{"id":4734,"date":"2013-03-05T20:00:29","date_gmt":"2013-03-05T19:00:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=4734"},"modified":"2013-03-05T20:00:29","modified_gmt":"2013-03-05T19:00:29","slug":"lange-du-bizarre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=4734","title":{"rendered":"L&rsquo;Ange du Bizarre"},"content":{"rendered":"<p>Exposition | Mus\u00e9e d&rsquo;Orsay | <a href=\"http:\/\/www.musee-orsay.fr\/index.php?id=649&amp;L=0&amp;tx_ttnews%5Btt_news%5D=35087&amp;no_cache=1\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pouvoir visiter l\u2019exposition \u00ab L&rsquo;Ange du Bizarre \u00bb sans une foule compacte, bien que le temps nous ait fait un peu d\u00e9faut, ainsi que pouvoir profiter d\u2019une introduction par un intervenant et par le commissaire de l\u2019exposition furent une v\u00e9ritable chance. L\u2019exposition a le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre originale par son th\u00e8me et sa mise en sc\u00e8ne.<br \/>\nLa sc\u00e9nographie ne tombe pas dans les clich\u00e9s auxquels on aurait pu s\u2019attendre, abusant du noir et du rouge. Les couleurs \u00e9taient sombres, certes, mais assez lumineuses avec un bleu qui mettait bien en valeur les tableaux. J\u2019ai surtout appr\u00e9ci\u00e9 la monumentalit\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne qui correspond \u00e0 la force des tableaux. Toutefois, \u00e0 force de vouloir \u00e9viter de tomber dans les clich\u00e9s, la sc\u00e9nographie demeure assez neutre et aurait pu convenir \u00e0 bien d\u2019autres expositions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que les deux premi\u00e8res parties de l&rsquo;exposition sont extr\u00eamement int\u00e9ressantes, la derni\u00e8re l&rsquo;est un peu moins. La coh\u00e9rence est quasiment absente et les \u0153uvres sont moins directement li\u00e9es au sujet. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le choix de certains tableaux est difficilement compr\u00e9hensible. Cela est s\u00fbrement du \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019avoir une approche tr\u00e8s large du romantisme noir qui a conduit \u00e0 voir dans toute for\u00eat comportant un \u00eatre \u00e9trange ou seul, une \u0153uvre du romantisme noir. De m\u00eame, on peut s\u2019interroger sur la pr\u00e9sence du tableau de G\u00e9ricault figurant un soldat bless\u00e9. S\u2019il s\u2019agissait de montrer l\u2019horreur de la guerre, d\u2019autres tableaux auraient \u00e9t\u00e9 plus pertinents. La pr\u00e9sence de deux fauteuils orn\u00e9s de cr\u00e9atures fantastiques d\u00e9notait \u00e9galement car il n\u2019y avait aucun autre objet. Les \u0153uvres \u00e9tant tr\u00e8s nombreuses, on aurait ais\u00e9ment pu se passer de quelques unes d\u2019entre elles. Il aurait \u00e9t\u00e9 plus profitables d&rsquo;agr\u00e9menter davantge d\u2019\u0153uvres de commentaires explicatifs, notamment pour celles ne provenant pas du Mus\u00e9e d\u2019Orsay.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Outre la visite de l\u2019exposition, nous avons pu profiter d\u2019une visite rapide du mus\u00e9e et de sa nouvelle mus\u00e9ographie avec les commentaires d\u2019un membre du personnel. C\u2019\u00e9tait vraiment tr\u00e8s int\u00e9ressant. J\u2019esp\u00e8re que l&rsquo;universit\u00e9 Paris-Sorbonne r\u00e9it\u00e9rera ce type de visite au Mus\u00e9e d\u2019Orsay. L\u2019exp\u00e9rience fut, je pense, tr\u00e8s profitable pour les \u00e9tudiants.