{"id":4548,"date":"2013-02-13T20:00:38","date_gmt":"2013-02-13T19:00:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=4548"},"modified":"2013-02-13T20:00:38","modified_gmt":"2013-02-13T19:00:38","slug":"le-cabaret-discrepant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=4548","title":{"rendered":"Le Cabaret discr\u00e9pant"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre |\u00a0Th\u00e9\u00e2tre de la Colline | <a href=\"http:\/\/www.colline.fr\/fr\/spectacle\/le-cabaret-discrepant\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: 12px\"><strong><em>Le Cabaret discr\u00e9pant<\/em>, un spectacle d&rsquo;Olivia Grandville d&rsquo;apr\u00e8s Isidore Isou au <a href=\"http:\/\/www.colline.fr\">Th\u00e9\u00e2tre de la Colline<\/a>. <\/strong><\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#arrighi\">La critique de Laura Arrighi<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#gauthier nabavian\">La critique de Gauthier Nabavian<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Geoffrey Nabavian\">La critique de Geoffrey Nabavian<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#paquis\">La critique de Macha Paquis<\/a><\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#Sydney\">La critique de Marine Sydney <\/a><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a id=\"arrighi\" name=\"arrighi\"><\/a>Inspir\u00e9 des th\u00e9ories du lettrisme, mouvement d\u2019avant-garde n\u00e9 de l\u2019initiative d\u2019Isidore Isou, Gabriel Pommerand, Fran\u00e7ois Dufr\u00eane et Maurice Lema\u00eetre en 1947, ce spectacle entre th\u00e9\u00e2tre et danse est pour le moins d\u00e9routant.<br \/>\nBien que pr\u00e9par\u00e9 voire alert\u00e9 par le programme, le spectateur ne peut qu\u2019\u00eatre surpris lorsque commence le spectacle\u2026dans le hall. C\u2019est en effet l\u00e0 que se d\u00e9roule la premi\u00e8re partie de la repr\u00e9sentation, sp\u00e9cialement d\u00e9cor\u00e9 pour l\u2019occasion \u00e0 grand renfort d\u2019affiches couvertes de phrases qui interrogent le spectateur ou le font simplement rire. Du th\u00e9oricien \u00e0 l\u2019historien et du strip-teaseur au po\u00e8te, le public d\u00e9ambule, \u00e9coute et se laisse surprendre par les discours et performances des acteurs.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Apr\u00e8s la lecture de quelques vers \u00ab\u00a0lettristes\u00a0\u00bb, la seconde partie de la repr\u00e9sentation commence, dans la salle cette fois. Au cours des 14 \u00ab\u00a0ballets ciselants\u00a0\u00bb, tout le corps des acteurs est mis \u00e0 contribution pour r\u00e9inventer la danse, pour la conduire jusqu\u2019\u00e0 un stade d\u2019accomplissement, de d\u00e9passement. Les com\u00e9diens-danseurs font alors des ballets avec leurs bouches ou leurs mains, un chat devient le danseur principal et l\u2019on assiste \u00e0 une chor\u00e9graphie interpr\u00e9t\u00e9e dans le noir complet, sans aucune autre musique que celle du rire des spectateurs.<br \/>\nUn spectacle r\u00e9jouissant donc qui nous conduit \u00e0 nous int\u00e9resser de plus pr\u00e8s au lettrisme, mouvement peu connu du grand public.