{"id":4686,"date":"2013-02-27T20:00:48","date_gmt":"2013-02-27T19:00:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=4686"},"modified":"2013-02-27T20:00:48","modified_gmt":"2013-02-27T19:00:48","slug":"debussy-et-ses-amis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=4686","title":{"rendered":"Debussy et ses amis"},"content":{"rendered":"<p>Spectacle musical | Espace L\u00e9opold Bellan | <a href=\"http:\/\/www.offi.fr\/theatre\/espace-leopold-bellan-2251\/debussy-et-ses-amis-48114.html\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le quartier de Saint-Lazare, la rue du Rocher s\u2019\u00e9l\u00e8ve au-dessus de l\u2019agitation. Entre les th\u00e9\u00e2tres et instituts priv\u00e9s qui se partagent la voie suspendue, l\u2019Espace L\u00e9opold Bellan se fait discret. Ce mercredi 27 f\u00e9vrier y est programm\u00e9 \u00ab Debussy et ses amis \u00bb, un spectacle du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Impossible.<br \/>\nLa salle est aimablement d\u00e9su\u00e8te ; le public clairsem\u00e9 ne jure pas avec les chapiteaux de colonnes Belle-Epoque. On peut craindre ce soir que Debussy ne nous soit peint dans des tons pass\u00e9s, qui vraiment ne si\u00e9ent pas au compositeur de Pell\u00e9as et M\u00e9lisande. Nos craintes ne sont pas d\u00e9\u00e7ues, Robert Bensimon, initiateur du projet, se r\u00e9v\u00e8le assez fastidieux. On l\u2019\u00e9coute avec le sourire de complaisance ennuy\u00e9e r\u00e9serv\u00e9 d\u2019ordinaire au professeur emport\u00e9 par son enthousiasme. Le public ne peut qu\u2019acquiescer mollement \u00e0 la passion manifeste, mais peu communicative, que les acteurs mettent \u00e0 dire leurs textes. R\u00e9servons tout de m\u00eame une mention sp\u00e9ciale \u00e0 Claude Bornerie, qui incarne de mani\u00e8re tr\u00e8s convaincante Monsieur Croche, l\u2019alter-ego \u00ab antidilettante \u00bb que s\u2019est cr\u00e9\u00e9 le compositeur en 1901 dans un article fameux de La Revue blanche \u2013 Debussy, comme Berlioz, s\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 compositeur, aurait tout de m\u00eame m\u00e9rit\u00e9 de passer \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 pour ses talents d\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est de la musique, elle est confi\u00e9e \u00e0 une fl\u00fbte traversi\u00e8re et une harpe, instruments qui correspondent \u00e0 la d\u00e9licatesse vaporeuse que l\u2019imaginaire collectif attribue \u00e0 Debussy. Bien entendu, son oeuvre ne peut se r\u00e9duire \u00e0 cela : que l\u2019on pense seulement aux \u00ab Rondes de printemps \u00bb endiabl\u00e9es des Images pour orchestre. La harpe toutefois fait belle figure ; et le fl\u00fbtiste a son instant de gr\u00e2ce lorsque, la sc\u00e8ne plong\u00e9e dans le noir, il entonne le solo de fl\u00fbte de Syrinx, tel Pan appelant \u00e0 lui sylphes et dryades.<br \/>\nCet instant d\u2019\u00e9motion unique n\u2019est en rien d\u00fb au hasard. C\u2019est qu\u2019alors, pour la premi\u00e8re fois dans le spectacle, la musique rencontre le jeu des acteurs. Le musicien se fait com\u00e9dien, la musique devient parole. N\u2019oublions pas que le discours musical, s\u2019il est en partie occulte, n\u2019en constitue pas moins un langage porteur de sens ; il fait appel \u00e0 la raison et \u00e0 la sensibilit\u00e9. Le th\u00e9\u00e2tre musical doit prendre en compte cette donn\u00e9e et ne pas rel\u00e9guer la musique \u00e0 un r\u00f4le d\u2019apparat. La musique, qui a une existence \u00e0 la fois spatiale et temporelle, comble le vide subsistant entre les mots et les gestes.