{"id":5508,"date":"2013-10-13T20:00:44","date_gmt":"2013-10-13T18:00:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=5508"},"modified":"2013-10-13T20:00:44","modified_gmt":"2013-10-13T18:00:44","slug":"tout-semblait-immobile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=5508","title":{"rendered":"Tout semblait immobile"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille | <a href=\"http:\/\/www.theatre-bastille.com\/saison-12-13\/les-spectacles\/tout-semblait-immobile\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans sa nouvelle mise en sc\u00e8ne, Tout semblait immobile, jou\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille, Nathalie B\u00e9asse s\u2019amuse avec les contes. Pour cette cr\u00e9ation n\u00e9e du travail commun des trois com\u00e9diens Camille Troph\u00e8me, Etienne Fague et Erik Gerken, et du metteur en sc\u00e8ne, c\u2019est \u00e0 une v\u00e9ritable d\u00e9construction du r\u00e9el que la compagnie tente de se livrer. Trois chercheurs se r\u00e9unissent lors d\u2019une conf\u00e9rence d\u00e9di\u00e9e aux contes\u00a0; entre \u00e9lucubrations intellectuelles et concours d\u2019\u00e9go, la pi\u00e8ce commence sur une savoureuse caricature du monde universitaire. Pourtant, le r\u00e9el de la sc\u00e8ne finit par se fissurer et le conte jaillit dans toute sa mat\u00e9rialit\u00e9 avant de dispara\u00eetre presque aussi vite qu\u2019il \u00e9tait apparu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette pi\u00e8ce tout en po\u00e9sie et en dr\u00f4lerie, Nathalie B\u00e9asse et ses com\u00e9diens nous entrainent d\u2019\u00e9motions en \u00e9motions le tout en brouillant les limites entre r\u00e9el et imaginaire. Quelques notes de piano chant\u00e9es, quelques rythmes frapp\u00e9s et voici qu\u2019un arbre tombe du ciel et perd les personnages aux confins d\u2019une for\u00eat profonde, tout comme le sont Hansel et Gretel ou le Petit Poucet. A peine croit-on comprendre que nous revoil\u00e0 assis face aux trois conf\u00e9renciers, car tels sont les ma\u00eetres mots de cette pi\u00e8ce, l\u00e2cher-prise et se laisser surprendre. Le travail du corps et de la mati\u00e8re est primordial dans cette mise en sc\u00e8ne o\u00f9 le vieux corps d\u2019un universitaire devient le chemin sinueux o\u00f9 se perdent le petit poucet et ses fr\u00e8res et o\u00f9 quelques morceaux d\u2019argiles martel\u00e9s deviennent la cabane de la sorci\u00e8re d\u2019Hansel et Gretel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La po\u00e9sie de cette courte cr\u00e9ation (1h de spectacle) est ind\u00e9niable et le talent des trois acteurs n\u2019est pas \u00e0 redire, toutefois \u00e0 trop vouloir d\u00e9construire les histoires, on finit par perdre le fil. Si le d\u00e9but de la pi\u00e8ce est port\u00e9 par l\u2019\u00e9nergie joyeuse des com\u00e9diens et si le public se laisse all\u00e9grement port\u00e9 d\u2019un monde \u00e0 un autre, il finit par se perdre dans le spectacle. Certaines transitions semblent hasardeuses et peu concluantes et laisse le public plus ind\u00e9cis qu\u2019enchant\u00e9 par la magie des contes \u00e0 tel point que parfois, l\u2019\u00e9nergie du spectacle retombe. Quand les acteurs quittent la sc\u00e8ne, l\u2019avis reste mitig\u00e9. Mais malgr\u00e9 tout, c\u2019est avec leur corps et le c\u0153ur que les com\u00e9diens nous livre cette pi\u00e8ce atypique aux accents de souvenir d\u2019enfance.