{"id":4737,"date":"2013-03-28T20:00:54","date_gmt":"2013-03-28T19:00:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=4737"},"modified":"2013-03-28T20:00:54","modified_gmt":"2013-03-28T19:00:54","slug":"et-la-nuit-sera-calme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=4737","title":{"rendered":"Et la nuit sera calme"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille | <a href=\"http:\/\/www.lestroiscoups.com\/article-et-la-nuit-sera-calme-d-apres-les-brigands-de-schiller-critique-de-laura-plas-theatre-de-la-bastille-116273522.html\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et la nuit sera calme, pi\u00e8ce librement adapt\u00e9e des Brigands\u00a0de Schiller, raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;un vieux roi, partag\u00e9 entre un fils vertueux mais absent, et son cadet qui, par haine et soif du pouvoir, cherchera \u00e0 discr\u00e9diter son a\u00een\u00e9 aux yeux de son p\u00e8re. Le drame romantique, qui destine \u00e9videmment ses personnages \u00e0 une mort tragique, est bien servi par la jeune compagnie \u00ab\u00a0Les Irr\u00e9guliers\u00a0\u00bb, dont les membres se sont rencontr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Ecole d&rsquo;art dramatique de Strasbourg. On remarquera en particulier la prestation de Julien Geffroy, grin\u00e7ant dans le r\u00f4le de Franz, le fr\u00e8re jaloux toujours accompagn\u00e9 de son violon non moins grin\u00e7ant, qui vient apporter un peu de noirceur dans ce monde trop aimable pour \u00eatre vrai.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et la nuit sera calme\u00a0s&rsquo;ouvre ainsi par une br\u00e8che dans le public: les spectateurs du premier rang franchissent un \u00e0 un l&rsquo;estrade et se tournent vers ceux qui les observeront alors, pr\u00e8s de deux heures. Cette ambigu\u00eft\u00e9 premi\u00e8re, de l&rsquo;acteur regardant, n&rsquo;aura de cesse de se d\u00e9velopper le long de la pi\u00e8ce, laquelle joue avec l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame de regard. Souvent les personnages dialoguant entre eux se positionnent face au public et instaurent le sentiment trouble que le spectacle ne se trouve pas que sur la sc\u00e8ne, mais aussi dans les gradins.<br \/>\nLa mise en sc\u00e8ne, tout autant que l&rsquo;\u00e9criture du drame, garderont d&rsquo;ailleurs une trace de cette ambivalence, par le va-et-vient constant qu&rsquo;elles instaurent entre l&rsquo;\u00e9poque des Brigands\u00a0(fin du 18e si\u00e8cle) et le monde contemporain. Ainsi, des langages, des costumes et des objets d&rsquo;\u00e9poques diff\u00e9rentes se m\u00ealent, parfois jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9trange, tout comme la coulisse qui, par un jeu de panneaux, ne se trouve jamais enti\u00e8rement dans la sc\u00e8ne, mais jamais tout \u00e0 fait en dehors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce m\u00e9lange, parfois poussif, a tout de m\u00eame le m\u00e9rite de rafra\u00eechir la pi\u00e8ce originale, par l&rsquo;utilisation de techniques d&rsquo;enregistrement modernes, ainsi qu&rsquo;un certain sens de la d\u00e9rision: il est difficile de vraiment croire aux h\u00e9ros romantiques dans notre d\u00e9but de 21e si\u00e8cle. On notera \u00e9galement le tr\u00e8s beau travail sur l&rsquo;\u00e9clairage, dont les nuances suffisent \u00e0 \u00e9voquer le passage du temps, et l&rsquo;utilisation de petites lampes isol\u00e9es, qui \u00e9clairent avec po\u00e9sie la nuit calme.<br \/>\nDrame d&rsquo;un h\u00e9ros solitaire, qui devra mourir pour n&rsquo;avoir pas \u00e9t\u00e9 reconnu \u00e0 temps par ses pairs, Et la nuit sera calme\u00a0est une adaptation plut\u00f4t r\u00e9ussie d&rsquo;une pi\u00e8ce de r\u00e9pertoire, dont l&rsquo;aspect parfois brouillon r\u00e9ussit \u00e0 se faire oublier par une interpr\u00e9tation fra\u00eeche et joviale.