<br \/>\nLe son est une entit\u00e9 mat\u00e9rielle, palpable, qui a besoin d\u2019un espace pour prendre forme, ce que ne peut plus nier un th\u00e9\u00e2tre qui se pr\u00e9tend musical. Selon les propres dires de Debussy, \u00ab enfin, on pourrait v\u00e9rifier d\u00e9cid\u00e9ment que la musique et la po\u00e9sie sont les deux seuls arts qui se meuvent dans l\u2019espace \u00bb.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Adrien Alix<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">La repr\u00e9sentation Debussy et ses amis a eu lieu le Mercredi 27 f\u00e9vrier \u00e0 19h au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;impossible de l&rsquo;espace Leopold Bellan dans le huiti\u00e8me arrondissement de Paris. Robert Bensimon est le metteur en sc\u00e8ne et joue \u00e9galement sur sc\u00e8ne. Corine Th\u00e9zier, Claude Bornerie, Emily Jokiel sont les acteurs. Jean-Philippe Grometto et Lise Taupinard-Przybylski sont les musiciens.<br \/>\nCette repr\u00e9sentation est un spectacle musical et th\u00e9\u00e2tral. Les acteurs interpr\u00e8tent des personnages r\u00e9els ou fictifs. Robert Bensimon joue le metteur en sc\u00e8ne de la pi\u00e8ce. Il arrive sur sc\u00e8ne avec son t\u00e9l\u00e9phone portable et une oreillette. Il est en pleine conversation t\u00e9l\u00e9phonique. Et dans ce d\u00e9but de repr\u00e9sentation assez d\u00e9routant, le spectateur comprend le travail accompli pour mettre en sc\u00e8ne la vie de Debussy, les enjeux, les probl\u00e9matiques car comment repr\u00e9senter une vie ? Comment raconter la vie de Debussy ? Robert Bensimon montre au spectateur la fa\u00e7on dont il a entrepris son travail et les questions qu&rsquo;il s&rsquo;est pos\u00e9. Il r\u00e8gle l&rsquo;\u00e9clairage de la sc\u00e8ne : une lumi\u00e8re vive, une lumi\u00e8re plus intime et l\u00e9g\u00e8re, et pas de lumi\u00e8re. Il rend vivant \u00e9galement le compositeur Debussy en l&rsquo;incarnant et dialoguant avec un \u00e9l\u00e8ve sur son art, sa musique, son inspiration. Il l\u00e8ve le voile sur le \u00ab\u00a0myst\u00e8re Debussy\u00a0\u00bb et tente de saisir l&rsquo;insaisissable car Debussy veut ne pas se conna\u00eetre et veut se d\u00e9couvrir une part d&rsquo;infini. La musique de Debussy a chang\u00e9 les mentalit\u00e9s, nous change nous m\u00eame et permet de red\u00e9couvrir notre infini, l&rsquo;infini en chacun de nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Les acteurs lisent \u00e0 voix haute les lettres \u00e9crites par Debussy \u00e0 sa femme, Lily. Ses lettres, lu par Corine Th\u00e9zier, sont tiss\u00e9es d&rsquo;\u00e9motion. Il \u00e9crit \u00ab\u00a0une vie, c&rsquo;est mille mondes \u00e0 la minute\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le bonheur n&rsquo;est pas dans le but du voyage mais dans la mani\u00e8re dont on voyage\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;autrui est une for\u00eat obscure dont il faut marcher avec pr\u00e9caution\u00a0\u00bb,\u00ab\u00a0l&rsquo;Art est partout dans la vie\u00a0\u00bb. Dans une lettre \u00e0 Messager, il dit \u00ab un petit chemin o\u00f9 personne ne passe plus\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0tel mot d\u00e9pend de la bouche qui le prononce\u00a0\u00bb. Dans La Revue Blanche, il \u00e9crit \u00ab\u00a0restez