<strong> &#8211; Laura Arrighi<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a id=\"gauthier nabavian\" name=\"gauthier nabavian\"><\/a>On ne peut pr\u00e9tendre \u00eatre all\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre en sortant de la Colline \u00e0 la fin de la repr\u00e9sentation de ce cabaret discr\u00e9pant. On a tout vu, tout entendu, mais on \u00e9tait pas au th\u00e9\u00e2tre. C&rsquo;est l\u00e0 la force de cette oeuvre, peut-\u00eatre aussi sa faiblesse.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Inspir\u00e9s par les th\u00e9ories lettristes, 5 acteurs ont d\u00e9cid\u00e9 de recr\u00e9er dans un mini-espace d&rsquo;exposition les principaux manifestes du groupe. Th\u00e9oriquement d\u00e9j\u00e0, le lettrisme n&rsquo;est pas chose facile &#8211; c&rsquo;est \u00e0 peu pr\u00e8s une avant-garde, sauf qu&rsquo;elle se situe sur un fil du rasoir beaucoup plus fin que toutes les avant-gardes. Ici, on est imm\u00e9diatement livr\u00e9 &#8211; et sans beaucoup d&rsquo;explications &#8211; \u00e0 des com\u00e9diens hurlants, gesticulants, se d\u00e9shabillant. On a l&rsquo;impression que, pour une fois, ils ont un bon pr\u00e9texte pour faire les idiots, et qu&rsquo;ils ne s&rsquo;en privent pas. Et puis on s&rsquo;int\u00e9resse et on commence \u00e0 comprendre la logique du processus : l&rsquo;id\u00e9e est d&rsquo;avaler des tonnes d&rsquo;objets culturels et de les recracher, p\u00e8le-m\u00eale, sans organisation aucune.<br \/>\nAu moment o\u00f9 l&rsquo;on commence \u00e0 appr\u00e9cier, l&rsquo;ordre est donn\u00e9 de rentrer dans la salle, et c&rsquo;est l\u00e0 que le spectacle \u00e0 proprement parler commence : on assiste \u00e0 un ballet dans le noir, on re\u00e7oit des l\u00e9gumes dans la figure avec l&rsquo;ordre de les renvoyer \u00e0 l&rsquo;agresseur&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Sur la forme, il faut l&rsquo;avouer, on s&rsquo;est bien amus\u00e9. Sur le fond, le d\u00e9bat est assez probl\u00e9matique.<br \/>\nD\u00e9j\u00e0, on se questionne un peu sur la nature de ce que l&rsquo;on vient de voir. Plut\u00f4t que de mettre en sc\u00e8ne une pi\u00e8ce lettriste ou un ballet, les acteurs ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 constituer un collage de tout cela &#8211; en approfondissant assez peu. Au final, le spectateur garde donc du lettrisme une impression de vanit\u00e9 totale et de d\u00e9lire sans lendemain &#8211; ce qui \u00e9tait sans doute tr\u00e8s loin de l&rsquo;intention premi\u00e8re d&rsquo;Isidore Isou lorsqu&rsquo;il \u00e9crivait ses pr\u00e9tentieuses th\u00e9ories.<br \/>\nD\u00e8s lors, que penser ? Hommage ? Pas vraiment, il y a beaucoup d&rsquo;ironie l\u00e0-dedans. Le probl\u00e8me de fond est qu&rsquo;Olivia Grandville a tent\u00e9 de mettre \u00e0 la port\u00e9e du public un mouvement totalement underground, et d&rsquo;ailleurs enti\u00e8rement d\u00e9fini par son c\u00f4t\u00e9 avant-gardiste. Il en ressort donc un produit b\u00e2tard, tr\u00e8s amusant et exp\u00e9rimental, mais plut\u00f4t vain.