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Julie Bassan<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Les jeux d\u2019enfant ou les labyrinthes de la condition humaine<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il \u00e9tait une fois, si on reprend les paroles du spectacle\u2026\u00a0 Il \u00e9tait une fois donc, au th\u00e9\u00e2tre de la Bastille, un nouveau spectacle de Nathalie B\u00e9asse\u00a0: Tout semblait immobile. Du coup, en se plongeant d\u00e8s les premiers instants dans l\u2019espace sc\u00e9nique, ce titre, semble-t-il, reflete tr\u00e8s peu la mise en sc\u00e8ne. Tout semblait immobile\u00a0est une \u0153uvre courte (le spectacle dure 55mn), assez laconique (il y a relativement peu d\u2019objet sur la sc\u00e8ne), parfois absurde et grotesque et bien difficile. Cette mise en sc\u00e8ne plonge le spectateur dans un univers fantastique, fantasmagorique et all\u00e9gorique \u2013 celui de l\u2019univers du conte.<br \/>\nMais commen\u00e7ons par le commencement, comme le dit l\u2019un des personnages. D\u00e8s les premiers instants, la sc\u00e8ne repr\u00e9sente un espace tout \u00e0 fait \u00ab\u00a0non-th\u00e9\u00e2tral\u00a0\u00bb\u00a0qui ressemble plut\u00f4t \u00e0 une salle universitaire\u00a0: il n\u2019y a qu\u2019une table, trois chaises. Dans un coin, un peu loin, il y a un piano mais il se trouve dans un second plan. Les spectateurs \u00e0 peine install\u00e9s, surgissent une femme et un homme assez exalt\u00e9s, qui attendent leur coll\u00e8gue. Est-ce d\u00e9j\u00e0 un spectacle\u00a0? Mais oui, bien s\u00fbr. Apr\u00e8s une s\u00e9rie des blagues les spectateurs rentrent peu \u00e0 peu dans la probl\u00e9matique de ce soir\u00a0: celle du conte. Il y a seulement trois acteurs sur la sc\u00e8ne\u00a0: Camille Troph\u00e8me, \u00c9tienne Fague et Erik Gerken qui jouent trois chercheurs en litt\u00e9rature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Petit \u00e0 petit, l\u2019espace prend une dimension fantasmagorique, et la sc\u00e8ne commence \u00e0 se remplir d\u2019objets divers\u00a0: ici un arbre qui est, litt\u00e9ralement, tomb\u00e9 du ciel, l\u00e0 une esp\u00e8ce d\u2019argile, des petites lanternes\u2026 tout a coup, la sc\u00e8ne devient une for\u00eat magique o\u00f9 nos personnages repr\u00e9sentent soit des parents soit des enfants soit une s\u0153ur et un fr\u00e8re \u2013 les \u00e9vocations du conte \u2018Hansel et Gretel\u2019. Camille Troph\u00e8me, \u00c9tienne Fague, Erik Gerken jouent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la fois des chercheurs mais \u00e9galement des enfants, leurs parents, des gens contemporains. Ils cherchent leur chemin, ils marchent en oubliant la fatigue, ils courent, ils marchent, ils tombent, ils se perdent, se d\u00e9brouillent, se retrouvent\u2026 Ils parlent tant\u00f4t fran\u00e7ais, tant\u00f4t anglais, tant\u00f4t allemand. Tout se m\u00e9lange dans une magie kal\u00e9idoscopique des images, des \u00e9vocations, des m\u00e9taphores. Il n\u2019y a que la for\u00eat et cette route infinie, une route philosophique qui m\u00e8ne les \u00a0h\u00e9ros vers l\u2019\u00e9ternit\u00e9 inconnue de leurs \u00e2mes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment d\u00e9finir ce genre\u00a0? Drame\u00a0? Com\u00e9die\u00a0? Farce\u00a0? Parodie\u00a0? Il y a, semble-t-il, un peu de tout. D\u2019apr\u00e8s les bonnes traditions du th\u00e9\u00e2tre classique, il faut tout d\u2019abord faire rire le spectateur, faire rire de tout son c\u0153ur, franchement, pour apr\u00e8s le bouleverser. C\u2019est une mise en sc\u00e8ne contemporaine qui r\u00e9unit le jeu d\u2019acteur un peu na\u00eff parfois\u00a0avec des techniques de la danse, du cirque, des tr\u00e9teaux mais en m\u00eame temps qui fait penser \u00e0 une certaine philosophie de la vie comme \u00e0 une sorte d\u2019univers \u00e9ternel, repr\u00e9sent\u00e9 sous la forme de recherche du chemin. Il y a, parfois, des proc\u00e9d\u00e9s trop naturalistes (Camille Troph\u00e8me montre sur le corps d\u2019Erik Gerken le chemin qu\u2019il faut poursuivre), des blagues trop grossi\u00e8res mais tout se m\u00e9lange avec une certaine m\u00e9lancolie et une certaine angoisse m\u00e9taphysique de l\u2019inqui\u00e9tude. La vie n\u2019est qu\u2019un labyrinthe o\u00f9 l\u2019on se d\u00e9brouille \u00e0 chaque instant de l\u2019existence humaine. Et c\u2019est justement ce dont parle ce spectacle, un peu na\u00eff, un peu absurde, un peu grotesque.