{"id":432,"date":"2016-01-04T20:20:20","date_gmt":"2016-01-04T19:20:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=432"},"modified":"2016-01-04T20:20:20","modified_gmt":"2016-01-04T19:20:20","slug":"pere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=432","title":{"rendered":"P\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die Fran\u00e7aise | <a href=\"http:\/\/www.comedie-francaise.fr\/spectacle-comedie-francaise.php?spid=1463&amp;id=517\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">P\u00e8re, l&rsquo;une des \u0153uvres phares d&rsquo;August Strindberg, ne peut nous laisser indiff\u00e9rent. Il raconte la lutte de pouvoir domestique entre le Capitaine et sa femme, Laura. Contraints de d\u00e9cider l&rsquo;avenir de Bertha, leur fille, le premier veut l&rsquo;envoyer en pension en ville pour qu&rsquo;elle devienne institutrice, tandis que sa m\u00e8re aimerait la garder sous son aile et lui faire apprendre la peinture. Sachant que son \u00e9poux a toujours le dernier mot, Laura est pr\u00eate \u00e0 tout faire pour gagner la bataille et rester \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son enfant. Malgr\u00e9 ses efforts, tout est d\u00e9cid\u00e9. Mais la veille du d\u00e9part de Bertha, la m\u00e8re vient dans le bureau du Capitaine avec son dernier recours : le doute. <em>Comment pourrait-tu \u00eatre s\u00fbr que ta fille est bien ta fille ?<\/em>, lui demande-t-elle. Il trouve que la question est dr\u00f4le. Mais au fur et \u00e0 mesure, alors que sa femme d\u00e9veloppe son id\u00e9e, il se rend compte qu&rsquo;en effet, elle a raison : il n&rsquo;en sait rien. Il imagine, tel qu&rsquo;il l&rsquo;a toujours imagin\u00e9, que Bertha est sa fille, mais il n&rsquo;en peut \u00eatre absolument certain. Ce n&rsquo;est que la m\u00e8re qui peut le savoir. Lui, il n&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 lui faire confiance. Il l&rsquo;a toujours fait, d&rsquo;ailleurs. Mais alors qu&rsquo;elle lui pose la question, le doute s&rsquo;installe et son esprit craque. Tourment\u00e9 par l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;avoir v\u00e9cu dans un mensonge et d&rsquo;avoir \u00e9lev\u00e9 une fille dont il n&rsquo;\u00e9tait pas le p\u00e8re, il panique entre la honte et la haine. Sa femme, par contre, faisant preuve d&rsquo;un sang-froid qui rend le personnage inhumain, fait croire aux autres membres de la famille, aux habitants de la maison et aux amis du Capitaine que celui-ci est victime d&rsquo;une maladie mentale qui lui fait inventer des histoires et imaginer des complots l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;y en a pas : le dernier \u00e9tant, affirme-t-elle devant le m\u00e9decin de son mari, que Bertha n&rsquo;est pas sa fille. Ainsi, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 elle met tout le monde contre lui, alors que de l\u2019autre elle continue \u00e0 briser sa lucidit\u00e9 avec le poison du doute. Les propos de Laura font leur effet, et \u00e0 la fin de pi\u00e8ce, on retrouve un Capitaine d\u00e9pourvu de son caract\u00e8re d&rsquo;autre fois. Incapable de faire face \u00e0 l&rsquo;humiliation d&rsquo;une tromperie, mais aussi incapable de se d\u00e9barrasser de cette id\u00e9e, en larmes il demande \u00e0 sa femme de lui rendre la paix. Mais cela n&rsquo;est plus possible. Il est d\u00e9j\u00e0 en proie \u00e0 la folie. D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 dans sa camisole de force, il crie pour que quelqu&rsquo;un ram\u00e8ne un oreiller o\u00f9 il puisse reposer sa t\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous pouvons appr\u00e9cier l&rsquo;excellente mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Arnaud Desplechin sur le plateau de la Salle Richelieu, \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise. Michel Vuillermoz fait preuve d&rsquo;un remarquable talent dans le r\u00f4le du Capitaine. On suit avec int\u00e9r\u00eat la chute de son \u00e9quilibre personnel, voire de sa sant\u00e9 mentale. Les questions qui bouleversent son \u00e2me arrivent \u00e9galement \u00e0 toucher les certitudes du public. Claire de La R\u00fce semble tr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;aise dans la peau de Bertha, la fille du couple. On dirait qu&rsquo;elle est chez elle. Pourtant Anne Kessler, qui interpr\u00e8te Laura, la femme du Capitaine, a l&rsquo;air trop th\u00e9\u00e2tral. Son personnage donc ne r\u00e9ussit pas compl\u00e8tement \u00e0 nous convaincre. Le sc\u00e9nario est simple, mais la mise en sc\u00e8ne est tr\u00e8s puissante. La pi\u00e8ce, \u00e9crite en 1887, montre la vigueur qu&rsquo;encore \u00e0 nous jours \u00e0 la lutte de pouvoir entre hommes et femmes. M\u00eame si n\u00f4tre soci\u00e9t\u00e9 a beaucoup chang\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard, le d\u00e9bat est toujours pertinent. <em>P\u00e8re<\/em> d\u00e9veloppe les enjeux de la fid\u00e9lit\u00e9, les peurs de la trahison, le poids du jugement social, l&rsquo;horreur de la folie, le lien contradictoire entre l&rsquo;amour et la haine : tous des sujets qui pr\u00e9occupent encore l&rsquo;homme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Joan Ramirez<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Vincent Pontet<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Com\u00e9die Fran\u00e7aise | En savoir plus P\u00e8re, l&rsquo;une des \u0153uvres phares d&rsquo;August Strindberg, ne peut nous laisser indiff\u00e9rent. Il raconte la lutte de pouvoir domestique entre le Capitaine et sa femme, Laura. 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