unique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le vent nous raconte l&rsquo;histoire du monde\u00a0\u00bb. Debussy s&rsquo;adresse \u00e0 ses lecteurs dans un article de f\u00e9vrier 1913 et \u00e9crit \u00ab\u00a0une musique que tout \u00eatre porte en soi\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la beaut\u00e9 vivante des sons\u00a0\u00bb. Il \u00e9crit \u00e0 Esnest Chausson et utilise l&rsquo;expression \u00ab\u00a0la gymnastique de notre sensibilit\u00e9\u00a0\u00bb. Toutes ces phrases sont port\u00e9es d&rsquo;\u00e9motion et retracent la subjectivit\u00e9 de Debussy.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Dans ses lettres, Debussy cite le po\u00e8me Streets de Verlaine, la m\u00e9lodie d&rsquo;Andr\u00e9 Messager. Il a cr\u00e9e le personnage de Monsieur Croche dans La Revue Blanche. Monsieur Croche est jou\u00e9 par Claude Bornerie. Ce personnage est passionn\u00e9 de musique mais n&rsquo;aime pas la fa\u00e7on dont les musiciens retranscrivent la musique, sans \u00e9motion. Il fait la critique des conservatoires de musique. Debussy, lui, compose une musique forte en \u00e9motion et s&rsquo;inspirant directement de la nature. Dans ce spectacle, les musiciens, \u00e0 travers la harpe et la fl\u00fbte traversi\u00e8re, jouent la musique de Debussy comme par exemple: Syrinx, Beau soir, Passepied, Pour remercier la pluie au matin, Des pas sur la neige, Pour l&rsquo;Egyptienne, de Pell\u00e9as et M\u00e9lisande, de Children&rsquo;s corner, de Pr\u00e9lude \u00e0 l&rsquo;apr\u00e8s-midi d&rsquo;un faune, sonate en trio pour fl\u00fbte. Le texte et la musique alternent et forment une harmonie.<br \/>\nAinsi, ce spectacle nous fait d\u00e9couvrir Debussy \u00e0 travers ses textes et sa musique. Il \u00e9veille nos sens, suscite notre imagination, et nous fait passer des \u00e9motions. Debussy est un \u00eatre d&rsquo;une grande sensibilit\u00e9. Ce spectacle nous plonge dans l&rsquo;univers de Debussy. Nous d\u00e9couvrons de fa\u00e7on original la personnalit\u00e9 de Debussy, son rapport \u00e0 la musique, ses liens d&rsquo;amiti\u00e9, sa vision de l&rsquo;art et de la vie.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\" align=\"JUSTIFY\">Samantha Cauvillac<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Impossible nous invite \u00e0 d\u00e9couvrir l&rsquo;insaisissable personnalit\u00e9 de Claude Debussy \u00e0 travers une r\u00e9alisation entre le th\u00e9\u00e2tre, la lecture et le concert Debussy et ses amis, accueillie \u00e0 l&rsquo;Espace L\u00e9opold Bellan. Les musiciens Jean-Philippe Grometto (fl\u00fbte) et Lise Taupinard-Przybylski (harpe) ensemble avec les com\u00e9diens se raccordent sous la baguette de Robert Bensimon dans une cr\u00e9ation originale bas\u00e9e sur la musique et les textes de ce subtil musicien fran\u00e7ais avec les intercalations des \u0153uvres d&rsquo;Erik Satie, de Paul Verlaine, de Marcel Proust, de Gabriel Mourey ainsi que des propos du metteur en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La salle dans le style Louis XVI munie d&rsquo;une sc\u00e8ne avec deux colonnes de chaque c\u00f4t\u00e9 et au milieu, d\u00e9passant le rideau, un piano \u00e0 queue noir, une harpe et quelques pupitres en avant, nous introduit une ambiance da camera dans l&rsquo;attente du spectacle. Comment communiquer sur la vie de Debussy, ce musicien qui sait transcrire \u00e0 la fois l&rsquo;histoire humaine et la