment rendue par les musiciens, et tout particuli\u00e8rement les cuivres. Or cet avant-go\u00fbt prometteur c\u00e8de progressivement le pas, voire laisse place au visuel et aux voix, comme cela se remarque dans tout l&rsquo;oeuvre du compositeur. En effet, l&rsquo;on peut d\u00e9plorer l&#8217;emprise qu&rsquo;ont le th\u00e9\u00e2tral et le r\u00e9citatif sur la musique pure mais le talent n&rsquo;en est pas moindre pour autant : mise en sc\u00e8ne spectaculaire par un grandiose d\u00e9ploiement de moyens, jeu convaincant et voix magnifiques des chanteurs, il n&rsquo;en faut pas davantage pour servir avec brio la partition et le livret d&rsquo;origine \u00e0 un public enthousiaste.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div dir=\"ltr\" style=\"text-align: justify\"><\/div>\n<div dir=\"ltr\" style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Ce qui frappe surtout est l&rsquo;ampleur des techniques mises en oeuvre par l&rsquo;op\u00e9ra, dont celui-ci en a parfois l&rsquo;habitude, pour rester fid\u00e8le et au plus pr\u00e8s de l&rsquo;esprit de l&rsquo;oeuvre. Car <i>L&rsquo;Or du Rhin<\/i>\u00a0est fortement empreint de sa dimension mythique et requiert ainsi \u00e0 soi seul tous ces efforts pour \u00eatre retranscrit dans sa force initiale. De l\u00e0 aussi les prouesses vocales des interpr\u00e8tes, dont la fabuleuse performance de Samuel Youn en Donner et de Peter Sidhom (Alberich), ce qui n&rsquo;amoindrit en rien le r\u00f4le de Wotan interpr\u00e9t\u00e9 cette fois par Egils Silins (en alternance avec Thomas Johannes Mayer).<\/span><\/div>\n<div dir=\"ltr\" style=\"text-align: justify\"><\/div>\n<div dir=\"ltr\" style=\"text-align: justify\">\n<p><span style=\"font-size: 12px\">En d\u00e9finitive, l&rsquo;op\u00e9ra Bastille a r\u00e9ellement brill\u00e9 et r\u00e9sonn\u00e9 de l&rsquo;univers wagn\u00e9rien : on retient surtout les effets impressionnants suscit\u00e9s par les ondes des mains de danseurs, les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;architecture colossale sans que G\u00fcnter Kr\u00e4mer n&rsquo;ait pourtant renonc\u00e9 \u00e0 tourner en d\u00e9rision la tendance titanesque de sa propre mise en sc\u00e8ne : sir\u00e8nes impudiques et imitation des revendications militantes, tout comme si l&rsquo;on avait cherch\u00e9, \u00e0 rebours de la perfection du chant lyrique et de l&rsquo;accompagnement orchestral, \u00e0 faire transpara\u00eetre la bassesse de ce monde <i>a priori<\/i>\u00a0divin. Voil\u00e0 donc l&rsquo;extraordinaire de cette repr\u00e9sentation, acclam\u00e9e de tous, qui, en m\u00eame temps de donner \u00e0 voir la substance de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e \u00e9crite par Wagner gr\u00e2ce aux inventions th\u00e9\u00e2trales, lui rend toute sa virtuosit\u00e9 musicale et son imposante envergure par une interpr\u00e9tation de haut vol de la part de tous les chanteurs.<strong> &#8211; Marianne Bouyssarie<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"debacq\"><\/a>Pour le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner (ou les 130 ans de sa mort), l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris donne le festival sc\u00e9nique de <i>L&rsquo;Anneau du Nibelungen <\/i>dont le prologue, <i>L&rsquo;Or du Rhin<\/i>, a \u00e9t\u00e9 brillamment interpr\u00e9t\u00e9 le 7 f\u00e9vrier 3013 \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille.<br \/>\n<i>L&rsquo;Or du Rhin<\/i>, pour ceux qui ne connaissent pas, et c&rsquo;\u00e9tait mon cas le 7 f\u00e9vrier (gr\u00e2ce te soit rendue, \u00f4 action culturelle!), est une formidable reprise de la mythologie germanique. Wagner, compositeur et auteur, raconte l&rsquo;histoire de dieux, de h\u00e9ros, de femmes guerri\u00e8res, de g\u00e9ants et de nains, mais surtout, \u00e0 travers \u00e7a, il d\u00e9peint des avares, des rus\u00e9s, des ambitieux, des mesquins et des corrompus. Il r\u00e9sume en quelque sorte le genre humain.<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Alors r\u00e9sumons d&rsquo;abord ce r\u00e9sum\u00e9. Le nain Alberich vole l&rsquo;or du Rhin avec lequel il forge un anneau qui donne \u00e0 son d\u00e9tenteur le statut tr\u00e8s convoit\u00e9 de ma\u00eetre du monde. D&rsquo;autre part, le dieu des dieux Wotan ne peut payer les constructeurs de sa demeure c\u00e9leste, les g\u00e9ants Fasolt et Fafner. Aid\u00e9 du rus\u00e9 Loge, Wotan contraint le nain Alberich \u00e0 lui donner son or et l&rsquo;anneau. Alberich, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9, maudit l&rsquo;anneau. Wotan paye les services des g\u00e9ants en donnant tout ce qu&rsquo;il a pris \u00e0 Alberich. Aussit\u00f4t pay\u00e9s, les g\u00e9ants se disputent au sujet de l&rsquo;anneau et Fafner tue Fasolt. Impressionn\u00e9 par la mal\u00e9diction de l&rsquo;anneau, Wotan ne prend pas moins possession de sa nouvelle maison : le Walhalla!<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12px\">L&rsquo;effet produit par une telle histoire, soutenue qu&rsquo;elle est par le continuum musical, est proche de la fascination. On trouve dans chaque phrase du livret et dans chaque th\u00e8me musical une \u00e9vidence et un myst\u00e8re. On reconna\u00eet l&rsquo;humain, souvent dans sa bassesse dans <i>L&rsquo;Or du Rhin<\/i>, mais l&rsquo;homme que sugg\u00e8re le personnage reste une \u00e9nigme. Et, de ce point de vue, cette repr\u00e9sentation \u00e9tait wagn\u00e9rienne, walhallalesque, en un mot &#8211; et mauvais jeu de mot, c&rsquo;\u00e9tait de l&rsquo;or 36 carats du Rhin!<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Malgr\u00e9 des choix de mise en sc\u00e8ne parfois \u00e9tranges, G\u00fcnther Kr\u00e4mer \u00e9tait en grande partie l&rsquo;architecte de cette r\u00e9ussite. Louis II de Bavi\u00e8re a donn\u00e9 tout son argent \u00e0 Wagner, Kr\u00e4mer lui a donn\u00e9 toute sa sc\u00e8ne! Formidable \u00e9cho \u00e0 la majest\u00e9 de la musique, tout l&rsquo;espace sc\u00e9nique \u00e9tait investi : aux variations nuanc\u00e9es de la musique r\u00e9pondait la fluidit\u00e9 des changements de d\u00e9cor, les tensions dramatiques \u00e9taient parfaitement illustr\u00e9es par des rapports de force visuels, on constatait partout une impeccable harmonie. Dans la sc\u00e8ne 2, dans le Nibelheim, lorsqu&rsquo;une foule de danseurs travaillent au rythme d&rsquo;un \u00e9norme pendule ou, \u00e0 la toute fin, lorsqu&rsquo;un changement d&rsquo;\u00e9clairage m\u00e9tamorphose un malingre \u00e9chafaudage en escalier pharaonique et que les dieux gravissent dignement les degr\u00e9s du Walhalla, on reste, spectateur b\u00e9at, \u00e9lectrique sur sa chaise.