\u00a0 &#8211; <strong>Gauthier Nabavian<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a name=\"Geoffrey Nabavian\"><\/a>D\u00e8s l&rsquo;ouverture inopin\u00e9e du spectacle, dans le hall du th\u00e9\u00e2tre de la Colline, un grand d\u00e9gingand\u00e9, Hubertus Biermann, nous attire, feuille \u00e0 la main, dans un univers fait de politique, de mots qui claquent de mani\u00e8re violente et de d\u00e9pense physique. Nous voila partis pour une petite promenade dans les bois d&rsquo;un mouvement litt\u00e9raire fran\u00e7ais qui fut l&rsquo;accouch\u00e9 d&rsquo;Andr\u00e9 Breton et de Tristan Tzara: le lettrisme. Connaisseurs du po\u00e8te d&rsquo;origine roumaine Isidore Isou et de son c\u00e9l\u00e8bre film exp\u00e9rimental-expos\u00e9, \u00ab\u00a0Trait\u00e9 de bave et d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb, tourn\u00e9 entre 1951 et 52, bienvenue chez vous. Les autres, suivez. T\u00e2chez d\u00e9j\u00e0 de vous frayer un passage dans la foule des spectateurs qui montent au dernier \u00e9tage de la Colline. Mise en condition lettriste sans doute&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Que d\u00e9couvre-t-on a l&rsquo;\u00e9tage ? Pas question d&rsquo;entrer tout de suite dans la salle. D&rsquo;abord, il y a un cabaret a visiter. Un cabaret improvis\u00e9 dans d&rsquo;\u00e9troits couloirs. Il y a un endroit o\u00f9 l&rsquo;on doit prendre garde de ne pas tomber. Mais c&rsquo;est pour regarder une danseuse qui, en face de nous, effectue une s\u00e9rie de gestes. Derri\u00e8re elle, accroch\u00e9s au mur, des mots. Chacun des gestes chor\u00e9graphiques incarne tous les mots affich\u00e9s, absolument tous, en m\u00eame temps. Saisissant. Un peu plus loin, un magnifique com\u00e9dien s&rsquo;\u00e9chauffe et fait du sport: c&rsquo;est Manuel Vallade. Corps et diction sur le pied de guerre, il tient des propos sur le th\u00e9\u00e2tre. Les conceptions d&rsquo;Isidore Isou, superbement accompagn\u00e9es par une chor\u00e9graphie fluide en diable. Envo\u00fbtant. Ailleurs, on peut s&rsquo;amuser d&rsquo;un alphabet d\u00e9taill\u00e9 par une com\u00e9dienne qui renvoie a des \u00e9v\u00e9nements de l&rsquo;\u00e9poque lettriste. Un danseur d\u00e9shabill\u00e9 se faufile dans nos rangs brandissant une pancarte: \u00ab\u00a0Strip-tease \u00e0 rebours\u00a0\u00bb. Tout cela se d\u00e9roule dans un lieu toujours aussi \u00e9troit. Les artistes parlent a pleine voix, l&rsquo;ami Hubertus Biermann n&rsquo;en d\u00e9mord par et continue ses po\u00e8mes, l&rsquo;espace sonore est satur\u00e9. Tr\u00e8s lettriste et tr\u00e8s stimulant, tout \u00e7a.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Puis tout le monde se retrouve pour quelques improvisations \u00e0 base de souffle, et pour un simulacre de soir\u00e9e \u00e0 la lettriste. Musique pop dont les paroles sont des onomatop\u00e9es, chor\u00e9 \u00e0 base de gestes quotidiens reproduits sur commande\u2026et po\u00e8me c\u00e9l\u00e8bre en hommage \u00e0 Antonin Artaud. Il est maintenant l\u2019heure d\u2019entrer dans la salle pour assister \u00e0 \u00ab\u00a0dix-neuf ballets cisel\u00e9s\u00a0\u00bb. Nos six com\u00e9diens-danseurs portent d\u00e9sormais des perruques et sont assis \u00e0 une longue table. L\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, ils vont nous donner \u00e0 voir et appr\u00e9cier les points de vue d\u2019Isidore Isou en mati\u00e8re de danse. Les protagonistes de ces \u00ab\u00a0ballets\u00a0\u00bb vont \u00eatre\u00a0: la bouche, les yeux, le mouvement du doigt, les muqueuses\u2026Autant d\u2019id\u00e9es folles et d\u00e9cal\u00e9es. Qui fonctionnent. Qui \u00e9meuvent. Lorsqu\u2019ils se livrent au ballet des mouvements et paroles qui font d\u00e9sirer la danse sans la montrer, le public \u00e9clate de rire. Lorsque se tient le ballet artistes