{"id":4559,"date":"2013-02-15T20:00:07","date_gmt":"2013-02-15T19:00:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=4559"},"modified":"2013-02-15T20:00:07","modified_gmt":"2013-02-15T19:00:07","slug":"calme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=4559","title":{"rendered":"Calme"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre Nanterre-Amandiers | <a href=\"http:\/\/www.nanterre-amandiers.com\/2012-2013\/calme\/\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><strong><em>Calme<\/em>, texte de Lars Nor\u00e9n mis en sc\u00e8ne par Jean-Louis Martinelli au <a href=\"http:\/\/www.nanterre-amandiers.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Th\u00e9\u00e2tre Nanterre-Amandiers<\/a>. <\/strong><\/span><\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#irena\">La critique d&rsquo;Irena Derzhko<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#leger\">La critique de Chlo\u00e9 L\u00e9ger<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#morel\">La critique de St\u00e9phanie Morel<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#gauthier nabavian\">La critique de Gauthier Nabavian<\/a><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a href=\"#geoffrey nabavian\">La critique de Geoffrey Nabavian<\/a><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a id=\"irena\" name=\"irena\"><\/a>Et si on pouvait vivre nos r\u00eaves, r\u00e9aliser nos envies, accomplir nos d\u00e9sirs, serions-nous heureux, joyeux, satisfaits et reconnaissants \u00e0 la vie? Si Ernst, le p\u00e8re de la famille, pouvait larguer les amarres et se donner \u00e0 la seule passion de sa vie &#8211; la mer, serait-il un homme capable de prendre ses responsabilit\u00e9s, d&rsquo;\u00eatre le protecteur de son foyer, de tenir sa parole et de rendre sa femme heureuse? Si Lena, la m\u00e8re de la famille, \u00e9tait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un tel homme, serait-elle une m\u00e8re dou\u00e9e et sage envers ses deux enfants, saurait-elle les \u00e9lever forts, aim\u00e9s, sans aucun mal-\u00eatre int\u00e9rieur? Et si John, le fils cadet, avait de tels parents, saurait-il vivre sans douleur et regret, en soutien unissant avec ses proches, sans rivalit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de son fr\u00e8re, ni manque incessant d&rsquo;amour qui le guette? Enfin, peut-on r\u00e9unir toutes les conditions et obtenir une famille parfaite, un noyau sain, rempli de l&rsquo;\u00e9nergie positive, comme une fondation forte et stable de la soci\u00e9t\u00e9? Jean-Louis Martinelli, le metteur en sc\u00e8ne de <em>Calme<\/em>, nous parle d&rsquo;une \u00ab\u00a0forme de violence familiale dans les rapports interpersonnels\u00a0\u00bb, pr\u00e9sente dans chaque famille, qu&rsquo;elle soit aimante ou qu&rsquo;elle soit blessante. Une toute premi\u00e8re \u00e9tape de notre vie, qu&rsquo;on revoit sous diff\u00e9rents angles, est d\u00e9cortiqu\u00e9e et observ\u00e9e avec la simplicit\u00e9 de la parole, la sinc\u00e9rit\u00e9 des propos, la radicalit\u00e9 de cette sinc\u00e9rit\u00e9 et un puissant lien de sang par-dessous des bousculades continues.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">La mise en sc\u00e8ne de <em>Calme<\/em> est au rythme de la mer, avec des mar\u00e9es hautes et basses, des vagues jouant et la haute vague renversante, des temp\u00eates et du calme du miroir d&rsquo;eau. Tout aussi comme la vie quotidienne, sans exag\u00e9rations, mais \u00e9galement sans probl\u00e8mes enrob\u00e9s dans les papillotes et cach\u00e9s. Tout est dit et ce discours est franc. L&rsquo;histoire des conflits non-r\u00e9solus s&rsquo;\u00e9touffe dans le manque d&rsquo;espace, ne sortant pas du nid familial, le nid d&rsquo;oiseau