<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Abstraction faite d&rsquo;un couac des cors dans les premi\u00e8res secondes du spectacle (dans ce moment fragile o\u00f9 la confiance s&rsquo;instaure peu \u00e0 peu entre public et interpr\u00e8tes, un tel \u00e9cart \u00e9tait assez angoissant), tout le monde, dans l&rsquo;orchestre et parmi les chanteurs, participaient \u00e0 cette harmonie. Egils Silins, qui jouait Wotan, celui \u00e0 qui incombe le plus de responsabilit\u00e9, n&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre pas tout \u00e0 fait \u00e0 la hauteur. Un peu comme dans l&rsquo;histoire, Sophie Koch, qui jouait sa femme Fricka, \u00e9tait l\u00e0 pour lui remonter un peu les bretelles avec sa belle voix puissante.<br \/>\nCe fut donc un spectacle magnifique, pour lequel on ne pourra pas critiquer les proportions de l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille et son acoustique ondulatoire &#8211; raison souvent avanc\u00e9e en cas d&rsquo;\u00e9chec &#8211; car tout \u00e9tait parfait. Enfin, assez parfait pour aller ensuite se pr\u00e9cipiter \u00e0 la premi\u00e8re de <i>La Walkyrie<\/i>.\u00a0 &#8211; <strong>Eric Debacq<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"dobrestberger\"><\/a><em>L\u2019Or du Rhin <\/em>est le premier op\u00e9ra du cycle \u00ab\u00a0l\u2019Anneau des Nibelung\u00a0\u00bb de Richard Wagner et le plus court de ces quatre op\u00e9ras\u00a0; il ne dure que deux heures et demie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">La mise en sc\u00e8ne (G\u00fcnter Kr\u00e4mer), le d\u00e9cor (J\u00fcrgen B\u00e4ckmann) et les costumes (Falk Bauer) de l\u2019op\u00e9ra Bastille \u00e9taient plut\u00f4t modernes. Grosso modo, j\u2019avais une impression n\u00e9gative des d\u00e9cors, surtout de ceux de la deuxi\u00e8me sc\u00e8ne qui commen\u00e7ait avec les dieux endormis devant leur nouveau ch\u00e2teau\u00a0: un h\u00e9misph\u00e8re ray\u00e9 des lampes \u00e0 LED, qui \u00e9mettaient une lumi\u00e8re turquoise, et encadraient des \u00e9tendards blancs avec l\u2019inscription \u00ab\u00a0Germania\u00a0\u00bb dans un blanc un peu plus fonc\u00e9 pour ne pas avoir \u00e0 fournir d&rsquo;efforts pour d\u00e9chiffrer les lettres. \u00c0 mon avis, ces \u00e9tendards-ci r\u00e9duisaient inutilement l\u2019espace sur sc\u00e8ne et donnaient l\u2019impression qu&rsquo;ils disaient\u00a0: n\u2019oubliez pas que Wagner \u00e9tait allemand\u00a0!, n\u2019oubliez pas que c\u2019est un cycle \u00e9pique nordique\u00a0! L\u2019entr\u00e9e des g\u00e9ants \u2013 d\u00e9guis\u00e9s en partisans \u2013 mettait une fin aux \u00e9tendards (ils les arrachaient) et la \u00ab\u00a0Germania\u00a0\u00bb n\u2019est apparue qu\u2019\u00e0 la fin quand les dieux, accompagn\u00e9s par des g\u00e9ants qui port\u00e9s des lettres (\u00ab\u00a0G\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0E\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0R\u00a0\u00bb, etc.), sont entr\u00e9s dans leur nouveau ch\u00e2teau, Walhalla. Cependant, les mines \u00e0 Nibelheim \u00e9taient bien con\u00e7ues\u00a0: une atmosph\u00e8re sombre cr\u00e9\u00e9e par des lumi\u00e8res vertes et par un grand pendule qui rayait la boule de l\u2019or du Rhin d\u2019un mouvement mena\u00e7ant. Malheureusement, le nain <em>Mime<\/em> (Wolfgang Ablinger-Sperrhacke) avait