contre public, une bataille de fleurs et de l\u00e9gumes se d\u00e9clenche, les gens ayant \u00e9t\u00e9 arm\u00e9s au pr\u00e9alable. On regrette cependant que le lettrisme ait tant de mal \u00e0 oublier le texte pour faire confiance au geste. C\u2019est chose faite \u00e0 la derni\u00e8re minute du spectacle\u00a0: Manuel Vallade s\u2019est statufi\u00e9 et nous a expos\u00e9 le ballet-statue dans le noir. Il se tait, et le noir se fait lentement. Il dure. On n\u2019applaudit pas. On n\u2019ose pas. L\u2019\u00e9motion s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e toute enti\u00e8re. La cr\u00e9ation d\u2019Isou existe pour de vrai. Et elle nous touche. &#8211; <strong>Geoffrey Nabavian<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a id=\"paquis\" name=\"paquis\"><\/a>Que dire d\u2019une pi\u00e8ce dont le motif est de remettre en question toutes les th\u00e9ories artistiques d\u00e9j\u00e0 acquises\u00a0? Que dire d\u2019une pi\u00e8ce pour qui l\u2019absolu de la critique pourrait se r\u00e9sumer en une page blanche, vide de tous mots, pour laisser s\u2019exprimer l\u2019absolu de la pens\u00e9e\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Des lignes vides, pour reprendre ce motif. Ou r\u00e9sumer le concept d\u2019une pi\u00e8ce en deux parties\u00a0: invitant tout d\u2019abord le spectateur \u00e0 une d\u00e9ambulation entre diff\u00e9rents espaces sc\u00e9niques o\u00f9 chaque com\u00e9dien s\u2019\u00e9vertue \u00e0 r\u00e9citer son monologue, se compliquant la t\u00e2che en semant de lui-m\u00eame des embuches dans sa diction ou ses mouvements, pour r\u00e9citer les th\u00e9ories. De diss\u00e9min\u00e9s dans tous les coins, ils se regrouperont sous l\u2019\u00e9gide d\u2019une voix qui leur ordonnera les positions \u00e0 prendre, les bruits \u00e0 mimer, les textes \u00e0 r\u00e9citer. Quittant peu \u00e0 peu le terrain, les com\u00e9diens invitent le spectateur \u00e0 en faire de m\u00eame pour rejoindre la seconde partie du spectacle, dans le petit th\u00e9\u00e2tre. S\u2019ouvre alors une conf\u00e9rence sur la danse, participative si le spectateur le souhaite, invit\u00e9 \u00e0 prendre la parole, \u00e0 venir danser ou \u00e0 jeter des l\u00e9gumes sur les danseurs\u00a0: comment renouveler les mouvements de la danse quand tout a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9\u00a0? Ne plus en rajouter, mais en enlever\u00a0: r\u00e9duire la chor\u00e9graphie au rien, ou plut\u00f4t au presque-rien\u00a0: un battement de cil, dans le noir presque total. L\u2019absurdit\u00e9 du spectacle et le s\u00e9rieux du propos se moquent de toutes les grandes th\u00e9ories, tout en apportant des id\u00e9es neuves. Et le spectateur, ravi de ce spectacle, en a les larmes aux yeux\u00a0: impossible de s\u2019arr\u00eater de rire, et grand respect aux com\u00e9diens qui, plus excellents les uns que les autres, parviennent \u00e0 conserver leur s\u00e9rieux absolu dans cet univers totalement loufoque.