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Betty Parois<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s le grand succ\u00e8s rencontr\u00e9 par l\u2019exposition sur le romantisme noir \u00e0 Francfort (Allemagne), son \u00e9quivalent parisien, revu et enrichi de nouvelles \u0153uvres, s\u2019est donc install\u00e9 dans les nouveaux espaces du Mus\u00e9e d\u2019Orsay \u00e0 Paris du 5 mars au 23 juin 2013. En comparaison \u00e0 l\u2019exposition francfortienne, la version parisienne se distingue par des apports dans l\u2019art symboliste et ne se r\u00e9sume pas uniquement \u00e0 la peinture mais pr\u00e9sente aussi une grande partie de sculptures et d\u2019\u0153uvres \u00a0graphiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le cadre d\u2019une collaboration avec l\u2019Universit\u00e9 Paris-Sorbonne IV, un groupe d\u2019\u00e9tudiants volontaires a visit\u00e9 l\u2019exposition, accompagn\u00e9e d\u2019une introduction informative par le conservateur du Mus\u00e9e d\u2019Orsay, C\u00f4me Fabre, qui a expos\u00e9 ses r\u00e9flexions sur le sujet du romantisme noir et ce projet d\u2019une exposition d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Paris. Pour cela, C\u00f4me Fabre s\u2019est appuy\u00e9 sur la grande tradition d\u2019Orsay,\u00a0 maison de l\u2019art de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle et du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. En plus des origines du courant du romantisme noir, entre 1770 et 1850, qui donnent une image impressionnante des ombres du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et des affranchissements des barri\u00e8res bourgeoises, des \u00ab\u00a0attractions\u00a0\u00bb du Mus\u00e9e d\u2019Orsay telles que des pi\u00e8ces relevant de l\u2019art symboliste (1860\u20131900) et de l\u2019art surr\u00e9aliste (1920\u20131940) constituent un apport particulier \u00e0 cette exposition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019introduction instructive de C\u00f4me Fabre, le visiteur a conscience du souhait d\u2019une interpr\u00e9tation individuelle et propre au Mus\u00e9e d\u2019Orsay. C\u2019est l\u00e0 une r\u00e9ussite. Car \u00e0 la fin de l\u2019exposition, qui d\u00e9roule le fil conducteur de l\u2019exploration du bizarre, la boucle est boucl\u00e9e\u00a0: l\u2019art symboliste se manifeste bien comme l\u2019h\u00e9ritier pouvant renouveler et perfectionner ce d\u00e9sir aux confins de l\u2019\u00e2me. Les sources de l\u2019inspiration pour Salvador Dal\u00ed ou Max Ernst sont les sc\u00e9narios des cauchemars, la fascination pour l\u2019inconscient, les r\u00eaves et les vertiges d\u2019un B\u00f6cklin, d\u2019un F\u00fcssli ou d\u2019un Friedrich. En outre, \u00e0 la vue du film Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau ou du classique surr\u00e9aliste Un chien andalou de Dal\u00ed\/Bu\u00f1uel, il ne fait aucun doute que la fascination pour le bizarre et l\u2019\u00e9trange puisse marquer fortement l\u2019imaginaire collectif contemporain, et ce \u00e9galement au travers d\u2019\u0153uvres cin\u00e9matographiques. &#8211; Franziska Frey<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec l\u2019exposition \u00ab L\u2019Ange du Bizarre, le Romantisme noir de Goya \u00e0 Max Ernst \u00bb ce sont des artistes aux \u00e9poques, aux univers et aux horizons aussi diff\u00e9rents que Johann Henrich F\u00fcssili, Salavador Dali, Fransico de Goya ou encore Paul Elie Ranson qui se rencontrent et interagissent ensembles. L\u2019exposition tente pour la toute premi\u00e8re fois sur le sol fran\u00e7ais de refaire vivre un courant artistique, sinon un \u00e9tat d\u2019esprit, qui a travers\u00e9 les arts europ\u00e9ens des Lumi\u00e8res \u00e0 la veille du second conflit mondial.