forg\u00e9 un Tarnhelm (un heaume qui rendait invisible son porteur) pour son fr\u00e8re <em>Alberich<\/em> (Peter Sidhom) et le metteur en sc\u00e8ne semblait avoir d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019un chiffon<em> de<\/em> mailles pouvait ressembler \u00e0 un heaume. Le seul accessoire encore plus ridicule \u00e9tait le marteau de <em>Donner<\/em> (Samuel Youn), le dieu de tonnerre, qui ne mesurait pas plus de dix centim\u00e8tres et qui ressemblait \u00e0 un jouet d\u2019enfant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">De plus, les paroles des chanteurs \u00e9taient peu intelligibles. J\u2019avoue que j\u2019ai toujours du mal \u00e0 comprendre les paroles dans les op\u00e9ras mais si moi \u2013 qui suis locutrice native de la langue allemande \u2013 je n\u2019ai pas compris environ 80% de ce qui \u00e9tait chant\u00e9, j\u2019ose faire l\u2019hypoth\u00e8se que la prononciation des chanteurs \u00e9tait mauvaise. Le nain <em>Alberich<\/em> qui occupait un r\u00f4le important dans le spectacle me permettait de comprendre peut-\u00eatre deux ou trois phrases de son discours\u00a0; la d\u00e9esse de la terre, <em>Erda<\/em> (Qui Lin Zhang) m\u2019obligeait \u00e0 me confier enti\u00e8rement au surtitrage fran\u00e7ais et anglais\u00a0; <em>Wotan<\/em> (Egil Silnins), le ma\u00eetre des dieux, ainsi que les ondines (<em>Wogline<\/em>, Caroline Stein\u00a0; <em>Wellgunde<\/em>, Louise Callinan\u00a0; <em>Flosshilde<\/em>, Wiebke Lehmkuhl) alternaient entre intelligible et inintelligible\u00a0; c\u2019\u00e9tait seulement quand <em>Loge<\/em> (Kim Begley) chantait que mon regard pouvait suivre tranquillement les mouvements sur sc\u00e8ne.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">En fin de compte, je peux dire que la musique (direction musicale, Philippe Jordan) \u00e9tait bonne comme toujours quand j\u2019allais \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Bastille mais que mes pens\u00e9es en sortant de la Bastille \u00e9taient occup\u00e9es par une seule r\u00e9flexion : j\u2019\u00e9tais au moins contente ne pas avoir fait la queue pour les places debout comme d\u2019habitude. &#8211; <strong>Verena Dobretsberger<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"haumesser\"><\/a>Ce jeudi 7 f\u00e9vrier \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Bastille <em>L\u2019Or du Rhin<\/em> de Wagner, prologue en quatres sc\u00e8nes \u00e0 la t\u00e9tralogie <em>Der Ring des Nibelungen<\/em>. Une aventure de 2h30 dans un cadre somptueux pendant laquelle le spectateur assiste \u00e0 une lutte sans merci pour le contr\u00f4le de l\u2019Or, et donc, du monde.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">Du haut du deuxi\u00e8me balcon, une gigantesque bo\u00eete \u00e0 musique se met en route en contrebas, rempla\u00e7ant le silence de la salle, prenant les spectateurs au ventre. Puis, le rideau s\u2019ouvre. Ambiance merveilleuse : trois na\u00efades dans leurs robes de sir\u00e8nes flottent dans l\u2019air. S\u2019ajoutent alors au son des instruments les Voix d\u2019op\u00e9ra, puissantes, harmonieuses. Les trois s\u0153urs prot\u00e8gent un tr\u00e9sor : <em>l\u2019Or du Rhin<\/em> qui donnera toute puissance \u00e0 celui qui renoncera \u00e0 l\u2019amour et pourra alors forger l\u2019anneau (Tolkien n\u2019a rien invent\u00e9). Le tr\u00e9sor est manifestement bien gard\u00e9, car qui en effet pourrait renoncer \u00e0 l\u2019amour ? Les dieux le r\u00e9p\u00e8tent \u00e0 l\u2019envie tout au long de l\u2019op\u00e9ra, la beaut\u00e9 de la femme est \u00ab le prix le plus pr\u00e9cieux des hommes \u00bb.