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sofya Efimova<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce spectacle, mis en sc\u00e8ne par Nathalie B\u00e9asse et pr\u00e9sent\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille, convoque des extraits d\u2019\u0153uvres de Philippe Poirier et Charles Perrault. La distribution est compos\u00e9e de Camille Troph\u00e8me, \u00c9tienne Fague et Erik Gerken. Dans ce spectacle, Nathalie B\u00e9asse reprend le sujet des contes, qui a toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente dans son \u0153uvre. L\u2019intrigue commence innocemment, m\u00eame banalement, avec la mise en sc\u00e8ne d\u2019une conf\u00e9rence scientifique sur des contes. Le public est trait\u00e9 comme participant \u00e0 cette conf\u00e9rence, la sc\u00e9nographie consiste en une table dispos\u00e9 face \u00e0 la salle couverte de papiers et stylos \u2013 on attend l\u2019arriv\u00e9e du dernier conf\u00e9rencier, en recommandant sa bibliographie. Les acteurs sont habill\u00e9s d\u2019une fa\u00e7on conservatrice, veste en tweed et couronne de tresses. D\u00e8s le d\u00e9but du spectacle, on peut voir des petites fractures entre les personnages, de plus en plus de concurrence, d\u2019envie et de jalousie scientifique sont ostensibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la pi\u00e8ce interroge encore plus profond\u00e9ment notre inconscient, l\u00e0 o\u00f9 les symboles, les angoisses, les d\u00e9sirs et le soi se manifestent \u2013 maquill\u00e9s sous le masque des contes; ici: Hansel et Gretel. On abandonne lentement la conf\u00e9rence, la raison, la chronologie et le \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb pour se retrouver dans un espace d\u2019imagination, o\u00f9 tout est nu \u2013 et chiffr\u00e9. Les \u00e9motions sont brutes, le rythme fragment\u00e9, le jeu est tr\u00e8s expressif, pr\u00e8s de la folie, exaltant, mais fait toujours \u00e9clater le public de rire. Le rire semble important\u00a0; il permet de tenir l\u2019intensit\u00e9.La sc\u00e9nographie devient imaginaire, symbolique\u00a0: un arbre au lieu d\u2019une for\u00eat, des figures en terre glaise illustrent l\u2019intrigue de Hansel et Gretel\u00a0; cela s\u2019acc\u00e9l\u00e8re en absurdit\u00e9\u00a0: les v\u00eatements tordus, un seau comme escarpolette, et toujours la musique. Camille Troph\u00e8me joue le piano d\u2019une fa\u00e7on expressive, indiquant qu\u2019on se trouve dans un autre espace \u00a0mental et soulignant les moments les plus forts.<br \/>\nLe but de la repr\u00e9sentation? A mon avis, Nathalie B\u00e9asse cherche \u00e0 nous sensibiliser \u00e0 la fragilit\u00e9 de la nature humaine, par l\u2019importance et le r\u00f4le des symboles, des contes et de l\u2019inconscient\u00a0: rites de passage, enfance, inconnu (la for\u00eat). Elle dit soi-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Et sans y apporter de r\u00e9ponse, j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 le [le conte] d\u00e9construire et poser de nouvelles questions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Anna Kindler<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0J\u2019ai voulu cr\u00e9er une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre avec un rapport entre l\u2019humain et \u00e0 sa d\u00e9rive\u00a0\u00bb annonce Nathalie B\u00e9asse \u00e0 propos de sa pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre lors d\u2019un entretien accord\u00e9 \u00e0 une journaliste. Jou\u00e9e sur