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019exposition, par une sc\u00e9nographie qui joue tant avec les couleurs qu\u2019avec les volumes arrive \u00e0 retracer un parcours qui t\u00e9moigne avec le plus grand int\u00e9r\u00eat de ce romantisme noir en perp\u00e9tuel \u00e9volution qui balaye pr\u00e8s de cent cinquante ans d\u2019histoire des id\u00e9es et d\u2019histoire de l\u2019art. A travers pr\u00e8s de deux cents oeuvres de diff\u00e9rentes natures (peintures, sculptures mais aussi lithographies, dessins et photographies), \u00ab L&rsquo;Ange du Bizarre \u00bb nous plonge dans une atmosph\u00e8re o\u00f9 r\u00e8gne le trouble et la magnificence de l\u2019horreur. Ce sont sorci\u00e8res, vampires, fant\u00f4mes et autres cr\u00e9atures de l\u2019imaginaire et du fantasme qui coexistent de la m\u00eame mani\u00e8re, sous la m\u00eame lumi\u00e8re et sous le m\u00eame pinceau avec l\u2019ange, la belle endormie, Dante ou Virgile.<br \/>\nLes paysages tourment\u00e9s des romantiques allemands parmi lesquels on retrouve sans grande surprise mais \u00e0 notre plus grand bonheur les plus belles toiles de Friedrich mais aussi de Lessing, se gardent pour autant de faire de l\u2019ombre aux nombreuses pi\u00e8ces fran\u00e7aises pr\u00e9sent\u00e9es parmi lesquelles G\u00e9ricault, Delacroix ou encore Pierre Bonnard.<br \/>\nEnfin l\u2019exposition, en plus de se faire v\u00e9ritable vitrine de cet art du romantisme noir europ\u00e9en nous rappelle les nombreuses influences et correspondances entre ces oeuvres picturales, la litt\u00e9rature, et la culture populaire du XX\u00e8me si\u00e8cle. Si le MacBeth de Shakespeare a directement offert ses Trois Sorci\u00e8res au suisse F\u00fcssili, c\u2019est d\u2019une planche des Caprices de l\u2019espagnol Goya, Los chinchillas, qu\u2019est inspir\u00e9 le Frankenstein de James Whale.<br \/>\nAussi, l\u2019exposition pr\u00e9sente \u00e0 deux reprises une s\u00e9rie de plusieurs extraits cin\u00e9matographiques porteurs de cette philosophie m\u00eame du romantisme noir, de Bu\u00f1el \u00e0 Murnau en passant par Hitchcock.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On l\u2019aura compris, \u00ab L\u2019Ange du Bizarre \u00bb est bien plus qu\u2019une simple exposition d\u2019oeuvre o\u00f9 qu\u2019une r\u00e9trospective artistique, elle est un itin\u00e9raire intellectuel et culturel, symptomatique du ressentiment des \u00e9poques et de la conception des contemporains du temps. Profond\u00e9ment novatrice par son th\u00e8me \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du pays, elle l\u2019est dans sa sc\u00e9nographie dans l\u2019histoire du Mus\u00e9e d\u2019Orsay, qui pr\u00e9sente du 5 mars au 23 juin 2013, une exposition tr\u00e8s moderne d\u2019une grande richesse et d\u2019une rare qualit\u00e9 qui parvient ais\u00e9ment \u00e0 faire oublier les petites coquilles orthographiques des panneaux explicatifs ou l\u2019exposition d\u2019oeuvres quelques fois malheureuse comme celle du Moon and Firelight de Thomas Cole dans lequel, d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e, se refl\u00e8te un extrait cin\u00e9matographique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Kimberley Hartmann<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Bizarre, vous avez dit bizarre\u00a0?<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9concertant, d\u00e9routant, dr\u00f4le, \u00e9tonnant, \u00e9trange, fantaisiste, farfelu, fou, grotesque, incroyable, inhabituel, inqui\u00e9tant\u00a0: ces synonymes de l\u2019adjectif \u00ab\u00a0bizarre\u00a0\u00bb repr\u00e9sentent tous cette exposition surprenante sur le romantisme noir. Surprenante oui,\u00a0 car celle-ci \u00e0 la fois satisfait les attentes du spectateur, qui ne nous le cachons pas veut \u00eatre terrifi\u00e9 par des \u00eatres extraordinaires, mais surtout elle sait le d\u00e9concerter, lui