vie intime dans son \u0153uvre? Ce musicien qui sait reconna\u00eetre et appr\u00e9cier le myst\u00e8re enchanteur de tous les jours &#8211; \u00ab\u00a0la f\u00e9erie quotidienne\u00a0\u00bb, et qui s&rsquo;inspire de l&rsquo;observation scrupuleuse de la nature et d\u00e9clare que \u00ab\u00a0voir le soleil se lever est plus important qu&rsquo;\u00e9couter la Pastorale\u00a0\u00bb ou encore, qu&rsquo;\u00ab\u00a0il faut \u00e9couter les conseils de personne sinon du vent qui passe\u00a0\u00bb? Les interpr\u00e8tes racontent la vie de l&rsquo;artiste en images musicales et visuelles qui sont des souvenirs peints et mis en m\u00e9lodies, des couleurs, des sentiments, des tableaux, et qui composent une vivante toile r\u00e9unissant et harmonisant la lumi\u00e8re, le son, les paroles et le jeu. Dans le maniement des acteurs, la po\u00e9sie de la langue de Debussy et sa musique, d\u00e9coule l&rsquo;une de l&rsquo;autre. Dans cette impulsion \u00e0 un moment la phrase dite est laiss\u00e9e libre pour trouver son prolongement dans la pens\u00e9e musicale, telle un oiseau s&rsquo;envolant d&rsquo;une branche et la laissant chanceler. Remarquons ici \u00e9galement les nuances de la diction des com\u00e9diens. Employ\u00e9e au d\u00e9but avec l&rsquo;accentuation de certains mots et sons, une tendre musicalit\u00e9 des phrases est obtenue. Plus proche de la fin du spectacle la lecture du texte de Satie rel\u00e8ve l&rsquo;humour et ironie au moyen du travail sur le rythme et la m\u00e9lodie de sa lettre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant au personnage d\u00e9laiss\u00e9, le piano au milieu de la sc\u00e8ne, il est abandonn\u00e9 durant presque toute la dur\u00e9e du spectacle et reste un simple meuble d&rsquo;o\u00f9 ne sortent si \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, mais pr\u00e9sents les airs des Images ou des Pr\u00e9ludes&#8230; Il serait \u00e9galement possible d&rsquo;utiliser davantage l&rsquo;espace, la lumi\u00e8re et le jeu sc\u00e9nique avec plus de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 par moments, comme le souffle la musique de Debussy. Il manque justement parfois cette libert\u00e9 et cette spontan\u00e9it\u00e9 si transparentes dans l&rsquo;\u0153uvre du musicien. Pour atteindre cela il faut se laisser guider encore par ses intuitions, quitter l&rsquo;acad\u00e9misme et se sentir plus humain, c&rsquo;est-\u00e0-dire plus simple dans ce cas.<br \/>\nUne s\u00e9quence particuli\u00e8rement r\u00e9ussite de tous les points de vue montre bien la capacit\u00e9 de la troupe d&rsquo;introduire cela dans le jeu. Durant l&rsquo;accompagnement musical sur le Syrinx, deux femmes en p\u00e8lerines entrent sur le plateau dans une ambiance de p\u00e9nombre et de chuchotement. Le bruit des p\u00e8lerines fait na\u00eetre une musicalit\u00e9 s\u00e9duisante de la sc\u00e8ne. Une atmosph\u00e8re charg\u00e9e se cr\u00e9e en faisant vibrer la sensibilit\u00e9 des spectateurs. Ainsi l&rsquo;ensemble des composantes se mettent en avant dans un accord harmonieux.