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Marine Coulloud<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est avec beaucoup de fougue, de talent et de passion que les com\u00e9diens de la troupe des Irr\u00e9guliers nous livrent au Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille Et la nuit sera calme, pi\u00e8ce \u00e9crite par Kevin Keiss librement adapt\u00e9e des Brigands de Schiller. Cette r\u00e9\u00e9criture, mise en sc\u00e8ne par Am\u00e9lie Enon raconte l\u2019histoire d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 sans nom, sans pays et o\u00f9 la paix perp\u00e9tuelle vient d\u2019\u00eatre d\u00e9clar\u00e9e. Dans cette soci\u00e9t\u00e9 sans nom, un groupe de jeunes r\u00e9volutionnaires guid\u00e9 par Karl, r\u00e9cemment chass\u00e9 de chez lui \u00e0 cause des accusations de crimes qu\u2019il n\u2019a pas commis engendr\u00e9es par un fr\u00e8re jaloux, veut changer la soci\u00e9t\u00e9 et pour cela d\u00e9cide de se retirer au c\u0153ur de la for\u00eat pour essayer de construire une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur le partage, l\u2019\u00e9galit\u00e9 et le respect de l\u2019autre. Mais avant toute chose, cette jeunesse se bat pour une justice plus juste, plus humaine et se r\u00e9volte ainsi contre la justice cr\u00e9\u00e9e par les plus grands, pour les plus grands, oubliant toute humanit\u00e9 dans les rapports sociaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pi\u00e8ce donne \u00e0 r\u00eaver au monde que cette jeunesse veut fonder, et en voyant le caract\u00e8re contemporain des sujets de cette r\u00e9\u00e9criture, on ne peut s\u2019emp\u00eacher de comprendre pourquoi Kevin Keiss a choisi d\u2019adapter et non de simplement jouer, Les Brigands, pi\u00e8ce dans laquelle il a vu des probl\u00e9matiques encore tr\u00e8s pr\u00e9sentes dans nos soci\u00e9t\u00e9s d\u2019aujourd\u2019hui. Dans son adaptation, Kevin Keiss montre l\u2019importance encore tr\u00e8s actuelle de montrer notre m\u00e9contentement devant l\u2019ordre \u00e9tabli. C\u2019est ainsi que l\u2019on peut regarder cette r\u00e9appropriation de l\u2019\u0153uvre de Schiller\u00a0: comme un d\u00e9sir de Kevin Keiss de rendre la pi\u00e8ce encore plus contemporaine qu\u2019elle ne l\u2019est d\u00e9j\u00e0 et de rendre hommage \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 de son auteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le travail qu\u2019ont fait ensemble les artistes de la troupe \u00ab\u00a0Les irr\u00e9guliers\u00a0\u00bb, Kevin Keiss et Am\u00e9lie Enon dans cette relecture de la pi\u00e8ce de Schiller est \u00e9poustouflant de fra\u00eecheur et d\u2019inventivit\u00e9. Il faut avant tout saluer le jeu de ces acteurs strasbourgeois mais aussi la cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019espace sc\u00e9nique car certes, Et la nuit sera calme est une libre r\u00e9appropriation de l\u2019\u0153uvre de Schiller mais c\u2019est aussi une r\u00e9appropriation de l\u2019espace th\u00e9\u00e2tral, de son langage et de ses r\u00e8gles. La troupe s\u2019empare compl\u00e8tement de la sc\u00e8ne, et m\u00eame de l\u2019espace du public afin de nous montrer l\u2019importance de la libert\u00e9 pour la cr\u00e9ation mais aussi pour la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019espace est sans cesse en mouvement, conna\u00eet tout au long de la pi\u00e8ce des changements, des bouleversements, comme par exemple \u00e0 la fin lorsque les com\u00e9diens mettent une \u00e0 une en suspension de grandes et majestueuses planches