faire voir autrement le noir, comme l\u2019aurait dit Soulages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, les adeptes de romans fantastiques, de sorci\u00e8res, de d\u00e9mons frissonneront \u00e0 souhait. Le choix des \u0153uvres semble sur ce point particuli\u00e8rement habile\u00a0: on fr\u00e9mit \u00e0 la vue d\u2019\u00eatres mal\u00e9fiques, on est fascin\u00e9 par cette Nature grondante repr\u00e9sent\u00e9e dans les \u0153uvres de Friedrich, Huet ou encore Ender. La litt\u00e9rature, la mythologie et la religion se distinguent \u00e9galement\u00a0: Dante, Hugo, Virgile, Galat\u00e9e, Satan \u00a0participent tous \u00e0 cette \u00ab\u00a0danse macabre\u00a0\u00bb\u00a0!<br \/>\nSi les \u0153uvres sont admirablement choisies, elles sont surtout admirablement orchestr\u00e9es. Sans \u00eatre tomb\u00e9e dans le pi\u00e8ge du \u00abtrain fant\u00f4me\u00bb,\u00a0 la sc\u00e9nographie illustre parfaitement ce qu\u2019est le romantisme noir\u00a0: une d\u00e9clinaison de nuances majoritairement sombres. Le spectateur traverse des salles grises, bleues, les couleurs des tableaux s\u2019accordent parfois \u00e0 celles des murs\u00a0: il est alors fondu dans les \u0153uvres et impr\u00e9gn\u00e9 par l\u2019atmosph\u00e8re inqui\u00e9tante qu\u2019elles diffusent. Mais \u00e0 de multiples reprises, son \u0153il est saisi par la vivacit\u00e9 des teintes qui jaillissent sur ces murs sombres. Car ne nous y trompons pas, les \u0153uvres du romantisme noir ne sont pas monochromes\u00a0: les peintres semblent s\u2019\u00eatre plu \u00e0 faire surgir le rouge d\u2019une chevelure, le vert d\u2019une for\u00eat, le rose d\u2019un ciel, le blanc immacul\u00e9 de corps nus.<br \/>\nCe jeu sur les teintes n\u2019est pas le seul tour de force de la sc\u00e9nographie qui se distingue surtout par sa variabilit\u00e9. Variabilit\u00e9 des \u0153uvres tout d\u2019abord, puisque l\u2019exposition ne rassemble pas uniquement des tableaux, mais aussi des films, des estampes, des lithographies,\u00a0 des fresques, des encres, des photographies, des sculptures\u2026et m\u00eame des chaises (!). Cette variabilit\u00e9 est particuli\u00e8rement efficace pour faire ressentir la dimension \u00e9rotique du romantisme noir\u00a0: corps peint, corps moul\u00e9, le corps exhib\u00e9, sublim\u00e9 n\u2019en est que plus d\u00e9sirable. La variabilit\u00e9 est aussi historique, g\u00e9ographique\u00a0: on voyage en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne, et ce dans des contextes diff\u00e9rents (\u00e9poque des Lumi\u00e8res, XIX\u00b0 et m\u00eame XX\u00b0 si\u00e8cles). Sur ce point, l\u2019ouverture du Mus\u00e9e \u00e0 des courants in\u00e9dits (surr\u00e9alisme par exemple) est tr\u00e8s appr\u00e9ciable et montre que romantisme noir ne se restreint pas au XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fil de sa visite, une impression d\u00e9rangeante, effectivement \u00abbizarre\u00bb impr\u00e8gne le spectateur. A cet instant se manifeste le sens v\u00e9hicul\u00e9 par la seule succession des \u0153uvres. En effet, si les sorci\u00e8res et autres \u00eatres imaginaires continuent \u00e0 illustrer ce romantisme noir, le visiteur se rend rapidement compte que ce qu\u2019il y a de plus noir, de plus inqui\u00e9tant vient de l\u2019homme m\u00eame. On pense au cannibalisme repr\u00e9sent\u00e9 par Goya, mais surtout aux sentiments qui nous sont plus familiers comme la jalousie d\u00e9peinte par Munch, l\u2019amour destructeur, pervers repr\u00e9sent\u00e9 par la femme fatale dans les \u0153uvres de Moreau par exemple. Le romantisme noir ne se r\u00e9duit pas \u00e0 l\u2019extraordinaire, au fantastique, il repr\u00e9sente la vie dans son enti\u00e8ret\u00e9, sans fard, il suscite la peur, le d\u00e9gout, le d\u00e9sir, l\u2019effroi, la fascination, le plaisir morbide, le rire aussi. Pouss\u00e9 par une soif de terreur, un d\u00e9sir d\u2019\u00e9tranget\u00e9, un besoin de voir en l\u2019extraordinaire le plus effrayant, le spectateur ressort de l\u2019exposition en ayant d\u00e9couvert (ou reconnu\u00a0?) la partie sombre de sa propre humanit\u00e9.