<strong> &#8211; Macha Paquis<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a id=\"Sydney\" name=\"Sydney\"><\/a><strong>De l\u2019art de \u00ab\u00a0discr\u00e9per \u00bb <\/strong>\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">C\u2019est en 1946 que les groupes de jeunes lettristes r\u00e9unis autour d\u2019Isidore Isou vont occuper le devant de la sc\u00e8ne artistique et litt\u00e9raire en revendiquant une nouvelle po\u00e9tique des mots. Qualifi\u00e9 d\u2019avant-gardiste, ce mouvement influence aujourd\u2019hui de nombreux artistes contemporains. Encore mal connu du grand public, le lettrisme fait une entr\u00e9e os\u00e9e et remarqu\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de la Colline \u00e0 Paris, l\u2019occasion pour nous de revenir sur une mise en sc\u00e8ne aussi \u00e9tonnante que \u00ab\u00a0discr\u00e9pante\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">C\u2019est tout d\u2019abord l\u2019originalit\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne qui \u00e9tonne\u00a0: les artistes d\u00e9laissent la sc\u00e8ne traditionnelle pour les couloirs du th\u00e9\u00e2tre. Laiss\u00e9s \u00e0 l\u2019abandon dans ce d\u00e9cor moderne et qui plus est ath\u00e9\u00e2tral, les spectateurs n\u2019ont d\u2019autre choix que d\u2019errer d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de l\u2019espace, se laissant guider par leur instinct. Ici et l\u00e0, des artistes mettent en sc\u00e8ne l\u2019histoire du lettrisme, sa th\u00e9orie et ses critiques. Les com\u00e9diens se font \u00e9cho et les spectateurs sont anim\u00e9s d\u2019une curiosit\u00e9 collective. Le lettrisme se met \u00e0 nu dans cet univers atypique et clame haut et fort son existence. Dans ce brouhaha pu\u00e9ril, un homme, nu, d\u00e9ambule parmi la foule en effectuant un \u00ab\u00a0striptease \u00e0 rebours\u00a0\u00bb. D\u00e9contract\u00e9, son passage furtif provoque des rires \u00e9touff\u00e9s, des regards g\u00ean\u00e9s et parfois quelque int\u00e9r\u00eat. Pure folie ou cr\u00e9ation artistique\u00a0? A vous seul d\u2019en d\u00e9cider\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Mais la soir\u00e9e ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0 et notre voyage continue dans un espace \u00e9trangement neutre. Sur sc\u00e8ne, aucun artifice. Le lettrisme semble se suffire \u00e0 lui-m\u00eame. Les acteurs encha\u00eenent alors des ballets loufoques et comiques. Autant dire que la d\u00e9rision m\u00e8ne la danse.<br \/>\nMais le public comprend-il ce qui se joue sur sc\u00e8ne ? Pourquoi ces ballets pour le moins insolites\u00a0? Pourquoi ces questions sans r\u00e9ponses\u00a0? Quel sens attribuer \u00e0 ce spectacle vacillant\u00a0? Les com\u00e9diens eux-m\u00eames semblent d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9s devant l\u2019absurdit\u00e9 revendiqu\u00e9e de leur prestation. Mais au fond quelle importance\u00a0!\u00a0 Les amateurs de th\u00e9\u00e2tre, de danse, de litt\u00e9rature, appr\u00e9cieront sans doute la performance des acteurs et l\u2019originalit\u00e9 du projet. Quant aux novices, peut-\u00eatre pourront-ils d\u00e9couvrir un nouvel usage des mots et un univers burlesque d\u00e9tonant.<br \/>\nPour ma part, je retiendrai l\u2019humour ravageur de ces acteurs, qui, sur sc\u00e8ne, cr\u00e9ent un monde \u00e0 la fois fascinant et discr\u00e9pant\u2026 <strong>&#8211; Marie Sydney<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre |\u00a0Th\u00e9\u00e2tre de la Colline | En savoir plus Le Cabaret discr\u00e9pant, un spectacle d&rsquo;Olivia Grandville d&rsquo;apr\u00e8s Isidore Isou au Th\u00e9\u00e2tre de la Colline. 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