<br \/>\nAvant de quitter la salle le regard se pose sur le pupitre du piano &#8211; la reproduction de Joseph Mallord William Turner Rain, Steam and Speed o\u00f9 le r\u00e9el fait na\u00eetre le r\u00eave, comme une m\u00e9lodie d&rsquo;un apr\u00e8s-midi d&rsquo;un faune&#8230;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Irena Derzhko<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">En entrant dans le th\u00e9\u00e2tre, j\u2019\u00e9tais frapp\u00e9e par le caract\u00e8re petit et intime de l\u2019Espace Leopold Bellan. Un sentiment renforc\u00e9 par le fait qu\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une douzaine de spectateurs dans la petite salle grise avec ses colonnes et son stuc blancs\u00a0; sur sc\u00e8ne, on voyait un piano et une harpe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les lumi\u00e8res furent tamis\u00e9es et on entendait une voix au fond de la salle qui s\u2019avan\u00e7ait vers la sc\u00e8ne. Inattendument, l\u2019homme que j\u2019avais cru placeur se montrait com\u00e9dien (Robert Bensimon, qui \u00e9tait \u00e9galement l\u2019auteur et le metteur en sc\u00e8ne de la pi\u00e8ce)\u00a0; d\u2019abord dans le r\u00f4le d\u2019un admirateur de Debussy (quand il t\u00e9l\u00e9phonait avec un interlocuteur non-pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne) et ensuite comme Debussy lui-m\u00eame. Lui \u2013 comme les autres com\u00e9diens et com\u00e9diennes (Corine Th\u00e9zier, Claude Bornerie, Emily Jokiel) \u2013 il fixait toujours un point sur les t\u00eates du public et le regardait attentivement comme s\u2019il y avait quelqu\u2019un en haut du public avec qui il parlait. Cette pratique aurait \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9e s\u2019il y avait eu un balcon ou une galerie Mais notre petit groupe de spectateurs se trouvait \u00e0 un niveau inf\u00e9rieur \u00e0 celui de la sc\u00e8ne. Cependant, ils ne regardaient pas toujours en haut car ils tenaient des feuilles entre leurs mains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce contexte, j\u2019ai deux remarques\u00a0: premi\u00e8rement, je suis d\u2019accord la lecture que peut effectuer un com\u00e9dien s\u2019il s\u2019agit d\u2019une lettre et la plupart de la pi\u00e8ce \u00ab\u00a0Debussy et ses amis\u00a0\u00bb pourrait \u00eatre appel\u00e9e (par analogie) une pi\u00e8ce \u00e9pistolaire vu que les com\u00e9diens et com\u00e9diennes lisaient souvent \u00e0 voix haute les correspondances entre Debussy et ses amis. Par contre je trouve la lecture moins acceptable pour les parties o\u00f9 il n\u2019y avait pas de lettres et o\u00f9 il s\u2019agissait tout simplement de personnages qui parlaient l\u2019un avec l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce suivait le parcours artistique de Debussy. Nous, le public, entendions les changements dans le ton de ses lettres mais aussi dans le ton de sa musique. Les pi\u00e8ces jouaient en entier de la harpe (Lise Taupinard-Przybylski) et de la fl\u00fbte (Jean-Philippe Grometto) \u00e9taient\u00a0: Syrinx, Beau Soir, Passepied, Pour remercier la pluie au matin et Des pas sur la neige. D\u2019autres extraits \u00e9tant des pi\u00e8ces de\u00a0: Pour l\u2019Egyptienne, Pell\u00e9as et M\u00e9lisande, Children\u2019s corner, Pr\u00e9lude \u00e0 l\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019un faune et La sonate en trio pour fl\u00fbte, alto et harpe.<br \/>\nGlobalement, la pi\u00e8ce \u00e9tait int\u00e9ressante et informative mais elle aurait pu \u00eatre merveilleuse s\u2019ils les com\u00e9diens et com\u00e9diennes avaient donn\u00e9 plus d\u2019importance au contact visuel avec le public et avaient moins lu.