<br \/>\nMais un nain, Alberich, succombe \u00e0 la beaut\u00e9 des trois s\u0153urs et tente de les s\u00e9duire, en vain. Elles le tournent en d\u00e9rision, l\u2019humilient. Le rejet du nain est amplifi\u00e9 par une mise en sc\u00e8ne spectaculaire : une for\u00eat de gants rouges l\u2019agrippe et le malm\u00e8ne. Les acteurs, en noir, restent invisibles aux yeux des spectateurs : magie garantie. Le nain est exclu de l\u2019amour, il y renonce donc et se tourne vers l\u2019Or du Rhin (gigantesque globe dor\u00e9) pour le voler.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">Les trois nymphes, prises de panique, s\u2019en vont dans les cieux retrouver les dieux. On assiste alors \u00e0 un changement de d\u00e9cor : le Rhin et son Or laisse place \u00e0 la terre repr\u00e9sent\u00e9e de l\u2019espace. Un autre probl\u00e8me intervient alors : l\u2019un des dieux a fait construire son palais par les G\u00e9ant qui r\u00e9clament en \u00e9change et enl\u00e8vent la belle Freia, l\u2019une des trois nymphes. Une seule solution pourrait garantir le retour de la belle : r\u00e9cup\u00e9rer le tr\u00e9sor du Rhin et s\u2019en servir de monnaie d\u2019\u00e9change contre Freia. C\u2019est sans compter le nain qui a maintenant dress\u00e9 et asservit une arm\u00e9e. L\u2019on assiste alors \u00e0 une nouvelle prouesse sc\u00e9nique : l\u2019arm\u00e9e est divis\u00e9e en deux sur la sc\u00e8ne, le nain et l\u2019Or se trouvent au centre aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019un marteau qui imprime un mouvement de balancier.<br \/>\nLes acteurs, \u00e0 genoux, approchent et \u00e9loignent successivement leurs bustes, faisant corps avec le mouvement de balancier du marteau. Par un effet de lumi\u00e8res, l\u2019arm\u00e9e appara\u00eet verte, donnant encore ici un caract\u00e8re surr\u00e9aliste \u00e0 l\u2019ensemble. Arrive une s\u00e9rie de sc\u00e8nes pendant lesquelles les dieux et les G\u00e9ants tentent de s\u2019emparer de l\u2019Or du Rhin et de contr\u00f4ler le monde.<br \/>\nFinalement, l\u2019or est r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 et l\u2019inf\u00e2me punit. Au prix de longues h\u00e9sitations, le roi des G\u00e9ants rend la belle Freia et accepte l\u2019or. Encore une fois, femme et or sont au centre de toutes les passions, \u00e0 l\u2019origine de tous les maux. L\u2019on assiste finalement \u00e0 un conte tr\u00e8s contemporain.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">Lorsque le rideau tombe, les applaudissements et \u00ab bravo ! \u00bb nourrissent largement la salle et les r\u00f4les sont invers\u00e9s : apr\u00e8s plus de 2h30 de spectacle, ce sont aux musiciens et aux chanteurs de profiter de la clameur et du spectacle offerts par les quelques 2700 spectateurs applaudissants \u00e0 tout rompre.