<br \/>\nAlors, en imitant le titre d\u2019une estampe de Goya, je vous dis \u00ab\u00a0Bon viage\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Juliette Lombard<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lundi 8 avril, nous avons \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvrir la nouvelle exposition que nous propose le mus\u00e9e d\u2019Orsay en collaboration avec le Stadel Museum de Francfort-sur-le-Main. Le cadre \u00e9tait lui-m\u00eame exceptionnel puisque nous avons eu l\u2019occasion de faire la visite du mus\u00e9e mais aussi la visite de cette exposition avec un mot du commissaire C\u00f4me Fabre, sans guide afin que nous puissions nous forger notre propre vision. Mais, surtout, sans la horde de touristes et autres habitu\u00e9s du mus\u00e9e qui finissent par en d\u00e9courager plus d\u2019un lorsqu\u2019il est question d\u2019aller d\u00e9couvrir une nouvelle exposition (ex\u00a0: \u00e0 Beaubourg l\u2019exposition Dali bat des records de files !).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u00f4me Fabre a voulu \u00e0 travers cette exposition \u00e9voquer le romantisme noir, pas comme un style mais un courant bien pr\u00e9sent \u00e0 travers les si\u00e8cles avec les Symbolistes, les Surr\u00e9alistes mais aussi le cin\u00e9ma des ann\u00e9es 30. Le pari est r\u00e9ussi puisque l\u2019exposition a su nous montrer cette r\u00e9surgence du romantisme noir qui traverse les si\u00e8cles. Heureux constat, on a ici r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9viter les clich\u00e9s traditionnels\u00a0: une ambiance digne du ch\u00e2teau de Dracula, du noir partout et autres crucifix renvers\u00e9s. La mise en sc\u00e8ne ou plut\u00f4t la sc\u00e9nographie d\u2019Hubert Le Gall, architecte d\u2019int\u00e9rieur, distille avec subtilit\u00e9 des tons mauves, gris, bruns, bleus turquoises et noirs. L\u2019ambiance est relaxante et le visiteur peut d\u2019ailleurs au travers de ce tr\u00e8s long parcours (rappelons qu\u2019il y est pr\u00e9sent\u00e9 plus de 200 \u0153uvres) marquer une pause dans des fauteuils ou encore lors de projections cin\u00e9matographiques d\u2019une dur\u00e9e moyenne de onze minutes et qui retransmettent des extraits de Dracula de Tod Browning, Rebecca d\u2019Hitchcock, La vie criminelle d\u2019Archibald de la Cruz ou encore La Sorcellerie \u00e0 travers les \u00e2ges. Si l\u2019exposition suit\u00a0 une vision chronologique plut\u00f4t qu\u2019une segmentation du courant par pays, je suis cependant rest\u00e9e perplexe face au choix du commissaire, qui a plac\u00e9 l\u2019extrait cin\u00e9matographique imagin\u00e9 et r\u00e9alis\u00e9 par Dali, Le chien Jaune en plein milieu du XIXe si\u00e8cle. Je l\u2019attendais quant \u00e0 moi dans la deuxi\u00e8me partie de l\u2019exposition qui \u00e9tait consacr\u00e9e aux Surr\u00e9alistes et artistes plus contemporains comme Munch ou Ernst.