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Verena Dobretsberger<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Un peu moins qu\u2019un spectacle ; beaucoup plus qu\u2019un spectacle\u00a0\u00bb, nous annonce au sujet de la pi\u00e8ce que l\u2019on va voir un de ses acteurs. Sans doute cette formule antith\u00e9tique a-t-elle pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation de Debussy et ses amis, qui se voulait \u00eatre -et c\u2019\u00e9tait une tentative louable- \u00ab\u00a0beaucoup plus\u00a0\u00bb qu\u2019un simple concert de fl\u00fbte et harpe, qu\u2019une lecture de la correspondance de Debussy, ou qu\u2019une banale biographie musicale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">H\u00e9las, le r\u00e9sultat est davantage du c\u00f4t\u00e9 du \u00ab\u00a0un peu moins\u00a0\u00bb que du \u00ab\u00a0beaucoup plus\u00a0\u00bb, car la confrontation de la lecture et de la musique s\u2019av\u00e8re terriblement frustrante. Voyez un peu : quatre acteurs (leur niveau est tr\u00e8s in\u00e9gal) tentent de mettre en sc\u00e8ne, de faire vivre des textes \u00e9crits par Debussy et ses amis. Ils occupent tout l\u2019espace sc\u00e9nique et exploitent \u00e0 fond les ressources de la salle (bruitages, lumi\u00e8res, rideaux). Pendant ce temps, deux musiciens (une harpiste, un fl\u00fbtiste), attendent patiemment dans un coin de sc\u00e8ne. A courts intervalles, ils jouent, tr\u00e8s peu. La lente succession des textes &#8211; dont la coh\u00e9rence n\u2019appara\u00eet pas clairement &#8211; \u00e9touffe compl\u00e8tement la musique : la pi\u00e8ce sonne faux, musique et texte ne s\u2019accordent pas. D\u2019ailleurs, physiquement, les musiciens semblent laiss\u00e9s pour compte dans leur coin de sc\u00e8ne : pourquoi ne pas avoir jou\u00e9 de leur pr\u00e9sence pour faire vivre la musique ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Se d\u00e9gage en effet de la pi\u00e8ce un d\u00e9sagr\u00e9able sentiment de frustration musicale, comme face \u00e0 \u00ab\u00a0un peu moins qu\u2019un concert\u00a0\u00bb. Les deux musiciens eux-m\u00eames -de bons musiciens- s\u2019ennuient et restent froids sur sc\u00e8ne pendant que les acteurs s\u2018\u00e9chauffent : leurs mains impatientes semblent les d\u00e9manger de toucher les cordes et les cl\u00e9s de leur instrument. Les liens qui pourraient (qui devraient) se cr\u00e9er n\u2019apparaissent jamais. Pire, la musique semble \u00eatre un pr\u00e9texte que le metteur en sc\u00e8ne s\u2019est donn\u00e9 le droit de rel\u00e9guer en toile de fond, comme en t\u00e9moignent les quelques mesures de Syrinx que le spectateur n\u2019a pas m\u00eame le loisir d\u2019entendre en entier.<br \/>\nLa musique de Debussy m\u00e9rite mieux qu\u2019un quart d\u2019heure sur deux heures de spectacle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lucien Dugaz<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Si riche et insolite\u2026<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Robert Bensimon ouvre la fen\u00eatre sur une myriade d\u2019images sonores et po\u00e9tiques de Claude Debussy. Il nous fait entrer avec un enthousiasme d\u2019enfant et de fa\u00e7on tout \u00e0 fait insolite dans la musique et la vie du compositeur.<br \/>\nRichesse, surprise, \u00e9motion, plaisir, humour, sont les ma\u00eetres mots du spectacle\u00a0: des lettres d\u00e9sopilantes de Satie, aux \u00e9lans les plus intimes des lettres amoureuses de Debussy, en passant par les \u00e9difiants discours de Monsieur Croche, les sublimes vers de Mallarm\u00e9 et les savoureuses chansons de Messager, on traverse avec un plaisir ininterrompu, ces heures de rencontre avec Debussy.