ou le nid de serpent, selon les tournants de la narration. C&rsquo;est un enfermement sur soi, la circularit\u00e9 d&rsquo;une bulle familiale, qui, certes, fait na\u00eetre et grandir, mais enclo\u00eetre pareillement. L&rsquo;action est elle aussi condens\u00e9e par le laps de temps r\u00e9duit \u00e0 quelques jours et les circonstances dramatiques, telles que la maladie de la m\u00e8re, le retour du fr\u00e8re cadet et le d\u00e9part du fr\u00e8re a\u00een\u00e9, ensemble avec les dettes et la rechute dans l&rsquo;alcool qui touchent le p\u00e8re de la famille.<br \/>\nLes d\u00e9cors et les costumes rel\u00e8vent une puret\u00e9 de paysages scandinaves, en apparence une forte proximit\u00e9 du banal et du journalier avec en m\u00eame temps une \u00e2me qui plane par-dessus du r\u00e9el. L&rsquo;int\u00e9rieur de quelques d\u00e9cennies en arri\u00e8re, avec le lecteur de cassettes \u00e0 la mode, mais une neutralit\u00e9 sur les v\u00eatements et les accessoires \u2013 l&rsquo;\u0153uvre peut avoir lieu hier, aujourd&rsquo;hui et demain. Le placement des acteurs est travaill\u00e9 avec une attention particuli\u00e8re et refl\u00e8te une compr\u00e9hension subtile du texte de Noren. Si la sc\u00e8ne sur la confrontation de go\u00fbts esth\u00e9tiques entre Johnny et le reste de sa famille est trait\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re plut\u00f4t conventionnelle (Johnny, tout seul, du c\u00f4t\u00e9 droit ; les trois autres regroup\u00e9s \u00e0 gauche), la sc\u00e8ne de la deuxi\u00e8me partie, qui pr\u00e9c\u00e8de une v\u00e9ritable explosion \u00e9motionnelle jusqu&rsquo;\u00e0 la bagarre entre fr\u00e8res, est particuli\u00e8rement int\u00e9ressante. C&rsquo;est pour la premi\u00e8re fois que toute la famille se rassemble le plus proche l&rsquo;un de l&rsquo;autre sur le canap\u00e9 et le fauteuil d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9. Et c&rsquo;est exactement cette proximit\u00e9 physique, pourtant si biologiquement naturelle, qui les fait exprimer tout ce qui fracasse chacun de l&rsquo;int\u00e9rieur. C&rsquo;est \u00e0 ce moment d&rsquo;altercation, quand ils se disputent en parlant souvent \u00e0 deux ou \u00e0 trois, qu&rsquo;ils versent toute leur n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre aupr\u00e8s des siens et d&rsquo;y \u00eatre accept\u00e9 et compris, m\u00eal\u00e9e \u00e0 la d\u00e9tresse de n&rsquo;y pas parvenir&#8230; Cette chaleur familiale, ces relations intenses et d&rsquo;autant plus sensibles, d\u00e9bordent \u00e0 un moment et font sauter la bombe, qui \u00e9parpille la famille et la d\u00e9charge dans une confrontation corporelle.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Le langage du texte est spontan\u00e9, \u00e0 certains moments vulgaire, mais c&rsquo;est justement cela qui lui rend son innocence et sa profonde justesse. Les com\u00e9diens ne semblent pas jouer, mais vivre les instants donn\u00e9s de leurs vies. Et comme dans la r\u00e9alit\u00e9, ils les perdent pour rien parfois en parlant de choses inutiles, en cherchant plus ce qui s\u00e9pare que ce qui unie. M\u00eame en ayant conscience du fait que tout cela est tr\u00e8s \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et le compte \u00e0 rebours pour la m\u00e8re et pour leur famille est lanc\u00e9. Cet amalgame du rationnel avec l&rsquo;\u00e9motionnel tente de r\u00e9soudre tous les probl\u00e8mes du monde &lsquo;ici et tout de suite&rsquo;. L&rsquo;argent, l&rsquo;alcool, diff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rationnelle, philosophie de vie, points de vue esth\u00e9tiques et culturels, les enjeux freudiens et beaucoup d&rsquo;autres probl\u00e9matiques peuvent \u00eatre diss\u00e9qu\u00e9es dans la