<br \/>\nOn ressort de l\u2019op\u00e9ra transcend\u00e9, \u00e9poustouffl\u00e9. Un dernier regard balaye l\u2019immense salle et il est l\u2019heure de retourner dans le m\u00e9tro. D\u00e9calage pour le moins brutal\u2026 &#8211; <strong>Marion Haumesser<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"villemagne\"><\/a>Cr\u00e9\u00e9 par Richard Wagner \u2013 grand musicien, po\u00e8te et penseur \u2013 <em>Das Rheingold (L\u2019or du Rhin)<\/em> constitue le prologue des trois B\u00fchenfestspiel (Festival sc\u00e9nique) \u2013 <em>Der Ring des Nibelungen<\/em> <em>(L\u2019Anneau du Nibelung)<\/em> sur lesquels le musicien a travaill\u00e9 durant 26 ans. Cet ouvrage, qui puise ses sources dans les mythologies norv\u00e9giennes et islandaises, est vite devenu une source d\u2019inspiration pour des \u00e9crivains qui ont cr\u00e9\u00e9 \u00e0 leur tour des h\u00e9ros, des cr\u00e9atures l\u00e9gendaires et des mondes dirig\u00e9s par des Dieux \u2013 \u00ab\u00a0The Lord of the Rings\u00a0\u00bb (Seigneur des anneaux) de Tolkien, par exemple.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">A l\u2019Op\u00e9ra Bastille, <em>L\u2019Or du Rhin<\/em> a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019impressionnante mise en sc\u00e8ne de G\u00fcnter Kr\u00e4mer, avec l\u2019orchestre de l\u2019op\u00e9ra dirig\u00e9e par Philippe Jordan et avec les voix de Peter Sidhom, Bernard Richter, Sophie Koch, Qiu Lin Zhang, Caroline Stein, Kim Begley etc.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">Pour cette premi\u00e8re venue \u00e0 l\u2019op\u00e9ra, je suis positivement impressionn\u00e9e en commen\u00e7ant par la grande salle et l\u2019atmosph\u00e8re vibrante de l\u2019Op\u00e9ra\u00a0 Bastille et jusqu\u2019au symbolisme du spectacle pr\u00e9sent\u00e9 sur sc\u00e8ne (que j\u2019ai mieux compris apr\u00e8s des petites recherches sur le sujet). Avec une bonne vue et une bonne sonorit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 des places privil\u00e9gi\u00e9es, j\u2019ai rapidement \u00e9t\u00e9 prise dans l\u2019histoire. Ce que j\u2019ai trouv\u00e9 magnifique c\u2019\u00e9tait d\u2019une part le d\u00e9cor\u00a0comme par exemple : la forteresse des Dieux \u2013 Walhalla \u2013 positionn\u00e9e sur un globe terrestre, montrant leur pouvoir\u00a0; l\u2019or en train d\u2019\u00eatre model\u00e9 par une grande \u00e9quipe de laborieux ; le Palais de Dieux o\u00f9 ils entrent \u00e0 la fin.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px\">L\u2019atmosph\u00e8re cr\u00e9\u00e9e par la musique en compl\u00e9mentarit\u00e9 avec les \u00e9v\u00e8nements de l\u2019histoire, les d\u00e9cors et les costumes donne l\u2019impression qu\u2019on vit tous l\u2019action, on est attrap\u00e9 par le spectacle, ce qui fait qu\u2019on r\u00e9alise l\u2019effort r\u00e9alis\u00e9 par cette grande \u00e9quipe, bien organis\u00e9e, un ensemble d\u2019artistes qui nous font vibrer, dans un suspens entretenu, vivre les moments mis en sc\u00e8ne par une bonne coordination de chaque petite partie qui participe \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019un spectacle assez complexe. &#8211; <strong>B\u00e9reng\u00e8re Villemagne<\/strong><\/span><\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Concert | Op\u00e9ra Bastille | En savoir plus L&rsquo;Or du Rhin, musique et livret de Richard Wagner sous le direction musicale de Philippe Jordan \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris (Bastille). 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