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concert ou pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre\u00a0? Les deux\u00a0!<br \/>\nOn nous donne \u00e0 entendre les compositions de Debussy (par les excellents Jean-Philippe Grometto \u00e0 la fl\u00fbte et Lise Taupinard Przybylski \u00e0 la harpe), fil sur lequel apparaissent d\u2019ing\u00e9nieuses mises en sc\u00e8ne, o\u00f9 nous sont aussi donn\u00e9es \u00e0 voir et \u00e0 entendre ses \u00e9crits et r\u00e9flexions sur la musique et quelques morceaux de vie quotidienne (correspondances jou\u00e9es par les com\u00e9diens Corine Thezier, Claude Bornerie et Robert Bensimon).<br \/>\nLe spectacle ne saurait \u00eatre plus vivant, 5 com\u00e9diens donnent vie \u00e0 tous ces personnages peuplant l\u2019imaginaire et le r\u00e9el de Debussy\u00a0: sous la forme tr\u00e8s originale d\u2019un dialogue \u00e0 c\u0153ur ouvert entre amis, ils questionnent le cheminement du compositeur, les influences et inspirations des \u0153uvres, p\u00e9n\u00e8trent plus avant dans le myst\u00e8re de leur cr\u00e9ation, et de leur vie publique, critiques, succ\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous vous demandiez quels liens avait tiss\u00e9 Debussy avec cette pl\u00e9iade d\u2019artistes de la Belle Epoque\u00a0? Eh bien c\u2019est par ces liens du c\u0153ur que vous entrerez dans son univers\u00a0: par les amiti\u00e9s (Messager, Satie) par les amours (Lili Texier en premi\u00e8re ligne), par les inspirations po\u00e9tiques (Verlaine, Mallarm\u00e9, Char, Proust). Voil\u00e0 une multitude de textes, de visages, de sc\u00e8nes aux d\u00e9cors changeants, qui d\u00e9filent sous nos yeux.<br \/>\nComment l\u2019esprit grave et caustique de Monsieur Croche a-t-il vu le jour\u00a0? Quel visage avait l\u2019amour naissant de Claude pour lili\u00a0? Puis ce sont les premiers \u00e9chos d\u2019un Passepied, les reflets po\u00e9tiques et myst\u00e9rieux de Syrinx ou du Pr\u00e9lude \u00e0 l\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019un Faune, le d\u00e9pouillement d\u2019une Gymnop\u00e9die de Satie, le vacillement cotonneux des Pas sur la neige. Tout est esquiss\u00e9 seulement, mais l\u2019impression est profonde, et la palette g\u00e9n\u00e9reuse.<br \/>\nTraversant ces apparitions, on rencontre en chemin une perle qui pourrait tout r\u00e9sumer : \u00ab\u00a0l\u2019\u00e2me d\u2019autrui est une for\u00eat obscure o\u00f9 il faut marcher avec pr\u00e9caution.\u00a0\u00bb (Debussy)<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Gabrielle Jeanselme<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Debussy et ses amis : le nom est accrocheur, plein de promesses. Le spectateur a h\u00e2te d&rsquo;\u00eatre int\u00e9gr\u00e9 parmi ce cercle restreint de m\u00e9lomanes. La petite salle de l&rsquo;espace Leopold Belland, tr\u00e8s intimiste, rappelant un salon, para\u00eet parfaite pour l&rsquo;occasion. Une harpe, une fl\u00fbte, un piano\u00a0: pas de doute, le public va r\u00e9galer ses oreilles ce soir. Mais l&rsquo;initiation tant attendue n&rsquo;a pas lieu.