de bois, refermant ainsi l\u2019espace sc\u00e9nique petit \u00e0 petit, marquant peut-\u00eatre par cela le paroxysme du drame. De plus, le jeu du clair obscur gr\u00e2ce \u00e0 de simples ampoules au bout d\u2019une tige, l\u2019effet original produit par le jeu entre le son et le silence sont autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments sc\u00e9niques que manie \u00e0 merveille la troupe de Strasbourg. On saluera tout particuli\u00e8rement l\u2019originalit\u00e9 des coulisses mises en place par la troupe sur les c\u00f4t\u00e9s de la sc\u00e8ne, laissant les com\u00e9diens qui ne jouent pas \u00e0 la vue du public, faisant des coulisses un r\u00e9el espace sc\u00e9nique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cette pi\u00e8ce est aussi un drame romantique, si bien que le m\u00e9lange des genres est pouss\u00e9 \u00e0 son apog\u00e9e et qu\u2019il envahit aussi l\u2019espace du langage, des tons, des niveaux de langue, des niveaux d\u2019humour, d\u2019ironie et de sarcasme. L\u2019histoire conna\u00eet l\u2019amour, la mort, le rire, les pleurs, mais tout y est fait pour \u00eatre m\u00e9lang\u00e9, connect\u00e9 et interd\u00e9pendant de telle sorte que le drame qui s\u2019y d\u00e9roule montre tout autant la beaut\u00e9 de cette jeunesse fougueuse et entra\u00een\u00e9e par ses espoirs de justice plus humaine que la gravit\u00e9 des th\u00e8mes comme la mort, l\u2019injustice, l\u2019envie de pouvoir et la jalousie.<br \/>\nCes m\u00e9langes font, nous semble-t-il, la force de cette r\u00e9\u00e9criture mais malheureusement, ils peuvent aussi en \u00eatre le seul travers car parfois trop excessifs. Les changements entre les niveaux de langue sont parfois peut \u00eatre trop brutaux (quand les com\u00e9diens passent par exemple du lyrisme propre au th\u00e9\u00e2tre de Schiller \u00e0 des expressions tr\u00e8s contemporaines). Mais c\u2019est aussi cela la force de la troupe des Irr\u00e9guliers\u00a0: d\u2019\u00eatre original, de titiller le spectateur dans ses habitudes th\u00e9\u00e2trales et de lui procurer bonheur et mati\u00e8re \u00e0 penser dans une r\u00e9appropriation de l\u2019\u0153uvre et de son histoire, il faut le dire, convaincante par sa cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Elise Guyomar<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e9\u00e2tre de la Bastille, situ\u00e9 dans la charmante rue de la Roquette, proposait une version librement adapt\u00e9 Des Brigands de Friedrich von Schiller par la compagnie Les Irr\u00e9guliers. Cette r\u00e9\u00e9criture de la grande pi\u00e8ce du r\u00e9pertoire classique est propos\u00e9e par Am\u00e9lie Enon et Kevin Keiss, dont la rencontre a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur une mani\u00e8re commune d\u2019appr\u00e9hender le texte, la langue, les mots en relation constante et directe avec le plateau et les acteurs. Schiller est un jeune auteur r\u00e9volt\u00e9 quand il commence l\u2019\u00e9criture de sa pi\u00e8ce. Pour toute une g\u00e9n\u00e9ration, son \u0153uvre apparait comme le cri de r\u00e9volte d\u2019une jeunesse qui refuse de vivre dans le monde qu\u2019on lui impose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle commence. La premi\u00e8re sc\u00e8ne donne le ton \u00e0 la pi\u00e8ce\u00a0: un homme \u00e0 quatre pattes jouant le r\u00f4le d\u2019un chien enrag\u00e9 est entour\u00e9 d\u2019une foule. L\u2019ambiance est \u00e9trange. Puis les sc\u00e8nes s\u2019encha\u00eenent sans qu\u2019on en comprenne leur lien direct. Les acteurs jouent l\u2019histoire d\u2019un p\u00e8re partag\u00e9 entre ses fils, celle d\u2019un fr\u00e8re ha\u00efssant son fr\u00e8re, d\u2019une amante qui d\u00e9cide d\u2019attendre celui qu\u2019elle aime, et d\u2019une jeunesse r\u00e9volt\u00e9e et assoiff\u00e9e de libert\u00e9.