pi\u00e8ce. L&rsquo;absence d&rsquo;un dialogue sans accusations, d&rsquo;une acceptation de l&rsquo;autre, d&rsquo;un amour vers l&rsquo;autre (qui existe \u00e9videmment, mais que les personnages ne laissent pas appara\u00eetre) se manifeste tout au long de cette histoire familiale, proche par une de ses facettes de toutes les histoires familiales. L&rsquo;incapacit\u00e9 de franchir le mur et de donner de l&rsquo;amour \u00e0 sons fils envo\u00fbte la m\u00e8re et, au contraire, une fraternit\u00e9 transperc\u00e9e qui embrasse Ingemar et Johnny lorsqu&rsquo;ils partent nager ensemble, montrent les deux c\u00f4t\u00e9s de ce qui est et ce qui pouvait \u00eatre, <em>si<\/em>&#8230; Et c&rsquo;est justement en posant trop de &lsquo;<em>si&rsquo;<\/em> dans nos r\u00e9flexions sur les autres qu&rsquo;on arrive plus \u00e0 revenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat authentique des relations.<br \/>\n\u00ab\u00a0On a tous quelque chose en nous&#8230;\u00a0\u00bb du <em>Calme<\/em> de Lars Noren. &#8211;<strong> Irena Derzhko<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a id=\"leger\" name=\"leger\"><\/a><em>Calme<\/em> c&rsquo;est un drame familial assez banal en fait. Ce n&rsquo;est pas un point de rupture dans une aventure o\u00f9 tout bascule, il n&rsquo;y a pas de membres coup\u00e9s, ou de d\u00e9cision tragique \u00e0 prendre. C&rsquo;est un jour un peu comme les autres, sauf que toute la famille est r\u00e9unie, mais ce n&rsquo;est pas si \u00e9tonnant que \u00e7a, et \u00e0 la fin de la journ\u00e9e se sont accumul\u00e9es sans qu&rsquo;on s&rsquo;en aper\u00e7oive, par couches fines, mais innombrables, les d\u00e9ceptions du quotidien, qui recouvrent les personnages, et les maintiennent lourdement au sol, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Ce ne sont pas des douleurs en elles-m\u00eames, comme peut l&rsquo;\u00eatre la douleur de perdre la m\u00e8re par exemple. Mais l&rsquo;appr\u00e9hension de la perte, et la d\u00e9ception de voir que m\u00eame dans ce temps particulier de la maladie, les choses sont les m\u00eames. Et on a beau hurler, comme John, et demander un peu plus d&rsquo;amour, ou autre chose, quelque chose de diff\u00e9rent, qui viendrait remplir ce sentiment d\u00e9sagr\u00e9able de manque, qui d\u00e9mange un peu et qu&rsquo;on n&rsquo;arrive pas \u00e0 localiser, rien ne change. La m\u00e8re est fatigu\u00e9e et ne changera pas. Le p\u00e8re a laiss\u00e9 tomb\u00e9, et s&rsquo;\u00e9clipse au sous sol. Et m\u00eame le fr\u00e8re, qui porte des pantalons s\u00e9r\u00e9s en polyester, et a tout mieux compris que tout le monde, est d\u00e9cevant et n&rsquo;a en fait rien compris du tout. Quand John hurle, ou m\u00eame quand il chante et parle joliment, les autres le regardent \u00e9tonn\u00e9s et un peu g\u00ean\u00e9s aussi par ses \u00e9lans lyriques impudiques. Ca tombe \u00e0 plat. On a beau s&rsquo;agiter, tout tombe \u00e0 plat. Alors on comprend qu&rsquo;\u00e0 la fin de la journ\u00e9e, il se bourre de m\u00e9dicament, se fourre la t\u00eate dans un sac plastique et tombe \u00e0 son tour.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Jean-Louis Martinelli n&rsquo;a pas choisi de faire une mise en sc\u00e8ne sombre et affreuse et d\u00e9plorable. C&rsquo;est m\u00eame tr\u00e8s beau. La salle \u00e0 manger est immense, avec ses tables vides et les nappes blanches. Et la tr\u00e8s grande baie vitr\u00e9e qui filtre toute enti\u00e8re la lumi\u00e8re douce et d\u00e9j\u00e0 chaude du matin, et celle odorante et moite de la fin d&rsquo;apr\u00e8s midi. Les personnages peuvent \u00eatre tristes, ou m\u00eame d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s parce que les finances ne vont pas bien et qu&rsquo;elles