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u00f4me Fabre a tent\u00e9 avec plus ou moins de r\u00e9ussite, de ne pas s\u00e9parer en quatre blocs distincts (Angleterre, France, Italie, Espagne) les courants \u00ab\u00a0fondateurs\u00a0\u00bb du romantisme noir, notamment au XVIIIe si\u00e8cle. Cependant, cette s\u00e9paration reste tr\u00e8s difficile \u00e0 faire et nous retrouvions tout de m\u00eame ces quatre \u00e9coles. Mais cela permet d\u2019autre part, au visiteur qui est avant tout un amateur, d\u2019avoir un fil conducteur de ce courant de pens\u00e9e qui prend sa source sous les Lumi\u00e8res. Je reste en revanche sur ma faim, lorsque l\u2019on se limite \u00e0 \u00e9voquer Sade au travers de citations ou que l\u2019on \u00e9voque Goya sans mettre en parall\u00e8le le travail d\u2019Odilon Redon et notamment de ses albums A Edgar Poe et Hommage \u00e0 Goya. Redon est bien pr\u00e9sent dans la suite de l\u2019exposition mais il y a des \u00ab\u00a0classiques\u00a0\u00bb que l\u2019on ne peut omettre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si j\u2019ai mentionn\u00e9 le parcours riche et long de cette exposition, j\u2019ai eu cependant quelque mal \u00e0 comprendre la place de certains tableaux dans cette exposition. Si la chronologie et la succession des artistes sont parfaitement coh\u00e9rentes dans la premi\u00e8re partie de l\u2019exposition qui retrace le courant de sa naissance, les Lumi\u00e8res, \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, la seconde partie semble un peu \u00ab\u00a0fourre-tout\u00a0\u00bb. Tout est d\u00e9sormais romantisme noir et bizarrerie. Les \u0153uvres s\u2019accumulent avec des Magritte qui ne semblent pas \u00e0 leur place (Le Colloque sentimental), des for\u00eats par-ci par l\u00e0, des poup\u00e9es d\u2019Hans Bellmer, etc. Des \u0153uvres peut-\u00eatre un petit peu trop abstraites \u00e0 mon go\u00fbt et qui n\u00e9cessiteraient des explications, absentes face au nombre important de tableaux qui s\u2019enchainent \u00e0 un rythme presque industriel. En effet, d\u00e9j\u00e0 dans la premi\u00e8re partie qui se consacrait au XIXe si\u00e8cle, on y voyait deux peintures de G\u00e9ricault\u00a0: Le Radeau de la M\u00e9duse en plus petit format et Un officier bless\u00e9 sur le champ de bataille avec son cheval. Si je suis au fait des subtilit\u00e9s du Radeau de la M\u00e9duse qui me permettent de comprendre pourquoi ce tableau a sa place dans cette exposition, ce n\u2019est pas forc\u00e9ment le cas du \u00ab\u00a0visiteur lambda\u00a0\u00bb.<br \/>\nJe rebondis sur ce paragraphe pour \u00e9voquer \u00e0 pr\u00e9sent, la question du temps. La richesse de l\u2019exposition mais surtout l\u2019abondance de tableaux rend l\u2019exposition longue, voire trop longue m\u00eame si elle est des plus int\u00e9ressantes. Nous avons eu plus d\u2019une heure trente pour la parcourir et je n\u2019ai cependant pas eu le temps de r\u00e9ellement \u00ab\u00a0savourer chaque \u0153uvre\u00a0\u00bb. Nous avons \u00e9t\u00e9 m\u00eames oblig\u00e9s de finir la fin de l\u2019exposition en se contentant de \u00ab\u00a0scanner\u00a0\u00bb les \u0153uvres. Et m\u00eame si des \u00ab\u00a0pauses cin\u00e9matographiques\u00a0\u00bb sont am\u00e9nag\u00e9es \u00e0 deux reprises, le manque de places assises peut se faire cruel lors d\u2019un jour d\u2019ouverture \u00ab\u00a0habituel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, si chaque section veut raconter une histoire, l\u2019exposition invite le visiteur \u00e0 se poser finalement une question essentielle. Qu\u2019est-ce que le romantisme noir\u00a0? On d\u00e9couvre que le courant ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la m\u00e9lancolie de Baudelaire ou \u00e0 la peur que fait ressentir Dracula. On explore Victor Hugo, F\u00fcssli, Moreau, Goya, Redon, Sade, Munch, Magritte, Ernst.