<br \/>\nLorsque Robert Bensimon se met \u00e0 parler, on se dit qu&rsquo;on ne le suit pas parce qu&rsquo;on a pas l&rsquo;habitude de ce genre de spectacle, mais que \u00e7a va sans doute venir&#8230; Son discours \u00e9tant entrecoup\u00e9 de petits interm\u00e8des musicaux, on se console un peu de l&rsquo;ennui naissant gr\u00e2ce aux douces m\u00e9lodies. Mais au fil du spectacle, les morceaux se font rares, pour ne laisser place qu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9clamation de l&rsquo;acteur, et on finit par s&rsquo;impatienter. On se lasse car on ne parvient pas \u00e0 rentrer dans la dynamique de la pi\u00e8ce qui ne semble pas en \u00eatre une.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les fragments de textes auraient eu besoin d&rsquo;un fil rouge plus saillant pour ne pas perdre notre attention. Ce qui nous emp\u00eache de nous immerger dans ce monde, c&rsquo;est aussi l&rsquo;absence d\u2019interaction entre les musiciens et les acteurs (sauf pendant de rares moments, sans raison). La sc\u00e8ne jou\u00e9e devant nous manque de coh\u00e9sion, le d\u00e9roulement de la pi\u00e8ce manque de coh\u00e9rence, et on reste sur la touche. Quant aux personnages, ils sont parfois surjou\u00e9s, avec des costumes d\u00e9pass\u00e9s. L&rsquo;accent anglais surfait a tellement \u00e9tait vu et revu qu&rsquo;il ne nous fait plus rire. On a alors d&rsquo;avantage l&rsquo;impression de contempler une caricature de Debussy et son milieu plut\u00f4t que de c\u00f4toyer sa r\u00e9alit\u00e9.<br \/>\nEt si la lecture du texte est justifi\u00e9e quand les acteurs souhaitent nous pr\u00e9senter des lettres, lorsqu&rsquo;il y a dialogue, elle ne fonctionne plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, on ne peut enlever au metteur en sc\u00e8ne la qualit\u00e9 du choix de ses textes\u00a0: Debussy le p\u00e8re, l&rsquo;amant, l&rsquo;ami, l&rsquo;artiste, etc constituent autant de figures int\u00e9ressantes \u00e0 \u00e9tudier. Les personnages tels que Monsieur Croche, sont \u00e9galement surprenants. Mettre la vie de l&rsquo;auteur en parall\u00e8le avec son \u0153uvre semble \u00e9galement \u00eatre une approche pertinente pour Debussy, mais le spectacle n&rsquo;a pas su l&rsquo;illustrer. Le floril\u00e8ge d&rsquo;extraits n&rsquo;est pas assez orchestr\u00e9, pas harmonieux. Finalement l&rsquo;\u00e9coute des textes eux-m\u00eames est comme g\u00ean\u00e9e par les accessoires qui paraphrasent le ton de la lettre, ou encore les clin d\u2019\u0153il de l&rsquo;acteur qui semble parfois nous demander de rire \u00e0 un moment pr\u00e9cis, enlevant ainsi tout le charme.<br \/>\nLe public para\u00eet oubli\u00e9 devant ce beau monde qui s&rsquo;amuse, malgr\u00e9 les tentatives d\u2019interactions, lorsque Monsieur Croche critique un public dans sa lettre, et lorsque vers la fin, quand on se demande pourquoi on est l\u00e0, l&rsquo;acteur principal tente d&rsquo;y r\u00e9pondre avec nous, nous servant des grandes r\u00e9ponses spirituelles \u00e0 nos questions, une r\u00e9flexion sur l&rsquo;art transcendant la vie, et cetera. Cela semble superficiel. Tout comme le piano qui n&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 que pour d\u00e9corer.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Elodie Marchand-Fallot<\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Spectacle musical | Espace L\u00e9opold Bellan | En savoir plus Dans le quartier de Saint-Lazare, la rue du Rocher s\u2019\u00e9l\u00e8ve au-dessus de l\u2019agitation. Entre les th\u00e9\u00e2tres et instituts priv\u00e9s qui se partagent la voie suspendue, l\u2019Espace L\u00e9opold Bellan se fait discret. 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