n&rsquo;iront pas mieux, et que la maladie non plus n&rsquo;ira pas mieux, mais tout autour persiste dans son \u00e9blouissante et immense beaut\u00e9, et eux aussi persistent et s&rsquo;accordent le plaisir de boire un caf\u00e9 dans la lumi\u00e8re diffuse du salon. Et la m\u00e8re est contente parce que John a mis une chemise blanche propre et qu&rsquo;il est tr\u00e8s beau dans sa chemise. Et les fr\u00e8res sont contents parce qu&rsquo;ils vont \u00e0 la mer pour se baigner et ne rentrent que quand la nuit commence \u00e0 tomber. Le p\u00e8re est content parce qu&rsquo;il peut toujours descendre dans la cave fraiche.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Le metteur en sc\u00e8ne semble avoir voulu montrer cet \u00e9lan l\u00e0, assez d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, mais touchant des personnages, qui, alors que tout va mal et qu&rsquo;ils sont affreusement tristes, tentent toujours de s&rsquo;octroyer la moindre once de bonheur qu&rsquo;ils voient appara\u00eetre et de l&rsquo;absorber comme une substance vitale indispensable (la chemise blanche, la chanson \u00e0 la radio, la jolie bonne qui repasse, le caf\u00e9, la plage, la robe d&rsquo;\u00e9t\u00e9). <strong>&#8211; Chlo\u00e9 L\u00e9ger<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a id=\"morel\" name=\"morel\"><\/a>Vendredi 15 f\u00e9vrier, au th\u00e9\u00e2tre des Amandiers, se jouait <em>Calme<\/em> de Lars Nor\u00e9n, pi\u00e8ce adapt\u00e9e et mise en sc\u00e8ne par Jean-Louis Martinelli.<br \/>\n<em>Calme<\/em> ne se contente pas d\u2019\u00eatre une trag\u00e9die familiale cinglante. Elle pose la famille comme fonci\u00e8rement tragique, et c\u2019est en cela qu\u2019elle ne peut que nous bouleverser. La pi\u00e8ce autobiographique met en sc\u00e8ne une famille r\u00e9unie malgr\u00e9 elle autour d\u2019une m\u00e8re malade qui apprend qu\u2019elle n\u2019a plus que quelques mois \u00e0 vivre. Les deux fils se ha\u00efssent, le p\u00e8re est alcoolique. Toute la pi\u00e8ce se d\u00e9roule dans la m\u00e9diocrit\u00e9 morbide du restaurant d\u00e9sert de l\u2019h\u00f4tel familial au bord de la faillite. La bonne est un t\u00e9moin discret qui a pour maxime de toujours terminer ce qu\u2019elle a commenc\u00e9. Le quiproquo de la famille se d\u00e9ploie, insoluble. Chacun voit en l\u2019autre un rat\u00e9. L\u2019extinction de la politesse et des convenances ne m\u00e8ne pas moins au dialogue de sourds. Il y a ce qui est tu, ce qui n\u2019est pas compris et ce qui n\u2019est pas cru.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">On notera la prestation remarquable d\u2019Alban Guyon, dans le r\u00f4le du fils cadet \u00e9crivain. Chacun se sent pers\u00e9cut\u00e9 et traque son coupable. On retombe en enfance et exige des r\u00e9ponses \u00e0 ses \u00ab pourquoi \u00bb. On s\u2019accuse plus qu\u2019on ne s\u2019excuse. Si l\u2019on fait tout pour ne pas se ressembler, on cherche n\u00e9anmoins \u00e0 d\u00e9masquer l\u2019autre. Mais nul n\u2019y parvient, tous sont trop imbriqu\u00e9s pour cela. C\u2019est cette infirmit\u00e9 qui conduit chacun \u00e0 dresser un portrait sinistre de l\u2019autre, qu\u2019aucun d\u00e9menti ne peut plus abroger. Toute nouvelle parole ne fait qu\u2019exacerber la caricature, ou si elle s\u2019en \u00e9carte, est per\u00e7ue comme un mensonge. La mort est \u00e0 la fois redout\u00e9e et esp\u00e9r\u00e9e, en tant qu\u2019elle constitue un d\u00e9nouement.