\u00a0 Le romantisme noir s\u2019inspire d\u2019une multitude de choses\u00a0: l\u2019occultisme et la r\u00e9f\u00e9rence voire la fascination pour Satan (\u00e9cole anglaise avec Blake, John Martin mais surtout F\u00fcssli qui d\u00e9peint un Satan en ange \u00e0 la fois d\u00e9chu et tentateur dans son Satan s\u2019\u00e9chappant sous la lance d\u2019Ithuriel, 1779), la lumi\u00e8re (John Martin, Le Pandemonium, 1841), la peur et les autres croyances h\u00e9rit\u00e9es du Moyen-Age (Le Vol des Sorci\u00e8res de Goya), l\u2019\u00e9trange et le bizarre (Munch, Bonnard), la cruaut\u00e9 voire l\u2019\u00e9rotisme avec Sade et les photographies de femmes avilies, la guerre et ses cons\u00e9quences (Goya, les Surr\u00e9alistes, G\u00e9ricault), la litt\u00e9rature de Shakespeare, la solitude (Khnopff, Nuncques) mais \u00e9galement les pr\u00e9occupations politiques de chaque \u00e9poque comme Moreau qui d\u00e9peint la femme en Tentatrice, en Salammb\u00f4 mais aussi cette M\u00e9duse finalement innocente et victime des \u00e9cueils de la prostitution, fl\u00e9au victorien.<br \/>\nLa d\u00e9finition m\u00eame du romantisme noir n\u2019est donc pas fig\u00e9e et permet \u00e0 tout visiteur d\u2019avoir sa propre d\u00e9finition face \u00e0 ce qu\u2019il a pu d\u00e9couvrir\u00a0: des classiques et des intemporels mais aussi de belles surprises.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marie-Laure Pongo<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la rencontre des forces du mal<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Surgissant de la p\u00e9nombre, le vampire Nosferatu, mont\u00e9 sur sa charrette, ouvre la route qui m\u00e8ne au royaume des Enfers. Non sans impunit\u00e9, les cr\u00e9atures d\u00e9moniaques peuplent les grandes toiles du peintre suisse J. H. F\u00fcssli, telles que Thor luttant contre le serpent Midgard et le P\u00e9ch\u00e9 poursuivi par la Mort. Inutile de mentionner la pr\u00e9sence de la c\u00e9l\u00e8bre toile Cauchemar qui vaut \u00e0 elle toute seule le d\u00e9placement. Sur les murs sont appos\u00e9es des phrases de Baudelaire et Delacroix, dont les sources ne sont pas cit\u00e9es, mais qui permettent de porter une attention toute particuli\u00e8re aux \u0153uvres de William Blake et William Bougereau. Ce n&rsquo;est que le d\u00e9but de l&rsquo;exposition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite s&rsquo;encha\u00eenent de nombreuses repr\u00e9sentations vari\u00e9es des mondes souterrains, le d\u00e9fil\u00e9 est haut en couleurs : du Sabbat des Sorci\u00e8res de Delacroix au Vol des Sorci\u00e8res de Goya, il y en a pour tous les go\u00fbts. Hormis la figuration des \u00eatres mal\u00e9fiques, une salle enti\u00e8re est consacr\u00e9e aux paysages. C&rsquo;est l&rsquo;occasion de m\u00e9diter devant les vues de Caspar David Friedrich ou encore de d\u00e9couvrir les peintures de Carl Blechen. A peine remis de cette nature vertigineuse, il est temps de se confronter aux images surr\u00e9alistes et symbolistes notamment.<br \/>\nBien heureusement, des projections vid\u00e9os marquent quelques pauses dans la longue mais n\u00e9anmoins passionnante travers\u00e9e. La transition vers les \u0153uvres cin\u00e9matographiques est bien men\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 la mise en place de tubes fluorescents qui marquent le chemin dans l\u2019obscurit\u00e9. On se plonge alors pleinement dans le romantisme noir avec des extraits des films Dracula (1931) et Rebecca (1940) entre autres. Les \u00e9crans sont visibles sur leurs deux faces, ce qui accentue l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 des films en noir et blanc, qui apparaissent d\u00e8s lors comme des ph\u00e9nom\u00e8nes surnaturels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nombreux sont les artistes qui abordent la face cach\u00e9e du mal. Orsay en propose une palette assez repr\u00e9sentative. Parmi eux, il reste encore des artistes peu connus comme Carlos Schwabe dont l&rsquo;aquarelle constitue l&rsquo;affiche de l&rsquo;exposition. La fin du parcours est plut\u00f4t agr\u00e9ablement surprenante puisque sont incluses des \u0153uvres du XXe si\u00e8cle. On peut admirer les tableaux de Max Ernst, Miro ou encore Magritte. A moins d\u2019\u00eatre terriblement superstitieux ou sensible, ce voyage dans l\u2019univers macabre du fantastique et du grotesque invite le spectateur \u00e0 affronter ses angoisses tout en se divertissant.