<br \/>\nLe d\u00e9cor change \u00e0 chaque nouvelle sc\u00e8ne, alternant pi\u00e8ce d\u2019int\u00e9rieure ou lieu d\u2019ext\u00e9rieur. On se saisit ni l\u2019unit\u00e9 de lieu ni l\u2019unit\u00e9 de temps, \u00e0 croire que la pi\u00e8ce se veut intemporelle et que chaque \u00eatre peut se retrouver dans un personnage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce est \u00e0 la fois dr\u00f4le et angoissante. La fin se termine violemment\u00a0: les acteurs font tomber \u00e0 terre les grandes planches de bois de 5 m\u00e8tres de chaque c\u00f4t\u00e9 de la sc\u00e8ne, renversent la table, inonde la sc\u00e8ne d\u2019eau. Le d\u00e9cor est d\u00e9truit, c\u2019est le chaos.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Dara Phitthayaphone<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et la nuit sera calme. Voil\u00e0 le titre pour le moins \u00e9nigmatique de la pi\u00e8ce que proposait \u00e0 l\u2019affiche le th\u00e9\u00e2tre de la Bastille durant tout le mois de Mars. \u00ab\u00a0Librement adapt\u00e9e\u00a0\u00bb des Brigands de Friedrich Von Schiller, la pi\u00e8ce se propose donc de red\u00e9couvrir l\u2019\u0153uvre d\u2019un jeune homme de vingt ans alors r\u00e9volt\u00e9 et refusant de vivre dans le monde qu\u2019on lui impose. A ce projet s\u2019att\u00e8le la compagnie des Irr\u00e9guliers avec pour metteur en sc\u00e8ne Am\u00e9lie Enon, qui sur le canevas propos\u00e9 par l\u2019auteur originel va conduire la troupe \u00e0 tisser sa propre histoire. Un fil se noue entre le XVIII\u00e8me et le XXI\u00e8me si\u00e8cle permettant de mieux interroger les enjeux qui \u00e9taient propres \u00e0 Schiller \u00e0 l\u2019aune des n\u00f4tres.<br \/>\nEt la nuit sera calme. Quoi de mieux pour montrer qu\u2019au contraire la nuit ne rev\u00eat que tr\u00e8s rarement ce v\u00eatement de qui\u00e9tude. Derri\u00e8re un silence apparent, elle est en effet l\u2019inqui\u00e9tude propre \u00e0 chacun d\u2019\u00eatre plong\u00e9 dans le noir, le n\u00e9ant et un n\u00e9ant auquel chaque personnage se confronte\u00a0: celui de Franz, qui manquant de la reconnaissance d\u2019un p\u00e8re (le vieux roi), est amen\u00e9 \u00e0 conspir\u00e9 contre son propre fr\u00e8re Karl, personnage lui-m\u00eame happ\u00e9 par un besoin de libert\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 dont il ne comprend plus, avec ses amis, le fonctionnement. C\u2019est aussi le manque de l\u2019\u00eatre aim\u00e9 pour Amalia, fianc\u00e9e de Karl, qui attend son retour dans un ch\u00e2teau dont on assiste \u00e0 la d\u00e9cr\u00e9pitude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et la nuit sera calme\u00a0: Le fil est nou\u00e9, la trame est lanc\u00e9e et quoi\u00a0? C\u2019est \u00e7a le d\u00e9but\u00a0? Une troupe d\u2019hommes et de femmes crapahutant autour d\u2019un chien ou d\u2019un homme r\u00e9duit au statut d\u2019animal\u00a0? La cacophonie primaire marque le d\u00e9but de la pi\u00e8ce, de la nuit et laisse le spectateur pousser la porte d\u2019un univers froid, sobre et silencieux. Face \u00e0 nous un homme, accroch\u00e9 simiesquement sur sa chaise, le corps renvers\u00e9 et la t\u00eate \u00e0 l\u2019envers qui ne va pas sans \u00e9voquer le renversement du monde et l\u2019univers d\u00e9senchant\u00e9 que s\u2019appr\u00eate \u00e0 jouer les com\u00e9diens. Le jeu corporel prend alors toute son importance au regard de ceux dont la vigueur et la puissance sont marqu\u00e9es par la droiture et l\u2019\u00e9lancement l\u00e0 o\u00f9 Amalia et le roi paraissent condamner \u00e0 chanceler dans leur prison de pierre. C\u2019est