<br \/>\nFace \u00e0 une telle virulence, le calme, cette crique d\u2019objectivit\u00e9, intervient comme une alternative \u00e0 la douleur que le fils tourment\u00e9 n\u2019atteindra jamais. <strong>&#8211; St\u00e9phanie Morel<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a id=\"gauthier nabavian\" name=\"gauthier nabavian\"><\/a>Premi\u00e8re fran\u00e7aise pour cette pi\u00e8ce qui date de 1984; on se demande pourquoi on a pas d\u00e9couvert <em>Calme<\/em> avant&#8230;<br \/>\nCette pi\u00e8ce est une sorte de relecture du <em>Long voyage du jour \u00e0 la nuit<\/em> d&rsquo;Eug\u00e8ne O&rsquo;Neil. Elle met en sc\u00e8ne une famille d\u00e9chir\u00e9e par des conflits anciens, des terreurs pass\u00e9es et des traumatismes toujours pr\u00e9sents, qui se dissout dans le grand h\u00f4tel familial. On met un certain temps \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer ce texte aust\u00e8re et la mise en sc\u00e8ne relativement nerveuse.<br \/>\nEn effet, rien n&rsquo;est calme ici. D&rsquo;ailleurs, les personnages disent souffrir d&rsquo;une journ\u00e9e de canicule, mais on ne ressent jamais la chaleur &#8211; plut\u00f4t une terrible froideur li\u00e9e aux rapports conflictuels de ces \u00eatres seuls, r\u00e9unis l&rsquo;espace d&rsquo;un long weekend. Et puis, le rythme prend, les acteurs finissent par nous convaincre de leur ma\u00eetrise, et l&rsquo;on se laisse finalement emporter pour s&rsquo;identifier totalement \u00e0 ces figures souffrantes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Lars Nor\u00e9n t\u00e9moigne d&rsquo;une ma\u00eetrise incroyable de l&rsquo;\u00e9criture dramatique : \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un enchev\u00eatrement de d\u00e9tails et de situation, il parvient \u00e0 rendre l&rsquo;absurde complexit\u00e9 de la vie, et l&rsquo;on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de se retrouver bien souvent dans les r\u00e9actions des personnages. La mise en sc\u00e8ne, l\u00e9g\u00e8re mais efficace, permet au spectateur de ne pas se sentir trop rebut\u00e9 par un texte difficile \u00e0 l&rsquo;aide de proc\u00e9d\u00e9s et de d\u00e9cors ing\u00e9nieux.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Il ressort donc, de toute cette froideur, une immense \u00e9motion catharsistique, et de fait un \u00e9tonnant calme &#8211; celui qui vient apr\u00e8s la temp\u00eate dont il est question tout au long de la pi\u00e8ce, une fois les conflits termin\u00e9s. <strong>&#8211; Gauthier Nabavian<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\"><a id=\"geoffrey nabavian\" name=\"geoffrey nabavian\"><\/a>Voici un spectacle d&rsquo;excellente tenue, sans partis-pris exp\u00e9rimentaux, sans cris, sans effets appuy\u00e9s, simple et clair. D&rsquo;excellents choix si l&rsquo;on consid\u00e8re le texte abord\u00e9. Ecrit en 1984, <em>Calme<\/em> est en effet une pi\u00e8ce du g\u00e9nial dramaturge su\u00e9dois Lars Nor\u00e9n. La puissance de son \u0153uvre r\u00e9side dans ses sujets, tous puis\u00e9s dans le champ du mal-\u00eatre -dans le couple, la famille&#8230; \u2013 qui m\u00e8ne \u00e0 la folie, puis \u00e0 la mort. Grand d\u00e9pressif lui-m\u00eame, il semble mettre dans chacun de ses livres un morceau arrach\u00e9 de son propre c\u0153ur. Difficiles, \u00e9crits dans un langage tr\u00e8s \u00e9tudi\u00e9 qui peut para\u00eetre herm\u00e9tique, ses textes sont\u00a0 parfois alourdis par des mises en sc\u00e8ne trop conceptuelles. Un \u00e9cueil \u00e9vit\u00e9 ici\u00a0: le r\u00e9cit file et nous parvient.