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Christine Tzekova<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;exposition \u00ab L&rsquo;Ange du Bizarre \u00bb, au Mus\u00e9e d&rsquo;Orsay du 5 mars jusqu&rsquo;au 23 juin 2013, explore diff\u00e9rentes manifestations artiques du romantisme noir depuis ses origines, qui remontent au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, jusqu&rsquo;au surr\u00e9alisme. Ce courant semble revenir dans la cr\u00e9ation artistique \u00e0 plusieurs reprises pendant ces ann\u00e9es, que ce soit dans la peinture, la litt\u00e9rature, la photographie et le cin\u00e9ma. Au d\u00e9but de l&rsquo;exposition on voit un fragment du film Nosferatu le vampire (Friedrich Wilhelm Muranau, Allemagne, 1922) o\u00f9 le blanc-noir est inverti et la for\u00e9t devient blanche pour montrer qu&rsquo;on entre dans un monde merveilleux et renvers\u00e9. Dans le tableau Pand\u00e9monium (John Martin, 1841) on retrouve cette m\u00eame id\u00e9e du monde renvers\u00e9, car la lumi\u00e8re vient du sol o\u00f9 il y a le feu. Dans ce tableau le lien avec la litt\u00e9rature est explicite, en fait Martin reprend une image cr\u00e9e par John Milton dans Le Paradis perdu (1667).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De la m\u00eame mani\u00e8re, les ouvrages de Dante et Milton sont une source d&rsquo;inspiration pour F\u00fcssli, Blake et Delacroix, tout comme les drames baroques de Shakespeare et le Faust de Goethe fournissent des images dont ce courant artistique se nourrit. L&rsquo;exposition nous guide \u00e0 travers un parcours bien structur\u00e9 qui permet de valoriser les ouvrages en alternant peinture, photographie, sculpture et projections de Bu\u00f1uel, Hitchcock, Murnau et autres. Les pi\u00e8ces sont decor\u00e9es en utilisant des couleurs sombres, comme le gris et le bleu qui nous introduisent dans l&rsquo;atmosph\u00e8re du romantisme noir. J&rsquo;ai beaucoup aim\u00e9 cette exposition, qui est tr\u00e8s riche et nous propose une approche originale vers un courant artistique complexe et fascinant.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">anonyme<\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Exposition | Mus\u00e9e d&rsquo;Orsay | En savoir plus Pouvoir visiter l\u2019exposition \u00ab L&rsquo;Ange du Bizarre \u00bb sans une foule compacte, bien que le temps nous ait fait un peu d\u00e9faut, ainsi que pouvoir profiter d\u2019une introduction par un intervenant et par le commissaire de l\u2019exposition [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":9054,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[40,41],"tags":[],"class_list":["post-4734","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-exposition","category-musee-dorsay"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4734","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4734"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4734\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4734"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4734"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4734"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}