la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre de la Bastille le 13 Octobre 2013, et dans un d\u00e9cor simpliste\u00a0; une table, un piano, une chaise, un carr\u00e9 trac\u00e9 au sable blanc en guise de d\u00e9limitation de la sc\u00e8ne, Tout semblait immobile semble \u00eatre l\u2019\u00e9l\u00e9ment de jonction entre diff\u00e9rents p\u00f4les contingents\u00a0: conte pour enfant et conte pour adulte, th\u00e9\u00e2tre comique et th\u00e9\u00e2tre tragique, personnages sages et cruels dans certaines sc\u00e8nes&#8230; Ainsi, le th\u00e9\u00e2tre de Nathalie B\u00e9asse pourrait \u00eatre qualifi\u00e9 de th\u00e9\u00e2tre en opposition\u00a0; sans doute a-t-elle souhait\u00e9 transmettre au spectateur une vision singuli\u00e8re et personnelle du conte, de son conte tel qu\u2019elle l\u2019imagine, tel qu\u2019elle l\u2019aborde dans ses cr\u00e9ations. Il s\u2019agit en outre d\u2019un th\u00e9\u00e2tre\u00a0 dont les actions qui s\u2019y d\u00e9roulent surprennent le spectateur\u00a0: l\u2019entr\u00e9e des acteurs est inattendue puisqu\u2019ils commencent \u00e0 converser au sujet d\u2019une\u00a0conf\u00e9rence de litt\u00e9rature sur le th\u00e8me du conte, et tout au long de l\u2019\u0153uvre, on peut \u00eatre surpris par des chutes de cailloux ou encore de p\u00e2te d\u2019argile, une extinction soudaine d\u2019\u00e9clairage, des sons propres aux contes pour enfant, puis, d\u2019un coup, une autre bande sonore annon\u00e7ant une sc\u00e8ne bien plus tragique, et particuli\u00e8rement lorsque la seule actrice se fait tordre violemment le cou par l\u2019un de ses confr\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Surprendre le spectateur, tel est la vis\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre de l\u2019artiste concern\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019avais envie d\u2019amener une tension, une palpitation, quelque chose d\u2019organique. On ne s\u2019attend pas \u00e0 ce qui va se passer, o\u00f9 on est, s\u2019agit-il d\u2019un d\u00e9cor ou non\u00a0?\u00a0\u00bb dit-t-elle lorsqu\u2019elle s\u2019adresse \u00e0 un attach\u00e9 de presse. Mais Tout semblait immobile ne s\u2019inscrit pas seulement en tant que th\u00e9\u00e2tre original, l\u2019objectif de Nathalie B\u00e9asse a \u00e9t\u00e9 de faire une liaison entre mythes, contes et histoires g\u00e9n\u00e9ralement racont\u00e9es aux enfants, et de faire du tout une seule chose. C\u2019est pourquoi y sont pr\u00e9sents trag\u00e9die, humour, com\u00e9die, connotant parfaitement le monde des enfants lors de sc\u00e8nes tendres et d\u00e9licates, mais aussi le monde des adultes lorsque violence et familiarit\u00e9 voire vulgarit\u00e9 dominent la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme, il s\u2019agit d\u2019un th\u00e9\u00e2tre ni utopique, ni r\u00e9aliste, mais qui s\u2019int\u00e9resse particuli\u00e8rement \u00e0 nos souvenirs et \u00e0 nos id\u00e9es, tout en nous apportant des dimensions et des significations qu\u2019on avait jusqu\u2019alors ignor\u00e9es ou rejet\u00e9es. Ainsi, comme disait Charles Perrault\u00a0: \u00ab\u00a0le propre du conte n\u2019est pas de faire de l\u2019imaginaire, et d\u2019inventer des histoires pour plaire, mais de susciter la r\u00e9flexion du lecteur \u00e0 partir d\u2019\u00e9l\u00e9ments r\u00e9els qui lui appartiennent\u00a0\u00bb. Nathalie B\u00e9asse illustre \u00e0 travers son th\u00e9\u00e2tre la condition humaine et sa d\u00e9rive, d\u00e9rive d\u2019ailleurs imag\u00e9e par des sc\u00e8nes de violence aussi bien verbale que physique. Elle y montre comment l\u2019homme peut passer de la sagesse \u00e0 la cruaut\u00e9.<br \/>\nMais la vision que nous offre la metteure en sc\u00e8ne de l\u2019homme et du conte est-elle bien r\u00e9aliste, ou est-ce simplement un conte que les acteurs nous jouent\u00a0?