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Nous sommes cette fois-ci confront\u00e9s \u00e0 une pi\u00e8ce autobiographique. Tr\u00e8s influenc\u00e9e par Eugene O&rsquo;Neill et son <em>Long voyage du jour a la nuit<\/em>, elle se d\u00e9roule dans un h\u00f4tel au bord de la mer. Un h\u00f4tel toujours vide de clients, dont le tenancier sera bient\u00f4t en faillite. Ce tenancier, c&rsquo;est Ernst, un homme qui marche \u00e0 petits pas, f\u00e9brile, essayant de garder la t\u00eate haute malgr\u00e9 tout. Dans l&rsquo;h\u00f4tel d\u00e9sert, un lieu le terrifie: la cave, et ses bouteilles&#8230;Le metteur en sc\u00e8ne Jean-Louis Martinelli, connaisseur de Lars Nor\u00e9n, a trouv\u00e9 l&rsquo;homme qu&rsquo;il fallait pour ce r\u00f4le: Jean-Pierre Darroussin. Interpr\u00e8te excellent de dizaines de r\u00f4les au cin\u00e9ma, cet acteur fut d&rsquo;abord \u00e9l\u00e8ve \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70 au Conservatoire de Paris. Il trouve ici le corps et les accents pour incarner Ernst: il reste enracin\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9, d\u00e9sireux de lutter contre le destin et contre lui-m\u00eame. Les passages o\u00f9 il demeure seul en sc\u00e8ne sont marqu\u00e9s par une m\u00eame \u00e9nergie du d\u00e9sespoir: conversation au t\u00e9l\u00e9phone, dans l&rsquo;ombre, o\u00f9 il essaye d&rsquo;acqu\u00e9rir de l&rsquo;argent de sa famille ; adresse \u00e0 Dieu, qu&rsquo;il supplie de l&#8217;emp\u00eacher de descendre \u00e0 la cave&#8230;Son parcours est un lent combat contre lui-m\u00eame et contre les siens.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12px\">Car il n&rsquo;est pas seul dans l&rsquo;h\u00f4tel. Face \u00e0 lui, sa femme, Lena. De sant\u00e9 tr\u00e8s fragile, elle semble imm\u00e9diatement condamn\u00e9e \u00e0 mourir. Sans surprise, la suite de la pi\u00e8ce nous confirmera cette hypoth\u00e8se. Cette \u00e9pouse est magnifiquement camp\u00e9e par Christiane Millet. Autre probl\u00e8me: ce couple a deux fils. Ingemar, le brutal, d\u00e9teste visc\u00e9ralement son p\u00e8re. John, l\u2019artiste malade mental, porte un amour fou \u00e0 ses deux parents, et leur donne aussi beaucoup d\u2019inqui\u00e9tudes. Entre disputes, r\u00e9conciliations et allers-retours \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, cette petite famille se d\u00e9chire. Et personne n\u2019arrive v\u00e9ritablement \u00e0 quitter l\u2019h\u00f4tel, o\u00f9 mourra la m\u00e8re.<br \/>\nUne petite ronde s\u2019orchestre dans cet h\u00f4tel vide, obs\u00e9dant. Tables bien ordonn\u00e9es, baie vitr\u00e9e, mer immobile derri\u00e8re, distributeur o\u00f9 personne ne se sert\u2026Peu de choses bougent o\u00f9 changent de place au cours des 2h50 de repr\u00e9sentation. Les com\u00e9diens ont le champ libre et s\u2019en tirent excellemment bien. Et le spectacle peut prendre une autre coloration si l\u2019on consid\u00e8re la place occup\u00e9e par le dramaturge\u00a0: John est en effet sa projection. Cette famille \u00e9tait la sienne. Une invitation nous est donn\u00e9e\u00a0: qu\u2019elle soit la n\u00f4tre, le temps d\u2019une pi\u00e8ce. A prendre\u00a0? <strong>&#8211; Geoffrey Nabavian<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre Nanterre-Amandiers | En savoir plus Calme, texte de Lars Nor\u00e9n mis en sc\u00e8ne par Jean-Louis Martinelli au Th\u00e9\u00e2tre Nanterre-Amandiers. La critique d&rsquo;Irena Derzhko La critique de Chlo\u00e9 L\u00e9ger La critique de St\u00e9phanie Morel La critique de Gauthier Nabavian La critique de Geoffrey [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":10441,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,17],"tags":[],"class_list":["post-4559","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre","category-nanterre-amandiers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4559","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4559"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4559\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4559"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4559"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4559"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}