ainsi \u00e0 Franz et Karl qu\u2019est r\u00e9serv\u00e9 l\u2019affrontement, entre tyrannie et libert\u00e9, entre jalousie et amour, entre fr\u00e8res\u2026 La condition humaine semble d\u00e9peinte dans toutes ses dimensions, suivant des types, tout en montrant le caract\u00e8re g\u00e9mellaire des diff\u00e9rentes qualit\u00e9s humaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et la nuit sera calme, ou tout sauf calme. Les Irr\u00e9guliers jouent d\u2019une instabilit\u00e9 essentielle et g\u00e9n\u00e9rique. L\u2019affrontement de Karl, parti avec ses brigands se r\u00e9fugier dans la for\u00eat, et de Franz ne va pas sans une touche d\u2019humour, \u00e0 travers le m\u00e9lange des tonalit\u00e9s, \u00e0 la fois path\u00e9tique et comiques ainsi que des langages, du plus formel au plus vulgaire. L\u2019humour est noir, nous rions du strat\u00e8ge et de la mort, car ce n\u2019est apparemment qu\u2019\u00e0 travers cette conscience profonde du tragique de l\u2019homme que le rire puise sa condition de possibilit\u00e9. D\u00e8s lors, l\u2019effet cathartique de la mise en sc\u00e8ne n\u2019est pas \u00e0 \u00e9vacuer, au contraire, puisqu\u2019il invite chacun des spectateurs \u00e0 rire d\u2019un malheur auquel il peut s\u2019identifier. Peut-\u00eatre que finalement la clef se trouve juste l\u00e0, entre rire et conscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et la nuit sera calme, c\u2019est aussi, pour finir, une r\u00e9alit\u00e9 monarchique du XVII\u00e8me si\u00e8cle qui vole en \u00e9clats mais dont les principaux enjeux ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9appropri\u00e9s par une mise en sc\u00e8ne contemporaine et qui va actualiser \u00e0 sa fa\u00e7on la th\u00e9matique du paradis perdu (d\u00e9senchantement du monde). La dissonance que donne \u00e0 voir l\u2019espace sc\u00e9nique est visuelle et musicale\u00a0: les acteurs sont entrem\u00eal\u00e9s \u00e0 une profusion d\u2019objets qui ne comblent pas le vide, qui ont perdu leur utilit\u00e9 premi\u00e8re\u00a0et la musique r\u00e9duite au son d\u2019un violon d\u00e9saccord\u00e9. La sc\u00e8ne peut ainsi \u00eatre oppressante et g\u00e9n\u00e9rer un malaise. La lumi\u00e8re n\u2019a plus rien de rassurant non plus, elle est le d\u00e9voilement d\u2019une humanit\u00e9 en perdition, divis\u00e9e en trois puis deux groupes d\u2019individus qui ne se rejoignent qu\u2019\u00e0 la fin. Mais le pari est r\u00e9ussi, le d\u00e9veloppement chronologique des \u00e9v\u00e8nements, jamais compl\u00e8tement clair, suit son cours et r\u00e9ussit \u00e0 accrocher le spectateur \u00e0 sa chaise durant pr\u00e8s de deux heures.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">anonyme<\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille | En savoir plus Et la nuit sera calme, pi\u00e8ce librement adapt\u00e9e des Brigands\u00a0de Schiller, raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;un vieux roi, partag\u00e9 entre un fils vertueux mais absent, et son cadet qui, par haine et soif du pouvoir, cherchera \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":9048,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,42],"tags":[],"class_list":["post-4737","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre","category-theatre-de-la-bastille"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4737","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4737"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4737\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4737"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4737"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4737"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}