<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Obich Lyamani<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle Tout semblait immobile mis en sc\u00e8ne par Nathalie B\u00e9asse au Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille repr\u00e9sente une approche particuli\u00e8re et extraordinaire des ph\u00e9nom\u00e8nes connus de tous depuis l&rsquo;enfance. La pi\u00e8ce commence dans un espace \u00e9troit constitu\u00e9 d\u2019un piano, d&rsquo;une table et de trois chaises. Le piano est utilis\u00e9 pendant les moments s\u00e9rieux et durs de la narration et cr\u00e9\u00e9 des intervalles rythmiques qui marquent les changements de style. L\u2019histoire convoque trois personnages qui gr\u00e2ce \u00e0 leur jeu vari\u00e9 se transforment en une multitude des personnages, en une famille, en plusieurs familles, deviennent enfin une esp\u00e8ce de l\u2019humanit\u00e9 et de ses exp\u00e9rimentations. L\u2019entr\u00e9e et l\u2019installation de deux acteurs sur sc\u00e8ne sont faites avec une agilit\u00e9 naturelle. Le passage de la vie r\u00e9elle \u00e0 la vie sc\u00e9nique est merveilleusement r\u00e9alis\u00e9 du point de vue th\u00e9\u00e2tral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On trouve des passages brusques d\u2019un type de narration \u00e0 l\u2019autre\u00a0: les textes des contes trouvent une nouvelle r\u00e9sonance au travers du jeu des acteurs. Cela permet au spectateur d\u2019\u00e9largir son regard sur des contes populaires et de sentir d\u2019autres nuances narratives. Dans ce cas, le visuel aide \u00e0 comprendre plus profond\u00e9ment le textuel. Les acteurs jouent avec assiduit\u00e9 le m\u00eame \u00e9pisode en utilisant des techniques diff\u00e9rentes et en proposant chaque fois une lecture nouvelle de cet \u00e9pisode. Ils enrichissent le champ des visions en ajoutant des r\u00e9f\u00e9rences aux autres langues et mentalit\u00e9s (on assiste aux extraits de chansons allemandes, \u00e0 des dialogues en anglais, \u00e0 tous les croisements entre des pays et des \u00e9poques temporelles).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce jeu multicolore est compl\u00e9t\u00e9 par une animation de la sc\u00e8ne via divers objets qui tombent du plafond. Cela produit un effet comique et de surprise pour les spectateurs, semblables \u00e0 des enfants pouvant s\u2019\u00e9tonner du monde des contes. L\u2019\u00e9tonnement permanent dans ce spectacle est un outil principal d\u2019ouverture vers de nouvelles visions et points de vue originaux. Outre l\u2019utilisation habile de l\u2019espace sc\u00e9nique, on remarque beaucoup de trouvailles techniques. Chaque objet et chaque m\u00e8tre carr\u00e9 est utilis\u00e9 par les acteurs, tout fait partie du jeu et tout obtient sa signification comme \u00e9l\u00e9ment magique des contes de f\u00e9e. Ce spectacle propose des interpr\u00e9tations qui trouvent leur coh\u00e9rence gr\u00e2ce au contexte de lecture. Le burlesque et le grotesque transforme notre vision ordinaire du texte autant que de la vie quotidienne. Une des missions principales de l\u2019acte th\u00e9\u00e2tral trouve son sens ici avec dignit\u00e9, dans une mise en sc\u00e8ne pleine de jeu int\u00e9rieur, de grotesque et de petite f\u00e9erie.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Ekatarina Novokhatko<\/h6>\n<pre>Photo : <span class=\"child\"><span class=\"credits\">Nathalie B\u00e9asse<\/span><\/span><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Th\u00e9\u00e2tre | Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille | En savoir plus Dans sa nouvelle mise en sc\u00e8ne, Tout semblait immobile, jou\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille, Nathalie B\u00e9asse s\u2019amuse avec les contes. 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